Ovnis - Du secret officiel aux limites de la science

Les sondes dites de von Neumann

 

Si nous listons les moyens qui sont à notre disposition pour explorer notre Galaxie, l’idée d’envoyer des sondes automatiques, non-habitées, s’est vite imposée. Dès que l’Humanité s’est lancée dans la conquête de l’espace, dans la seconde moitié du XXe siècle, deux modes d’exploration se sont présentés à elle :

– Les vols habités, dont les missions lunaires et les séjours prolongés dans les stations orbitales sont les points forts.

– Les sondes automatiques non-habitées, principalement chargées de récolter le maximum d’informations sur les planètes du système solaire.

Chacune de ces solutions offre à la fois des avantages et des inconvénients. Les vols habités coûtent cher, ils sont compliqués à mettre en œuvre, mais ils nous renseignent sur les conditions de vie de l’homme dans l’espace. Les missions réalisées avec des sondes automatiques non-habitées se révèlent moins onéreuses, mais les tâches que les robots peuvent accomplir sont restreintes et limitées par la technologie embarquée. Pour de nombreux acteurs (scientifiques, ingénieurs ou industriels) de l’astronautique, les vols habités représentent le but essentiel de la conquête spatiale, c’est-à-dire, à terme, de préparer l’Humanité à quitter la Terre et à essaimer dans la Voie Lactée. C’est d’ailleurs l’ambition avouée de Jeff Bezos, le parton d’Amazon, qui rêve d’envoyer dans tout le système solaire des vaisseaux géants, des sortes de mégalopoles spatiales, capables de transporter des millions d’humains. Un autre exemple de cette vision colonisatrice de l’Humanité dans l’espace est celui de l’entrepreneur Elon Musk, dont l’objectif avoué est d’envoyer un million d’humains d’ici 2060 sur la planète Mars. C’est pour réaliser cet objectif qu’Elon Musk a créé la société SpaceX en 2002, car il pense que l’Humanité pourrait disparaître suite à l’avènement d’une Intelligence Artificielle forte qui commanderait une armée de robots de plus en plus intelligents et performants.

En ce qui concerne les sondes automatiques, elles ont surtout pour vocation de préparer le « terrain » pour les futurs vols habités. Par nature, les vols habités sont dange reux parce qu’ils mettent en péril la vie des hommes. La perte d’une sonde automatique représente certes un dommage économique et scientifique, mais le coût humain est nul. Un avantage des sondes automatiques sur les humains, c’est qu’elles sont très résistantes dans l’espace et elles peuvent supporter des conditions de vol extrêmes : froid frôlant le zéro absolu, chaleur pouvant atteindre plu sieurs centaines de degrés, radiations mortelles émises par le Soleil, champs magnétiques intenses, accélérations ou décélérations brutales. La question n’est pas de mettre en concurrence les vols habités et les sondes automatiques, ou de choisir entre l’un ou l’autre de ces modes exploratoires, car je pense que la présence de l’homme dans l’espace est nécessaire et irremplaçable. L’avenir de l’Humanité est dans l’espace, et nous devons nous préparer à quitter notre planète d’origine pour explorer le vaste Univers. Dans cette optique, les sondes automatiques sont comme des éclaireurs qui nous renseignent sur les conditions qui règnent dans tel ou tel milieu. Elles nous fournissent des informations précieuses sur des environnements lointains. Elles peuvent même effectuer certains travaux ingrats à notre place. Mais la fin dernière des missions réalisées par les sondes est de préparer la venue de l’homme dans l’espace. Une solution efficace pour préparer l’exploration humaine de notre Galaxie réside peut-être dans l’utilisation des sondes de von Neumann.

