Calandre (French Edition)
Chapitre 104 : tatouage, destin et avenir
Chapitre 104 : tatouage, destin et
avenir
Le mardi 04 juillet, Mani avait eu ses résultats de bac, comme tous ses amis et camarades. Il avait été admis avec une mention Assez Bien, ce qui l’avait fortement réjoui. Il avait avoué ne pas s’être attendu à la mention. Après tout, il n’était pas du genre bosseur et n’avait aucune idée de s’il avait ou non réussi les épreuves. Il pensait bien avoir son diplôme, mais c’était tout.
Depuis, il ne cessait de parler à Edem d’aller à Montpellier l’an prochain. Il avait abordé le sujet quelques semaines plus tôt, affirmant qu’il pensait que ce serait génial d’avoir un appartement avec le jeune calandre et de faire leur vie ensemble là-bas, rentrant les week-ends pour voir les leurs et chercher une formation tatouage. Edem n’avait alors rien dit, et encore maintenant, il ne savait pas quoi répondre à l’enthousiasme de son petit-ami.
En vérité, cela l’angoissait beaucoup. Il avait beau avoir fait un sacré chemin, il ne se sentait pas encore capable d’aller faire des études dans une grande ville, de quitter ce loft où il se sentait si bien, de s’éloigner de Lunel. Mais il ignorait comment l’expliquer à Maniel, et il ne voulait pas briser sa joie avec ses doutes et ses inquiétudes.
Alors pour le moment, il se taisait. N’ayant pas encore lui-même passé son bac, il restait du temps avant de prendre une réelle décision, mais il savait, intimement, qu’il devait au beau chat une réponse rapide, ou au moins d’ouvrir le dialogue avec lui. Cependant, il était complètement figé de l’intérieur et n’avait pas la moindre idée de comment s’y prendre pour briser les rêves de son compagnon.
Il n’irait pas à Montpellier l’année prochaine.
C’était trop tôt.
Trop précipité.
Le lendemain était le jour de l’entretien pour le tattoo. Edem stressait, mais la présence de Mani et de Collin le rassurait. Le jeune calandre avait parlé de son projet aux Coroné-Munin, et Aenor avait également proposé de l’accompagner, ce que l’adolescent avait accepté avec soulagement. Il avait besoin d’être entouré. Et puis avoir autour de lui à la fois son petit-ami, son ex, qui serait aussi le seul membre du clan qu’il s’était choisi, et un membre du clan qui l’avait accueilli le rassurait et l’apaisait.
Il avait hâte et peur à la fois.
Pourtant, il savait qu’il ne s’agirait là que de discuter du tatouage, en rien de le réaliser sur-le-champ. Ce n’était qu’un petit pas, mais qui le rendait malgré tout nerveux.
Le tatoueur s’avéra être un homme décontracté et chaleureux du nom de Fred. Il accueillit le petit groupe avec une énergie positive, leur proposant même une boisson chaude.
—Alors, parlons peu, parlons bien, démarra-t-il. J’ai bien reçu le dessin, et il est magnifique ! Vous avez un sacré artiste parmi vos contacts !
—En fait, il s’agit d’une famille d’artiste, je dirais, plaisanta Collin.
—Mais en vrai j’ai pas fait grand-chose d’autre que recopier son tattoo, intervint Mani en pointant Collin du doigt.
—C’est toi le dessinateur ? Bien joué, fit le tatoueur.
Maniel lui offrit un sourire enthousiaste.
—J’aimerais devenir tatoueur, confia-t-il. Du coup je me demandais, ça vous dérangera si je viens en observateur quand vous ferez la séance avec Edem ?
Fred lança un regard interrogateur au jeune calandre.
—Moi, ça ne me gêne pas, précisa-t-il. Mais tout dépendra des envies d’Edem.
Ce dernier lia sa main à celle de son petit-ami.
—Je tiens à ce qu’il soit là, souffla-t-il. Ainsi que Collin, et si possible Aenor ou un autre membre de la famille.
Fred hocha la tête.
—C’est peu commun, mais par ici, on voit de tout, admit-il. J’ai déjà eu des demandes de familles entières qui voulaient assister à un tatouage, en mode quasi rituel… Je sais m’adapter. Tant que toi, tu es à l’aise, tout me convient.
—Ok, expira Edem.
—Et donc tu le veux où ? Sur la nuque, si j’ai bien compris ?
—Oui, comme…
Edem fixa son regard sur Collin, qui se tourna pour montrer son propre tatouage.
—Comme le mien, conclut son ex.
—D’accord, pas de souci, affirma le tatoueur.
Rassuré, Edem retint un soupir de soulagement. La conversation continua, Fred demandant quelques précisions sur la taille, sur des détails, puis ils parlèrent du prix. Enfin, ayant trouvé un accord, ils calèrent la date. Il se trouvait que la chance était de leur côté, puisque le tatoueur avait un créneau très rapide, à savoir le 13 juillet, soit à peine une semaine plus tard.
