Ovnis - Du secret officiel aux limites de la science

III – Combien de civilisations?

 

« La découverte d’intelligences extraterrestres serait le quatrième choc

[après celui du géocentrisme de Copernic, celui de la théorie de

l’évolution de Darwin, et celui de la découverte de l’inconscient par

Freud], et il serait sévère pour notre ego collectif. C’est en effet tout un

pan de civilisa tion et de croyances qui s’écroulerait : nous ne sommes

pas uniques, nous ne sommes pas les plus avancés intellectuelle ment,

nous ne sommes pas le Trésor extravagant de l’Univers, comme il n’en

existe aucun ailleurs. L’univers n’a pas été créé juste pour nous, Dieu ne

nous a pas privilégiés, puisqu’il a conçu, peut-être, des milliards d’autres

mondes et d’autres espèces, conscientes elles aussi de leur existence,

bien avant nous et bien après nous. »

Philippe Barraud, Comment se comporter face aux extraterrestres ?

Préface de Michel Mayor

« Un cycle de civilisations perpétuel ? Quant à imaginer à quoi

pourraient ressembler ces anciennes civilisations dont l’âge se compte en millions d’années, c’est une entreprise bien délicate… Finissent-elles par

atteindre un « équilibre perpétuel », évoluant peu par la suite ?

S’éteignent-elles naturellement, pour une raison ou pour une autre ?

Dans ce deuxième cas, elles laisseraient sans doute des planètes

grouillantes de vie derrière elles, planètes qui pourraient alors recréer une

nouvelle forme de vie intelligente en quelques millions à quelques

dizaines de millions d’années, par le biais de la sélection naturelle. Uns

nouvelle civilisation primitive finirait ainsi par succéder à la civilisation

éteinte. »

Vincent Boqueho, La Vie ailleurs ? Préface d’André Brack

 

L’équation de Drake

Les cinq points forts présentés dans la partie précédente qui sont en faveur de l’abondance de la vie dans l’Univers observable, nous amènent à penser qu’il existe une proba bilité élevée pour que cet Univers soit peuplé de nombreuses planètes habitables et habitées porteuses de civilisations très évoluées et très anciennes. En ce qui concerne notre Galaxie, l’équation de Drake prévoit, dans le meilleur des cas (hypothèse optimiste), la possibilité qu’elle soit habitée par plusieurs millions de civilisations évoluées.

Pour trouver une estimation raisonnable du nombre de civilisations évoluée dans notre Galaxie, l’astronome américain Frank Drake a mis au point une équation comportant sept inconnues sur lesquelles les chercheurs débattent encore aujourd’hui. Je rappelle que cette équation ne s’applique qu’à notre Galaxie et pas à tout l’Univers observable. L’histoire de cette équation extraordinaire commence en 1959 lorsque deux physiciens publièrent un article dans la prestigieuse revue scientifique britannique Nature. Cet article, intitulé Searching for Interstellar Communications (recherche de communications interstel‐ laires), exposait l’idée audacieuse que des radiotélescopes suffisamment sensibles pouvaient être capables de capter des signaux radio en provenance d’éventuelles civilisations évoluées peuplant notre Galaxie. Les deux physiciens suggéraient que ces messages venus des profondeurs de l’espace pourraient être émis sur la longueur d’onde bien spécifique de 21 centimètres (1400 mégahertz). Cette longueur d’onde de 21 centimètres n’avait pas été choisie au hasard, elle caractérise en effet l’émission de l’hydrogène neutre qui est l’élément le plus répandu dans l’Univers. Dans le cadre de ces idées novatrices en matière de commu‐ nication entre civilisations éloignées, il semblait logique de penser que ces civilisations utilisaient ce point (appelé aussi « le point d’eau ») de repère universel du spectre radio. Décidé à vérifier l’exactitude de l’hypothèse des deux physiciens, le radioastronome Frank Drake devint, en 1960, le premier scientifique à effectuer une recherche systématique de signaux intelligents en provenance d’autres systèmes stellaires. Dans le cadre du projet Ozma, Drake utilisa le radiotélescope de 26 mètres de diamètre de l’Obser vatoire National de Radioastronomie de Green Banks (Virginie-Occidentale) construit en 1958, et il « écouta » deux étoiles proches similaires au Soleil : Epsilon Eridani et Tau Ceti. Comme il fallait s’y attendre, le Projet Ozma ne fournira aucun indice d’une présence étrangère dans ces deux systèmes stellaires, mais il marqua le début de la recherche de civilisations extraterrestres dans notre Galaxie.