John von Neumann, qui fut certainement l’un des plus grands mathématiciens du XX e siècle, est né le 28 décembre 1903 à Budapest. Il est le troisième fils d’un des plus riches banquiers de Hongrie. Son enfance et son adolescence ont pour cadre un milieu intellectuel riche et stimulant. Les plus grands scientifiques de l’époque, les écrivains les plus réputés, fréquentent le salon de ses parents. Il dispose de facilités exceptionnelles pour l’apprentissage qu’il utilise pour explorer des domaines aussi variés que l’histoire (il lit les quarante quatre volumes de l’encyclopédie d’his‐ toire contemporaine de la bibliothèque de ses parents), les langues, ou les mathématiques. Ses aptitudes dans cette dernière discipline sont très vite repérées, et, alors qu’il suit un cursus normal au lycée, il reçoit des cours particuliers d’un jeune universitaire nommé Fekete. Von Neumann écrira avec lui son premier article scientifique à l’âge de dix-sept ans. À l’université de Zurich il étudie la chimie, mais il suit parallèlement le cours d’Albert Einstein à Berlin et des cours de mathématiques à Budapest. En 1926, il a en poche son diplôme d’ingénieur chimiste et un doc torat de mathématiques. C’est ce domaine qu’il choisit, en devenant, un an plus tard, professeur à Berlin. Le début de sa carrière est consacré aux fondements logiques des mathématiques (à la suite des travaux de David Hilbert) et aux fondements mathématiques de la mécanique quantique. En physique, il unifie les théories de Schrödinger et de Heisenberg. Réfugié aux États-Unis, il publie des études consacrées à la théorie mathématique des jeux, discipline qu’il crée avec l’économiste Oskar Morgenstern. Puis, avec l’imminence de la guerre, von Neumann se consacre à des travaux de recherches appliquées. Après sa natu ralisation, il devient un des principaux consultants de l’armée américaine. À partir de 1943, il participe activement à la mise au point de la première bombe atomique à Los Alamos. Il comprend aussi, lors de ses recherches sur la bombe, le rôle fondamental des machines électroniques pour réaliser des calculs longs et fastidieux difficilement réalisables à la main. Von Neumann contribue de façon décisive à la création des premiers ordinateurs, et après la guerre, il devient consultant chez IBM. En 1950, il imagine qu’une comparaison entre l’homme et la machine pourrait être fructueuse et permettraient peut-être d’ouvrir de nouvelles perspectives dans le domaine de la robotique. Il défend l’idée de réseaux de neurones formels, c’est-à-dire de machines conçues sur le modèle de notre cerveau, et cela trente ans avant que de telles réalisations voient le jour. Il fonde alors les bases de ce qui deviendra la théorie des automates. Il expose ses idées avant-gardistes dans son livre,

Théorie générale et logique des automates 39 re (1 parution1948), qui fascine le monde scientifique par son caractère prémonitoire en ce qui concerne le dévelop pement de l’informatique dans les décennies qui vont suivre. Peu après, il travaille encore à la réalisation de la première bombe H et soutient activement l’effort militaire des États-Unis pendant la guerre froide. En 1951, il met au point un modèle mathématique démontrant qu’il est possible de construire une machine capable de produire une réplique exacte d’elle-même. Selon ses plans, cette extraordinaire machine auto-reproductible devrait être composée de trois parties principales :

– Un code contenant toutes les instructions nécessaires au fonctionnement d’un constructeur universel (le pro gramme).

– Un système permettant la copie de ce code.

– Un système permettant de construire physiquement ce constructeur universel.

À noter que son modèle mathématique préfigure de façon étonnante la découverte du fonctionnement de l’ADN dans les années 1960. L’ADN peut être considéré comme un « constructeur universel » du vivant.

Dans son modèle, von Neumann prévoyait que la partie « constructeur » de sa machine devait être capable de transformer et de modeler, à sa guise, de la matière à l’état brut. Elle devait être capable de lui donner la forme dictée par le programme qui comportait toutes les instructions nécessaires à cette transformation. À la fin du processus de transformation, une copie du programme initial était introduite dans la nouvelle machine qui devenait à son tour capable de s’auto-reproduire. Le concept d’une machine auto-reproductible est certes très séduisant, mais nous sommes encore loin de pouvoir construire une telle machine. Le premier obstacle à sa réalisation est sa complexité qui dépassera sûrement celle d’un virus. Nous savons que les virus sont des êtres animés situés à la frontière entre le vivant et l’inerte, et qu’ils sont capables de s’auto-reproduire en contaminant un organisme hôte. Rien que pour le programme, des études ont montré qu’il devrait contenir au moins une dizaine de millions d’instructions. Vers la fin de sa vie von Neumann travailla sur une théorie des automates cellulaires dont le but était d’expliquer la vie par des règles logiques simples. Hélas, la maladie l’empêchera de mener ce projet à terme. Il meurt à l’âge de 54 ans (le 8 février 1957 à Washington) d’un cancer des os.

