Calandre (French Edition)
Chapitre 69 : reconnexion
Finalement, Edem s’était calé dans les bras de Maniel, dos à lui, et il lui avait demandé s’il était d’accord pour qu’il appelle Collin dans cette position.
—J’ai envie que tu me serres contre toi pendant cette conversation, avait-il révélé. Je crois que ça me ferait beaucoup de bien.
—Bien sûr, trésor, avait affirmé le beau chat. Mais ça ne te dérange pas que je vous entende ?
Edem avait lancé un regard intense à son compagnon.
—Je n’ai rien à te cacher, avait-il répondu. Je t’ai avoué tous mes secrets. Pas en détail, mais tu sais tout de moi… Tu es le seul.
Il savait qu’il avait touché Maniel droit au cœur. Celui-ci l’avait étreint avec une force remplie de douceur et de tendresse, et Edem s’était décidé à tenter de joindre Collin.
Alors que le téléphone sonnait, il était un peu anxieux. Pourtant, il ne doutait pas, et appeler son ex-amant, dans ces conditions, lui semblait une évidence. Lui qui avait toujours eu terriblement peur de lui parler, lui qui craignait tellement que, s’ils avaient une conversation orale, il ait envie de le supplier de venir le chercher…
Oh, Collin lui manquait, et il aurait voulu le revoir.
Il souhaitait que celui-ci vienne lui rendre visite, un jour prochain.
Mais il n’avait pas la moindre envie de retourner à Toulouse.
Il n’y avait rien, pour lui, là-bas.
C’était peut-être dur, de penser cela alors que Collin l’aimait si fort, et qu’il était sans doute très malheureux de l’avoir perdu, mais c’était la réalité.
Sa vie était à Lunel.
Son cœur était à Lunel.
C’était aussi simple que cela.
Quand son ex décrocha, il tressaillit malgré lui. La poigne de Maniel se resserra doucement sur lui, le rassérénant énormément.
—Edem ? souffla Collin au bout du fil. C’est toi ?
L’interpellé resta un moment silencieux. Toute une foule d’émotions et de sensations le percutait soudain, amenant les larmes aux portes de ses yeux.
La gorge nouée, il se sentait incapable de parler.
—Edem ? répéta Collin. Tout va bien ?
—Ou… oui, souffla finalement l’intéressé en papillonnant des paupières. C’est bien moi, Collin. Je suis… désolé de n’avoir pas été capable de t’appeler avant.
L’homme, à son tour, marqua un silence.
—Ne t’excuse pas, Edem, dit-il finalement. Ne t’en fais pas pour moi. Tu avais besoin de temps pour t’adapter, et pour couper les fils tissés entre nous. Comment vas-tu ?
Edem déglutit difficilement. Il pleurait à chaudes larmes, il se sentait triste, et pourtant la présence de Mani, son amour, sa tendresse lui faisaient un bien fou.
—Ça va, murmura-t-il.
—Adonn m’a dit que tu avais passé des moments difficiles, fit Collin. Tu n’as pas voulu m’en parler, mais je t’avoue que je me suis inquiété. Tu te sens mieux ?
—Oui, admit Edem. C’est vrai, j’ai passé quinze jours très compliqués. Je me suis vraiment senti très mal, mais ça m’a aidé à dénouer certains nœuds.
Il avait conscience que, derrière lui, Maniel s’était un peu tendu. Ses derniers mots lui firent pousser un soupir de soulagement discret. Le calandre se cala davantage contre lui, posa sa main sur la sienne, noua ses doigts aux siens.
—J’ai rencontré quelqu’un, révéla-t-il.
—Oh ? lança Collin. Tu te fais des amis ? En dehors de la maison des Coroné-Munin ?
—Oui, expira Edem. Des amis et… un amoureux.
L’étreinte de Maniel se fit plus ferme. Il le sentait bouleversé. Il l’était aussi.
Au bout du fil, Collin se tut un instant.
Il devait sans doute être triste.
—Je suis… content pour toi, affirma-t-il finalement d’une voix remplie d’affection. Comment s’appelle-t-il ? Vous êtes ensemble ?
—Il s’appelle Maniel. C’est un métamorphe chat, et c’est la gentillesse incarnée. On est ensemble, oui, depuis aujourd’hui seulement. C’était difficile, pour moi, de me rapprocher de lui, d’accepter qu’il ait envie de se rapprocher de moi. Mais il est d’une patience infinie.
—C’est bien, répondit l’adulte d’une voix sereine.
Serein, il ne devait pas l’être, mais il savait se maîtriser, et il avait toujours priorisé Edem.
Il le faisait encore aujourd’hui, quitte à sacrifier ses propres sentiments.
Cette pensée fit monter de nouvelles larmes aux yeux du jeune calandre.
—Tu sais, Collin… Je t’aime. J’ai adoré les mois passés à tes côtés, même si c’était… particulier. Vu que je n’étais pas totalement conscient. Mais je me souviens de tout, et je connais la valeur de ce qu’on a partagé. Merci d’avoir été là pour moi, constamment. Merci pour tout l’amour que tu m’as donné. Merci de m’avoir fait découvrir… que le sexe pouvait être agréable.
Il sentit à nouveau Maniel se crisper. Quant à Collin, il se tut, et Edem se doutait qu’en cet instant, il se demandait de quoi il parlait. Il était incapable de lui avouer qu’il avait été violé, à de si nombreuses reprises, parce qu’il savait que son ex en serait détruit.
Qu’il en souffrirait profondément.
Il ne voulait pas le rendre plus malheureux encore qu’il ne l’était.
Il n’était pas temps de se confier, pas à ce sujet.
—Edem, tu… souffla Collin.
