Josh
Nous restâmes seuls dans le salon durant…
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Nous restâmes seuls dans le salon durant quelques minutes. Josh reprenait peu à peu des couleurs. De notre côté, Lena et moi ne trouvions pas grand-chose à nous dire après pareille aventure. Burt et Mme Randall, tous deux émus, finirent heureusement par descendre nous rejoindre. Mme Randall nous étreignit tant et tant, Josh et moi, que je crus étouffer entre ses larges bras charnus. Josh, surtout, ne put se défaire de ses embrassades que par l’intervention gênée de Burt. Lui-même n’osait nous témoigner la même affection démonstrative, mais je savais que désormais, il n’était rien au monde qu’il n’aurait fait pour nous. Lena, restée à l’écart, souriait elle aussi d’une joie sincère, et eut droit à sa part d’effusions affectueuses de la part d’une Mme Randall transie de bonheur.
– Maman, arrête, s’insurgeait Burt pour rire. Je pense qu’ils ont compris que tu leur étais reconnaissante… Ils n’oseront plus remettre les pieds ici, si tu continues…
Elle nous fit asseoir sur le canapé, nous servit une quantité gargantuesque de petits gâteaux accompagnés de verres de lait que, même sur le point d’éclater, nous n’osions refuser. Elle ne pouvait tenir en place. On aurait dit un bourdon virevoltant sans trêve d’une fleur à l’autre. Elle allait du salon à la cuisine, de la cuisine au cellier, et à nouveau du cellier au salon. Mme Randall nous répéta encore et encore que leur maison nous était désormais ouverte à tout jamais, que quoi que nous ayons besoin un jour, nous n’aurions qu’à demander, et que la famille Randall était aussi la nôtre, dorénavant. Cette gratitude m’émut autant qu’elle m’embarrassait. Je craignais que, tout à sa joie, Mme Randall ne puisse tenir sa langue auprès de la communauté d’Ellison.
– Mme Randall…, lui dis-je après un temps en tâchant de me montrer diplomate. Je voudrais vous demander une chose très importante...
Là, elle cessa subitement de s’agiter en tous sens et se résolut à prendre place dans le fauteuil qui me faisait face. Le bourdon s’était enfin posé.
– Je voudrais que vous me promettiez de garder tout ceci pour vous, repris-je. De ne jamais parler à personne de ce qui vient de se passer ici aujourd’hui…
– Mais pourquoi cela ? Ce que Josh a fait tout à l’heure est un véritable prodige !
– Je suis pas sûr que tout le monde en ville le prenne comme tel, maman, intervint Burt. Simon a raison, on doit promettre de se taire.
– Je comprends que tu sois inquiet, Simon, insista Mme Randall, c’est bien naturel. Mais ce dont Josh est capable ne devrait pas être caché, tu ne crois pas ? C’est un cadeau du Ciel qu’il porte en lui !
– Je ne veux pas qu’on le traite comme un animal de cirque, Mme Randall. Vous devez me jurer de ne rien révéler du don de mon frère, à qui que ce soit. Tout à l’heure, vous disiez que vous feriez n’importe quoi pour nous. Faites ça, je ne vous demanderai rien d’autre… S’il vous plaît, promettez !
Mme Randall me dévisagea avec une pointe d’hébétude puis finit par abdiquer.
– Très bien, dit-elle, comme tu voudras. Je ne dirai rien à personne, c’est juré. En revanche, je ne parierais pas que le docteur Grant fera de même. Il n’avait pas l’air dans son assiette, en partant...
– Il a promis aussi, dis-je simplement. Lena, toi non plus, tu n’en parleras jamais, n’est-ce pas ?
Lena me sourit et hocha la tête.
– Croix de bois, croix de fer ! Si je mens…
– Merci. Nous allons rentrer, maintenant. Tout ira bien pour ton père, Burt. Vous allez tous très vite retrouver votre vie d’avant. Le cauchemar est terminé...
À ces mots, ce furent de nouvelles effusions de larmes, de nouvelles embrassades de la part de Mme Randall, auxquelles nous ne pûmes nous soustraire qu’en nous glissant à marche forcée jusqu’à la porte d’entrée. Burt nous accompagna jusqu’au portillon et nous remercia une nouvelle fois, à sa manière, pudiquement.