Calandre (French Edition)
Chapitre 72 : réveil amoureux
Edem se réveilla au matin profondément enfoncé dans une bulle de chaleur qui le fit soupirer d’aise malgré lui. Il ne put malgré tout pas s’empêcher de tressaillir en réalisant qu’il s’était endormi dans les bras de Maniel, et qu’au cours de la nuit, tous les deux n’avaient fait que se rapprocher, au lieu de reprendre leurs distances. Ils étaient fermement enlacés, et si c’était vraiment agréable, en émergeant Edem ne pouvait qu’en éprouver une petite bouffée d’angoisse.
Cependant, celle-ci fut étouffée dans l’œuf lorsqu’il croisa le regard de son petit-ami, qui sortait lui aussi de sa douce torpeur. Les deux yeux jaunes qui l’observaient amoureusement firent battre son cœur plus vite. Les deux prunelles sombres qui étincelaient de bonheur ne purent que le rasséréner.
Quant au sourire du beau chat…
Il était tellement craquant.
Oui, décidément, aussi anxieux Edem fût-il, il n’en était pas moins empli de ravissement et de bonheur, aux côtés de Mani.
Et tellement serein, au final…
—Coucou, toi, souffla son compagnon avant de bâiller à s’en décrocher la mâchoire. Hmmm je n’avais pas aussi bien dormi depuis mon enfance.
Son sourire se fit espiègle.
—J’allais souvent squatter le lit d’une de mes sœurs, quand j’étais gosse. Après notre fuite de Hongrie, et comme on devait toujours se déplacer, j’avais souvent peur, et puis j’étais triste qu’on soit parti sans mes parents. Tu sais, ce sont de beaux salauds, mes parents, mais je n’ai jamais réussi à les détester. J’avais même pas sept ans quand on a quitté le pays, ils me manquaient beaucoup. Même s’ils n’étaient jamais là, à l’époque, et qu’ils ne nous aimaient pas vraiment, du moins je crois. Mais des parents… ça reste des parents, j’imagine. Enfin, je dis ça, certains de mes frères les détestent à mort, et…
Edem ne put s’empêcher de pouffer devant la volubilité de Maniel, ce qui stoppa ce dernier dans son monologue.
–Quoi ? demanda le beau chat dans un petit rire troublé.
—Rien, rien… fit Edem en lui offrant un sourire taquin. Je me disais que même au réveil, tu ne peux pas t’empêcher d’être bavard comme une pie.
—Haaaan, c’est méchant, ça ! s’esclaffa Maniel, apparemment pas du tout vexé.
Il se redressa brusquement, plaçant son visage au-dessus de celui du jeune calandre. Son sourire était si large qu’il montait jusqu’à ses yeux brillants. Malgré sa beauté et leur complicité du moment, Edem sentit son souffle se couper lorsque son petit-ami se rapprocha drastiquement de lui. Mais d’un coup, Mani s’arrêta net puis s’éloigna lentement, l’air un peu penaud.
—Pardon, expira-t-il en lançant un regard désolé à son compagnon. Je me suis laissé emporter par ma fougue naturelle.
Edem se redressa, s’asseyant sur le lit, remontant ses jambes le long de son torse. Il les étreignit de ses bras sans quitter Maniel des yeux.
—Tout va bien, répondit-il d’une voix un peu hésitante. Tu n’as rien fait de mal.
—Je n’ai pas respecté ton espace intime, souffla son vis-à-vis. Je dois faire plus attention à toi. Je suis trop extraverti, trop tactile, j’ai l’habitude de beaucoup chahuter avec mes amis, et…
Edem ne put s’empêcher de faire une moue de dépit qui coupa Maniel dans ses explications.
—Quoi ? bredouilla ce dernier.
—Rien, soupira le jeune calandre. Je me demandais si tu avais déjà… Avec Amalia…
—Oh, bafouilla Maniel en rougissant.
Sa main s’accrocha à sa nuque alors qu’il prenait un air franchement confus.
—Heu, oui, du coup, on a déjà couché ensemble, admit-il. Mais on n’est qu’amis, promis.
Edem acquiesça gravement. Il ressentait une émotion floue, désagréable, qu'il ne connaissait pas et qui le rendait très nerveux.
—Mon p’tit cœur… ça va ? lui demanda gentiment son petit-ami.
—Ou… oui, balbutia Edem en s’empourprant. Je me demandais… Est-ce que c’est ça qu’on appelle…
Il baissa la tête, détournant le regard. Il était très gêné. Mais il était intrigué par sa propre réaction, il voulait savoir.
—La jalousie ? murmura-t-il.
Il sursauta sauvagement quand des doigts effleurèrent très doucement les siens, redressa le visage, croisant les yeux pétillants de son compagnon.
—Si ça peut te rassurer, moi aussi j’ai ressenti de la jalousie quand tu m’as parlé de Collin, expliqua le beau chat. C’était la première fois de ma vie que j’éprouvais ça. Enfin, j’ai déjà été jaloux d’un de mes frères, des bêtises dans ce genre, mais c’est très différent. Pour moi, en tout cas, ça l’était.
Edem piqua un nouveau fard. Il contempla son petit-ami avec autant de surprise que d’espoir.
—Tu es… jaloux de Collin ? répéta-t-il.
Maniel sembla hésiter.
—Pas vraiment de Collin en soi, conclut-il. De la relation que vous avez entretenue ensemble, et qui semble te tenir tellement à cœur. Quand tu en parles, ça me fait un drôle de petit pincement, là…
Il tapota sa poitrine, offrit à son vis-à-vis un sourire penaud.
—J’imagine que quand on est très amoureux, c’est difficile de ne pas être au moins un peu possessif ?
Les joues d’Edem le brûlaient atrocement, mais savoir que Maniel était passé par le même genre d’états que lui le rassurait énormément.
—On se bouge ? proposa gentiment le beau chat. J’ai faiiiiiim !
Il s’étira de tout son long, et Edem ne put s’empêcher de le fixer avec fascination. Mani lui offrit un sourire charmeur qui accéléra les battements de son cœur. Pour cacher un peu son embarras, le jeune calandre se leva vivement, quittant le lit pour attraper de nouveaux vêtements.
—Tu veux des habits propres ? bredouilla-t-il.
—Non, ça va, je vais remettre ceux d’hier. Ça ne te dérange pas si je garde ton boxer, par contre ?
—Oh, heu, non, bien sûr, bégaya Edem, un peu gêné.
Il s’enfuit rapidement avec ses vêtements, s’enfermant dans la salle de bain pour se changer, ne pouvant s’empêcher d’imaginer Mani en train de s’habiller. En entrefermant les yeux, il pouvait presque voir ses jambes fines et blanches, aux muscles nerveux et souples. Ses longs doigts si gracieux remontant son pantalon. Son torse si mince alors qu’il changeait de t-shirt. Ces idées qui s’incrustaient dans sa tête le faisaient furieusement rougir, et il finit par se cacher le visage entre les mains, embarrassé par ses propres fantaisies.
Il aimait vraiment beaucoup trop Maniel.
Trop pour que son petit cœur fragile ne risque pas de lâcher de bonheur et d’excitation à l’idée qu’il était désormais…
Son petit-ami !
Cette simple pensée le fit tressaillir de joie.
D’émotion.
D’espoir.
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