Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 54 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 103 : un contrat magique

 

Edem resta une bonne heure blotti contre Maniel sans que personne n’ose ni parler, ni même bouger. Il se redressa finalement en entendant la voiture d’Adonn se garer devant la maison et la porte d’entrée s’ouvrir, annonçant le retour des deux Gardiens.

Sachant que les deux calandres voudraient lui parler, il finit par se redresser, inspirant aussi profondément qu’il le put.

—Qu’est-ce qui s’est passé, Edem ? lui demanda Collin en croisant son regard. Tu étais tranquillement allongé au sol, et d’un seul coup tu t’es mis à convulser, puis tu t’es assis et tes yeux étaient tout noirs. Tu ne bougeais plus, tu ne semblais plus nous entendre… Nous avons eu très peur pour toi.

—Je suis désolé, souffla Edem en baissant les yeux.

Maniel se glissa à nouveau derrière lui, l’étreignant encore une fois. Un court instant, le jeune calandre ferma les yeux, savourant le câlin tendre et un peu tremblotant de son petit-ami.

—Tu n’as pas à t’excuser, trésor, chuchota le beau chat en le serrant contre lui.

Edem prit le temps de respirer le plus lentement possible, se chargeant de la chaleur, de l’amour que lui insufflait son compagnon, avant de fixer à nouveau Collin de son regard sérieux.

—Je ne sais pas ce qui m’est arrivé, admit-il. D’un coup je me suis senti… Comment dire ? Comme happé par quelque chose. Et je me suis retrouvé… là-bas.

—Là-bas ? répéta Collin, étonné. Où ça ?

—C’était tellement réel, je croyais que j’y étais vraiment… expira son ex. J’étais… avec les Gardiens. J’ai assisté aux négociations. J’ignore absolument comment c’est possible…

Collin le fixait désormais avec surprise. L’étreinte solide de Maniel prouvait à quel point il était lui-même bouleversé.

—Je savais que tu avais d’immenses pouvoirs, fit une voix en direction de la porte. Mais j’ignorais que c’était à ce point, Edem.

Les trois hommes se tournèrent vivement vers Adonn, qui se tenait dans l’entrée du loft et les observait avec une tranquille acuité.

—Tu es… impressionnant, continua le nouveau venu.

Il offrit à Edem un sourire apaisant.

—J’imagine que je n’ai pas besoin de te résumer ce qui s’est passé ? demanda-t-il en s’avançant dans la pièce. On peut en parler ?

Edem se dégagea doucement de l’étreinte de Mani, hochant la tête. Adonn prit le temps de venir s’asseoir près d’eux, sans quitter le jeune calandre des yeux.

—D’abord, comment te sens-tu ? s’enquit-il avec une douce sollicitude.

Edem secoua la tête, se mordit les lèvres, puis haussa les épaules, souriant avec confusion.

—Ça va, admit-il.

—Qu’as-tu vu de notre rencontre ?

Le jeune calandre hésita.

—Tout, ou presque. Je crois.

Adonn opina gravement.

—Connais-tu le résultat de nos négociations ?

—Oui, souffla Edem.

—Ok, soupira Adonn. Qu’en penses-tu ?

Il ne semblait pas douter un seul instant qu’Edem ait pu réellement assister à cette rencontre. Cela paraissait fou à l’adolescent, mais d’un autre côté, Adonn avait toujours eu foi en lui et en ses capacités…

—Je… balbutia-t-il.

—Qu’est-ce que vous avez décidé ? demanda vivement Maniel, intervenant dans la conversation.

Adonn tourna son regard vers lui, lui sourit d’un air fatigué avant de fixer à nouveau Edem.

—Je suis prêt, affirma Edem. J’accepte la condition des harpies. Si c’est la seule solution pour qu’elles me laissent en paix… Alors je veux bien leur montrer mes souvenirs.

—Leur montrer tes… fit Mani. Mais Edem ! Tu ne vas pas revivre ça ! Je ne comprends rien, pourquoi les harpies veulent-elles…

—Mani, le coupa doucement Adonn. Il ne s’agit pas de faire revivre cette épreuve à Edem. Nous avons… engrangé ces souvenirs. Sans envisager de les réutiliser, mais par précaution, nous l’avons fait. Fenris les a enfermés dans un cristal de roche. Il nous suffit de le déclencher pour que quiconque puisse y accéder.