Après l’expérience infructueuse d’Ozma, Drake organisa une réunion avec un groupe de scientifiques de haut niveau pour débattre des perspectives et des inconnues propres à la recherche d’une forme de vie extraterrestre intelligente. En novembre 1961, un petit groupe de passionnés composé de radiotechniciens, d’astronomes et de biologistes, se réunirent pendant deux jours à Green Banks. C’est en préparant un exposé sur un « coin de table » – comme il le dit lui-même – pour ce petit groupe, que Drake mit au point ce qui deviendra plus tard sa célèbre « équation ». Mais au départ, c’était juste pour mettre ses idées en ordre et donner un cadre aux discussions du groupe. Lors d’une interview pour

le magasine 31 VSD Drake expliquait en ces termes la découverte de son équation : « Je l’ai trouvée, car j’ai passé des années à réfléchir sur la vie dans l’Univers. En 1961, à l’occasion d’une conférence sur le sujet, que j’ai tenue à l’observatoire de radioastronomie de Green Banks, en Virginie, je me suis posé la question : qu’avons-nous besoin de savoir sur la vie extraterrestre ? Combien de civilisations avancées pourrait-on trouver dans l’Univers ? Voici pour l’histoire de l’équation. À l’époque où j’ai échafaudé cette équation, nous ne connaissions rien du nombre de planètes, d’étoiles, de systèmes planétaires, et il a fallu de nombreuses expériences en laboratoire pour tenter de comprendre le mécanisme des différentes formes de vie que nous pourrions découvrir. On en sait un peu plus qu’il y a quarante ans. Et nous avons mis des nombres, autant que faire se peut, dans cette équation. Ce que nous obtenons au regard de nos connaissances – c’est difficile à évaluer ou à estimer – c’est qu’il y aurait environ 10 000 civilisations dans notre galaxie ! D’après mes calculs, seule une étoile sur dix millions possèderait une planète avec une civilisation avancée. La plus proche serait probablement située à 1000 années-lumières de la Terre. Il faut donc chercher parmi beaucoup d’étoiles. Nous sommes conscients que nous serions extrêmement chanceux de trouver quelque chose, car il faudra beaucoup de temps. » Il ne faudrait cependant pas croire, en lisant les propos de Drake, que son équation peut nous donner le nombre exact de civilisations intelligen tes présentes dans notre Galaxie. L’équation de Drake est uniquement un produit de probabilités et une estimation statistique. Rappelons aussi que le travail de Drake s’inscrit dans le cadre du programme Seti (Search for ExtraTerrestrial Intelligence) de recherche de signaux radio émis par des civilisations évoluées. Curieusement, Drake n’a jamais admis la réalité des ovnis et encore moins l’idée qu’ils pourraient être des vaisseaux spatiaux fabriqués par ces civilisations extraterrestres évoluées avec lesquelles il cherche justement à communiquer.

Nous aborderons plus loin les rapports entre le programme Seti et la question des ovnis, et nous reviendrons sur les positions pour le moins ambiguës des zélateurs de Seti (que j’appelle les « sétiens ») vis-à-vis de cette question. Je reconnais, malgré tout, que l’équation de Drake est un bon outil de recherche et je respecte les travaux de ce pionnier. En cassant une grande inconnue, « N », qui est le nombre de civilisations évoluées que pourrait abriter notre Galaxie, en une série d’inconnues plus petites, cette formule mathématique a donné à la recherche de signaux radio extraterrestres une base scientifique sérieuse qui ne peut pas être ignorée. Bien que je ne partage pas du tout le point de vue des « sétiens » sur la question des ovnis, je n’éprouve cependant aucun scrupule à utiliser leur argumen tation (souvent très pertinente) concernant l’existence possible de civilisations évoluées dans la Galaxie. Cette argumentation peut en effet être utile pour étayer notre propre hypothèse extraterrestre sur les ovnis. La différence entre les « sétiens » et nous, réside presque exclusivement dans l’approche que chacun a du phénomène ovni. Les « sétiens » croient, et il s’agit bien selon nous d’une croyance c’est-à-dire d’un à priori pur et simple, qu’une civilisation évoluée ne peut pas se déplacer dans l’immensité du cosmos. Les raisons de cette impossibilité tiennent en trois points :

– Les distances entre les étoiles sont immenses.