Ce que peut de personnes savent, c’est que von Neumann fut l’un des très rares scientifiques qui avait été mis dans le secret d’une présence extraterrestre dans notre système solaire. Il faisait partie du petit groupe de scientifiques dirigé par le Docteur Vannevar Bush (1890-1974) qui avait été chargé d’étudier les épaves de disques. Il était donc très bien informé sur cette présence extraterrestre puisqu’il en avait eu les preuves matérielles en 1947 et peut-être même avant, dès 1942. Ce scientifique exceptionnel a étudié et analysé la technologie récupérée à bord d’un vaisseau extraterrestre et cela a certainement orienté de façon décisive ces propres recherches. Même s’il n’est pas cité explicitement dans les documents produits par le « MJ-12 », ou un groupe similaire dont le nom reste inconnu, il a certainement joué un rôle dans ses délibérations. Dans l’ouvrage collectif intitulé Troubles dans le ciel, observations

extraterrestres 1947-199440 les auteurs font remarquer à juste titre que des « scientifiques dont les noms reviennent souvent dans des documents officiels déclassifiés, ont été impliqués dans la problématique des ovnis. Malheureusement, parce que ce n’est pas clairement explicité, on ne peut connaître, de manière exacte, le rôle qu’ils y on joué. Parmi ces hommes, je citerai Théodore von Karman (physicien américain d’origine hongroise, directeur du conseil scientifique de l’US Air Force, responsable d’avancées techniques et scientifiques dans le domaine du vol supersonique), Julius Oppenheimer (physi cien qui dirigea la mise au point de la bombe atomique), John von Neumann (mathématicien, père de l’ordinateur), ou encore Carl Sagan (astronome, consultant de la Nasa sur les problèmes de vie extraterrestre) ». L’ancien pilote de ligne Jean-Gabriel Greslé est arrivé aux mêmes conclusions que Jean-Jacques Velasco et

Nicolas Montigiani dans son livre41. À la page 155 il note que « Dans une lettre du 29 novembre 1983, envoyée à un chercheur amé ricain, William

Steinman, le Dr Sarbacher, alors directeur du Washington Institute of Technology devait confirmer et compléter les informations obtenues en 1950, mais restées longtemps secrètes. Nous apprenons par exemple que John von Neumann, dont nous avons présenté la thèse pages 38 et 39, avait très probablement participé à l’étude des « disques volants » récupérés et de leurs occupants ». La thèse dont parle Greslé est celle de l’exploration de notre Galaxie par des sondes automatiques. Dans la même lettre adressée par le docteur Sarbacher au chercheur américain William Steinman, nous avons confirmation de l’implication de von Neumann dans l’étude des disques volants. Le doc teur Sarbacher précise en effet que « pour ce qui regarde ma propre expérience relative aux soucoupes volantes récupérées, je n’avais aucun lien avec les personnes impliquées dans leur récupération et je n’ai pas connaissance des dates de leur découverte. Pour ce qui est de votre liste de personnes qui auraient été impliquées dans cette affaire, je ne puis seulement dire ceci : John von Neumann fut impliqué de façon certaine. Tout comme le docteur Vannevar Bush, et je pense que le docteur Robert Oppenheimer l’était aussi ». Plus loin dans son courrier, il souligne un point qui me paraît capital : « Chose intéressante à noter : John von Neumann est l’un des « pères » de l’informatique (avec l’anglais Alan Turing). Ses travaux en mathématiques portent essentiel lement sur les bases de la théorie quantique, la théorie des opérateurs, la théorie ergodique (branche des mathématiques qui étudie les systèmes composés d’un très grand nombre de particules, comme un gaz par exemple). Il s’est aussi beaucoup intéressé à la physique : la mécanique des fluides, la turbulence et l’interaction des ondes de choc, tout comme à la biologie, d’ailleurs. C’est ainsi qu’avant la découverte de la structure de l’ADN par les docteurs Watson et Crick en 1953, John von Neumann établit la reproduction des virus à ARN avant que celle-ci ne fut décrite expérimentalement. De là à dire qu’il tira un enseignement positif de son implication dans l’étude des carcasses d’ovnis pour l’élaboration de ses

propres travaux, il y a un pas que je me garderai bien de franchir 42. » À mon avis, si le docteur Sarbacher prend la peine de faire le rapprochement entre l’implication de von Neumann dans l’étude des épaves d’ovnis et ses travaux scientifiques, ce n’est pas gratuit. Il donne une piste même s’il ne la confirme pas. Lorsque Steinman prit connaissance de toutes les informations contenues dans la lettre de Sarbacher, il eut du mal à les admettre. Il fut tellement abasourdi par ces révélations, qu’il les garda secrètes pendant plusieurs mois. Ce n’est qu’après s’être entretenu avec lui par télé phone qu’il prit conscience de leur importance.

