Calandre (French Edition)

Aurélie Chateaux-Martin · Chapitre 5 sur 62

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Calandre (French Edition)

Chapitre 54 : retrouvailles

 

Juché sur la mobylette que ma famille m’a offerte un peu en avance pour mon anniversaire (histoire que je puisse être indépendant pour aller à l’école), je trépigne littéralement. Je n’arrive pas à tenir sur ma selle, tellement j’ai hâte de revoir Edem.

Celui-ci m’a confirmé sa présence à l’atelier d’art cet après-midi.

Je veux le voiiiiiir !

Après la discussion que j’ai eue avec Auriel, j’ai envoyé un message à mon nouvel ami, non pas pour lui redemander s’il serait là, mais pour m’extasier sur son dessin de moi. Je suis trop en amour avec son portrait de moi, franchement. Je l’adore.

A alors démarré une conversation légère et complice, comme nous avons déjà, en si peu de temps, pris l’habitude de les échanger, et Edem en a profité pour me glisser qu’il viendrait au cours.

Vous imaginez à quel point j’ai sauté de joie.

Littéralement, en poussant un cri enthousiaste et en dansant la java dans ma chambre, ce qui m’a valu une intrusion de Jude, qui venait voir ce qui se passait. Quand il a compris mon état, il m’a frotté les cheveux d’un geste taquin et m’a révélé que me voir aussi heureux et aussi amoureux le touchait beaucoup. Ça m’a un peu embarrassé, mais au fond, je suis ému que ma famille tienne autant à moi, même si je n’en ai jamais douté.

Le bonheur de chacun d’entre nous compte énormément, à nos yeux.

Pas un n’échappe à cette douce bienveillance, à cet amour immense que nous nous portons tous.

Alors évidemment qu’ils sont ravis de me voir m’épanouir de la sorte.

Même si mon histoire… est loin d’être gagnée.

Ça ne m’empêche pas d’être dans tous mes états, et absolument euphorique à l’idée de retrouver Edem.

Qu’importe si c’est compliqué, entre nous.

Qu’importe qu’il me faille prendre mon temps, prendre mon mal en patience, trouver son rythme et accepter ses fragilités, ses difficultés, ses réticences.

C’est vrai que c’est frustrant.

Mais j’aime Edem tel qu’il est, du moins, de ce que je connais, perçois, devine de lui.

Je suis prêt à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’il se sente bien, pour le voir épanoui.

J’aimerais apercevoir une fois le même genre de sourire, sur son visage, que celui qu’il a dessiné sur le mien sur son esquisse.

Est-ce qu’il sait sourire de cette manière-là ? Peut-être pas. Peut-être que ça n’arrivera jamais. Je ne sais rien de son passé, mais ce que j’aperçois de lui, c’est qu’il a vécu de lourdes épreuves, ça, au moins, c’est une certitude.

Il est possible qu’il s’agisse du genre d’épreuve qui vous empêche de jamais sourire sans retenue.

Je crains un peu ce que je risque de découvrir sur lui en me rapprochant de lui. Parce que je n’ai pas envie de savoir qu’il a souffert.

Même si j’y ferai face, quoi qu’il porte comme lourd bagage.

Je ne fermerai pas les yeux pour mon propre bien-être. Je ne l’ai jamais fait pour ma famille, après tout, et parmi les miens, certains ont aussi tellement souffert. Amael, notre aîné, particulièrement. Il a beau avoir toujours tout fait pour nous cacher sa détresse, nous la connaissions malgré tout.

Je dépose mon véhicule dans le parking à deux roues avant de traverser l’école en trottinant. Je fais tout mon possible pour ne pas me mettre à courir à toutes jambes vers ma destination, et franchement, ce n’est pas facile ! Je n’ai qu’une seule envie : arriver au plus vite, pour revoir Edem.

Même si je ne sais même pas s’il est déjà arrivé…

J’espère que si, parce que sinon, je serai atrocement déçu !

Je n’ai pas envie de ronger mon frein en l’attendant.

D’un autre côté, je crois qu’il serait soulagé que je sois là avant lui, que je puisse l’accueillir. Il avait l’air rassuré de me voir, les fois précédentes. C’est comme si j’étais déjà un repère, pour lui.

C’est vraiment très touchant, je dois le dire.

Alors que je traverse le jardin, je suis pris de l’envie de courir vers l’orangerie quand une voix féminine bien connue m’interpelle derrière moi.

—Hey, Mani, où tu galopes comme ça ?

Je stoppe mon avancée et me retourne pour sourire à Amalia qui me rattrape, colle un baiser sonore sur ma joue et glisse son bras dans le creux du mien.

—Laisse-moi deviner, dit mon amie, un sourire espiègle aux lèvres. Le petit Edem de ton cœur vient cet aprem…

Je ne peux m’empêcher de rosir un peu.

Il faut savoir une chose, chez moi : je suis d’un naturel absolument sans gêne.

Du moins, d’habitude.

Visiblement, ce que je ressens pour Edem me fait perdre tous mes repères.

—C’est rare, de te voir embarrassé ! rit Amalia. Je crois même que c’est du jamais vu.

