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Alexis Arend · Chapitre 49 sur 63

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Oncle Mort ne fut pas le seul…

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Oncle Mort ne fut pas le seul dont la matinée s’avéra éprouvante. Chaque lundi, tante Elena, accompagnée de Jane et parfois de grand-mère Lisbeth, se rendait au Grossett & Sons. Un jour ordinaire, et par une belle matinée d’été comme celle-ci, le trajet constituait une promenade agréable. Le sentier empierré qui menait à la ville offrait à voir un paysage bucolique, bariolé de fleurs sauvages, avec en toile de fond les premières avancées boisées de la forêt nationale de Flathead.

Or, ce jour-là, quelque chose avait changé. Dans les visages, pourtant familiers, qu’elles croisaient. Dans le comportement des habitants qu’elles saluaient. Étaient-ce ces regards en coin qu’elles pensaient déceler chez untel ou unetelle ? Étaient-ce ces chuchotements qu’elles croyaient surprendre çà et là ?

Beaucoup de gens maintenant savaient. C’était une évidence.

Elles pressèrent le pas.

Parvenues devant le magasin, elles se hâtèrent de se faufiler à l’intérieur, à l’abri de tous ces yeux scrutateurs. À peine entrées, tante Elena, Jane et grand-mère Lisbeth sentirent un grand silence glacial se poser sur elles et les envelopper. Ils devaient être une douzaine, massés autour de la caisse enregistreuse, parlant à voix basse, comme s’ils fomentaient un mauvais coup.

Des regards suspicieux, derrière leurs paupières plissées, se tournèrent vers elles. Les langues cessèrent aussitôt de s’agiter.

– Bonjour tout le monde, dit tante Elena d’un ton détaché.

Aucune réponse ne vint en retour, aucun sourire, à peine un salut vaguement poli de la part des Grossett. On ne leur posa aucune question, en dépit des interrogations qui se bousculaient sur toutes les lèvres. On les servit prestement.

– Sortons d’ici, maman, chuchota Jane, mal à l’aise, à l’oreille de tante Elena.

Elles ne se le firent pas dire deux fois. Ces gens, leurs voisins, leurs amis, les considéraient aujourd’hui avec un œil méfiant. Elles quittèrent l’établissement moins de dix minutes après y être entrées.

À un moment donné, le sentier menant à notre maison rencontrait un ancien pont en pierre qui enjambait un minuscule cours d’eau. Les soirs d’été, l’eau scintillait sous la lune en s’enfuyant jusqu’aux rives du grand lac. C’était un endroit paisible et relativement isolé car en retrait du village. Pour prévenir toute chute dans ce ruisseau, on y avait fait édifier un parapet. Ce lundi-là, quatre ou cinq gamins de onze à treize ans s’y étaient rassemblés, assis de part et d’autre des deux parapets du pont, sans rien avoir à faire pour tromper leur ennui.

Vous vous demandiez sans doute ce qu’il était advenu des fameux Cogneurs, l’ancienne bande de Burt Randall, depuis la cuisante correction que Lenny avait infligée à Burt ? Eh bien, ils s’étaient tout simplement trouvé un nouveau chef de meute : Lenny lui-même.

L’affreux blondinet se tenait au milieu d’eux, une expression indéfinissable sur les traits. Ses nouveaux acolytes affichaient un air provocateur, défiant ouvertement les trois femmes du regard sitôt qu’elles furent pratiquement parvenues à leur hauteur. Certains eurent même une attitude déplacée envers cousine Jane et tante Elena, étouffant à peine des ricanements, des murmures et des remarques irrespectueuses, obscènes. Les deux femmes se retenaient vivement d’en attraper un et de le noyer sous une pluie de gifles...

Au moment de passer devant lui, grand-mère Lisbeth échangea un long regard avec Lenny, une sorte d’intense joute silencieuse, qui parut s’éterniser. Ce fut Lenny, toutefois, qui baissa les yeux, et de son visage angélique disparut cet odieux sourire narquois. Un autre rictus grimaçant se forma alors sur ses lèvres juvéniles, et la vieille femme y lut le mot Sorcière !, à peine esquissé.

Et, dès que toutes trois se furent éloignées de quelques pas, leur parvint un discret chuchotement.

Sorcières…

Grand-mère Lisbeth et tante Elena se retournèrent, furibondes. Elles se contraignirent cependant à reprendre leur chemin sans entrer dans leur jeu, ignorant froidement l’injure.

Sorcières… Sorcières ! scandèrent des voix mauvaises derrière elles, de plus en plus fort.

Sorcières ! Sorcières ! Sorcières ! s’écriaient encore les Cogneurs, riant et vociférant, même lorsque les trois femmes ne furent plus en vue, ayant depuis longtemps dépassé le pont…