– la vitesse de la lumière est une limite infranchissable et les vaisseaux extraterrestres ne peuvent pas la dépasser.

– En admettant qu’une civilisation ait pu malgré tout franchir les immensités spatiales, les « sétiens » sont persuadés que cette civilisation aurait déjà pris contact avec nous. Or ce contact n’ayant toujours pas été établi selon eux, il s’ensuit que les extraterrestres ne sont pas encore arrivés chez nous. C’est le fameux paradoxe de Fermi.

Nous savons aujourd’hui que les arguments avancés par les « sétiens » sont discutables et que nous pouvons leur opposer une argumentation scientifique toute aussi rigoureuse. Ceci dit, l’équation de Drake, souvent qualifiée de paramétrisation de l’ignorance, fournit une bonne base de raisonnement pour appréhender toute la complexité du problème de l’existence de civilisations extraterrestres évoluées.

Voici comment est formulée l’équation de Drake :

N = R x fp x ne x fl x fi x fc x L

(tous les « f » sont des fractions)

où :

N = c’est la grandeur qui est recherchée. C’est le nombre de civilisations évoluées et peuplées d’êtres intelligents et conscients dans la Voie Lactée.

R = taux moyen de formation d’étoiles dans la Voie Lactée chaque année.

fp = fraction de ces étoiles susceptibles de posséder un système planétaire.

ne = nombre de planètes de cette fraction d’étoiles qui pourraient abriter une forme de vie quelconque. Ce facteur représente le nombre moyen de mondes évoluant autour d’une étoile de type solaire et offrant l’ensemble des conditions nécessaires au développement de la vie.

fl = fraction de ces planètes où la vie est effectivement apparue et a pu évoluer.

fi = fraction de ces formes de vie qui ont acquis la conscience et l’intelligence et ont développé une civilisation évoluée.

fc = fraction de ces civilisations qui ont développé une technologie, qui veulent communiquer avec d’autres civili sations, et dont nous pouvons aussi repérer la signature.

L = durée de vie de ces civilisations, ou durée pendant laquelle de telles civilisations possèdent des techno-signatures détectables. La durée pendant laquelle une civi lisation émet des signaux détectables représente peut-être une fraction minime de sa durée de vie totale.

Reprenons une à une chacune des inconnues de l’équa tion :

R, le taux moyen de formation des étoiles dans la Voie Lactée est obtenu en divisant le nombre d’étoiles de notre Galaxie (soit environ entre 100 et 200 milliards), par l’âge de l’Univers (soit 13,7 milliards d’années-lumière), ce qui donne entre 10 et 12 étoiles par an en moyenne. R est peut être le seul paramètre de l’équation qui offre une bonne approximation. C’est le paramètre qui est le moins discuté.

fp (fp), jusqu’à présent, le seul exemple que nous ayons d’étoiles possédant un système planétaire composé à la fois de planètes gazeuses et telluriques est le système solaire qui compte neuf planètes. Cependant, de récentes découvertes montrent que beaucoup de jeunes étoiles sont entourées d’un disque de poussières capable de générer des planètes. Ces disques proto-planétaires ont été détectés par différentes observations dans le domaine de l’infrarouge, et dans le visible, par le télescope spatial Hubble avec les extraordinaires vues de la nébuleuse d’Orion qui est une des régions de la Voie Lactée où semblent naître de grandes quantités d’étoiles. Toutes ces observations laissent supposer qu’au moins 50 % des jeunes étoiles sont accompagnées de planètes. Nous ne sommes donc plus aujourd’hui le seul exemple d’étoile possédant un système planétaire et les astronomes sont de plus en plus persuadés que l’existence de planètes autour d’une étoile est une réalité presque banale. Aujourd’hui, un certain consensus semble se dégager sur la valeur de fp. Les chercheurs de planètes estiment à 5 % environ le nombre d’étoiles (non binaires) qui pourraient abriter un système planétaire. Donc fp pourrait avoir la valeur de 0,05. Pour le moment, nos techniques de détection des planètes ne nous permettent pas de déceler la présence de planètes ayant des masses équivalentes à celle de la Terre (des planètes telluriques). Seuls des objets aussi massifs que Jupiter sont catalogués avec certitude. Mais nos méthodes de détection des planètes extra-solaires ne cessent d’évoluer avec le temps. Le taux de 5 % des étoiles possédant un système planétaire pourrait être revu à la hausse dans la prochaine décennie et atteindre des valeurs proches de 50 %.

