Josh
Le matin venu, il n’en subsistait qu’un…
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Le matin venu, il n’en subsistait qu’un malheureux tas de cendres grises, répandant des effluves piquants et une fumée blanche à des dizaines de mètres alentour. Josh, assis sur les marches du perron, contemplait silencieusement ces vestiges carbonisés. Une part de lui était changée. Pour la première fois, il me fut impossible de discerner ce qui causait son trouble, ce qu’il avait à l’esprit. Je vins m’asseoir près de lui.
– Est-ce que ça va ?
Il baissa la tête sans prononcer un mot, triturant une touffe d’herbe arrachée machinalement.
– Tout ça finira bien par s’arrêter, lui dis-je. Tu n’as pas à t’en faire, je t’assure.
– Ça ne s’arrêtera pas, me répondit-il. Pas tout de suite…
Je le dévisageai avec une certaine appréhension.
– Il y a quelque chose que tu voudrais me dire, Josh ? Quelque chose qui te ferait peur ?
Il laissa passer un long silence.
– Je crois que j’ai besoin de faire un tour…, dit-il pour finir.
– Attends ! Où tu vas ? Josh, tu sais que ce n’est pas très prudent, tu pourrais…
– Laisse-moi, Simon, il faut vraiment que je réfléchisse… Seul.
– D’accord, si tu veux…, dis-je, décontenancé. Mais fais bien attention, ok ?
Josh se leva et s’en alla, la tête basse, le visage fermé, les mains fourrées dans ses poches. Je le regardai s’éloigner lentement. Je me sentais préoccupé, angoissé. Je redoutais, au fond de moi, que les choses ne prennent plus mauvaise tournure encore… Je me redressai à mon tour pour regagner la maison. Au moment d’en franchir le seuil, néanmoins, je me retournai une dernière fois vers mon frère. Il me fit l’effet d’un petit bout d’homme perdu, rongé par de noires pensées qui n’étaient pas de son âge.
C’est là l’une des dernières images que je conserve de lui. Et, chaque fois que je repense à cet instant, mes yeux retrouvent le chemin des pleurs. Je voudrais alors l’arrêter ; lui crier de revenir vers moi afin que je le protège, le supplier de renoncer au projet insensé qu’il avait à l’esprit. Si seulement j’avais su. Si seulement j’avais été capable de lire en lui, comme je le faisais toujours…
Il disparut finalement de mon champ de vision.
À mon arrivée, toute la famille était réunie dans le salon, en grande discussion. Oncle Mort, ce matin-là, avait pris la résolution de fermer le garage pour une durée indéterminée. De retour auprès de nous peu après, il nous avait fait part de ses décisions. Il parlait de vendre le garage et la maison, et de déménager à l’autre bout du pays. Ainsi qu’il l’avait hélas pressenti quinze jours auparavant, pensai-je. Cette annonce précipitée fit l’effet d’un séisme, ébranlant toute la famille. En particulier moi. Je me sentais responsable de tout ce qui nous arrivait. Adieu, la maison familiale héritée de mon arrière-grand-père, ami de Buffalo Bill…