Josh

Alexis Arend · Chapitre 27 sur 63

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La cabane de Burt était de la…

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La cabane de Burt était de la belle ouvrage. Édifiée tout en hauteur, elle surplombait une bonne partie de la cime des autres arbres, offrant une vue splendide sur une vaste étendue de la forêt de Flathead. L’endroit était solidement bâti et, assez étonnamment, proprement tenu. Une échelle de corde impeccablement confectionnée y menait. On y avait certes quelque peu le vertige – Lena, surtout, qui prenait bien garde à ne pas se tenir trop au bord –, mais je dois avouer que c’était un véritable bonheur pour des gamins.

– Pourquoi ton père ne voulait pas que tu amènes tes copains ici ? demanda Lena.

– Il les aime pas, grommela Burt en triturant un papier d’emballage. Il les a jamais aimés, de toute façon. Il leur fait pas confiance. Je crois qu’il est content que je les vois plus. Vous trois, ça va, il sait que vous êtes pas comme eux.

– Et toi, t’en penses quoi ?

Burt haussa les épaules, la tête basse.

– J’en sais trop rien. Vous êtes moins nazes que j’imaginais, c’est pas la question, mais je digère pas la façon dont les autres m’ont laissé tomber… Je trouve ça bizarre. C’est pas sympa de leur part.

– Et tu ne les as pas revus, depuis ?

– Non, dit le rouquin en secouant la tête. Mais je peux te dire que si je les recroise, je leur dirai ma façon de penser, à ces foutus dégonflés…

Là, son regard se posa sur Josh, silencieux et qui donnait le sentiment d’être ailleurs, comme souvent.

– Dis, Simon, pourquoi ton frère est toujours comme ça ? Je veux dire… il a toujours l’air d’être dans la lune… Est-ce que c’est à cause de… tu-sais-quoi ?

– Je suis pas dans la lune, rétorqua alors Josh. J’entends tout ce que vous dites, et je comprends tout aussi. C’est juste que parfois, j’ai rien à dire.

– Et tu as bien raison, dit Lena avec malice. Parfois, certains ont la langue un peu trop pendue, hein Burt ?

– Oh, ça va ! ronchonna celui-ci.

– Vous ne voulez toujours rien me dire, alors ? soupira Lena.

– À propos de quoi ?

– À propos des allusions de Burt envers Josh, et aussi du fait que vous soyez subitement devenus amis alors que jusqu’à présent, vous étiez comme chiens et chats. Pourquoi je n’ai pas le droit de savoir ce qui se passe, à la fin ?

Il y eut un blanc. Silence embarrassé. Puis Josh suggéra :

– On pourrait lui dire, non ? On lui fait confiance, pas vrai, Simon ?

– C’est pas ça, évidemment qu’on lui fait confiance… Mais grand-mère Lisbeth m’a fait promettre de ne pas ébruiter tout ça !

– Si tu ne veux rien me dire, eh bien ne me dis rien, dit Lena en se levant, un rien vexée.

– Attends Lena, où est-ce que tu vas comme ça ?

– Je dois rentrer de toute façon, il se fait tard.

– Ouais, faisons ça, dit Burt en se redressant également. Moi aussi, il faut que je file. Je dois voir si ma mère est de retour.

– Vous me raconterez un jour, alors ? demanda Lena lorsque nous fûmes parvenus en bas.

– Oui. Un jour, on te dira tout, promis ! dis-je.

Au fond de moi, je mourais d’envie de la mettre dans la confidence, mais je craignais par-dessus tout que les rumeurs ne se propagent, en dépit de notre prudence. Et aussi, j’avais fait la promesse solennelle de ne rien révéler, à quiconque, de ce fameux don que la famille détenait. Il suffisait d’un faux pas, d’une indiscrétion malencontreuse pour que tout Ellison soit au courant en un rien de temps…

– Vous pensez que c’est un type du coin qui a pu faire ça ? nous demanda Burt tout en marchant.

– De quoi tu parles ?

– Ben… Toutes ces bestioles éventrées dont parlait M. Moriarty. Ça avait l’air de drôlement le tracasser, le vieux. En tout cas, moi, ça me file la gerbe rien que d’y penser… Ça devait vraiment être dégueu à voir !

– Quelqu’un d’Ellison ? Je n’en sais rien, dit Lena. Il faut vraiment être un monstre pour oser massacrer autant de pauvres animaux.

– Et avec tant de cruauté…, renchéris-je.

– En tout cas, poursuivit Burt, j’espère qu’ils attraperont ce type. Et que ce sera pas un gars d’ici. Vous imaginez ? Si jamais on apprenait que c’est le vieux Marsh, ou Mlle McFinn ? Je pourrais plus jamais manger de bonbons ou ouvrir un bouquin de toute ma vie…

– C’est probablement quelqu’un qui n’est pas d’ici, c’est quasi sûr, dis-je avec une réelle conviction. J’imagine même pas quelqu’un d’Ellison être capable de faire un truc pareil…

Je sentais néanmoins que Josh ne partageait pas mon optimisme. Plus encore que d’ordinaire, il restait prostré dans son mutisme tout en marchant à nos côtés, et il me paraissait clair qu’il était profondément inquiet.

– Et si c’était quelqu’un qu’on connaît ? demanda-t-il enfin. Pas forcément quelqu’un qu’on aime, mais qu’on connaît quand même ? On ferait quoi ?

Connaissant mon frère, je savais qu’il avait une intuition. Et toujours connaissant mon frère, je pressentais que son intuition devait sûrement s’avérer fondée. Ce qui me glaça les sangs…