Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 17 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 66 : un amoureux attentionné

Cinquième partie : ombres du passé,

 

lumières de l’avenir

 

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Chapitre 66 : un amoureux

attentionné

Le visage enfoui dans les plis du sweat-shirt de Mani, Edem se sentait apaisé.

Bouleversé, aussi, par cet échange qu’il venait d’avoir avec son ami.

Il s’était livré à lui, entièrement, ou presque. Il l’avait fait en mots pudiques et discrets, sans jamais s’étendre sur ce qu’il avait subi, mais il l’avait fait.

Et s’il avait souhaité ne jamais parler de tout cela, et oublier, simplement oublier, maintenant que c’était dit, il se sentait soulagé d’un poids immense.

Oh, cela ne changeait pas son passé.

Les traumatismes vécus existaient toujours.

Sa fragilité restait réelle, il le savait.

Il se sentait épuisé et un peu brisé, mais la manière dont Mani l’avait accueilli, sa façon de réagir, qui prouvait à quel point il tenait à lui, avait fait un bien fou à Edem.

Il avait même ressenti un léger pincement de jalousie, chez le beau chat, quand il lui avait confié sa relation avec Collin, et loin de le contrarier, cela lui avait fait plaisir.

N’était-ce pas la preuve que Maniel l’aimait si fort qu’il était un peu frustré de savoir qu’Edem avait partagé ce genre de connexion avec quelqu’un d’autre ?

D’un autre côté, le jeune homme n’avait absolument pas critiqué la liaison débridée que le calandre avait eue avec Collin. Il ne s’était autorisé aucun mot négatif, que ce soit pour Edem, ou pour l’adulte.

Il n’avait simplement rien dit.

Se contentant de l’écouter.

Cela avait fortement ému Edem, qui ne parvenait pas à prendre la décision de se redresser. Il était trop bien, dans les bras de Mani.

Il ne voulait pas les quitter.

Pas s’éloigner de sa chaleur.

De sa tendresse.

Il sentait les lèvres du beau chat appuyées contre son crâne, et cela aussi lui faisait un bien fou.

Et en même temps… cela secouait des choses, chez Edem.

Remuant un peu, il se lova plus encore contre son ami, refusant de le lâcher. Il sentit ses joues rougir alors qu’il visualisait la bouche de son compagnon perdue dans ses cheveux.

Il n’avait pas osé le dire à Maniel, mais lui aussi, il avait envie de l’embrasser depuis longtemps.

Pourtant… quand le jeune homme lui avait volé un baiser, il l’avait mal vécu.

Il avait angoissé.

En vérité, la pression des lèvres de Maniel contre les siennes lui avait fait un choc immense. Il passait du temps à rêver de ce genre de rapprochement, dans le secret de son cœur, et il n’avait franchement pas pensé que ce serait aussi bouleversant, pour lui.

Un simple baiser.

Pourquoi avait-il réagi de la sorte ?

À la fin de sa relation d’avec Collin, il était parfaitement conscient de tout. Il avait retrouvé son humanité. Pourtant, embrasser Collin, faire l’amour avec lui, se laisser pénétrer, prendre les rênes de leurs étreintes, échanger mille caresses avec son amant ne lui avait pas semblé compliqué, au contraire.

C’était naturel.

Spontané.

Il le désirait si fort que c’était un continuel volcan d’émotions et de stimulation qui lui brûlait les veines.

Mais c’était vrai, la liaison qu’il partageait avec Collin, il l’avait engagée à l’époque où il était corbeau. C’était donc quelque chose qui était ancré dans son corps, dans ses habitudes.

Collin faisait partie de lui, en quelque sorte.

Et puis son amant était différent des autres. Il était comme lui. À cette période, Edem s’était si fort reconnu en lui, si fort raccroché à lui. À ses yeux, ils étaient similaires. Il s’était laissé sombrer en lui, s’était accroché à son âme, avait presque totalement fusionné avec lui.

Au fond, il ne savait même pas vraiment ce qu’il éprouvait pour Collin. Un amour profond, certes, mais était-ce un amour « amoureux » ? Il l’ignorait. Il avait surtout l’impression qu’ils n’avaient formé qu’un, tous les deux.

Simplement.

Alors oui, forcément, ce qu’il ressentait pour Maniel était très différent.

C’était très angoissant.

C’était beau, c’était pur et fort, cela le secouait sur ses fondations. Il avait conscience de leurs différences, à tous les deux, des limites de leurs corps, de leurs âmes.

Et même si cela l’émerveillait, même si cela l’euphorisait, cela le terrifiait aussi profondément.

Alors quand Mani avait posé ses lèvres sur les siennes, la sensation n’avait rien eu à voir avec les caresses avides et passionnées échangées avec Collin. C’était plus doux.

Plus puissant.

Cela avait réveillé en lui tous les démons de son passé.

Toutes ses peurs.

Sa crainte d’être touché.

Son dégoût de lui-même, à l’époque où Jules le violait.

Et, finalement, cet effroi qu’il avait de se perdre encore, de laisser les émotions l’engloutir jusqu’à ce que le corbeau reprenne le dessus.

Jusqu’à ce qu’il n’existe plus.

C’était étonnant, car il avait aimé la période où sa conscience avait sombré. Il n’en avait que des souvenirs positifs. Le corbeau avait été enthousiasmé par sa liberté, il avait ressenti comme jamais Edem n’avait ressenti.

Le vent, le froid, la caresse de l’air dans ses plumes.

