Ovnis - Du secret officiel aux limites de la science
Les faiblesses de l’HET1
Un premier constat s’impose : l’HET1 présente l’incon vénient majeur de considérer le niveau des sciences et des techniques qui lui sont contemporaines comme le critère absolu permettant de la fonder. C’est une faiblesse propre à sa logique interne dont elle est incapable de se défaire. C’est le même type de raisonnement qui incline à réduire toute manifestation étrange (sortant quelque peu de l’ordinaire) à une réalité connue. C’est ce qu’on appelle communément le « réductionnisme » : je réduis l’inconnu a du connu. C’est un réflexe normal qui permet de satisfaire rapidement l’intellect sans trop fournir d’efforts. En plus, c’est rassurant, car on « réduit » l’inconnu, qui est une source d’angoisse, à quelque chose de familier qui désamorce l’angoisse. Appliqué au phénomène ovni le « réduction nisme » a fait des ravages et représente l’un des principaux vecteurs de la désinformation. L’un des exemples les plus représentatifs de cette méthode « réductionniste » appliquée au phénomène ovni est le modèle sociopsychologique. Ce modèle est une thèse qui vise à expliquer la plupart des observations d’ovnis dans un cadre sociopsychologique, c’est-à-dire par un milieu social dans lequel les individus peuvent s’influencer mutuellement, soit par communication directe, le bouche à oreille, soit par l’amplification qu’en donnent les médias directement implantés dans ce milieu. Pour les tenants du modèle sociopsychologique, le phénomène ovni n’a pas de réalité propre. Il n’est que le fruit d’une sorte de « rumeur » qui se propage dans la société, et il est parfaitement explicable par des méprises, des erreurs d’interprétation, des hallucinations ou des faux souvenirs. Je pense que si cette façon de raisonner, récon forte et apaise celui qui l’accepte, elle n’est cependant pas productive intellectuellement. C’est même le plus sûr moyen de stériliser la pensée et de l’empêcher de s’élargir. Selon moi, la pensée et la raison ont tout à gagner à dépasser la méthode « réductionniste », mais cela demande de fournir un effort intellectuel. Pour comprendre un phénomène inconnu il ne faut pas en effet se contenter de le réduire à un, ou plusieurs, phénomènes connus, il faut au contraire être capable d’inventer ou de découvrir de nouveaux modèles de pensée et d’interprétation. Les psychologues savent depuis longtemps que l’esprit humain cherche toujours à expliquer l’inconnu en partant de ce qu’il connaît déjà. C’est humain, et cela ne nécessite pas de gros efforts d’imagination. Ceux qui tentent d’expliquer les « soucoupes volantes », et plus tard les ovnis, en prenant pour modèle une technologie existante par exemple (fusées, avions, etc.), ont une attitude naturelle qui en soi n’est pas blâmable. Mais il faut aussi savoir reconnaître la faiblesse de cette méthode et admettre que pour résoudre l’énigme des ovnis, elle ne fonctionne pas.
L’HET1 est la première tentative rationnelle et scientifique pour essayer d’expliquer le phénomène ovni. Directement suggérée par les aspects du phénomène, elle fut surtout défendue par les pionniers de l’ufologie dans les années cinquante. Même aujourd’hui, il semble que l’HET1 ait la faveur du grand public. Pour lui, en effet, le phénomène ovni équivaut pratiquement à une intervention extraterrestre. À cet égard, l’expression « petits hommes verts », devenue très populaire, désigne sans la moindre nuance, et avec des sous-entendus bien souvent ironiques, les entités extraterrestres responsables du phénomène ovni. Il faut aussi souligner que l’HET1 peut comporter de nombreuses variantes dont nous ne mentionnerons ici que quelques exemples. Elle suppose avant tout que les ovnis s’apparentent à des vaisseaux spatiaux originaires d’un autre système stellaire localisé soit dans notre Galaxie, soit dans une galaxie autre que la Voie lactée. Ce dernier cas est rarement envisagé car les distances qui séparent les galaxies, et qui se chiffrent en millions ou milliards d’années-lumière, paraissent si énormes que toute exploration extragalactique est encore jugée de nos jours comme totalement déraison nable. Pourtant, nous verrons que dans le cadre de l’HET2 des relations intergalactiques entre civilisations de Type III sont tout à fait envisageables et même hautement proba bles. Donc selon l’HET1, les ovnis seraient des produits manufacturés en provenance d’une civilisation plus avancée que la nôtre. Jusqu’ici nous sommes d’accord, mais nous croyons que cette explication doit être développée. À noter que l’expression de « civilisation plus avancée », souvent citée, est relativement vague. Les auteurs qui traitent de ce sujet ne précisent presque jamais si cette civilisation extraterrestre est seulement « un peu plus avancée », ou au contraire « beaucoup plus avancée » que la nôtre. Mais nous ne pouvons pas leur reprocher cette imprécision, tant il est vrai que les critères qui permettent aujourd’hui d’apprécier le degré d’évolution d’une civilisation sont encore mal définis par la science.
