Ovnis - Du secret officiel aux limites de la science
La « cellule spéciale »
Dans ce schéma (qui n’est, ne l’oublions pas, qu’une simple hypothèse de travail), le niveau d’implication maximum avec le phénomène ovni serait celui de ce que j’appelle la « cellule spéciale » (tout en haut) composée de militaires (M), de politiques (P) et de scientifiques (S). Nous pouvons même imaginer que dans certains cas, le pouvoir politique est nettement moins impliqué (ou même pas du tout impliqué) que ne pourraient l’être les militai res et les scientifiques. Les militaires et les scientifiques, membres de la « cellule spéciale », peuvent ne pas être enclins à partager certains « secrets » avec les hommes politiques. Il est d’ailleurs assez facile de comprendre cette méfiance vis-à-vis de la classe politique en général. Nous savons bien que les gouvernements successifs d’un pays ont souvent une durée de vie moindre que les État-major des armées de ce même pays. Nous pouvons imaginer que des hommes placés au sommet de la hiérarchie politique, comme le Président des États-Unis par exemple, ne soient pas entièrement informés de toutes les implications du phénomène ovni, voire même d’éventuelles transactions entre les extraterrestres et la « cellule spéciale » (degré 1 et degré 2 d’implication). Les informations recueillies et détenues par la « cellule spéciale » pourraient être d’une nature si étrange ou si « explosive », qu’elles ne pourraient pas être transmises directement à de hauts responsables élus dont le mandat n’a qu’une durée limitée. Ces élus, qui n’ont en définitive qu’une action éphémère et transitoire sur la société, peuvent ne pas être jugés aptes à recevoir ce type d’informations dont la nature pourrait dépasser tout ce qu’un homme ordinaire est capable de concevoir. Par ailleurs, les politiciens ne sont pas toujours des gens à qui on peut confier des « secrets » en toute sécurité. La cor ruption, le risque élevé de fuite, la fascination du pouvoir, les préoccupations d’ordre électorales et les ambitions personnelles, peuvent représenter des obstacles majeurs à la divulgation d’informations au sujet des ovnis auprès de la classe politique.
Le concept de « cellule spéciale » est très proche de ce qu’Edgar Mitchell appelait les « gens de l’intérieur », ou de ce que Steven Greer appelle la cabale, ou encore le « MJ-12 », cette organisation secrète qui s’était donnée pour mission de contrôler toute l’information concernant les ovnis et leurs occupants. L’idée sous-jacente à ce con cept, c’est que très tôt, au début des années quarante sans doute, lorsque les apparitions d’ovnis se sont multipliées et que des sites militaires sensibles ont été survolés, la nécessité de centraliser les informations et de les contrôler s’est imposée. Au fil du temps, ce concept s’est transformé et il a évolué vers une structure secrète totalement indépendante et située en dehors de tout contrôle politique. Elle est devenue un « état dans l’état » ou ce que certains appellent un « gouvernement de l’ombre » qui n’a de compte à rendre à personne.
Nous savons que la grande majorité des personnes employées par les agences du gouvernement américain n’ont pas accès aux informations classées au niveau « top secret ». Même le personnel qui est habilité à traiter des dossiers dits « sensibles » ne peut pas obtenir des renseignements précis au sujet des ovnis. Quant aux membres du Congrès américain, il est peu probable qu’ils puissent avoir plus d’informations que celles qui circulent actuellement dans les médias. Étant donné la lourdeur de l’appareil bureaucratique et le haut degré d’étanchéité ou de compartimentation qui règne entre les services de l’État, il est parfaitement concevable que même les plus hautes instances politiques des États-Unis ne sachent pas toute la vérité au sujet des ovnis. S’il existe certaines informations « étranges » au cœur de la réalité du phénomène ovni, il paraît évident que de nombreuses barrières empêchent d’accéder à ce type d’informations. Ne dit-on pas que la question des ovnis est classée par le gouvernement des États-Unis à un niveau de secret encore plus élevé que celui de la bombe H. Pour confirmer ce que nous avançons, il suffit de constater les résultats plutôt décevants de la loi de 1974 sur la liberté de l’information (FOIA : Freedom Of Information Act) qui n’a pas permis de faire toute la lumière sur ce sujet. Cette loi, sur laquelle les ufologues fondaient de grands espoirs, ne s’applique pas à la grande majorité des documents classés secrets. Et si par chance, ou plutôt à force de patience et de pugnacité, un chercheur obtient un document déclassifié, il sera vite déçu en voyant le texte de son document copieusement censuré par de larges bandes noires. Même si le document en question évoque plus ou moins le phénomène ovni, la quantité d’informations qu’il délivrera restera malgré tout assez faible.
