Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 45 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 94 : beaucoup de tendresse

Les deux amoureux étaient restés enlacés jusqu’à ce qu’on les appelle pour le repas du soir. Ils avaient alors demandé la permission de manger dans le loft d’Edem, seul à seul. Maniel avait précisé que son petit-ami avait vécu vraiment beaucoup d’émotions, ce jour-là, et qu’un peu de calme et de repos lui étaient nécessaires. Edem lui en avait été reconnaissant. Cela l’avait soulagé. C’était vrai, il était secoué, aussi bien par son après-midi, aussi fabuleuse avait-elle été, que par ce qu’il avait traversé avec son compagnon, en bien comme en mal.

Personne ne s’y était opposé. Les deux adolescents avaient donc embarqué leur repas dans leur salon personnel, et ils avaient mangé en silence, avant d’aller se préparer pour se glisser au lit, ensemble.

Edem, alors qu’il se brossait les dents, avait un peu craint le moment où il serait sous les draps avec Maniel. Il avait peur d’être gêné, ou au contraire de voir son désir remonter en flèche, et de faire une nouvelle crise d’angoisse. Mais était-ce parce qu’il était épuisé ou bien parce que le beau chat était tellement paisible ? Toujours était-il qu’au contraire, il avait éprouvé un profond bien-être à se blottir contre lui.

C’était tellement agréable.

Dans l’obscurité, ils avaient cherché le sommeil, mais malgré la fatigue et les émotions, ils avaient bien trop de choses en tête.

—Dis, tu dors ? souffla finalement Maniel.

—Non… répondit son petit-ami.

—Je peux allumer une lumière ?

—Hmmm pas de souci. Tu veux faire quoi ?

—Papoter… Si ça te tente ?

Edem se redressa sur un coude, laissant son compagnon allumer la lampe de chevet. Le jeune calandre s’assit sur la couche, entourant ses jambes de ses bras, fixant amoureusement son petit-ami.

—Et de quoi tu veux parler ? s’enquit-il.

—Pfff, la spontanéité, je te jure, pouffa Maniel. Je ne sais pas, moi. J’ai juste envie de discuter avec toi, peu importe le sujet…

Edem lui offrit un sourire ravi. Il adorait Mani.

Sa joie de vivre, son côté bavard et désinvolte, son énergie si solaire.

—J’ai réussi à me métamorphoser, révéla-t-il timidement.

Aussitôt, le regard du beau chat se focalisa sur lui, ardent et inquisiteur.

—Oh, c’est vrai ? lança-t-il. Je m’en doutais, vu que tu avais dit que ça s’était super bien passé, mais j’étais curieux, et pas tellement sûr… Alors tu l’as fait… C’était comment ?

Edem baissa un peu les yeux, sourit.

—C’était… fabuleux, souffla-t-il. J’étais terrifié, mais la présence de Maric…

Il secoua la tête, croisa à nouveau le regard de Maniel.

—Quand il s’est transformé, il avait l’air d’être le plus heureux des hommes, expliqua-t-il. Il riait, il courait autour de moi en agitant ses ailes… Ça semblait si facile, et si… agréable. Alors j’ai lâché prise. J’avais envie de m’amuser avec lui. De m’envoler avec lui. J’ai laissé tomber mes peurs, et j’ai accepté d’être… d’être un calandre.

Il expira avec force.

—Tu sais, j’avais assimilé que j’en étais un, mais je crois qu’au fond de moi, je n’avais pas encore vraiment accepté. Enfin c’est compliqué. Plein de parts de moi étaient soulagées de ne pas juste être un humain, ça expliquait tant de choses, et puis depuis que je suis ici, depuis que je sais qui je suis, je peux être entouré, aimé, choyé… Ce n’était pas le cas tant que je n’étais qu’un humain.

Il se mordit les lèvres. Mani leva la main, la tendit vers lui sans le toucher. Edem saisit ses doigts des siens, les entrelaçant amoureusement.

—Je sais que c’était dur, pour toi, murmura le beau chat. Mais c’est vrai que l’esprit est complexe, et même si tu savais ce que tu étais… tu avais peur de l’être entièrement.

—Oui, lâcha Edem. C’est ça.

—Je suis trop content pour toi, affirma Maniel, un immense sourire aux lèvres. C’est tellement beau de pouvoir être entièrement soi, de s’épanouir en tant que surnaturel, de se sentir libre…

—Oui, soupira le jeune calandre. C’est vrai. Je suis d’accord. C’est ce que j’ai ressenti.

—Et… c’est comment, de voler dans le ciel, comme ça ?

Edem ferma les yeux un instant, réfléchissant, revivant en pensées les sensations passées.

—Je ne sais pas comment le décrire, avoua-t-il. C’est… grisant. Euphorisant. J’avais vraiment la sensation d’être libre. Ça m’a rappelé les fois passées, mais cette fois-ci, j’étais conscient, j’étais entier, alors c’était… plus fort. Enfin je ne sais pas. C’était différent et identique à la fois.

—Tu te souviens de tout ce que tu as vécu quand tu étais coincé dans l’esprit du corbeau ? s’enquit Mani.

Edem fit une moue confuse.

—Je ne saurais pas vraiment le dire. Je crois. Mais ce ne sont pas des souvenirs… humains. C’est flou, diffus, et en même temps, profondément ancré dans la matière. C’est… viscéral.

