Josh
La « totale discrétion » ne survécut…
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La « totale discrétion » ne survécut guère plus de quelques heures. De promesse en promesse, le sceau sacré du silence fut maintes fois brisé, le parjure devint la faute la plus communément observée à Ellison durant ce fameux premier week-end d’août 1953. Comme une traînée de poudre, la rumeur se répandit que Nick Randall avait été arraché à l’éprouvante agonie qui l’attendait, non pas grâce aux soins prodigués par la clinique de Polson et encore moins par ceux du docteur Grant, mais par les mystérieux « pouvoirs » d’un gamin du village, âgé de dix ans à peine…
La moitié de la ville fut bientôt au courant, jasant, s’enflammant, amplifiant à chaque nouvelle version du récit la façon dont le « miracle » avait eu lieu. On en parlait comme de Moïse ouvrant en deux les eaux de la Mer Rouge, ou de Jésus commandant à un infirme de se lever et de marcher. Ellison possédait-elle elle aussi son messie ? Évidemment, à mesure que la journée s’écoulait, il ne fut plus question de promesse expresse de ne pas divulguer le secret. Tout au contraire, on s’empressait de très vite colporter l’étrange nouvelle à son entourage...
Durant les premières heures de cette singulière procession de commères, de chuchoteurs, l’un des rares à ne pas être affecté par tout ce remue-ménage fut le bienheureux Nick Randall lui-même. Le Miraculé d’Ellison, resté chez lui, recouvrait des forces et prenait des bains de soleil salutaires, paisiblement assis dans son jardin, savourant sa résurrection.
Lorsque son épouse reparut devant lui l’air penaud, affolée et consciente d’avoir probablement gaffé auprès de Mlle McFinn, il s’empressa de la questionner. Sa confession le fit entrer dans une violente colère. Felicity, effondrée, confuse, se proposa d’aller immédiatement avertir Mortimer de ce qu’elle avait fait mais Nick, bondissant de son siège, s’y opposa avec énergie :
– Surtout pas, tu n’es pas folle ?! Après qu’il nous a fait jurer sur tous les saints de nous taire, tu voudrais lui avouer que nous avons manqué à notre parole quelques heures à peine après ? Tu plaisantes ?! Non, il n’y a plus rien à faire. Si cette Margaret ne tient pas sa langue, elle non plus (là, il décocha un regard glacial, empli de reproches, à sa femme qui se ratatina davantage encore), c’est fichu. Alors, autant lui laisser croire que ce n’est pas de notre fait. Nous prétendrons être étrangers à cette sale affaire, tu entends ce que je te dis, Felicity ? Nous n’y sommes absolument pour rien, c’est clair ?
La pauvre Felicity Randall hocha la tête comme une chose honteuse, rabrouée par son époux furieux, puis fila sans mot dire jusqu’à la cuisine pour y ranger ses commissions, se faisant toute petite jusqu’à la tombée du jour, et même durant toute la journée du lendemain…
Le jour suivant, justement, l’insolite nouvelle continua de se propager partout en ville, mais de façon beaucoup plus discrète, plus sournoise. La rumeur enflait et avait maintenant atteint les plus sceptiques qui s’empressaient de fomenter des théories fumeuses. Elle faisait son lent travail, patiemment, comme un maigre cours d’eau dévié de son lit se répand partout où le chemin lui est favorable. Ainsi, au soir du 2 août, les trois quarts de la population d’Ellison n’ignoraient plus rien de la guérison inouïe de Nick Randall…