Certains ufologues ont baptisé ces véhicules spatiaux en provenance d’une autre planète, nuts and bolts, « tôles et boulons », pour insister sur la grossière matérialité de ces engins. Dans cette optique, les ovnis ne seraient donc pas hors de portée de notre compréhension. La civilisation extraterrestre qui serait responsable des manifestations d’ovnis pourrait, par exemple, n’être en avance sur nous que de quelques siècles. D’une façon générale, l’HET1 conçoit les ovnis comme étant des machines volantes très perfectionnées capables de performances bien supérieures à nos propres vaisseaux. Cette hypothèse n’est en fait qu’une extrapolation futuriste de nos propres programmes d’exploration spatiale. Un jour, nous serons peut-être les « extraterrestres » d’une civilisation moins évoluée. S’il y avait des habitants sur Mars, les sondes que nous envoyons sur cette planète pourraient être prises pour des ovnis par d’éventuels martiens. De ce point de vue, l’HET1 rejoint les spéculations les plus modernes sur le développement et l’évolution possible des civilisations exposées par l’astro nome russe Nikolaï Kardashev et le physicien Freeman Dyson de l’université de Princeton. Leur théorie suppose qu’il y aurait dans l’Univers au moins trois Types de civi lisations : les civilisations de Type I (planétaires), de Type II (stellaires), et de Type III (galactiques).
Selon l’HET1, la présence de vaisseaux extraterrestres dans notre environnement pourrait s’expliquer de plusieurs façons. Les extraterrestres viendraient nous rendre visite dans le cadre de missions d’exploration et d’étude de notre planète. Ainsi, ils chercheraient à récupérer des échantillons de roches, de végétaux et d’animaux (voire même des « échantillons » humains), comme nous l’avons fait nous-mêmes lors de nos différentes explorations lunaires. Leurs missions pourraient aussi avoir comme objectif d’observer notre civilisation et d’essayer d’en comprendre les mécanismes internes. Pour eux, le fonc‐ tionnement des sociétés humaines ne serait alors qu’une sorte de curiosité sociologique ou ethnologique qui leur offrirait l’occasion d’accroître leurs connaissances. Nous pouvons aussi imaginer que les extraterrestres surveilleraient attentivement le développement de notre civilisation et seraient capables d’intervenir dans les affaires humaines en cas de crise grave menaçant notre avenir. La Terre pourrait aussi être une sorte de « réserve biologique » destinée à l’étude de nombreuses espèces vivantes, ou un lieu d’expérimentation pour tester des programmes génétiques. Selon une version relativement récente en ufologie de l’HET1 (ce que nous avons appelé « l’ufologie noire » et qui est comme une sorte de prolongement de la phobie des envahisseurs), nos visiteurs ne seraient pas forcément animés de bonnes intentions à notre égard. Pour les tenants de cette version, les extraterrestres, encore appelés les « gris », ou E.B.E (Entités Biologiques Extra terrestres), chercheraient à exploiter l’espèce humaine (par l’intermédiaire d’êtres humains appelés abductés) dans le but de préserver leur propre race menacée de dégénérescence. Les E.B.E tenteraient de réaliser leurs objectifs au moyen de croisements entre les deux espèces et en effectuant des manipulations à partir de notre patrimoine génétique. Cette version de l’HET1 est très répandue aux États-Unis, et elle est aussi étroitement associée au phénomène des mutilations du bétail. L’affaire du crash de Roswell a aussi largement contribué à renforcer l’opinion des tenants de l’HET1. Il est dit en effet que lors de ce crash, l’armée américaine aurait récupéré l’épave accidentée d’une « soucoupe volante » avec ses occupants. Peut-on imaginer plus belle preuve de l’HET1 que la récupération d’une « soucoupe volante » ! En France, un des plus sérieux représentants de l’HET1 est Jean-Gabriel Greslé qui lui a consacré une excellente étude :
Hypothèse Extraterrestre28. Après une pertinente analyse des arguments en faveur de cette hypothèse, l’ancien pilote de ligne (lui-même témoin du phénomène ovni à plusieurs reprises), envisage comme très probables les sept propositions suivantes :
1) L’ancienneté de la présence extraterrestre dans notre environnement. Difficile à évaluer cette ancienneté pourrait remonter à quelques milliers d’années, et correspondrait approximativement à la naissance des plus brillantes civilisations de l’antiquité. Cette présence pourrait éventuel lement être plus ancienne et remonter à plusieurs dizaines de milliers d’années, c’est-à-dire qu’elle serait contemporaine de l’apparition des premiers hommes (60 000 ans environ).