Il est possible, mais c’est une hypothèse qui est difficilement vérifiable, que les idées très novatrices de von Neumann à partir de 1942 concernant l’architecture des ordinateurs, la robotique, l’idée de réseaux de neurones formels, sa théorie générale des automates, son modèle mathématique qui démontre qu’il est possible de construire une machine capable de produire une réplique exacte d’elle-même qui aboutira à l’idée de sonde spatiale automatique, aient été directement inspirées de ses études sur une épave de disque volant. Comme je l’ai déjà dit, un ovni – que ce soit un disque volant ou un triangle – est une sorte d’« entité » qui peut être à la fois une machine et un être vivant, intelligent, et conscient. L’ovni est un être biomé canique qui fait la synthèse entre la technologie la plus sophistiquée et le vivant. Il pourrait être l’expression de la fusion totale et parfaite entre le vivant et la machine. J’ajoute, cependant, que dans cette fusion parfaite et harmo nieuse vivant/machine ce serait toujours la conscience qui serait aux « manettes » si je puis dire. La part machine/tech nologie de l’entité biomécanique serait au servie de la part vivant/conscience, et non l’inverse. Aujourd’hui nous pouvons faire le parallèle entre l’ovni et le cyborg, c’est-à-dire avec un être humain dont les capacités auraient été modifiées par des dispositifs cybernétiques (étymologi quement, le terme cyborg est la contraction de cybernetic organism, organisme cybernétique). D’où l’intérêt de von Neumann pour les robots et ses recherches en 1950 qui tentent d’établir une comparaison entre l’homme (le vivant) et la machine (la technologie). À noter que le terme de cyborg n’existait pas en 1950. Il a été popularisé en 1960 pour désigner un être humain « amélioré », né de la nécessité d’établir une relation intime entre l’humain et la machine, à l’heure des débuts de l’exploration spatiale. L’idée de cyborg vient donc de la prise de conscience que l’être humain, tel qu’il est actuellement, ne pourra pas explorer l’espace lointain, c’est-à-dire situé au-delà de notre système solaire. Son organisme est trop bien adapté aux conditions de vie sur la Terre pour qu’il puisse survivre longtemps dans l’espace, sauf à recréer dans le vaisseau spatial les mêmes conditions de vie que sur notre planète, ce qui pose un défi à la fois technique et financier difficile à relever. La solution pour explorer l’espace lointain est donc le cyborg, qui est un humain modifié et amélioré grâce à la technologie et dont l’organisme biomécanique ne comporte plus les faiblesses et la vulnérabilité d’un organisme purement biologique.

Bien que nous soyons encore incapables, pour le moment, de fabriquer des sondes de von Neumann, rien n’interdit d’imaginer que dans le futur, si nous parvenons au Type II supérieur de civilisation (proche du Type III), nous puissions envoyer ce genre de sonde dans de nombreux systèmes stellaires de la Galaxie. Les sondes se présenteraient sous la forme de vaisseaux spatiaux intelligents, parfaitement autonomes et entièrement automatisés. Leur taille et leur architecture dépendra sans doute de l’évolution prochaine des techniques de miniaturisation. Elles pourraient ressembler à nos sondes actuelles, c’est-à-dire peser quelques tonnes et ne pas dépasser la taille du télescope spatial Hubble. Cependant, si les nanotechnologies tiennent leurs promesses, rien n’interdit d’imaginer des sondes de la taille d’un bal lon de basket ou même pas plus grosses qu’un insecte.