La pluie sur son visage.

Les parfums de la forêt, ceux de la ville.

Ses perceptions avaient été différentes, et elles avaient été magiques.

Ne parlons même pas des étreintes avec Collin. Il s’en souvenait très bien. C’était un peu flou, c’était viscéral plus qu’intellectuel.

C’était un florilège de plaisir, de volupté, d’extase.

Un torrent de passion.

Une soif continuelle qui le traversait encore et encore, et qu’il assouvissait sans honte.

Sans doutes.

Sans pudeur.

Maniel remua contre Edem, et ce dernier retint un lourd soupir avant de se décider à se redresser. Son regard fut aussitôt capturé par les yeux jaunes de son ami, qui le fixaient intensément.

Presque avidement.

Il y avait, au fond des prunelles du beau chat, un mélange d’amour et de désir qui fit rougir le jeune calandre malgré lui. Aussitôt, un sourire léger s’épanouit sur les lèvres de son vis-à-vis, faisant accélérer le cœur d’Edem. Des doigts repoussèrent doucement ses cheveux, caressant sa peau avec une tendresse infinie.

—Je te trouve vraiment magnifique, souffla Mani.

Il y avait un peu de timidité, dans sa voix, comme s’il n’était pas certain que ses mots soient bien pris. Il était précautionneux, ce qui touchait profondément Edem.

D’un autre côté, ce dernier adorait la spontanéité de son ami, et le voir prendre autant de pincettes le frustrait un peu. Il baissa le visage, ses joues le brûlant atrocement.

—Moi aussi, je te trouve très beau, avoua-t-il dans un souffle.

Il sentit les doigts de Maniel frissonner contre sa tempe. Celui-ci ne répondit pas, lui laissant le temps de reprendre empire sur lui-même. Enfin, Edem releva courageusement la tête, et il contempla son compagnon avec émerveillement.

Il pensait sincèrement ce qu’il avait dit.

Il avait eu un coup de cœur pour le physique de Mani, autant que pour son caractère solaire, à la fois enthousiaste et attentionné.

—Dis, Mani… bredouilla-t-il, ses yeux fuyant ceux de son ami.

—Oui ? répondit gentiment l’interpellé en capturant délicatement sa main dans la sienne.

—Tous les deux, on est…

Edem se tut, se mordit les lèvres.

C’était sans doute idiot, de lui demander s’il pouvait le considérer comme son petit-ami. Ça ne se demandait pas, pas comme ça, et puis il n’était même pas capable d’accepter qu’il l’embrasse, il avait du mal à le laisser le toucher, même de manière purement platonique…

Avait-il le droit de percevoir Maniel comme son petit-copain ?

Avait-il le droit de le lui imposer ?

—Edem, souffla le beau chat, cherchant son regard.

Aussitôt, l’intéressé sombra à nouveau dans ses prunelles étincelantes.

—Est-ce que tu veux bien sortir avec moi ? s’enquit Mani. Je n’exigerai rien de toi, rien du tout. On irait à ton rythme. On n’aurait pas besoin de se comporter d’une certaine manière, peu importe ce qu’on peut habituellement penser de ce qu’est un couple. J’aimerais juste…

Il se mordit la lèvre à son tour, offrit à son compagnon un sourire un peu penaud.

—Ça me ferait tellement plaisir de pouvoir te considérer comme mon copain. Et que tu me perçoives comme ça aussi… Enfin, je dis ça, tu n’en as peut-être pas du tout envie, c’est juste une proposition et…

—Mani ! le coupa Edem dans un souffle.

Celui-ci se tut et le fixa d’un air un peu implorant. Edem lui offrit un sourire timide.

—J’en ai très envie, révéla-t-il. Mais j’avais peur que tu te sentes bloqué, avec moi, puisque…

Il détourna nerveusement les yeux.

—Tu sais, chuchota-t-il. J’aimerais tellement t’embrasser. Passer tout mon temps collé à toi. Et… et peut-être même aller plus loin, avec toi, mais…

Maniel se rapprocha soudainement de lui, le faisant taire. Son front se posa tout doucement contre le sien. Sa respiration se mêla à la sienne.

Il était si proche…

C’était euphorisant et angoissant à la fois.

—Je sais, Edem, murmura-t-il. Je ne te demande rien. Je n’attends rien de toi. Je vais être très patient, je te le promets. Et même si tu n’arrivais jamais à… à passer au-dessus de tes blocages, tant que je peux être à tes côtés, tant que j’ai le droit de t’aimer…

Sa main pressa plus fort la sienne, qu’il n’avait pas relâchée.

—Rien que ce genre de moments ensemble, ça me plaît infiniment, avoua-t-il.

—C’est… c’est vrai ? balbutia Edem.

—Oui, c’est vrai…

—Mais ce n’est pas… frustrant, pour toi ?

Le beau chat émit un petit rire attendri.

—Si, admit-il. Je ne vais pas dire l’inverse. Si je t’ai embrassé, l’autre jour, c’est parce que je n’en pouvais plus de me retenir. Mais j’ai appris ma leçon. Je ne veux jamais te faire de mal, Edem. Tu comptes beaucoup plus, à mes yeux, que de simples désirs futiles et bassement terrestres.

Ces mots touchèrent le jeune calandre droit au cœur.

Ils vibraient de sincérité, d’amour, de bienveillance.

Maniel le chérissait profondément, assez pour l’accepter entièrement, malgré ses pots cassés innombrables.

C’était émouvant à en pleurer.

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