2) e L’accélération des progrès techniques au XX siècle et la prolifération inquiétante des armes atomiques, chimi ques et bactériologiques, après la seconde guerre mondiale, auraient conduit les extraterrestres à se montrer de façon plus ostensible. Le survol répété de sites de missiles nuclé aires et d’installations militaires sensibles semble démontrer que les extraterrestres s’intéressent de près à nos moyens d’autodestruction.
3) Des contacts ont peut-être eu lieu dans les années cinquante entre des groupes d’extraterrestres et les militaires américains. S’ils ont eu lieu, ses contacts ont toujours été gardés secrets et systématiquement niés par les autorités.
4) Il existerait dans notre système solaire des représentants de plusieurs races d’extraterrestres originaires de systèmes stellaires différents.
5) L’annonce publique dans les décennies qui viennent de l’existence d’un contact limité entre terriens et extrater restres est une conséquence prévisible de la prise de cons cience progressive d’une présence étrangère dans notre environnement. Il est possible que les gouvernements des puissances occidentales aient, peu à peu, conditionné leurs populations dans l’intention de les préparer à admettre cette présence.
6) L’annonce officielle d’un contact entre terriens et extraterrestres entraînera sans aucun doute de profondes modifications dans un certain nombre de structures de pouvoir. Les armées des grandes puissances occidentales, les églises des principales religions, et même les structures qui sont responsables de la recherche scientifique, risquent de mal supporter un tel contact.
7) Même s’il est pratiquement impossible de connaître les motivations réelles de nos visiteurs extraterrestres, nous pouvons imaginer qu’ils attendent de nous une attitude plus responsable vis à vis de la gestion des ressources éner gétiques de notre planète et une meilleure maîtrise de notre agressivité naturelle. Si nous n’accomplissons pas des progrès significatifs dans ces deux domaines, il est probable qu’ils considèrent que nous ne sommes pas encore prêts à entrer dans une communauté extraterrestre plus large (une sorte de « fédération galactique » par exemple).
Ces sept points, exprimés par un chercheur sérieux et d’une grande lucidité vis-à-vis du phénomène ovni, représentent une avancée majeure dans la compréhension de la situation que nous vivons actuellement. Pour nous, le livre de Jean-Gabriel Greslé marque sans conteste un tournant dans notre façon d’appréhender le phénomène ovni. Loin de donner la clé de l’énigme, cette vision, aussi claire et lucide que le permet la raison humaine, laisse au contraire entrevoir d’autres abîmes de mystères. Greslé tire avec une grande rigueur intellectuelle les conséquences logiques de tout ce que nous savons aujourd’hui sur les ovnis. Mais on sent bien que le « fin mot de l’histoire » comme on dit, lui échappe. Le plus important, cependant, c’est que son analyse, à la fois profonde et pertinente, déborde du cadre étroit de l’HET1 et nous donne un avant-goût de l’HET2.
Une des difficultés majeures soulevées par l’HET1 est la surabondance des témoignages concernant les observations d’ovnis. Ce
fait avait déjà intrigué le Dr J. Allen Hynek (1910-1986) et l’avait amené à émettre des réserves vis à vis de cette hypothèse. Jacques Vallée en vint, lui aussi, à douter de la crédibilité de l’HET1 après avoir entrepris des recherches statistiques sur la fréquence et la répartition des observations. Il estime à plus de trente millions (en 1989) le nombre d’observations potentielles si les habitants de la Terre étaient uniformément répartis sur toute la surface du globe, et si pendant les périodes de nuit, ces mêmes habitants continuaient à veiller. Pour Jacques Vallée, un tel chiffre suffit à montrer que « l’hypothèse extraterrestre n’est pas assez bonne parce qu’elle n’est pas assez étrange
pour expliquer (l’ensemble) des faits29 ». En un mot, il y a trop de témoignages d’observations d’ovnis pour que ces derniers puissent être présentés comme de simples vaisseaux spatiaux en visite sur notre planète.