Les avantages d’une exploration systématique de la Voie Lactée par des sondes de von Neumann sont nombreux. Il suffirait simplement, au départ, d’envoyer dans l’espace une seule machine. En supposant que cette première machine ne fasse seulement que deux copies d’elle-même, un calcul simple montre qu’à la 36e génération nous atteignons un nombre de machines supérieur à 100 milliards. Comme notre Galaxie compte environ 200 milliards d’étoiles, cela veut dire qu’au bout de la 36e génération, presque toutes les étoiles de la Galaxie pourraient être visitées par ces sondes. Le temps nécessaire pour visiter l’ensemble des étoiles de la Galaxie dépendra bien évidemment de la vitesse à la laquelle se déplaceront les sondes entre les étoiles. Quant au temps de fabrication de deux copies « filles » à partir d’une sonde « mère », il pourrait ne pas dépasser quelques dizaines d’années si la sonde « mère » trouve rapidement dans son environnement les matériaux nécessaires. Une lune morte gravitant autour d’une planète possédant une atmosphère pourrait être une destination idéale. Une sonde pourrait alors plus facilement s’y poser et espionner de loin la planète soupçonnée d’être porteuse d’une forme quelconque de vie. Si les sondes de von Neumann ne trouvaient finalement sur cette planète que des traces de vie primitive, elles pourraient se mettre en « sommeil » et attendre que la vie évolue vers des formes plus complexes. Après avoir attendu tranquillement durant des milliers d’années, voire même des millions d’années, les sondes pourraient alors se réactiver de façon automatique (en détectant à distance les « bruits » de la civilisation naissante), et surveiller à nouveau la planète. Le physicien Paul Davies de l’université d’Adelaïde, envi sage même très sérieusement la possibilité qu’une sonde de type von Neumann, pourrait actuellement reposer quelque part sur la Lune. Les sondes de von Neumann pourraient être programmées pour détecter des civilisations de Type 0, comme la nôtre. Dès que les civilisations de Type 0 seraient sur le point d’accéder au stade de civilisation de Type I, les sondes pourraient entrer en action et guider le développement de ces civilisations, ou prévenir une civilisation de Type II ou III des changements observés. Les sondes devraient aussi trouver rapidement les gisements naturels de fer, de nickel, et d’autres minerais indispensables à leur reproduction. Si nous supposons que les sondes sont capables de se déplacer à une vitesse égale à un dixième de la vitesse de la lumière, l’ensemble des étoiles de la Galaxie pourraient être visitées en seulement quelques millions d’années. Avec des sondes plus lentes, il faudrait compter au moins cent millions d’années. Mais que représentent cent millions d’années à l’échelle des temps cosmiques ?

Von Neumann part du principe que dès qu’une civilisation découvre et applique les sciences exactes (mathématiques) et les sciences expérimentales (physique, chimie, biologie, etc.), elle s’engage dans la voie de la technologie et se dote, à brève échéance, des moyens techniques nécessaires à l’exploration de son propre système solaire et des systèmes solaires voisins. Cette civilisation technologique estime aussi qu’il vaut mieux envoyer des sondes automatisées plutôt que des vaisseaux spatiaux habités pour explorer les étoiles lointaines. À partir de ce moment, elle met au point un modèle fiable et sophistiqué de vaisseau interstellaire qui est capable de s’auto-répliquer (sondes de von Neumann), c’est-à-dire de faire une copie exacte de lui-même, et cela, en un nombre indéfini d’exemplaires. Ce vaisseau est donc un robot autonome doté d’un programme informatique capable d’effectuer toutes les étapes de cette auto-réplication. Lorsque qu’il arrive dans un système stellaire qui l’intéresse, le robot va chercher sur les planètes de ce système les élé ments chimiques et les matières premières qui sont nécessaires à son auto-reproduction. Ces robots posséderont un système expert leur permettant de choisir en priorité des planètes potentiellement habitables en vue d’y ensemencer la vie. Si la civilisation d’origine des robots explorateurs décide par exemple d’en envoyer mille exemplaires dans toutes les directions de l’espace, le processus de colonisation de la Galaxie se fera selon une progression géométrique. Même si les vaisseaux robots ne se déplacent qu’à une fraction de la vitesse de la lumière (1/100 par exemple), l’exploration complète de toute la Voie Lactée sera relati vement rapide. Une Galaxie comme la nôtre qui compte environ entre 100 et 200 milliards d’étoiles, avec au mini mum 100 milliards de planètes, pourrait être complètement explorée dans une période de temps de l’ordre de quelques dizaines de millions d’années, ce qui est une période très courte par rapport à son âge (13,51 milliards d’années).

Pour parvenir à ce résultat, von Neumann se base sur nos connaissances astronomiques concernant notre Galaxie, la Voie Lactée :

– Son diamètre est estimé entre 100 000 et 120 000 années-lumière (al).

– Son épaisseur est d’environ 5000 années-lumière (al).

– Le Système Solaire se situe à environ 27 000 années-lumière (al) de son centre.

– Elle abrite entre 100 et 200 milliards d’étoiles.

– Elle abrite au minimum 100 milliards de planètes.

– Le distance moyenne entre deux étoiles est de 5 à 10 années-lumière (al).

