Calandre (French Edition)
Chapitre 75 : retour dans le monde des vivants
Chapitre 75 : retour dans le monde
des vivants
En ce vendredi 2 juin, Edem était terriblement nerveux. À l’arrière de la voiture d’Adonn, qui l’emportait, ainsi que Maric, vers l’école, il stressait bêtement.
Il s’agissait pourtant d’un simple atelier d’art, avec des gens qu’il connaissait, pourquoi était-il aussi anxieux ?
Mais voilà, il était encore fragilisé par la crise qu’il avait faite ces dernières semaines. Il allait mieux, il se sentait plus équilibré, et il avait repris espoir, cependant les émotions qu’il avait traversées restaient présentes, en fond, ses craintes n’avaient pas magiquement disparu, et il se sentait hypersensible, plus encore que d’habitude.
Pourtant, il n’avait pas renoncé à assister à ce cours, et ne l’aurait fait pour rien au monde. D’abord parce que c’était Maniel qui lui avait demandé d’y venir, et qu’il ne voulait pas décevoir Maniel.
Ensuite, parce que Maric était à ses côtés, et que cela le réjouissait. Ces dernières semaines avaient été difficiles, Edem s’était un peu coupé du monde, y compris de la famille Coroné-Munin. Il savait que Maric en avait été profondément affecté. Il le considérait comme un ami, désormais très proche, et c’était mutuel.
Edem savait à quel point le garçon était soulagé de le voir aller mieux, et heureux de sa présence aujourd’hui.
Enfin, parce qu’il avait envie d’être là, tout simplement. Il avait beau angoisser, il aimait ces ateliers, et il était persuadé que tout se passerait bien.
Qu’il vivrait encore une fois un très bon moment.
Il ne doutait pas un seul instant que Maric et Mani seraient là pour le soutenir au besoin, et il avait conscience qu’Ilios, qui était encore professeur, remplaçant toujours sa sœur, s’assurerait qu’il allait bien, et se montrerait attentionné avec lui, ne le poussant dans aucune direction contre son gré.
Quand il y pensait, Edem était sidéré par l’incroyable bienveillance des professeurs de l’école. Il avait connu le système scolaire français, celui des humains, et franchement… Oh, il y avait sans doute de bons profs. Il se souvenait de son enseignant d’Histoire-géographie en quatrième et troisième, c’était un homme passionnant et passionné, l’un des rares, d’ailleurs, qui avait valorisé Edem et n’avait pas cherché à l’ignorer comme les autres.
Bref, globalement, le jeune calandre n’avait pas vécu beaucoup de bonnes expériences avec ses professeurs à l’école classique, et il ne pouvait qu’être agréablement surpris de voir comme ceux de l’école pour surnaturels étaient différents.
Mais il fallait le dire, c’était justement un monde différent.
Une communauté qui se soutenait, qui était extrêmement soudée, et qui considérait les enfants et adolescents comme de véritables trésors inestimables, qu’il fallait choyer et préserver, tout en les élevant vers le monde des adultes, pas à pas.
C’était un univers qu’Edem n’avait jamais connu auparavant, et qui le débordait de gratitude et d’espoir.
Concernant les cours, l’adolescent avait prévu d’y retourner dès le lundi suivant, si l’atelier d’art se passait bien pour lui. Il avait conscience qu’il allait être compliqué d’avoir son bac cette année, du moins, à la session de juin. Après tout, les épreuves commençaient dans moins de deux semaines ! Il y était inscrit depuis la première, son établissement d’alors s’étant occupé de son dossier. Il en avait parlé à ses professeurs de Lunel, et ceux-ci avaient promis de réfléchir rapidement à comment présenter son dossier.
Son cas était en effet un peu particulier : il avait passé les épreuves anticipées en première et avait fait le contrôle continu durant toute cette année-là plus le début de la terminale. Il avait validé également la spécialité de première qu’il n’avait pas poursuivie. Cependant, il n’avait pas pu suivre le contrôle continu durant la terminale, du moins pas après les vacances de la Toussaint, aussi devait-il passer le reste des épreuves en candidat libre.
Ayant arrêté de venir en cours pendant deux semaines, il ne savait pas où en étaient ses professeurs avec son dossier. Mais une chose était sûre : même s’il avait continué à travailler, il était trop compliqué d’envisager passer les examens en juin. Y aurait-il une autre session ? Edem devrait leur poser la question rapidement, une fois retourné sur les bancs de l’école.