Un autre argument contre l’HET1 provient des difficultés à concevoir des voyages entre les étoiles ou, à fortiori, entre les galaxies. L’argument repose sur le postulat qu’il est impossible de franchir les immenses distances qui séparent les étoiles. Les raisons invoquées pour justifier cette impossibilité sont à la fois d’ordre physique et techno‐ logique. D’après les lois connues de la physique, aucun objet matériel ne peut se déplacer plus vite que la vitesse de la lumière (300000 kilomètres/seconde). En ce qui concerne la technologie, aucune de nos fusées n’est actuel lement capable d’atteindre une vitesse suffisante pour franchir, dans une durée raisonnable, les immensités de l’espace interstellaire. La conclusion qui se dégage de cet argument est que l’exploration de l’espace lointain (hors du système solaire) n’est pas possible avec des moyens conventionnels connus, du moins en l’état actuel de nos connaissances. Nous ne pourrons jamais visiter les autres planètes de notre Galaxie, en des temps raisonnables, c’est-à-dire en moins de quelques centaines d’années, avec notre technologie spatiale actuelle. De telles expéditions ne seront possibles que si nous effectuons un véritable saut technologique en inventant d’autres modes de déplacement dans l’espace. Quelques chercheurs ont tenté, cependant, de contourner ces difficultés en spéculant sur d’hypothétiques univers parallèles, l’utilisation des trous de vers (pont de Einstein-Rosen), et des trous noirs. Même si ces idées audacieuses, qui ne sont encore que des concepts, ouvrent des perspectives nouvelles pour une future exploration de l’espace, rien ne dit qu’elles soient réellement réalisables. Quoi qu’il en soit, si les ovnis sont les produits manufacturés d’une technologie extraterrestre, il faut admettre que ces entités qui viennent d’une autre planète en savent beaucoup plus long que nous sur les lois qui régissent l’Univers, et cela par le seul fait qu’ils sont parvenus à surmonter toutes les difficultés inhérentes aux voyages interstellaires.
Certes, l’HET1 n’est pas idiote, loin de là, mais elle n’est pas en mesure de rendre compte de toutes les manifestations du phénomène ovni. Cette théorie est bonne car elle obéit au principe d’économie et de simplicité. C’est l’explication qui vient immédiatement à l’esprit car c’est semble-t-il la plus simple et la plus plausible. C’est une hypothèse qui s’intègre bien dans notre vision moderne de l’Univers. Elle est sûrement la moins étrange et la moins fantastique qui soit. C’est une hypothèse que nous pouvons sérieusement étayer en utilisant des arguments rationnels forts. C’est celle qui fait le plus appel à la science, à la raison et à la logique. Cependant, l’hypothèse extraterrestre au premier degré est insuffisante. Il faut la développer et exploiter à fond son potentiel explicatif. Il faut pousser jusqu’au bout les arguments en sa faveur et explorer ses limites ultimes. Bref, il ne faut pas craindre de spéculer. Notre ambition est d’élargir cette hypothèse au maximum de ses possibilités. Nous ne rejetons pas l’HET1, nous disons seulement qu’elle est, dans sa formu lation première, trop naïve, réductrice, et même un peu simpliste. Partant du postulat de base de l’HET1 définie ci-dessus, nous allons l’amplifier, l’approfondir, l’élargir, et tenter de la prolonger jusqu’aux limites de la science. Mais une telle démarche suppose qu’il faut redéfinir les notions de « machines », de « technologie », de véhicules spatiaux, de voyages spatiaux, de civilisations extraterrestres, et d’entités extraterrestres intelligentes. Certes, nous pensons que les ovnis sont des engins matériels, qu’ils sont le pro duit d’une (ou de plusieurs) civilisation extraterrestre, et qu’ils sont dirigés par des entités intelligentes, mais nous ne pensons pas que ces engins ne sont que des « avions » ou des « fusées » très perfectionnés, conçus par une civilisation légèrement en avance sur nous et pilotés par des êtres seulement un peu plus intelligents que nous. Nous défendons au contraire l’idée que les ovnis sont la manifestation visible dans notre environnement terrestre d’une civilisation hyper-évoluée (au moins une civilisation de Type III), et que ces ovnis sont conçus et pilotés par une intelligence et une conscience dont la nature nous échappe complètement. Notons que je fais la distinction entre intelligence et conscience. Je pense en effet qu’une entité intelligente n’est pas forcément une entité consciente, et de nos jours les deux termes sont abusivement confondus. La science moderne pose comme préalable que plus un être est intelligent, plus il est conscient, c’est une grave erreur. Certains pensent même que nos ordinateurs les plus puissants pourraient, dans un futur proche, devenir conscients, ce qui est pour moi une impossibilité et même une aberration pure et simple, car une machine matérielle ne peut pas générer une conscience qui est fondamentale ment immatérielle. Fermons la parenthèse. Pour en revenir à cette intelligence et à cette conscience extraterrestre, nous constatons qu’elle ne manifeste pas de signes ostensibles d’agressivité envers nous. Elle ne semble pas non plus s’être fixée comme but de nous envahir, de nous asservir, ou de nous détruire. Même s’il y a parfois mort d’homme directement en présence du phénomène ovni (voir le cas du pilote Thomas Francis Mantell qui est illustré sur la couverture), l’analyse des cas montre que ces événements dramatiques ne sont pas le fait d’une action agressive déli bérée du phénomène, mais plutôt le résultat d’un comportant imprudent et irréfléchi de notre part ayant entraîné un accident.