Edem baissa les yeux, un peu nerveux. On lui avait expliqué la manœuvre, il n’était pas très à l’aise avec, mais avait accepté en toute connaissance de cause, et il en était soulagé : il aurait détesté devoir revivre la déchirure occasionnée par la mort de ses parents. Même s’il était heureux d’avoir pu les « rencontrer » de cette manière-là, cela n’en avait pas moins été une épreuve, pour lui.

—Je suis d’accord, répéta-t-il.

Adonn acquiesça gravement.

—Nous aurons besoin de ta présence pour signer le contrat magique de non-agression, par contre. J’en suis désolé, j’aurais préféré que tu restes ici en sécurité, mais tu es nécessaire pour réaliser cet acte. Cependant, ne t’en fais pas, tu seras sous haute protection, bien évidemment, et…

—C’est trop dangereux ! protesta Maniel en étreignant soudainement Edem par-derrière. C’est trop risqué !

Edem se tendit un peu entre ses bras mais ne résista pas à sa poigne. Il comprenait les inquiétudes de son petit-ami, il les partageait un peu aussi.

Il avait peur, bien sûr qu’il avait peur.

Mais il voulait que cela s’arrête.

Il voulait signer ce maudit contrat, et passer à autre chose.

—Tout ira bien, promit Adonn. Je serai à ses côtés. Il sera entouré de guerriers solides et de mages puissants. Il ne lui arrivera rien. Je te le jure sur ma propre vie, Mani…

Cela sembla calmer un peu le beau chat qui, quand Edem assura à nouveau qu’il était prêt, n’objecta pas davantage.

Ce soir-là, les deux adolescents parlèrent beaucoup, partageant leurs émotions, leurs craintes. Edem raconta plus en détail à son petit-ami ce à quoi il avait assisté, et celui-ci parut un peu moins anxieux.

Une fois le bouleversement passé, ils se blottirent l’un contre l’autre, échangèrent des petits baisers très tendres avant de céder à la fatigue.

Ils dormirent profondément, jusqu’à tard dans la matinée. Ils prirent le temps d’émerger, de papoter, de s’enlacer avant de quitter leur lit. Edem avait besoin de ne pas stresser, et le comportement plus qu’affectueux de Maniel l’aidait énormément à ne pas penser à la rencontre qui se déroulerait en début d’après-midi.

Un peu avant le moment de partir, Mani exigea d’être de la partie, ce qui lui fut refusé. Fenris et Aelis étaient passés chercher Adonn, Airy et Edem, pour les escorter jusqu’au lieu du rendez-vous, et le dragon fut très ferme, à ce sujet :

—Déjà, nous n’avons pas de place pour toi, asséna-t-il.

—Je peux prendre ma mobylette… argua le beau chat.

—C’est tout de même non, Mani, gronda Fenris. Hors de question de te mettre en danger.

—Mais Adonn a dit qu’Edem ne risquait rien ! En fait c’était juste du flan !

—Non. Nous avons pris nos précautions, le concernant. Mais toi, tu nous gênerais, et tu risquerais de faire déraper les choses. Et puis nous devons nous concentrer sur sa protection.

—Mais…

—De toute manière, tu n’es pas un Gardien, Mani, conclut le dragon. Grandis, deviens un Gardien. Et ce jour-là, tu seras le bienvenu parmi nous.

Ces mots-là vexèrent très visiblement le concerné, qui cessa de protester, mais sembla très angoissé de laisser son petit-ami partir sans lui. Edem, quant à lui, préférait ne pas impliquer son compagnon, aussi fut-il rassuré de le laisser derrière lui.

Le trajet en voiture lui parut bien trop long. Quand il arriva au café, encadré par les Gardiens qui l’accompagnaient, il sentit une boule nouer sa gorge à lui en faire mal. Il craignait ce moment, même s’il avait su, étrangement, rester calme, cette fois-ci…

D’autres Gardiens étaient là, et les harpies étaient déjà arrivées également. Tout le monde s’était installé en terrasse. Le petit groupe rejoignit les autres, et Fenris se plaça à côté d’Edem, tandis qu’Agis se rapprochait pour être à la droite de l’adolescent.