ne (ne), la fraction de planètes habitables dans le sys tème solaire est de 11 %, parce qu’il n’existe qu’une seule planète habitable connue à ce jour (la Terre) sur les neuf planètes que compte notre système. Il n’est pas exclu, cependant, que ce taux soit plus important si l’on admet qu’il peut exister d’autres planètes habitables dans le sys tème solaire. Les informations les plus récentes que nous ayons au sujet d’Europe, l’une des quatre grandes lunes de Jupiter, laissent supposer qu’une forme de vie pourrait exister dans l’océan situé sous son épaisse couche de glace. Mars fut certainement autrefois une planète habitable. Titan, le plus gros satellite de Saturne, est le seul satellite planétaire du système solaire qui possède une atmosphère dense (essentiellement composée d’azote), à la chimie complexe, et qui pourrait un jour être habitable si, en se rapprochant du Soleil, il devenait plus chaud. Avec les progrès de l’exploration du système solaire, le nombre de planètes habitables a augmenté de façon significative. Ces découvertes nous amènent à penser que le nombre de planètes habitables dans un système stellaire comparable au système solaire dépasse sûrement le taux de 11 %. Dans son livre publié en 1992 et intitulé, Is Anyone Out There ? (qui peut se

traduite par : « y-a-t-il quelqu’un à l’extérieur ? ») 32, Drake se rappelle que les participants à la rencontre de Green Banks en novembre 1961, avaient estimé que la valeur minimum de ne devait être comprise entre un et cinq. Ce qui voulait dire que chaque système planétaire devait abriter au moins un endroit habitable de type terrestre, et qu’il pouvait même y avoir, trois, quatre, voire même cinq planètes qui réuniraient les conditions favorables au développement de la vie. Cette vue optimiste était basée sur l’idée que notre système solaire devait être un type de système planétaire très répandu dans la Galaxie. La découverte récente de planètes favorables à la vie dans notre système (Mars, Europe, Titan) semblent confirmer en partie les estimations optimistes de Drake.

