Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 41 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 90 : battre le fer tant qu’il est encore chaud

Chapitre 90 : battre le fer tant qu’il

 

est encore chaud

Quelques instants plus tard, Maric, qui avait été « convoqué » dans l’atelier, arborait une expression quasi extatique face à la proposition qu’on venait de lui faire. Ses joues étaient roses de plaisir, ses yeux étincelaient comme des étoiles au firmament.

—C’est vrai ? répéta-t-il pour la troisième fois. Je peux vraiment participer ?

—Puisqu’on te dit que oui, rit Adonn. On te demande même de prendre Edem en charge, sur ce coup-là. Si tu t’en sens capable ?

—Bien sûr que je m’en sens capable ! s’écria Maric en attrapant spontanément les deux mains de son ami dans les siennes et en les serrant avec force, oubliant totalement, dans son excitation, que ce dernier avait du mal avec le contact physique. Oh, Edem, c’est trop bien !

Malgré son embarras et son léger malaise lié à l’effervescence un peu trop intrusive du garçon, l’adolescent ne chercha pas à se désengager, et lui offrit le sourire le moins crispé qu’il put esquisser.

—Je vais faire tout mon possible pour que tu y arrives, Edem, promit Maric. Et que tu y prennes du plaisir ! Parce qu’être sous notre forme de calandre, c’est tellement fun… Oh, j’ai hâte… On fait ça quand ?

—Maric, calme-toi, demanda gentiment Airy en se levant. Je vais préparer le repas.

Il laissa traîner sa main sur la joue d’Adonn, qui le retint un court instant, déposant un baiser sur sa paume.

—Merci, mon chéri, dit ce dernier.

Maric, pendant ce temps, réalisa soudain qu’il tenait fermement les doigts d’Edem, et il le relâcha tout doucement.

—Oh, pardon, tu n’aimes pas trop les contacts, surtout spontanés, et dans mon enthousiasme, je n’ai pas pris tes limites en considération, bredouilla-t-il d’un air penaud.

Edem lui offrit un sourire confus.

—Ce n’est pas grave, Maric, répondit-il.

—Si, ça l’est, je ne devrais pas m’exciter comme ça, papa a raison, soupira le garçon.

—Je ne l’ai pas mal vécu, assura son ami. Tout va bien, Maric, vraiment.

—Ok, expira ce dernier. Pardon quand même.

Sa sollicitude fit chaud au cœur d’Edem. C’était agréable, de fréquenter des gens qui le respectaient à ce point.

Qui le comprenaient à ce point.

—Papa ? fit le garçon en se tournant vers Adonn. On peut faire ça cet après-midi, peut-être, non ?

—Je ne sais pas, répondit tranquillement l’adulte. Ça dépend d’Edem. Vous n’aviez pas un atelier d’art ?

—Si, mais on pourrait le zapper, pour une fois, fit le fils. Je ne veux pas te forcer la main, Edem, mais je sais que tu as peur de ce moment, ou au moins que ça t’angoisse. De tenter de te transformer, je veux dire. Du coup, puisque tu as pris ta décision, autant battre le fer tant qu’il est encore chaud, qu’en penses-tu ?

Edem baissa les yeux, réfléchissant.

—Je ne sais pas, admit-il. C’est une bonne idée mais…

Il hésita, se mordit les lèvres lança un regard indécis à son ami.

—Je… J’aimerais en parler avec Mani, d’abord, expliqua-t-il finalement. Nous avions prévu d’aller à l’atelier ensemble, et je ne voudrais pas lui faire faux bond.

Au fur et à mesure qu’il parlait, il rougissait à vue d’œil, il en avait conscience. En face de lui, Maric souriait de toutes ses dents. Adonn se leva à son tour, déposa une caresse sur les cheveux de son fils.

—Je vais aider Airy. Prenez le temps d’y réfléchir. Je suis disponible cet après-midi, au besoin.

Il quitta la pièce sans s’attarder, sans doute conscient que les deux adolescents avaient besoin d’un peu d’intimité.

Aussitôt qu’il fut parti, Maric se mit à pouffer doucement.

—T’es bien accro, toi, hein, chuchota-t-il en faisant un clin d’œil complice à son ami.

—A… accro ? répéta Edem, cramoisi.

—À ton petit chat sexy d’amour, je voulais dire ! rit le garçon. Tu ne peux pas t’empêcher de penser à lui, de vouloir être avec lui, et surtout, tu ne veux jamais le contrarier, non ?

Pourpre de confusion, Edem fit une moue de dépit.

—Oui, c’est vrai, soupira-t-il finalement. J’adore Mani, et j’ai envie de passer tout mon temps avec lui. Mais je veux aussi respecter ses envies à lui. Je sais qu’il adore les ateliers d’art, et qu’il serait sans doute très déçu si je ne venais pas, plus encore si je ne lui demandais pas son avis…

—En vrai, Mani ne t’en voudrait pas du tout si tu te contentais de lui expliquer que tu as autre chose de prévu, hein… affirma Maric. Tu prends toujours des pincettes, mais Mani n’est pas le genre à vouloir enfermer son petit-ami. Au contraire, s’il sait que tu fais quelque chose qui te plaît, il sera heureux pour toi, j’en suis sûr.