—Tu as un pot incroyable, rit Fred. Ça ne m’arrive tout simplement jamais. C’est vraiment que ce tatouage est fait pour toi...
Cette affirmation n'avait guère de sens, mais elle plut à Edem, qui s’en sentit très touché. C’était comme si l’univers lui assurait qu’il faisait le bon choix. Il en était fier et heureux.
Dans la voiture qui le ramenait chez lui, Edem se sentait particulièrement serein. Même si son futur continuait de l’inquiéter, et qu’il savait qu’il devait absolument en parler avec Maniel.
Mais il y était prêt.
Il fallait qu’il s’exprime.
Une relation ne pouvait fonctionner qu’avec de la communication.
Une fois arrivé chez lui, il passa un moment à expliquer aux autres membres de la famille comment s’était déroulé son rendez-vous avant d’entraîner Maniel dans son loft. Ce dernier se laissa guider par lui dans un rire joyeux, comme à son habitude. Il semblait adorer la douce dictature du jeune calandre quand celui-ci avait envie de quelque chose et qu’il osait s’imposer.
Une fois la porte du loft fermé, Edem se tourna vers son petit-ami et le contempla intensément. Il ne pouvait pas se lasser de le regarder.
—Ça va ? lui demanda Maniel en l’attirant à lui. Je peux te câliner ?
Edem se rapprocha de lui, se laissant enlacer, glissant ses propres bras le long des hanches de son compagnon. Sa chaleur lui fit du bien. Il ferma les yeux un instant, s’abandonnant à leur amour partagé. Puis, relevant la tête, il hésita avant de déposer un baiser très léger sur les lèvres de son vis-à-vis.
Il avait toujours du mal à réaliser ce genre d’acte. Il le faisait plus spontanément, mais cela le mettait tout de même dans tous ses états. Il ne le faisait donc pas souvent, et Maniel, pour sa part, attendait que ce soit lui qui prenne des initiatives, refusant de le pousser dans une direction qu’il n’aurait pas voulu prendre, ou de l’acculer.
Edem se redressa un peu trop vivement, mais il fut retenu par les bras de son petit-ami qui entouraient ses épaules. Les prunelles du beau chat le fixèrent amoureusement, avant de loucher sur sa bouche.
—Je peux ? souffla-t-il en avançant son visage sans pour autant effleurer la peau du jeune calandre de la sienne.
C’était la première fois qu’il demandait.
Il avait jusqu’à présent quémandé des baisers, mais jamais sur les lèvres.
Cela émut fortement Edem, qui se tendit vers lui pour l’embrasser à nouveau. Leurs bouches se happèrent avec joie, et ils frémirent en chœur. Résistant à ses angoisses, Edem ferma les yeux et répondit au baiser avec plus de langueur. Leurs lèvres se dévorèrent tout doucement un long moment, les plongeant dans une félicité qui, lorsqu’ils relevèrent enfin leurs visages, pouvait se lire dans les prunelles brillantes de Maniel.
Edem le trouva plus beau que jamais.
—Je t’aime, mon p’tit cœur, souffla son petit-ami.
Les joues rougies de plaisir, Edem lui répondit d’un sourire avant de se rapprocher à nouveau de lui et de frotter son nez contre le sien.
—Moi aussi, chuchota-t-il.
Le rire doux du beau chat le toucha du fond de l’âme.
—On va se câliner ? proposa Mani.
Edem pouffa, puis reprit sa main dans la sienne et le tira vers le sofa. Les deux jeunes gens s’assirent à même le sol, collés l’un à l’autre, leurs épaules et leurs têtes s’appuyant l’une contre l’autre.
—Dis, Mani… fit le jeune calandre dans le silence délicieux qui se prolongeait.
—Hmmm ? fit son compagnon.
—Je ne voudrais pas te vexer, ou gâcher ta joie mais… il faut qu’on parle de quelque chose.
Aussitôt, son petit-ami se redressa pour l’observer avec sérieux.
—Tu sais que tu peux tout me dire, hein ? demanda-t-il gentiment.
Edem se mordit les lèvres, hocha la tête.
—Oui, expira-t-il. Mais tu es tellement enthousiaste, avec ça, que je…
Il baissa les yeux, soupira.
—C’est par rapport à l’an prochain ? s’enquit Maniel, toujours prévenant. Je n’arrête pas de m’exciter avec « nos » projets, mais je me rends bien compte que tu n’as rien dit, toi…
—Oui, admit Edem. Je… Je ne me sens pas du tout prêt à bouger de Lunel à la fin de l’année. Je sais que tu as envie d’évasion, et que tu aimerais vivre avec moi, faire des études, tout ça, mais… Le moment est mal choisi, pour moi, j’ai besoin de bases fixes, de stabilité… Je ne veux pas te décevoir. C’est trop prématuré pour moi.