—Voici Edem, démarra Adonn de sa voix toujours si tranquille.

Fenris sortit un magnifique cristal d’une pureté incroyable.

—Et voici ses souvenirs.

—Je suis d’accord pour vous les confier, dit Edem, comme on le lui avait demandé.

Il se sentait tout petit, et très apeuré, face à ces créatures qui avaient décimé les siens, mais il se sentait plus assuré qu’il ne l’avait jamais été.

Et il se savait bien entouré.

Une des harpies récupéra le cristal, l’étudiant des yeux.

—Je vous expliquerai comment vous y connecter, promit Mylena. Nous avons notre accord ?

—Quelle preuve avons-nous qu’il s’agit bien des souvenirs de ce calandre ? rétorqua une autre des harpies.

La sirène haussa les épaules.

—Vous pouvez y avoir accès tout de suite, si vous le souhaitez, mais je vous le déconseille. Le contrat magique est basé sur ces souvenirs. Si nous vous mentions, il serait brisé. Vous le savez, n’est-ce pas ?

Les harpies se concertèrent un instant, se détournant pour parler entre elles. Elles semblaient très méfiantes, ce qu’Edem comprenait. Il était, en leur présence, extrêmement mal à l’aise, il avait hâte que tout cela s’achève, et qu’il puisse s’en aller de là.

Il souhaitait ne plus jamais les voir.

Tourner les talons, et oublier.

Ou au moins laisser totalement le passé au passé.

Or, tant qu’il avait une telle menace sur le dos, ce n’était pas possible.

—Très bien, fit celle des harpies qui semblait être la cheffe. Nous sommes prêtes.

Tout le monde se tourna vers Edem, qui cacha ses mains tremblantes sous la table et opina.

—Moi aussi, affirma-t-il de la voix la plus assurée qu’il put prendre.

—Bien, expira Adonn. Procédons au contrat de non-agression, dans ce cas. Edem, pose ta main paume vers le haut sur la table, s’il te plaît.

Celui-ci obtempéra, luttant contre la bouffée d’angoisse qui montait en lui.

—Voici les mots que chacun d’entre vous doit prononcer, dit Mylena : « je m’engage à cesser les hostilités avec toutes les parties qui lient ce contrat. Aucun acte violent ne pourra être perpétré envers les autres contracteurs. Nous sommes tous liés par un pacte de non-agression, que nous respectons sous peine d’en subir les conséquences. Si quiconque venait à briser ce contrat, son cœur stopperait sur-le-champ de battre, et son âme serait perdue à tout jamais. »

Ces mots firent frissonner Edem, qui pourtant les répéta quand la sirène le lui demanda. Puis, une à une, les harpies apposèrent leurs paumes sur la sienne et psalmodièrent avec sérieux les mêmes paroles, jusqu’à la dernière.

Pendant ce temps, Fenris remuait doucement ses doigts, créant entre les différents participants des chaînes qui seraient plus solides que tout. Edem les percevait nettement, il s’agissait de fils dorés qui les liaient tous ensemble.

C’était beau et un peu inquiétant à la fois, même s’il savait que ce pacte le protègerait de toute forme de débordement, et ce pour toujours.

Quand enfin la dernière harpie ôta sa main, Edem sentit un lien puissant enserrer son poignet, puis la pression se détendit. Il réalisa alors qu’il n’avait pas lâché la dernière des harpies du regard. Et celle-ci le fixait avec autant de force.

C’était fini.

Edem était en sécurité.

Et même s’il était face au peuple qui avait cruellement massacré le sien, il n’en éprouvait étrangement aucune haine, aucune colère.

Juste du soulagement.

Un peu de tristesse, et beaucoup de fatigue, aussi.

Ses pensées se dirigèrent vers Maniel. Il avait envie de le voir.

De se blottir dans ses bras.

De lui dire qu’il l’aimait et que, désormais, tout irait bien.

Il ne guérirait pas de ses blessures et de ses traumatismes facilement, mais il avait enfin l’avenir à ses pieds.

Il était libre.

Totalement et pleinement libre.

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