Edem retint une expiration frustrée.

—Il est adorable. Et tellement attentionné. Mais je suis déjà… beaucoup, pour lui. Je suis compliqué et… et… et… Bref, j’ai peur qu’il finisse par se lasser, alors bien sûr que je veux prendre soin de lui et l’intégrer le plus possible dans mes choix.

Maric lui lança un regard grave, eut un sourire un peu peiné, puis s’assit sur le fauteuil le plus proche et tapota l’accoudoir, faisant signe à son ami de le rejoindre. Edem obéit sans un mot. Un instant, le silence remplaça leur conversation, un peu dense, un peu tendu.

—Je ne crois pas que Mani te considère spécialement comme étant… compliqué, dit finalement Maric. Il t’adore, tout simplement. Il ne se lassera pas de toi facilement, je pense.

Edem hésita un instant, inspira profondément, se décida à se livrer.

—Ce n’est pas si simple, révéla-t-il. Je ne…

Il rougit secoua la tête.

—Je n’arrive pas à aller… « plus loin », avec lui. Je veux dire… Je n’arrive même pas à l’embrasser, ou à le laisser m’embrasser.

Maric le fixa avec sérieux. Au fond de ses yeux brillait un éclat attristé.

—Je m’en doutais, admit-il. On voit bien que tu as du mal à te laisser aller, que tu n’es pas à l’aise avec le contact physique, et Mani passe son temps à chercher ton approbation, alors qu’habituellement… on va dire que les câlins entre amoureux, c’est souvent plus spontané.

Edem baissa la tête, accablé.

—Je ne dis pas ça comme une critique ou un jugement ! précisa vivement Maric. Juste que je l’avais remarqué. Pour toi, ce n’est pas facile. Mani semble l’avoir compris, et il fait très attention à toi. C’est bien la preuve qu’il t’aime par-dessus tout, non ?

—Si, c’est vrai, souffla Edem. Mais justement. À un moment, si je n’accepte pas de me laisser aller davantage… Il risque d’en avoir assez, non ?

Maric lui offrit un sourire piteux.

—Je ne peux pas t’affirmer avec certitude que non, avoua-t-il. Mais Mani est quelqu’un de bien, et il te chérit si fort qu’à mon avis, il est prêt à se montrer très patient, à aller à ton rythme et à se plier à tes besoins, Edem. Et si vraiment ça te tracasse trop… Tu devrais peut-être en parler avec lui, simplement, non ?

Edem faillit répondre qu’ils en avaient déjà discuté, que Mani lui avait répondu exactement ce qu’il pensait. Mais c’était au début de leur relation. Depuis, ils évitaient le sujet. Ou du moins, ils ne l’avaient pas ramené sur le tapis, pris dans leur quotidien, dans leur ravissement, dans leur plaisir à être ensemble, malgré les obstacles.

C’était vrai, peut-être que le jeune calandre devrait livrer ses doutes et ses craintes.

Maniel pourrait alors le rassurer.

Cela leur ferait certainement du bien à tous les deux…

—Et si tu l’invitais à se joindre à nous ? proposa Maric. Il pourrait venir avec nous, cet aprem. Il serait comme une ancre, pour toi, non ?

Edem se mordilla les lèvres, hésitant.

—Je ne sais pas, répondit-il enfin. Je crois que ça me mettrait trop la pression. Je pense que je préfère d’abord m’approprier ma part… animale seul, pour être à l’aise. Du moins, pas seul, mais avec… avec…

—Avec ton clan, murmura Maric. Je comprends.

Qu’il le considère, si spontanément, comme appartenant à son clan toucha profondément Edem.

—Oui, conclut-il. Je vais parler à Mani, lui expliquer. Je préfère qu’on reste entre nous tant que je ne maîtrise pas mes transformations. J’espère juste… qu’il comprendra. Et qu’il ne sera pas trop déçu.

Maric lui sourit affectueusement.

—Oh, déçu, il le sera, il l'est toujours quand il ne peut pas être collé à toi, plaisanta-t-il gentiment. Mais il comprendra, Edem. Tu n’as pas conscience d’à quel point il t’adore. Il veut que tu sois à l’aise. Que tu ailles bien. Que tu t’épanouisses. Et tu sais… C’est un surnaturel, lui aussi. Il sait à quel point c’est important, de pouvoir être pleinement soi-même. Et il n’ignore rien, je crois, de ton passé, de tes problématiques, des obstacles que tu as traversés… Je me trompe ?

Non, il ne se trompait pas.

Évidemment que Maniel le soutiendrait dans son désir de reprendre possession de lui-même.

D’apprendre à contrôler, accepter, assimiler sa véritable nature…

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