Ci-après : La Voie Lactée et la position de notre Soleil. La Voie Lactée est une galaxie spirale barrée dont les bras spiraux, au nombre de quatre, n’émergent pas du centre de la galaxie, mais d’une bande d’étoiles traversant ce centre. Son diamètre est estimé entre 100 000 et 120 000 al, et elle abrite entre 200 et 400 milliards d’étoiles. Selon von Neumann, une civilisation hyper-évoluée d’un point de vue scientifique et technologique pourrait réaliser l’exploration complète de la Voie Lactée en 20 millions d’années maximum.

À partir de ces données, von Neumann envisage le scénario selon lequel un vaisseau entièrement automatisé, dont l’équipage ne serait constitué que de robots, quitterait sa planète d’origine et la civilisation qui l’a conçu. Le vaisseau transporterait dans ses soutes du matériel biologi que primitif, c’est-à-dire de l’ADN, des bactéries, du lichens, des spores, etc. Ce matériel biologique servirait à ensemencer des planètes encore stériles, mais qui possè deraient néan moins des conditions physiques à leur surface permettant à la vie d’y naître et de prospérer. Le vaisseau se déplacerait entre les étoiles à la vitesse moyenne de 1/100 de la vitesse de la lumière (300000 km/s) soit 3000 km/s. Il serait doté d’un système de communication avec les vaisseaux d’explo ration les plus proches qui devrait avoir une portée de 10 années-lumière environ. En considérant sa vitesse et la distance moyenne entre deux étoiles de notre Galaxie, le vaisseaux voyagerait environ pendant 1000 ans avant d’atteindre l’étoile qu’il s’est fixé comme objectif. Une fois arrivé dans le système stellaire qu’il a choisi, le vaisseau commencerait par faire une ana lyse complète de ce système. Si ce dernier comporte des planètes qui sont susceptibles d’abriter la vie, des robots spécialisés dans cette tâche ensemenceraient ces planètes. Avant de repartir vers une autre étoile, le vaisseau resterait quelques mil liers d’années dans ce système et vérifierait pendant cette période si la vie se répand comme prévu après l’ensemen cement des planètes. Très rapidement (en 1000 ans en moyenne), dès que le vaisseau arriverait dans un système stellaire, il fabriquerait une copie de lui-même qui se dirigerait ensuite vers une autre étoile. À partir de ce scénario d’exploration, il est facile de voir que le nombre de vaisseaux chargés d’explorer la Galaxie croît selon une progression géométrique de période égale à 2000 ans environ (1000 ans de voyage + 1000 ans pour ensemencer une planète et construire une copie du vaisseau). Un calcul simple montre qu’au bout de 54 000 ans le nombre de vaisseaux automatisés parcourant la Galaxie dans toutes les directions serait supérieur au nombre d’étoiles de cette dernière. En ce basant sur ces estimations raisonnables, von Neumann arrive à la conclusion que la totalité des étoiles de notre Galaxie pourrait être explorée en 20 millions d’années maximum.

Le scénario proposé par John von Neumann est très intéressant selon mon point de vue car il confirme le fait qu’une civilisation hyper-évoluée, comme le sont les « civi lisations primordiales », a pu visiter et ensemencer toute la Voie Lactée en seulement 20 millions d’années. Il envisage donc sérieusement, qu’à côté d’un processus aléatoire classique comme celui qui est actuellement proposé par les partisans de la théorie de l’évolution, il pourrait exister un processus artificiel mis en œuvre par des civilisations très anciennes qui sont apparues bien avant la nôtre. Dans ce second cas, cela signifie que les vaisseaux automatisés et auto-répliquants des « civilisations primordiales » sillon naient déjà toute notre Galaxie avant même que la première cellule vivante (LUCA) apparaisse sur la Terre il y a envi ron 3,3 à 3,8 milliards d’années. À titre de comparaison, les dinosaures ont peuplé la Terre pendant 165 millions d’années, et pendant ce lapse de temps, l’exploration entière de la Voie Lactée aurait pu être faite 8 fois par une « civilisation primordiale ». Un rapide calcul montre qu’un ensemencement artificiel de la vie par les « civilisations primordiales » serait de 50 à 100 plus rapide que le mécanisme naturel de l’évolution.

La question qui vient immédiatement à l’esprit est celle de savoir, si toute la vie sur Terre provient d’un tel ense mencement ? En ce qui me concerne, je suis favorable à cette idée. Si je poursuis mon raisonnement, j’en arrive à la conclusion que la vie est abondante dans notre Galaxie et qu’elle s’est propagée grâce au « programme » d’ensemen cement généralisé élaboré il y a des milliards d’années par une « civilisation primordiale ».