—Ferme-la, grognasse, je pouffe en détournant un peu la tête. J’y suis pour rien s’il me fait un effet que personne d’autre ne me fait…

—C’est vrai qu’il est mignon. Et intrigant. Et il a l’air tellement gentil ! Même s’il ne parle quasiment pas, donc c’est pas évident de se faire une vraie idée sur lui…

—Il est adorable, je réplique d’une voix enthousiaste. C’est vrai qu’il est archi timide. C’est même au-delà de ça. Je crois qu’il n’a pas eu une vie facile, tu sais. Il a l’air traumatisé, et j’ai l’impression qu’il a… je ne sais pas…

—Peur qu’on le rejette ? me propose mon amie.

—Oui, c’est ça… C’est vrai que tu perçois les émotions des gens, toi.

—Pas clairement, admet Amalia. Mais oui, je vois bien qu’il est terrifié par l’idée qu’on pourrait l’isoler. J’ai même l’impression qu’il craint qu’on se moque de lui, ou qu’on lui fasse du mal… Ça ne m’étonnerait pas du tout qu’il ait été harcelé à l’école, dans le passé.

J’acquiesce, une boule nouant ma gorge.

—Moi non plus, j’expire. Et puis il dégage une énergie particulière, non ?

—Oui, comme tous les calandres. Au-delà de son mal-être qui est presque palpable, je veux dire. C’est vrai que les calandres ne sont pas faciles d’accès, ce n’est pas leur faute, mais ils ont cette aura un peu spéciale qui les entoure, et qui touche même les surnaturels. Alors les humains… n’en parlons même pas. Il n’a jamais vécu dans une communauté de surnaturels, n’est-ce pas ?

Je secoue la tête.

—Je ne crois pas, non. Il m’a dit qu’il avait grandi parmi les humains.

—Le pauvre… murmure Amalia. Enfin, j’ai rien contre les humains, mais c’est tellement dur, pour nous autres, d’être isolés et de devoir cacher qui on est vraiment…

Je me passe de lui révéler qu’Edem n’était même pas au courant qu’il était des nôtres avant… apparemment il y a quelques mois seulement.

—Je sais ce que c’est, je réponds. Après tout, notre famille aussi a vécu dans le monde humain, sans contact avec d’autres surnaturels. C’est en partie pour ça que je n’allais pas à l’école avant d’arriver à Lunel…

Mon amie opine avec sérieux. Comme nous arrivons à l’orangerie, nous nous taisons et nous pénétrons dans le bâtiment. Mon cœur fait un véritable looping dans ma poitrine quand j’aperçois Edem déjà présent. Celui-ci est trois quarts dos à moi. Il a les épaules crispées, les bras serrés contre son torse. Il est à côté de Maric, un peu en retrait. Tous les deux sont entourés d’autres jeunes qui discutent avec eux. Ou plutôt, avec Maric, parce qu’Edem n’a pas l’air super à l’aise, mais il semble vouloir faire un effort pour s’intégrer malgré tout.

J’éprouve un petit sursaut de fierté en m’apercevant que tout le monde, ici, essaie de l’intégrer même s’il est timide et renfermé sur lui-même.

Mes potes et camarades sont géniaux.

J’adore cette communauté soudée à laquelle j’appartiens.

Le visage d’Edem se tourne soudain vers moi, ses yeux cherchent les miens, puis se posent sur le bras d’Amalia toujours accroché au mien. Aussitôt, il détourne le regard et rougit, l’air mal à l’aise. Mon palpitant se serre un peu fort dans ma poitrine. Je me débarrasse d’Amalia sans façon et me dépêche de rejoindre Edem. Je n’entends même pas la protestation taquine de mon amie.

Je suis entièrement focalisé sur Edem.

Il est là.

Je suis trop content.

Son attention se tourne à nouveau vers moi, et ses joues rosissent davantage. Ses yeux brillent d’espoir et de joie, ce qui me rend horriblement heureux.

—Hey, coucou, toi, je lui dis doucement. T’es là, c’est trop bien !

Les joues d’Edem s’empourprent encore plus, ce que je n’aurais pas pensé possible, vu comme il était déjà cramoisi.

Il est beaucoup trop mignon !

Je suis trop en amour avec lui, franchement…

—Bonjour, Mani, bredouille mon vis-à-vis d’une voix vibrante de timidité autant que d’un ravissement presque visible.

Je lui offre un large sourire, sans chercher à dissimuler mon enthousiasme, ni mon léger embarras à me retrouver face à lui.

Oh, ce n’est pas que ça me gêne, c’est que mes émotions débordent de partout, là…

—Ça me fait trop plaisir que tu sois venu, je lui avoue.

Je me retiens de lever la main pour effleurer son visage du bout des doigts. C’est fou comme j’ai envie de le toucher ! Oh, j’ai toujours été très tactile, mais avec Edem… c’est différent.

C’est tellement fort que c’en est douloureux.

C’est comme un besoin viscéral de le prendre dans mes bras, de le caresser, de l’embrasser, de le protéger.

C’est intense et beau à la fois.

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