Josh

Alexis Arend · Chapitre 56 sur 63

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Josh

Un battement de cœur après l’autre, à…

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Un battement de cœur après l’autre, à une cadence frénétique, comme un roulement de tambour. Des coups sourds qui martelaient ses tempes. Ce goût de sang qui s’attardait dans sa bouche, du fait d’avoir couru trop vite et trop longtemps. La douleur diffuse sur le côté, qui allait en grandissant, comme une lame de couteau plantée entre ses côtes. Le souffle qui faiblissait à chaque nouvelle inspiration. L’épuisement qui obscurcissait sa vision. La terreur qui enflait en lui. La perspective terrible de ce qui risquait d’arriver…

Josh s’arrêta de courir et se retourna.

Ils étaient déjà là. Juste derrière lui.

– C’est fini, Gilligan…, lui cria l’un des Cogneurs, reprenant sa respiration. Je te conseille de plus nous faire courir, ou sinon la correction sera encore plus salée, je te le garantis !...

La correction ? Quelle correction ? Ce n’était pas ce que Lenny avait en tête. Ce qu’il avait en tête, c’était…

Les Cogneurs entourèrent Josh, qui n’avait plus aucune possibilité de fuir, désormais. Il n’en avait plus la force. Lenny fit son apparition quelques minutes plus tard, sans empressement, son large sourire hideux sur les lèvres. Ce sourire épouvantable que ses sous-fifres ne semblaient même pas voir.

– Amenez-le près de la rive, leur dit-il.

– T’entends ça, Gilligan, ricana l’un de la bande. Tu vas pouvoir te rafraîchir un peu ! T’es content ?

Éclat de rire général. Seul Lenny ne riait pas. Il se contentait de poser sur Josh ses yeux singuliers, et dont l’iris si clair évoquait un ruisseau pris dans les glaces. Des yeux qui, à présent, paraissaient encore plus effrayants que d’ordinaire.

Josh se laissa conduire près de la berge sans résistance. Son seul espoir, à cette minute, était son frère. Simon. Allait-il venir à son secours ? Avait-il entendu sa peur l’appeler ?

– Foutez-lui la tête sous l’eau, ordonna Lenny.

On le saisit à quatre. Chaque Cogneur maintenait un de ses membres. Josh tenta désespérément de se débattre. En vain. Ils étaient plus forts, plus grands que lui. Simon, où restait-il ? Simon !...

L’eau était glacée. L’immersion brutale dans cet enfer liquide et le bourdonnement des remous étouffèrent le vrombissement sourd de son propre sang. L’espace d’un instant, sa peur se tut, comme anesthésiée. Puis elle refit surface, plus intense, plus acharnée, tandis qu’on lui sortait la tête hors de l’eau.

– Alors, merdeux, ça t’a fait du bien ? s’esclaffa Lewis Finch.

– Encore ! dit Lenny.

À nouveau cette sensation glaciale. Et aussi, cette lutte farouche pour éviter la suffocation, comme une rage impuissante. À cette rage succéda rapidement une irrépressible panique. L’eau, cette fois, s’engouffra dans ses narines, trouva son chemin jusqu’à ses poumons. Elle le brûlait partout où elle passait, comme une traînée acide. Josh toussa, suffoqua, toussa encore, recracha. Le souffle court, le nez dans les galets, il ne voyait pas ses tortionnaires qui le toisaient en ricanant. Ils le traînèrent par les cheveux et lui replongèrent la tête sous l’eau, une fois encore.

– Je pense pas qu’il oubliera cette leçon de sitôt, dit l’un des Cogneurs lorsqu’ils le ressortirent. Relâchez-le, les gars, avant qu’il ne pisse dans son froc !

– Non, dit froidement Lenny.

– Comment ça ?

– Remettez-lui la tête sous l’eau.

– Attends, Lenny…, dit timidement Finch. Je pense qu’il a compris, là. Le dernier coup, il suffoquait comme un dingue. On peut pas lui refoutre la tête dans la flotte, on va finir par…

L’œil de Lenny scintilla d’une noirceur indicible. Finch sentit sa gorge se serrer brutalement, comme si la main d’un ogre la comprimait jusqu’à la broyer. Ses yeux s’agrandirent d’épouvante.

– J’ai dit : remettez-lui la tête sous l’eau, répéta Lenny.

Les Cogneurs se dévisagèrent l’un l’autre, à présent hésitants. Est-ce qu’il était sérieux ? Quelques autres bains forcés, et Gilligan risquait de…

– Non…, se risqua à murmurer l’un d’eux d’une voix blanche. Lenny, je regrette, je peux pas… je peux pas faire un truc pareil !...

– Moi non plus…, balbutia péniblement un autre. On va finir par le tuer, si on continue…

– Et alors ? dit Lenny d’une voix sans timbre.

– Les gars… commença Finch. Je crois… je crois qu’on devrait tous vite foutre le camp d’ici…

– Si vous faites ça, leur expliqua tranquillement Lenny, je viendrai vous trouver. Un à un, la nuit. Écoutez bien ce que je vous dis : plus jamais vous ne serez en paix. C’est vraiment ce que vous voulez ?

– Je… je tuerai personne, moi… bredouilla Finch. Fais bien ce que tu veux, Lenny, moi je fous le camp d’ici, et je vous conseille à tous de faire pareil. Lenny, tu… des fois, t’es pas net, je t’assure ! T’es vraiment pas net !...

Alors Lenny esquissa un sourire grimaçant, un rictus monstrueux. Et, pour la première fois, les Cogneurs entraperçurent, durant un bref instant, son véritable visage. Blêmes comme des cadavres, ils reculèrent de quelques pas, transis d’effroi, avant de faire volte-face et de s’enfuir à toutes jambes.

– C’est ça, chuchota Lenny. Courez. Courez donc…

Josh, pendant ce temps, récupérait de son mieux.

– Tu… tu viens de perdre tes amis…, lui dit-il. Ils ne t’écouteront plus, maintenant !

– Sale cafard ! maugréa Lenny.

Plongeant la main dans la poche arrière de son pantalon, il en tira un couteau à lame large qu’il déplia avec nonchalance.

– Je n’ai aucun besoin de ces lâches, siffla Lenny, agitant le couteau devant le visage anxieux de Josh, faisant miroiter sa lame qui étincelait sous le soleil.

– Attila n’a pas eu le temps de pousser un hurlement, murmura-t-il à l’oreille de Josh. Et toi, est-ce que tu… ?

Le regard de Josh flamboya soudain d’une lueur nouvelle. Brusquement propulsé en arrière, Lenny s’écroula à terre et sa tête heurta une grosse racine. Sa main en lâcha le couteau, qui sombra dans les profondeurs du lac et coula à pic.

– Sale petite vermine…, ragea Lenny, se redressant, le front balafré d’une éraflure sanglante et les yeux scintillant d’une fureur animale.

Tandis que Josh redoublait d’efforts pour se remettre sur ses jambes, la main de Lenny, à tâtons, se saisit d’une grosse pierre et la lui jeta au visage. Josh, touché au front, s’effondra de toute sa masse. Lenny se redressa et se rua sur son ennemi. Alors que Josh reprenait ses esprits, il sentait la poigne implacable de Lenny qui, à califourchon sur lui, le maintenait au sol. Il ne voyait que ce visage hideux et grimaçant penché sur lui, et ces yeux abominables, emplis d’une haine démesurée… Il n’entrevit que trop tard la lourde pierre que l’autre serrait entre ses doigts.

La main qui tenait la pierre se dressa vers le ciel, puis s’abattit sèchement.