Pour en revenir à notre organigramme (page 66), nous voyons que le niveau d’implication minimum avec le phénomène ovni serait celui de la société civile. Tout cela peut paraître très hiérarchisé et compartimenté, mais il ne faut pas oublier que l’information est une « matière première » très précieuse, et que le fait de détenir des informations représente un avantage dans notre société où la presse et les médias représentent ce qu’on appelle le « quatrième pouvoir ». Ceux qui détiennent l’information s’en servent bien souvent comme d’une « arme » ou comme un moyen de pression pour obtenir le résultat recherché. Certaines informations représentent un formidable pouvoir entre les mains de ceux qui en sont maîtres. Le pouvoir de l’information peut être exercé soit dans un sens constructif et positif, soit dans une optique de déstabilisation ou de destruction. En matière d’ovnis il est possible que l’information détenue soit d’une nature telle (haut degré d’étrangeté, grand pouvoir « corrosif » pour nos certitudes, potentiel élevé de désorganisation pour nos institutions), qu’elle impose à la « cellule spéciale » de la manipuler avec d’infinies précautions. Sans ces mesures de prudence, l’information détenue au sujet des ovnis risquerait de dés tabiliser complètement nos institutions, et à terme, de nuire gravement à la pérennité de notre civilisation.
Ce qu’il est important de remarquer c’est le type de rapports qui lient entre eux le sommet de l’organigramme avec sa base. On constate en effet que l’information concer nant le phénomène ovni est soigneusement filtrée et qu’elle est habilement entremêlée à de la désinformation. Je ne parle pas, bien évidemment, des informations qui sont conservées par les associations ufologiques privées, mais de l’information qui émane des instances officielles et des pouvoirs en place. Peu avant sa mort, Pierre Guérin, astro nome, astrophysicien, directeur de recherche à l’Institut d’astrophysique de Paris, écrivait dans son ouvrage intitulé OVNI, les
mécanismes 10 d’une désinformation : « Les scientifiques ne sont pas les seuls à contribuer à la désin formation du public sur le sujet (des ovnis). L’étude du dossier oblige à prendre conscience du fait que le phénomène a une composante politique et militaire d’une importance énorme. Pour des raisons que je m’efforce d’analyser en de nombreux endroits de ce livre, il existe dans le monde occidental, orchestrée depuis les États-Unis, ce qui ressemble à une entreprise officielle de désinformation consciente visant à déprécier, par différents procédés malhonnêtes, l’objectivité et la valeur probante des observations d’ovnis, fussent-elles les plus précises et les plus sûres. » Pierre Guérin ne stigmatisait dans son texte que les seuls méca‐ nismes de la désinformation. Nous pensons, cependant, que ces mécanismes sont beaucoup plus subtils qu’il n’y paraît, et qu’ils comportent aussi une part d’information, même si les éléments qui la composent sont soigneusement sélectionnés. Dans quel(s) but(s) est orchestrée cette information/désinformation à l’échelle de la planète ? Nous ne pouvons, là encore, qu’émettre des hypothèses.
La réponse à cette question des mobiles qui sont à l’ori gine de l’étrange politique du secret orchestrée par les struc tures dirigeantes et les pouvoirs en place dépend en fait du degré d’implication considéré. En toute logique, si nous supposons que ce degré est égal à zéro, on voit mal pourquoi ces structures et ces pouvoirs maintiendraient à tout prix un secret qui en fait n’en est pas vraiment un. La question des ovnis intéresse, en effet, de nombreuses personnes à travers le monde, et nous disposons d’une vaste information sur ce sujet. Dans ce cas de figure, où le degré d’implication est égal à zéro, les raisons de maintenir le secret sur les ovnis seraient nécessairement triviales. Le souci de conserver une certaine crédibilité vis-à-vis de l’opinion publique pourrait, par exemple, motiver une telle attitude. Par contre, si nous supposons que le degré d’implication est proche de 1 ou même de 2, les raisons d’un tel secret s’expliquent déjà beaucoup mieux. Si l’on admet cette possibilité, nous pouvons tout supposer. Dans un tel contexte, nous pouvons imaginer par exemple, des contacts planifiés assortis de prises de décisions concertées entre des extraterrestres et des représentants terriens, des transferts importants de technologies, des « accords » donnant la possibilité aux extraterrestres d’occuper de vastes zones de notre planète, d’installer des bases souterraines, de prélever certaines res sources naturelles, etc. Il faut aussi tenir compte de l’hypothèse selon laquelle les mobiles du secret entretenu par les autorités ne sont pas nécessairement fondés sur une « horrible vérité » qu’il faudrait dissimuler à tout prix aux populations. Admet tons, par exemple, que le degré 1 d’imp lication soit une réalité. Dans ce cas, la « cellule spéciale » jouerait en quel que sorte le rôle d’intermédiaire entre les extraterrestres et les sociétés humaines. À défaut de se manifester au grand jour et d’organiser une rencontre massive avec les habitants de notre planète, les extraterrestres auraient opté pour une intervention limitée et discrète avec quelques représentants terriens triés sur le volet.
Ci-après : Organigramme des rapports entre la société civile et les autorités chargées d’étudier le phénomène ovni. Ce qu’il est important de remarquer dans cette représentation, c’est le type de rapports qui lient entre eux le sommet (la « cel lule spéciale ») de l’organigramme avec sa base (la société civile). On remarque, quel que soit le niveau dans l’organigramme, que l’information concernant le phénomène ovni est soigneusement filtrée et qu’elle est habilement entre mêlée à de la désinformation. (Illustration Daniel Robin.)