La stupeur
Chapitre cinquante-quatre
En chemin, des paysans travaillant dans les champs l’aperçurent et l’insultèrent en lui jetant des pierres. Iréna ne s’en effraya pas. Elle leur cria : « Jésus était juif. Son père et sa mère étaient juifs. Les Juifs assassinés ici sont la chair de notre chair. »
Plus elle parlait, plus les injures et les jets de pierres s’intensifiaient, et ce ne fut que vers midi, lorsque les paysans prirent leur pause pour déjeuner, que leurs hurlements cessèrent.
Une vieille femme s’approcha d’Iréna sur le chemin : « À quoi ça sert de parler comme ça aux gens, ma fille ? Tes paroles les font sortir de leurs gonds.
– Je suis obligée de le faire, petite mère. C’est impossible autrement, répondit Iréna d’une voix suppliante.
– Si tout le monde dit que Jésus est le fils de Dieu et qu’il n’a jamais été juif, pourquoi les contrarier ? Je suis allée à l’église toute ma vie, je n’ai jamais entendu un curé dire que Jésus était juif.
– Petite mère, le Nouveau Testament dit que Jésus était juif. Le ciel et la terre disent chaque jour que Jésus était juif. Peu importe ce que les gens racontent. Ce qui compte, c’est ce qui est écrit dans les Saintes Écritures.
– Et tu y crois, ma fille ?
– De tout mon cœur et de toute mon âme », répondit Iréna, remplie de joie que ces mots soient sortis de sa bouche.
Un paysan s’approcha, tandis qu’elles discutaient encore, et demanda : « C’est toi qui racontes que Jésus était juif ?
– C’est moi. »
Il flanqua deux gifles vigoureuses à Iréna, en disant : « Maintenant, tu ne répandras plus ces paroles d’hérétique. » Et il décampa.
Iréna s’écroula, le nez et la bouche en sang. La vieille femme s’agenouilla en essayant de stopper l’hémorragie avec un épais mouchoir.
« Comment te sens-tu ?
– Mieux.
– Reste un peu allongée. Ne te presse pas.
– Il faut que j’y aille.
– Où cours-tu ainsi ?
– Je veux voir le Vieux. »
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