Les doigts du beau chat pressèrent doucement ceux de son petit-ami.

—Ça a l’air fantastique. J’aimerais bien essayer.

—Peut-être qu’un jour…

Edem rougit.

—Je ne sais pas si c’est possible, mais peut-être qu’un jour je pourrais… te transporter ?

—Ohhhh ça serait tellement trop bien ! s’enthousiasma Mani. Je m’imagine déjà, enlevé dans les airs par le beau calandre de mon cœur, blotti contre lui, à moitié mort de peur à l’idée qu’il puisse en avoir marre de moi et me laisser tomber…

—Mani ! protesta Edem. Mais jamais je ne ferais ça ! Et puis… et puis… Arrête de rire !

Le beau chat s’esclaffait librement, le faisant balbutier malgré lui. Pourpre de confusion, Edem secoua la tête. Son petit-ami se rapprocha de lui sans le toucher.

—Je peux te faire un bisou sur la joue ? demanda-t-il, louchant un peu en direction du jeune calandre.

Celui-ci eut l’impression de prendre feu. Il hocha malgré tout la tête, la gorge nouée d’émotion. Les lèvres de son compagnon se posèrent délicatement sur sa peau, l’embarrassant et le ravissant à la fois.

C’était… tellement magique.

Tellement fort.

Edem aurait eu envie d’avoir le courage d’en exiger davantage de Mani, mais les sensations étaient déjà si intenses qu’il ne se sentait pas encore prêt à en supporter plus que cela.

De tendres baisers chastes et pudiques.

C’était déjà un net progrès, c’était ce qu’il se répétait encore et encore, ne pouvant pourtant s’empêcher d’être un peu frustré, tout de même.

—Dis, Edem… souffla Maniel tout contre son derme. Est-ce que tu as réfléchi à la demande des Gardiens ?

Il n’avait pas osé relancer le sujet, jusqu’à présent. Le moment semblait mal choisi, mais peut-être parce qu’ils étaient si proches, si détendus, cela ne parut pas incongru au jeune calandre, qui ne s’en mordit pas moins les lèvres, hésitant.

—Je… J’y ai réfléchi, admit-il. Je ne sais juste pas quoi… en penser.

Il inspira profondément, rapprocha sa joue de son petit-ami, comme pour lui quémander un nouveau baiser, que celui-ci lui octroya spontanément.

—Tu crois qu’il faudrait que j’accepte ? demanda-t-il.

Mani se redressa lentement. Son regard s’était fait sérieux.

—Oui, je crois que ça aiderait tout le monde. Les Gardiens nous excluent de la situation, et je comprends pourquoi, mais avec tout ce que tu as vécu… Je crois que ça te ferait du bien, d’être un peu actif dans cette histoire. Et puis…

Il fit une moue confuse.

—Avec tout ce qu’ils ont dit… Si j’ai bien compris, il s’agirait d’aller fouiller dans le passé de ton clan d’origine. Tu n’es pas curieux ? Tu ne voudrais pas savoir ce qui leur est arrivé ?

C’était, en vérité, ce qui perturbait le plus Edem. Il avait envie d’en découvrir davantage sur ses racines, et en même temps, cela l’effrayait un peu, c’était vrai.

—Si, expira-t-il. Mais ça me fait peur.

Les doigts de son compagnon pressèrent fermement les siens.

—Je serai avec toi, trésor, promit-il. Adonn, Airy, Collin aussi. On sera là pour te soutenir.

Il se tendit à nouveau vers lui, embrassant encore une fois sa joue.

—Ça reste ta décision. Je ne peux que te donner mon avis, mais tu n’as pas à être d’accord avec moi. J’espère ne pas avoir dépassé mes droits, en ouvrant le sujet…

—Non ! souffla Edem. Tu as bien fait. Et tu as raison. Je vais…

Il se redressa, prit le temps d’inspirer profondément, d’expirer le plus lentement possible.

—Je dirai à Adonn et Airy que je suis prêt, demain. Il faut que je le fasse.

Maniel lui offrit un sourire affectueux et penaud à la fois.

—Tu es très courageux, mon p’tit cœur, affirma-t-il. Je t’admire, tu sais.

—Je ne vois pas pourquoi, marmonna Edem en détournant les yeux et en s’empourprant à nouveau.

Mani rit, se tendit vers lui, déposa un nouveau baiser sur sa joue.

—Tu es génial. Tu l’ignores, mais moi, je te vois, Edem Ispa. Je te vois, je t’admire, et je t’aime.

Edem se laissa aller contre lui, le cœur battant la chamade. Son petit-ami l’enlaça avec une tendresse infinie.

—Tu es au bout de ta vie, toi, hein, pouffa-t-il doucement.

—Hmmm, murmura Edem. Oui.

—On dort ?

Le jeune calandre se contenta de hocher la tête. Son compagnon le fit délicatement basculer sur le lit, sans le relâcher, éteignit la lumière d’une main, se rapprocha de lui, le tenant fermement contre lui. Edem papillonna des paupières, enfouit sa tête dans le débardeur de son petit-ami, poussa un lourd soupir.

Il n’en pouvait plus.

Mais il se sentait bien.

Il glissa dans le sommeil sans même s’en apercevoir, s’abandonnant aux bras de Maniel, à sa chaleur, à son affection.

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