Josh
La peur de Josh m’avait mené droit…
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La peur de Josh m’avait mené droit au lac. Sur ma route, dans ma course effrénée, j’avais rencontré Burt. Je n’avais pas eu le temps de lui expliquer ce qui se passait, mais mon affolement était palpable.
– Viens avec moi au lac, Burt, Josh a besoin de nous ! lui avais-je lancé, sans interrompre ma course. Dépêche-toi, surtout ! Dépêche !...
J’avais filé comme jamais encore de toute ma vie. J’éprouvais cette désagréable impression de vertige, de nausée, mais je ne m’en souciais pas. Une part de moi n’en doutait plus : Josh courait un terrible danger. Cette perspective tragique accrut ma frayeur et me fit accélérer le pas davantage encore.
Tu devras veiller sur lui, Simon, pour éviter qu’il ne tombe entre les mains de mauvaises personnes, des individus qui lui voudront du mal…
Il y a déjà des ombres qui planent, Simon, je ressens leur aura… N’oublie pas ce que je t’ai dit : tu devras prendre soin de ton petit frère. Et il se pourrait que tu aies à le faire plus tôt que tu ne le penses…
Josh !…
J’avais presque atteint les rives du lac. Deux silhouettes se tenaient sur la berge. L’une à terre, l’autre penchée sur elle, brandissant quelque chose avant de l’abattre…
– Josh ! m’écriai-je, à bout de souffle. Josh !...
Me voyant surgir ainsi, celui qui avait frappé se releva en toute hâte et prit la fuite à travers la forêt. Lenny ! Des secousses violentes ébranlaient ma poitrine. J’étais sur le point de m’écrouler, mais je ne pouvais pas me permettre de reprendre ma respiration ; pas avant de m’être assuré que…
– Josh !
Le corps inanimé de mon jeune frère gisait sur les galets de la berge. Un hématome violacé, d’une taille impressionnante, lézardait son front.
– Josh ! m’écriai-je, hors d’haleine. Josh, tu m’entends ? Josh !...
Je n’osai le secouer, bien que tout mon corps me commandait de le faire.
– Josh, s’il te plaît, ouvre les yeux ! suppliai-je, totalement paniqué. C’est moi, c’est Simon !... Réponds-moi, Josh !
Une cavalcade derrière moi. Je tournai aussitôt la tête, bouillant de rage, prêt à nous défendre, mon frère et moi, contre quiconque. C’était Burt qui accourait à ma suite. Une expression horrifiée couvrit son visage rouge et en sueur.
– Ils l’ont… Regarde ce qu’ils lui ont fait, Burt… bredouillai-je, effondré. Josh, je t’en supplie, ouvre les yeux ! Je t’en prie !
Un faible tressaillement agita ses paupières. Mon frère, faiblement, tourna son visage meurtri vers moi. Il entrouvrit les yeux avec difficulté, me considéra avec douceur, et ses lèvres se parèrent d’un sourire discret.
– Je… je l’ai fait, Simon… Je l’ai… arrêté… J’ai… j’ai arrêté Lenny…
Je ne compris pas ce qu’il cherchait à me dire, et me contentai d’acquiescer par des hochements de tête, caressant son front ; j’étais juste heureux et soulagé que mon frère ait enfin repris conscience. Burt Randall s’était agenouillé tout près de moi.
– Oui, Josh, oui tu l’as arrêté. Tu l’as arrêté…
– Simon, je… je vais courir prévenir ta famille, me dit Burt, affolé. Leur dire où vous êtes, Josh et toi, et leur demander d’appeler les secours… J’espère qu’ils tarderont pas…
– Oui, vas-y, lui dis-je sans quitter mon frère des yeux. S’il te plaît, Burt, fais vite, d’accord ? Fais vite…
Josh, très affaibli, ne détachait pas son regard de moi, comme s’il tenait à graver cette image au fond de son âme. Sur ses lèvres pâlissantes se dessinait toujours cet énigmatique sourire. Puis, sa tête retomba tout doucement, s’affaissa au creux de mes bras. Il ferma les paupières.
– Josh, reste avec moi, t’entends ? lui criai-je. Josh, faut que tu t’accroches, les secours arrivent. On va t’aider, tu vas t’en tirer ! Je t’en prie, petit frère, me laisse pas ! Me laisse pas comme ça, pas sans toi !...
Ses lèvres livides frémirent imperceptiblement. Une larme timide naquit alors dans le creux de ses yeux. Était-ce une larme de tristesse à l’idée, peut-être, de devoir quitter ce monde trop tôt ? Ou une larme de joie, en sachant qu’il ne s’en irait pas sans avoir pu revoir une toute dernière fois un visage aimant, et non celui de ce monstre de Lenny ?
Je contemplai avec fixité cette perle fragile glisser lentement le long de sa peau. La dernière larme, sans doute, que verserait jamais mon frère tant aimé. La larme d’un ange. Ma gorge se noua subitement, et je m’abandonnai à la douloureuse tiédeur des pleurs. Je me refusais à croire que cela puisse se terminer ainsi ! Non, mon frère allait certainement se réveiller à nouveau, il… il se reposait simplement. Il récupérait un peu, voilà tout…
– Josh ! Josh ! Me fais pas ça, je t’en prie, je t’en supplie… balbutiai-je d’une voix inaudible.
Tu devras t’efforcer de le protéger de ton mieux, toujours. Il aura besoin de toi, Simon…
– J’ai échoué, grand-mère…, me lamentai-je, murmurant pour moi-même. Je n’ai pas pu sauver mon petit frère. Je n’ai pas pu…
De grosses larmes ruisselaient à présent sur mes joues. Des larmes brûlantes, si lourdes qu’elles noyaient mon regard et troublaient ma vue. Le cœur déchiré, je me mis à sangloter, sans plus pouvoir m’arrêter…
Josh était mort.