Josh

Alexis Arend · Chapitre 7 sur 63

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Quelque vingt minutes plus tard, nous ressortîmes…

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Quelque vingt minutes plus tard, nous ressortîmes de la boutique de M. Marsh. J’avais presque réussi à atténuer la grisaille poisseuse qui obscurcissait mon cœur depuis plusieurs jours. Cela ne devait pas durer. À peine avions-nous parcouru une trentaine de mètres que le garçon voisin de Lena, Burt Randall, nous accosta dans la ruelle. Il était, comme à l’accoutumée, accompagné de sa piètre bande de gros bras, qui se surnommaient eux-mêmes les « Cogneurs ». Ça vous donnait déjà un aperçu de leurs occupations pour tuer le temps. Et de leur niveau intellectuel.

J’imagine aisément que dans toutes les écoles de tous les villages et villes du monde, il y a un Burt Randall. La brute épaisse, le caïd de l’école, plus gros, plus fort et plus développé physiquement que tous ses petits camarades. Celui qui impose sa loi, qui terrorise ses congénères, même plus âgés que lui. Celui dont on a forcément eu vent avant même de poser le pied dans la cour de l’école, lors de notre premier jour. Celui dont les générations futures d’écoliers parlent comme d’une légende, celui dont elles se souviennent sans même l’avoir connu, de par cette singulière transmission orale, presque tribale. Eh bien, le nôtre, à Ellison, c’était Burt.

Burt était le fils du boucher d’Ellison, Nick Randall, et ressemblait de façon troublante à son paternel. Lequel ressemblait de façon troublante à sa marchandise. Gros, joufflu, la peau couperosée et très blanche, les cheveux rouquins frisés et pas mal de kilos qui n’auraient demandé qu’à se faire la malle. Avec un tel faciès, s’il n’avait été la brute de l’école, il en aurait sans nul doute été le souffre-douleur.

– Salut Lena, lança Burt en me toisant d’un œil torve. Avec les copains, on allait flâner en ville, ça te dit de te joindre à nous ?

– Non, pas vraiment, Burt, merci. Je me promenais avec Simon. J’allais rentrer, de toute manière.

Lena Case devait être l’une des rares, à l’école d’Ellison, à ne pas craindre ce lourdaud mal dégrossi de Burt Randall. Moi-même, je n’étais guère – enfin, moins que d’autres, en tout cas – impressionné par ses manœuvres d’intimidation savamment orchestrées. Du reste, je dois l’admettre, Josh et moi étions rarement la cible directe du caïd. Mais ce jour-là, la donne pouvait bien changer. J’étais en compagnie de Lena, et je percevais dans le regard sournois du rouquin que cela lui déplaisait considérablement.

– Tiens ? finit-il par lâcher. Gilligan ! Comment va ton demeuré de frangin ?

– Josh va bien, répondis-je d’un ton cassant. Et je te signale qu’il n’est pas demeuré.

Le costaud laissa éclater un rire tonitruant. Ses vassaux lui firent écho et s’esclaffèrent également.

– Bah, en tout cas, s’il est pas demeuré, c’est vachement bien imité, je trouve. Moi, je dirais qu’il est juste bon à enfermer. Eh, Lena ! Tu devrais pas traîner avec ce gars-là, il porte malheur !

– Qu’est-ce que tu racontes, encore ? Pourquoi tu dis ça ? s’indigna-t-elle.

– Bah ouais, t’as vu ce qui est arrivé à son vieux, non ? Je serais toi, je me tiendrais loin de ce corbeau. Des fois que sa poisse s’abatte sur toi…

Soudain hors de moi, je sentis tout mon corps se raidir. Je m’apprêtais à lui faire savoir ma façon de penser mais Lena, devinant ma colère, me devança et sa réponse me stupéfia :

– Qu’est-ce que tu peux décidément être idiot, Burt Randall ! T’es sûrement encore plus bête que t’es gros. Et si t’as si peur que Simon porte la guigne, tu devrais t’écarter de notre chemin, t’es pas à l’abri, à cette distance !

Un instant décontenancés, les sbires de Randall ne purent s’empêcher de pouffer mais le costaud, furibond, leur intima le silence d’un simple regard. Désarçonné par cette pique, il fut incapable de trouver à répliquer et frémit de fureur. Lena me prit la main et m’encouragea à passer au travers du groupe d’un air détaché. Sans même avoir à me retourner, je sentais la rancune couver en cette brute épaisse, et je savais qu’il n’en resterait pas là. À ses yeux, désormais, lui et moi étions en guerre, et il ne me ferait pas de cadeau. Mais pour l’heure, Lena m’avait évité une belle bagarre – et probablement une jolie correction, seul contre cinq ! –, et je fus admiratif de son sang-froid et de son courage. Je vous l’avais bien dit, cette fille était décidément unique !…