—Tu sais, j’aurais aimé que ce soit toi, qui m’adoptes, le coupa l’interpellé. Ma vie en aurait été très différente. Avec toi, j’aurais eu une bonne vie. D’un autre côté… j’aime tellement notre relation. Ce qu’on a partagé. Ce qui reste, et ne disparaitra jamais, même si j’ai bien compris que tu veux que je suive ma voie, et que celle-ci n’est pas à tes côtés. Tout ce que j’ai vécu m’a mené jusqu’à Lunel, et j’en suis heureux. Ou du moins… je sais qu’ici, je pourrai être heureux.
—Oui, soupira Collin. Je n’en doute pas.
—Mon passé a été horrible, de bien des manières. Mais je préfère quand même que tu n’aies pas été mon père, parce que je chéris tout ce qu’on a partagé, et que ça m’aurait… sans doute manqué.
L’adulte émit un rire troublé, rauque, peuplé de larmes contenues.
—Je ne crois pas que ça aurait été le cas, Edem, avoua-t-il. Mais je suis heureux qu’on ait partagé tout ça ensemble, toi et moi. Je t’aime, et chacun des moments que nous avons vécus ensemble est gravé au fond de moi. Depuis que tu es parti, j’ai retrouvé ma solitude, mais étrangement, je me sens plus entier, plus vibrant qu’avant. Sache-le. Je sais que tu te sens coupable de m’avoir laissé derrière toi, mais il n’en est rien. Tu m’as fait beaucoup de bien, Edem. Énormément.
Ces paroles émurent Edem si fort qu’il se mit à sangloter doucement. Aussitôt, Maniel le serra davantage contre son cœur. Ses doigts s’agrippèrent aux siens, lui insufflant son amour, sa tendresse.
—Tu sais, Collin… dit-il finalement en reniflant. Je te remercie d’avoir toujours veillé sur moi. Je sais à quel point c’était dur, surtout avec ma mère qui te rejetait et te traitait… comme un pervers pédophile. C’était horrible, et tu aurais pu m’en vouloir, mais tu as toujours tout fait pour rester quand même près de moi, même si c’était de loin. Et je sais que tu as pris de gros risques quand j’ai débarqué chez toi…
—C’était mon rôle, je te l’ai dit, je te le redirai aussi souvent qu’il le faudra, Edem. Et j’ai aimé veiller sur toi. J’aurais voulu le faire bien davantage.
Le jeune calandre acquiesça, puis souffla un oui un peu brisé. Il se sentait épuisé, et en même temps, euphorique, touché, soulagé.
—Edem… reprit Collin. Est-ce que tu as eu la possibilité de repenser aux créatures qui t’ont poursuivi, au village, avant ton départ ? Je ne veux pas te forcer la main. Mais je crois que c’est important qu’on sache ce qui s’est passé. Sans chercher à t’inquiéter, il est possible que ces monstres te cherchent encore.
—Je… je sais, bredouilla Edem. Je vais essayer de les dessiner ce soir, promis.
—Ne t’y oblige pas, mais sache qu’il faut qu’on fasse le point à ce sujet. J’en ai parlé avec Adonn, qui a prévenu les Gardiens de Lunel. Tu as entendu parler d’eux ?
—Oui, je sais qui sont les Gardiens.
—Ils ont été mis au courant. Apparemment, Lunel est protégée. Donc normalement tu ne risques rien.
—Oui, expira Edem.
—Mais ça les aiderait d’en savoir plus sur ce qui s’est produit, quand tu y seras prêt. On n’affronte jamais aussi bien un ennemi que quand on le connaît.
Edem inspira comme un noyé.
—Ou… oui, bredouilla-t-il.
—Peut-être que c’était une coïncidence, ceci dit, dit vivement Collin. Peut-être qu’ils ne te cherchent pas, qu’ils n’en ont pas après toi.
—Non, dit fermement le jeune calandre. Je le sais, j’en suis sûr. C’est moi qu’ils cherchaient.
—Ok, souffla son ex. Je te crois. Alors il faut qu’on se prépare à les affronter, si besoin.
—Oui, je vais le faire, promit Edem.
—Ok…
—Dis, Collin…
Le jeune calandre hésita avant de se lancer :
—J’aimerais que tu viennes me rendre visite, quand tu le pourras.
Un blanc, au bout du fil, lui répondit. Il entendit l’adulte se racler la gorge avant de répondre.
—Je viendrai, Edem. Je te le promets. Laisse-moi encore un peu de temps, d’accord ?
Le cœur serré dans sa poitrine, Edem opina.
—Oui, renifla-t-il, ses larmes coulant à nouveau. Tu peux prendre tout le temps dont tu as besoin.
—Merci, Edem, fit la voix, douce, un peu lasse de Collin. Je vais te laisser, d’accord ? À moins que tu aies besoin de parler davantage ?
—Non, je… j’ai un invité à la maison, révéla l’adolescent en rougissant.
Derrière lui, Maniel l’agrippa amoureusement.
—Merci, Collin, pour tout ce que tu as fait pour moi, soupira Edem. Et pour tout l’amour que tu m’offres.
—C’est normal, fit l’interpellé dans un rire cassé. Bonne soirée, Edem, prends soin de toi. Et fais-moi plaisir… Sois très heureux, d’accord ?
Ces mots avaient dû lui arracher le cœur, mais il les avait prononcés malgré tout.
Parce que rien, jamais, n’avait compté à ses yeux autant qu’Edem.
Il avait toujours privilégié son bien-être.
Son bonheur.
Edem raccrocha, se laissa aller contre Maniel, qui l’enserra gentiment. Il ferma les yeux, laissant les larmes le déborder. Il se sentait épuisé.
Vidé.
Mais, dans le creux de la chaleur de Mani, il était aussi apaisé.
C’était un sentiment bien nouveau.
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