fl (fl), la fraction de planètes habitables abritant effecti vement une forme de vie est pour le moment inconnue, même dans le système solaire (sauf pour la Terre évidem ment). Les conditions nécessaires à l’apparition de la vie restent encore assez mystérieuses et le resteront encore tant que nous n’aurons pas une idée claire des caractéristiques d’un environnement planétaire favorable à l’éclosion de la vie. Le courant dominant dans ce domaine suppose que la vie sur Terre a pu apparaître et disparaître plusieurs fois et que son apparition a certainement été influencée par des apports d’origine cosmique (comètes, astéroïdes). Il faut aussi prendre en compte des éléments extérieurs tel que les changements de luminosité du Soleil sur une période de plus de 4,5 milliards d’années, le rôle de la Lune et des grosses planètes gazeuses (Jupiter, Saturne). Des simulations réalisées sur de puissants ordinateurs montrent que des planètes similaires à la Terre seraient incapables de maintenir leur place dans un système planétaire où évolueraient plusieurs autres planètes ayant des masses comparables à celle de Jupiter. Les effets gravitationnels engendrés par ces planètes massives éjecteraient littéralement les petites planètes. Mais inversement, les simulations ont montré que des systèmes planétaires ne possédant aucune planète géante comme Jupiter n’étaient pas favorables à l’éclosion de la vie. En effet, la masse de Jupiter (égale à environ 70 % de la masse des planètes du système solaire sans le Soleil) agit comme une sorte de puissant aspirateur gravitationnel. La présence de Jupiter limite donc fortement les risques de voir la Terre percutée par un gros astéroïde, qui pourrait, sinon la détruire totalement, du moins ravager sa surface et empêcher la vie d’apparaître. Les calculs montrent que sans la présence de Jupiter dans notre sys tème, le taux d’impacts possibles sur la Terre serait environ mille fois supérieur au taux actuel. Sans cette présence protectrice, des collisions catastrophiques comme celle survenue il y a 65 millions d’années et qui aurait provoqué la disparition des dinosaures, pourraient atteindre une fréquence de une tous les 100 000 ans. Cette fréquence élevée des impacts est largement défavorable à un processus biologique évolutif qui doit, selon nos connaissance actuelles, s’étaler sur plusieurs millions d’années. Un autre paramètre capable d’influer sur l’apparition de la vie, est celui des variations de l’inclinaison des orbites des planètes autour de leur étoile. Nous savons que ces variations d’inclinaison induisent des bouleversements climatiques importants. Sur Terre ces tendances chaotiques sont contre balancées par le système des marées généré par notre satellite. Sans la Lune, la Terre pourrait en effet connaître des variations de son inclinaison similaires à celles de Mars qui produisent sur la planète rouge des variations extrêmes entre les saisons. Les facteurs que je viens de décrire, et qui sont susceptibles d’exercer une influence déterminante sur l’apparition de la vie, renforcent l’idée que son émergence sur une planète donnée est somme toute très aléatoire, et qu’elle exige de nombreuses conditions favorables. Ce qui a fait dire à un certain nombre de scientifiques que l’apparition de la vie était un phénomène rarissime, et que peut-être nous pourrions être seuls dans l’Univers. Ce qui ne semble pas être le cas, si nous pensons que les ovnis sont la manifestation dans note environnement d’une intelligence issue d’une civilisation extraterrestre.

fi (fi), la fraction de planètes porteuses d’une forme de vie évoluée (intelligente et consciente) capable d’édifier une civilisation est aujourd’hui une inconnue à laquelle il n’est pas encore possible de donner une valeur quelconque. Si les tentatives précédentes concernant les estimations des inconnues ne et fl, représentent déjà un gigantesque défi qui nous montre en définitive à quel point nos connais sances restent encore incomplètes et fragmentaires, l’estimation de fi représente un défi encore plus grand. Avec fi nous abordons les limites de la science et nous nous aventurons sur le terrain de la spéculation. Arrivé à ce stade de notre recherche de civilisations avancées dans l’Univers, de nombreuses questions surgissent : quel est le lien entre la vie, l’intelligence et la conscience ? L’évolution des formes vivantes aboutit-elle nécessairement à l’intel ligence et à la conscience ? L’intelligence est-elle le degré suprême de l’évolution biologique ? Est-ce que l’évolution des créatures intelligentes et conscientes se traduit néces sairement par la création de civilisations ? Comment définir la notion de civilisation ? L’existence d’une civilisation est-elle toujours basée sur des réalisations matérielles ? Existe-t-il dans l’Univers des civilisations qui n’auraient rien construit de tangible et de durable (d’un point de vue matériel) mais qui auraient atteint, malgré tout, un degré élevé de raffinement dans le domaine de l’esprit par exem ple ? Nous reviendrons sur cette question de la définition du concept de civilisation dans le prochain chapitre et nous essaierons d’établir une classification des civilisations extraterrestres. Même si pour le moment nous ne pouvons pas donner de valeur à fi, nous pouvons cependant admettre les deux points suivants :

– Il existe une probabilité non-nulle pour qu’une civilisation créée par des êtres intelligents et conscients apparaisse dans notre Galaxie. La preuve, c’est qu’il existe une civilisation sur Terre.

