Josh

Alexis Arend · Chapitre 40 sur 63

Pages du PDF

Josh

Sur le chemin du retour, Lena ne…

OceanofPDF.com

– 41 –

Sur le chemin du retour, Lena ne soufflait mot. Parvenue devant chez elle, elle nous salua brièvement et s’éclipsa. Elle ressentait, disait-elle, le besoin de rentrer chez elle et de repenser à tout ça à tête reposée. Cela faisait beaucoup à digérer, j’en étais conscient. Un vague sourire mélancolique sur les lèvres, je la regardai s’éloigner. Entre nous, désormais, les choses seraient peut-être différentes. Je devais me préparer à l’idée que, d’une certaine façon, je l’avais perdue...

– J’espère vraiment qu’on n’a pas déclenché quelque chose…, dis-je à Josh tout en marchant.

– Tu aurais préféré laisser mourir M. Randall ?

– Mais non, fis-je. Bien sûr que non…

À notre arrivée, grand-mère Lisbeth nous attendait sur le seuil de la maison. Sous l’ombre grise de l’auvent, sa silhouette étirée semblait plus maigre, moins voûtée qu’elle ne l’était en réalité. Elle avait impatiemment guetté notre retour. L’expression de son visage reflétait une vive contrariété.

– Vous voilà enfin ! s’exclama-t-elle. On doit sans tarder s’entretenir avec votre oncle et votre cousine. Dès ce soir. On ne peut plus leur cacher la vérité. Après ce que vous venez de faire, tout Ellison sera bientôt au parfum. Nous devons les mettre dans la confidence avant qu’ils ne l’apprennent par quelqu’un d’autre en ville. Les choses vont s’accélérer, elles deviendront rapidement incontrôlables…

La sagacité de la vieille femme me stupéfiait chaque jour davantage. Avant même que nous ayons ouvert la bouche, elle paraissait déjà tout savoir. Nous étions, à ses yeux, aussi transparents que de l’eau.

– Tout le monde a promis, murmurai-je en tentant d’y mettre une pointe d’assurance. Ils se tairont à ce propos, ils l’ont dit…

– Mon pauvre Simon, ça n’empêchera pas les rumeurs de se propager. Tout ça va se savoir, crois-moi, et très vite !...

– Tu penses donc que nous avons mal agi ? lui demandai-je, contrit.

– Je pense que vous n’aviez guère le choix, répondit-elle d’une voix adoucie. Et ce qui est fait est fait, de toute manière… Ne perdons plus une minute. Jane se repose dans sa chambre, et votre oncle ne tardera plus à rentrer. Restez ici, je vais prévenir Elena de ce qui se passe. On aura besoin de son soutien tout à l’heure…

– Ça s’annonce mal, pas vrai ?…, me glissa Josh sitôt que la porte d’entrée se fut refermée derrière elle.

J’acquiesçai d’un hochement de tête, soucieux. Après plusieurs minutes, la porte se rouvrit et tante Elena parut, suivie de grand-mère Lisbeth. Les visages des deux femmes trahissaient leur inquiétude. Celui de tante Elena était blême. Elle nous considéra tour à tour et nous ne savions si elle allait tout à coup se mettre à hurler ou s’effondrer en pleurs. Nulle d’entre elles ne nous adressa cependant de réels reproches. Elles se contentèrent de déplorer la malchance qui, très probablement, avait conduit à une telle issue.

– Et si vous nous racontiez ? demanda posément notre tante.

Tout en leur rapportant le déroulement des événements depuis notre départ du Milly’s, je prenais garde à ponctuer mes phrases d’un bref silence, afin qu’aucun détail ne leur échappe. Cela me permettait, de mon côté, de choisir avec soin la façon dont j’allais leur exposer les faits. Il fallait qu’elles se rangent à notre cause, même si nous avions rompu notre serment de ne pas divulguer nos dons. Lorsque j’en eus terminé, toutes deux se turent. Tante Elena réfléchit un moment, sourcils froncés, puis me dit :

– Mais… il y a quand même une chose que je ne comprends pas : comment Burt pouvait-il savoir, pour Josh ? Tu lui en avais déjà parlé ?

Là, mes lèvres esquissèrent involontairement une discrète grimace embarrassée. Il me fallut leur faire part de la fois où nous avions arraché Burt à une mort certaine, dans la forêt. Mon récit achevé, je guettai la pluie d’exclamations qui ne manquerait pas de survenir. Mais tante Elena, toute à sa réflexion, se contenta de soupirer longuement et décréta :

– Rien de tout ça n’est de ta faute, Simon. Tu ne pouvais rien faire d’autre, tu n’allais tout de même pas laisser mourir ce garçon dans les bois. Tout comme tu ne pouvais pas laisser mourir son père, à présent que Burt savait de quoi Josh était capable. Ça aurait été trop cruel…

– Qu’est-ce qu’on va faire, alors ? demandai-je, sensiblement soulagé.

– Comme ta grand-mère l’a dit, Mort et Jane doivent être mis au courant immédiatement, on n’a plus le choix. J’aurais aimé réussir à leur cacher indéfiniment ce petit secret de famille, mais il faut croire que le hasard en aura finalement décidé autrement. Il faudra leur raconter l’histoire comme tu viens de le faire, afin qu’ils comprennent la nécessité de telles décisions. En espérant qu’ils nous écoutent jusqu’au bout sans hurler ou éclater de rire, ou encore menacer de nous faire interner. Connaissant le côté très terre à terre de votre oncle, ça ne va pas être de la tarte…

Elle se contraignit à sourire, et son regard se perdit au bout de l’allée, près du portail d’entrée.

– Il ne devrait plus tarder, maintenant. Il termine toujours un peu plus tôt, le vendredi. Pourvu qu’il ne sache rien encore…

– Personne ne dira rien, je t’assure, insistai-je. Lena et les Randall ont promis, et même le docteur Grant.

– Espérons que tu aies raison, Simon. Mais tu sais comment se comportent les habitants des petites villes. Ça m’étonnerait beaucoup qu’une telle guérison miraculeuse passe inaperçue. Même si tous ceux au courant se taisent au sujet de ton frère, les gens vont se poser tout un tas de questions en voyant subitement réapparaître M. Randall. Son état de santé, tout le monde le savait, était bien trop grave pour une aussi soudaine et totale rémission. Au mieux, ils vont crier à l’intervention divine. Au pire, à la sorcellerie. Je m’attends à tout...