De toute manière, à partir de lundi, les autres élèves de sa classe, s’ils continueraient à venir à l’école, ne recevraient plus de cours, du moins pas à proprement parler : la dernière ligne droite avant les épreuves était consacrée aux révisions nécessaires pour passer les examens. Maniel en avait parlé à Edem, le convaincant de venir tout de même :
—Comme ça tu pourras voir quoi faire pour ton propre bac, trésor, avait-il assuré. Et puis au moins on se verra ! En plus, ça me fera du bien de passer des petits temps avec toi, parce que franchement, j’avoue, je stresse un peu, là.
Cela avait étrangement ému Edem, qui s’était promis de tout faire pour venir à l’école et aider son petit-ami dans ses révisions. Après tout, cela lui permettrait aussi d’apprendre et d’enregistrer les informations pour ses propres examens, s’il parvenait à trouver une fenêtre pour les passer…
Une main légère se posa tout doucement sur son genou, le faisant un peu sursauter. Il se tourna vers Maric, qui lui offrit un petit sourire affectueux.
—Tu as l’air vraiment très nerveux, expliqua ce dernier. Ta jambe n’arrête pas de s’agiter…
Edem inspira profondément, expira le plus lentement possible.
—Oui, je suis nerveux, admit-il simplement.
—Ça va aller ? lui demanda Adonn, lui lançant un regard dans le rétroviseur. S’il y a quoi que ce soit, vous m’appelez, hein. Je viendrai vous chercher.
—Oui, bien sûr, papa, ne t’inquiète pas, promit Maric. Je veille sur Edem.
Il offrit un clin d’œil complice à l’intéressé, qui lui sourit timidement.
—Ça va aller, je t’assure, Adonn, murmura l’adolescent. Le stress va redescendre une fois que j’y serai, j’en suis sûr.
—Dès que Mani t’aura harponné, plaisanta Maric.
Edem ne put s’empêcher de rougir un peu.
—Je suis content que vous ayez pu dénouer vos nœuds, Maniel et toi, intervint Adonn. Vous étiez misérables, tous les deux.
Le jeune calandre baissa les yeux, son cœur se serrant dans sa poitrine.
—Oui, souffla-t-il. C’était ma faute.
Le rire d’Adonn, doux et bienveillant, lui fit redresser la tête.
—Tu sais que Maniel pense exactement la même chose de lui-même ? demanda-t-il, gentiment taquin.
Edem se mordit les lèvres, acquiesça.
—Je sais… Il se met trop la pression.
—Il tient à ton bien-être, simplement. Tu es un jeune homme fragilisé par la vie, Edem. Sois moins dur avec toi-même. Mani est quelqu’un de bien, il veut te protéger, il veut que tu te sentes bien avec lui, et je le comprends. Et puis tu sais… je ne crois pas qu’il y ait de « coupable », dans votre histoire. Juste des blessés. Toi, particulièrement.
—Mais j’aimerais pouvoir réagir différemment, avoua Edem, tournant son regard vers la vitre pour suivre le paysage des yeux.
—J’imagine. Un jour, tu y arriveras. Pas à pas. J’entends bien que tu souhaiterais être moins émotif, mieux gérer ta sensibilité, mais n’oublie jamais tout ce que tu as traversé. Tu es un battant, Edem, mais un battant que l’existence a fragilisé. Tu as besoin de temps pour reconstituer ta coquille, pour remplumer tes ailes avant de pouvoir t’envoler librement. Ça ne prend pas cinq minutes. Maniel le comprend bien, je crois. Il t’accepte tel que tu es, et je suis sûr que c’est réciproque.
Edem se tourna à nouveau vers Adonn, lui offrit un sourire empli de gratitude, auquel Adonn répondit avec calme.
—Vous vous êtes quand même bien trouvés, tous les deux ! conclut Maric d’un ton joyeux.
S’empourprant à nouveau un peu, son ami n’en hocha pas moins la tête avec enthousiasme.
—Oui, admit-il. Maniel est vraiment quelqu’un d’exceptionnel, à tout niveau.
C’était embarrassant à dire à haute voix, mais il le pensait sincèrement, et il avait envie de valoriser ce qu’il ressentait au fond de lui.
Maniel était quelqu’un de fabuleux, et il l’aimait du fond du cœur.
C’était aussi simple que cela.
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