– Le phénomène ovni est bien réel, et il apporte peut-être la preuve qu’il existe au moins une autre civilisation avancée dans la Voie Lactée.

fc (fc) la fraction de civilisations disposant de techniques de communication interstellaire reste aujourd’hui, comme pour l’inconnue précédente, sans réponse. Avec les trois dernières inconnues, fi, fc et L (ci-dessous), nous abordons des champs nouveaux de la réflexion sur les modes d’exis tence des civilisations extraterrestres. Ici, nous sommes en territoire inconnu, mais rien n’interdit de s’y aventurer en prenant les précautions nécessaires. Si nous admettons qu’il existe de nombreuses civilisations extraterrestres dans la Galaxie qui sont parvenues à un stade d’évolution technique leur permettant de communiquer avec d’autres civilisations, est-il possible que ces civilisations aient utilisé la radio pour communiquer ? Quelle fraction de ces civilisations est, non seulement capable mais aussi désireuse, d’émettre des signaux radios que nous pourrions détecter ? Les partisans du programme Seti sont généralement très optimistes quant à la valeur de fc, et c’est bien compréhensible puisque toute leur démarche dépend de cette valeur. Les « sétiens » pensent que, tôt ou tard, toute civilisation technologique découvre que les ondes radio sont un moyen efficace pour communiquer sur de longues distances dans l’Univers, et que, tôt ou tard, elles éprouvent l’envie de communiquer par ce moyen. Aujourd’hui, cette façon de voir les choses paraît bien naïve. En fait, c’est toujours la même méthode de l’extrapolation que nous retrouvons ici à l’œuvre à propos de la communication par ondes radio. Nous avons défini plus haut la méthode (nous devrions plutôt dire la « manie ») de l’extrapolation lorsque nous avons mis en évidence les faiblesses de l’hypothèse extra terrestre au premier degré (HET1), et avec le programme Seti on peut dire que cette méthode fonctionne à « plein régime ». Seti est une entreprise optimiste fondée sur une belle et généreuse idée : communiquer avec d’autres civilisations évoluées dans l’Univers. Ce projet est très louable et nous approuvons totalement son principe. Quand Seti est né, la seule technique dont nous disposions pour communiquer dans l’espace sur de longues distances était la radio. Nous avons donc décidé de construire des radio télescopes pour écouter d’éventuels messages en provenance des étoiles et pour envoyer les nôtres. C’est ainsi que le 16 novembre 1974 un message fut envoyé par le radio télescope d’Arecibo en direction de l’amas globulaire M13 situé à 22 800 années-lumière du Soleil dans la constellation d’Hercule. Le message se présentait sous la forme d’un dessin très stylisé comportant des informations sur le système décimal, les numéros atomiques de l’hydrogène, du carbone, de l’azote, de l’oxygène, et du phosphore, la structure de l’ADN, l’apparence extérieure des êtres humains, la population de la Terre en 1974, notre place dans le système solaire, et enfin les dimensions de appareil qui avait envoyé le message. Plus qu’une tentative réelle de communication, le message d’Arecibo était plutôt une démonstration de ce que nous étions capables de faire avec les moyens de l’époque. Il fallait bien que nous commencions par quelque chose. Certes, avec le recul du temps ce projet semble naïf, mais il avait sa raison d’être. La seule erreur que nous avons commise, c’est de croire (et certains « sétiens » le croient encore aujourd’hui) que d’autres civilisations utiliseraient forcément un système radio plus ou moins semblable au nôtre pour communiquer. En pensant ainsi, nous ne faisions qu’utiliser la méthode de l’extrapolation, c’est-à-dire que nous nous basions sur le connu pour imaginer l’inconnu. Or, nous ne pouvons plus ignorer les faiblesses de cette méthode. Ce qui nous fait dire qu’en ce qui concerne les modes de communication entre des civilisations évoluées, il est peu probable qu’elles utilisent la technique, relativement primaire, des ondes radio. Le croire, ce serait faire preuve d’une nouvelle forme d’anthropocentrisme.