À son grand soulagement, son compagnon acquiesça sans sembler frustré. Il avait surtout l’air peiné par l’expression penaude de son vis-à-vis.
—Heyyy, trésor… Je ne voulais pas t’angoisser, ou que tu te sentes forcé… C’était une proposition, mais je suis flexible, tu sais ! Moi, ce qui me tient le plus à cœur, dans l’immédiat, c’est être avec toi, si tu veux bien de moi à tes côtés. Le reste… Je m’en fiche.
Edem lui offrit un sourire confus.
—Bien sûr que je veux bien de toi à mes côtés ! lança-t-il.
Maniel rit, se pencha vers lui comme pour l’embrasser, se retint juste avant de le toucher. Le jeune calandre franchit les derniers millimètres en déposant un baiser délicat sur ses lèvres avant de se reculer pour retrouver son regard.
—Si tu es d’accord, j’aimerais rester ici, l’année prochaine, conclut-il. Je ne sais pas trop ce que je veux faire, et j’ai besoin de me construire davantage, d’apprendre plus de choses sur ma nature, sur mes pouvoirs… Les Coroné-Munin m’ont déjà dit que je n’avais pas à m’en faire, quoi que je choisisse ils veulent pourvoir à mes besoins, donc je sais que je pourrai continuer à habiter sous leur toit. J’aimerais m’émanciper un peu, trouver du travail, mais je ne sais pas si j’en suis capable, pour le moment. Dans tous les cas, mon futur proche est ici, je le sais, et j’en ai besoin. Mais si toi tu veux aller faire des études, je ne souhaite pas t’en empêcher, Mani. Montpellier, ce n’est pas loin, on se verra quand même souvent et…
Maniel le coupa en posant un doigt léger sur ses lèvres. Son regard était brillant d’espièglerie et d’amour.
—Je ne vais nulle part sans toi, trésor, susurra-t-il. En fait…
Il se mordit la lèvre, sourit, l’air amusé.
—Je n’étais pas super chaud pour aller habiter seul à Montpellier, loin des miens, et avant que tu arrives, j’hésitais beaucoup. Je ne sais pas si je serais vraiment à l’aise sans ma famille, on a tous toujours vécu ensemble… Le seul qui a choisi de quitter notre foyer, c’est Jude, et il habite littéralement dans la maison voisine. Je ne pense pas qu’il serait parti s’il avait fallu aller loin. Aucun de mes frères et sœurs n’a l’air d’envisager de quitter nos pénates, et je comprends pourquoi… Moi, j’aimerais habiter avec toi, alors je suis prêt à partir, mais sans toi, je ne vais certainement pas aller à Montpellier ! Je préfère rester ici, éventuellement négocier avec tout le monde pour venir habiter dans ton loft, si tu veux bien que je squatte de manière permanente…
—Oh, oui, j’aimerais beaucoup ! s’écria Edem en agrippant soudainement la main de son petit-ami avec émotion.
—Cool, alors, soupira le beau chat. Alors tu sais quoi ? On va rester ici. Au moins pour l’an prochain, après on verra ce qu’on veut faire. On va s’occuper de nous, construire notre couple, pas à pas, réfléchir à nos projets, ensemble ou séparément. On va prendre le temps qu’il faut pour apprendre la magie, pour te laisser découvrir qui tu es et ce que tu souhaites réaliser de ta vie. Et puis on va continuer à aller aux ateliers de dessin, si ça te tente on va essayer de trouver une formation de tatouage. On pourrait demander au tatoueur s’il veut nous prendre un peu en stage ou quoi. Et acheter un peu de matos pour apprendre par nous-mêmes. Et puis un jour, on pourrait ouvrir un salon de tatouage ensemble, toi et moi ! Un salon qui accueillerait avec bienveillance les surnaturels de tous âges, même mineurs… Tu imagines ? Ça serait trop bien…
Il se tut soudain, prit un air dépité.
—Enfin comme d’habitude je m’enthousiasme tout seul, là… Tu n’as peut-être pas du tout envie de faire tout ça…
Edem se tendit vers lui, l’étreignit spontanément avec force, le faisant taire. Son petit-ami l’enlaça en retour, le serrant contre son cœur avec une émotion visible. Le jeune calandre ferma les yeux, sourit.
—J’aimerais beaucoup, Mani, affirma-t-il quand il se redressa enfin. J’aime tes projets. J’aime ton énergie si positive, si solaire…
Il hocha la tête avec conviction.
—Oui, je crois que tu as décrit le plan parfait, pour moi.
Il offrit à son petit-ami un sourire empli de gratitude, cette gratitude qui débordait de son cœur, en cet instant.
Les idées de Maniel, si respectueuses et si enthousiastes, le rassérénaient incroyablement.
Il se sentait soulagé.
Et, pour la première fois de sa vie, motivé par des projets d’avenir…
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