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Alexis Arend · Annexe

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JOSH

Alexis AREND

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Droits d’auteur – © Alexis AREND, mai 2017.

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Mon père avait coutume d’appeler ce coin du Montana « la larme d’un ange ». Je me rappelle que, tout jeune déjà, ce nom me fascinait. Et il ne cesse de me fasciner, aujourd’hui encore. J’imaginais un ange magnifique descendu du ciel pour se poser là, à la lisière de cette immense forêt, et dont les larmes auraient coulé pour donner naissance à ce lac singulier. Je crois, avec le recul, qu’aucun nom ne me semblera jamais plus beau, ni plus approprié aux événements de cette année-là…

Pratiquement chaque matin, avec mon frère cadet, Josh, nous courions peu avant l’aube pour admirer le réveil du lac. Les premiers rayons du jour se miraient sur cette vaste étendue polie, et lorsque le soleil commençait finalement à se dresser derrière les hauteurs teintées d’émeraude, la surface de l’eau étincelait comme un gigantesque miroir pailleté. Un somptueux paradis d’argent, entouré d’épicéas, de mélèzes et de monts verdoyants. Toute la vallée s’embrasait alors, auréolée d’une parure de fête, magnifiée par les innombrables feux de cette aurore de lumière et d’or.

C’était comme assister à l’aube première du monde, perpétuellement recréée. Le silence y était absolu. Une continuelle renaissance, enchanteresse et profondément bouleversante. Nous restions sans voix, muets d’admiration, contemplant debout, côte à côte, ce spectacle prodigieux, chaque jour que Dieu faisait…

Nous avions la chance d’habiter une maison isolée, presque une cabane, bâtie à proximité des berges du lac, à l’orée de la forêt. Nous nous sentions pour ainsi dire seuls au monde, privilégiés tels les premiers hommes, et nous étions les plus heureux qui soient. C’était notre chez-nous, notre jardin d’Éden, rien qu’à nous. Je lisais d’ailleurs de la joie, et une certaine fierté, dans le regard que notre père nous adressait en nous voyant nous élancer ainsi vers ce lac que lui-même aimait tant depuis sa propre enfance.

En réalité, je ne l’ai su que plus tard, vers l’âge de sept ans, le véritable nom de cet endroit était Swan Lake. Ça ne retirait rien à son merveilleux, ni à sa magie silencieuse. Le lac, très étroit et minuscule en comparaison de l’imposant lac Flathead, s’étendant quelques kilomètres plus à l’ouest, s’étirait tout en longueur en se courbant, et prenait la forme d’une longue larme qui donnait l’impression de s’écouler au pied de la forêt nationale de Flathead. Son eau était limpide et d’une pureté de source, le calme y était omniprésent. C’était un endroit idyllique, doux et paisible. S’y baigner était un plaisir inégalable pour les enfants que nous étions alors.

C’était l’été 1953, j’avais tout juste douze ans et mon frère Josh, dix ans. C’était quelques semaines avant qu’on ne le tue…

Je repense souvent à ce lieu empreint d’un bonheur oublié. Mon âme d’enfant s’est gorgée de ce panorama, à en éclater, au point que même aujourd’hui, je parviens à me le remémorer très distinctement. Je suis encore capable d’en retracer les moindres contours dans ma tête, je retrouve ses rives accueillantes, je ressens à nouveau la fraîcheur de son eau claire sur ma peau, et la douce tiédeur du soleil qui s’y reflétait. Je revois nos peaux dorées après des heures de baignade. Je revois mon père, je revois Josh. Et, à présent que me voilà bien âgé, lorsque parfois j’éprouve des difficultés à trouver le sommeil, lorsque, la nuit venue, le passé revient me hanter, c’est à Swan Lake que je songe. À cette larme d’un ange… Ces souvenirs lointains, enfouis en moi, me sont à la fois infiniment beaux, et infiniment douloureux…

Swan Lake, et cet été 1953…