L, est non seulement la durée de vie des civilisations en général, mais c’est surtout la durée pendant laquelle ces civilisations émettent des signaux détectables. Le problème est que cette durée représente sans doute une fraction minime de la durée de vie totale d’une civilisation. C’est le point faible de l’équation, car le sous-entendu est tou jours la capacité d’émettre des signaux détectables, fonde ment du programme Seti. En ce qui concerne la durée de vie d’une civilisation, celle-ci est très variable. Elle peut varier de quelques centaines d’années à plusieurs dizaines de milliers d’années, et mêmes jusqu’à plusieurs millions ou milliards d’années. Nous verrons plus loin que cette longévité est un facteur essentiel qui détermine la capacité d’une civilisation à essaimer dans l’espace. Nous verrons aussi que la longévité d’une civilisation est très certainement liée à son degré de développement spirituel. Bien que le degré de développement spirituel d’une civilisation n’est pas un facteur qui puisse entrer dans une équation, nous supposons, malgré tout, que l’aspect spirituel d’une civili sation est un facteur essentiel qu’il faut prendre en considé ration. Carl Sagan pensait que L était un facteur déterminant pour évaluer le nombre de civilisations évoluées dans la Voie Lactée. Selon lui, si L est faible, il y a peu d’espoirs de pouvoir communiquer avec des civilisations évoluées. Si des sociétés parviennent à atteindre un haut niveau technologique et réussissent aussi « à résoudre consciemment les contradictions résultant des errements de la partie ancienne du cerveau et à ne pas céder à l’autodestruction », alors « ces

sociétés pourraient mener une vie longue et prospère 33 ». Dans ce cas de figure optimiste, il est tout à fait possible que la durée de vie d’une civilisation puisse se comparer aux échelles de temps géologiques ou stellaires, c’est-à-dire se compter en plusieurs dizaines de millions ou milliards d’années. Sagan estime que si 1 % seulement des civilisations évoluées parviennent à franchir sans encombre le stade de l’adolescence technologique et s’enga gent dans la bonne direction à cet embranchement crucial de leur histoire (le passage critique du Type 0 au Type I comme nous le verrons dans le prochain chapitre), puis accèdent enfin à la maturité, alors N pourrait être plus ou moins égal à 107, c’est-à-dire qu’ils pourraient exister dix millions de civilisations évoluées dans la Galaxie. Avec un bel optimisme qui n’est pas fait pour nous déplaire, Sagan n’hésite pas à conclure que « quels que soient nos doutes sur l’exactitude de nos estimations relatives aux premiers facteurs de l’équation de Drake […], il paraît certain que si l’autodes truction n’est pas le destin de l’écrasante majo rité des civilisations galactiques, alors le ciel est en ce moment tout bruissant de messages provenant des étoiles ». N’oublions pas que Sagan se situe dans une perspective Seti et qu’il raisonne en termes de « messages radio émis » ou « messages radio reçus ». Les déplacements de vaisseaux spatiaux entre les étoiles n’est pas, selon lui, une hypothèse réaliste compte tenu des distances énormes qui séparent ces étoiles et de la limite imposée par la vitesse de la lumière. Sagan s’intéressait peu aux ovnis et il semblait mal connaître le dossier. Toujours dans son livre Cosmos, il expose son point de vue sur les témoignages d’observations d’ovnis : « La qualité des témoignages avancés reste le point le plus délicat. Il faut les examiner avec rigueur et scepticisme et ne pas se contenter de ce qui paraît plausible, du récit de prétendus témoins qui n’apportent aucune preuve. Si l’on adopte cette attitude critique, aucun cas de visiteurs extraterrestres n’est vraiment convaincant, malgré tout ce que l’on entend sur des ovnis, sur d’antiques astro nautes, et qui pourrait nous faire croire que notre planète fourmille d’hôtes imprévus. » Cette façon de raisonner est proprement stupéfiante venant de la part d’un esprit aussi brillant, novateur et ouvert que celui de Sagan. Nous avons beaucoup de peine à imaginer qu’il ait pu rejeter aussi dédaigneusement une masse d’informations si précieuses concernant les ovnis. La tentation est grande, pour nous, de croire que Sagan était au contraire bien informé au sujet des ovnis, mais qu’il ne voulait pas, ou ne pouvait pas, divulguer ce type d’informations. C’est la seule solu tion que nous avons trouvée pour expliquer son attitude ambiguë concernant la question de l’existence de civilisations extraterrestres dans notre Galaxie et – qu’on le veuille ou non – son étroite relation avec le phénomène ovni.