Ovnis - Du secret officiel aux limites de la science

Opération « Majestic 12 »

Aujourd’hui, il est devenu évident que la problématique du phénomène ovni a changé et que les ufologues devraient se poser de nouvelles questions. Les études menées sur ce sujet devraient intégrer de nouveaux paramètres. La collecte pure et simple de témoignages n’est plus suffisante (elle doit cependant être poursuivie au sein des associations privées). Ce qu’il faut chercher à établir désormais, c’est le degré exact d’implication de certains groupes humains vis-à-vis de ce phénomène. C’est une tâche difficile, mais les quelques informations dont nous pourrions disposer seraient lourdes de conséquences.

 

Opération « Majestic 12 »

 

Comme je l’ai indiqué plus haut, le degré 2 d’implication maximum avec le phénomène ovni suppose des contacts importants et fréquents au plus haut niveau, une collaboration active des pouvoirs en place avec les extraterrestres, ainsi qu’une ingérence importante de ces derniers dans les affaires humaines. Une infiltration des extraterrestres dans toutes les sphères dirigeantes de la planète est même envi sageable. Dans ce contexte, toutes les informations concernant les ovnis sont gardées secrètes. Aucune divul gation n’est possible. La société civile ne doit pas savoir quels types d’accords et de « marchandages » (deal) lient les pouvoirs en place et les extraterrestres. Tout se passe à un niveau confidentiel mais les militaires et les scientifiques sont soumis au phénomène. Ils n’ont pas le choix. Ils ne maîtrisent pas la situation. Le phénomène dicte sa loi sans qu’ils puissent s’y opposer. Le degré 2 d’implication ou un degré proche de 2, admet l’existence d’une structure occulte qui serait non seulement informée de l’existence de vaisseaux extraterrestres évoluant dans notre envi‐ ronnement, mais qui aurait même des contacts avec les entités pilotant ces vaisseaux.

Des documents dont l’authenticité est aujourd’hui contestée ont révélé l’existence d’un groupe humain qui pourrait être assimilé à cette structure occulte : « gens de l’intérieur » ou « cellule spéciale ». Il s’agit du mystérieux et très controversé, « Majestic 12 » ou « MJ-12 ». L’affaire du « MJ-12 » représente un « cas d’école » si je puis dire, car elle illustre la façon dont circulent l’information concernant les ovnis au sein des différentes strates de la société et des pouvoirs en place (politique, militaire, scien tifique). Le schéma est presque toujours le même, et il se déroule généralement en trois grandes phases :

– La première phase correspond à la divulgation de documents inédits sensationnels par un personnage ambigu (William Moore), ou par un groupe d’individus qui sont généralement des anciens militaires, ou d’anciens agents des services de renseignement.

– La seconde phase correspond à une sorte d’« embal lement » de la sphère médiatique et du petit monde de l’ufologie suite à ces révélations sensationnelles. De nombreuses interviews sont données, des documentaires sont réalisés mettant en scène les « informateurs ». L’opinion publique s’enthousiasme, et de nombreux ufologues pensent que le processus de la divulgation au sujet des ovnis s’accélère.

– La troisième phase consiste dans le « recrutement » et l’implication de relais d’informations (Jaime Shandera, Stanton Friedman) jouissant d’une certaine respectabilité pour donner un côté sérieux et crédible aux révélations. Cependant, il apparaît assez rapidement que les chercheurs sont incapables d’identifier clairement les sources des documents fournis par les « informateurs ». Cette situation génère des critiques et une remise en cause de l’authenticité des documents révélés. Malgré les critiques, les doutes et les incertitudes, les prétendues révélations continuent à se propager dans l’opinion publique, ce qui semble être le but recherché par ceux qui manipulent les « informateurs » et les relais d’informations.

Nous retrouvons, à peu de chose près, ces trois phases dans l’affaire de l’autopsie d’un prétendu extraterrestre qui est présentée dans un film fort peu convaincant mais qui a fait beaucoup de bruit. De larges extraits du film furent diffusés en France, le 23 octobre 1995, dans l’émis sion L’Odyssée de l’Étrange qui était animée par Jacques Pradel. Le producteur londonien, Ray Santilli, qui est à l’origine de toute cette affaire, avoua plus tard que ce film était un faux.

Je rappelle brièvement que l’affaire du « MJ-12 » débute en juillet 1987 lorsque l’existence de documents relatifs à ce groupe occulte est révélée par William Moore, auteur prolifique sur la question ovni, lors du symposium du Mufon Ufo Network à Washington DC. À l’origine, les documents ne comportaient que huit (ou cinq pages selon les sources) parvenues sous la forme d’une pellicule photo graphique non développée dans une enveloppe au domicile de Jaime Shandera, producteur d’une station de télévision de Los Angeles, en décembre 1984. Cette affaire prit tellement d’ampleur, qu’en 1999, plus de 2000 pages de documents étaient censés relater les agissements de ce groupe occulte. Deux ans avant le symposium du Mufon, Jaime Shandera s’était joint à William Moore et au physicien Stanton Friedman (1934-2019) pour étudier les documents reçus en 1984. Stanton Friedman deviendra par la suite un fervent défenseur de l’authenticité des documents. Brillant scientifique, Stanton Friedman travaillera quatorze ans comme physicien nucléaire pour les compagnies, General Electric, General Motors, Westinghouse, TRW, Aerojet General Nucleonics, et chez McDonnell Douglas sur des projets avancés et hautement classifiés. Les trois hommes, William Moore, Jaime Shandera et Stanton Friedman, s’étaient réunis pour effectuer un travail d’équipe basé sur la recherche de documents officiels prouvant l’implication du gouvernement américain dans la dissimulation de la vérité sur les ovnis. Selon les documents présentés par Moore, le « MJ-12 » aurait été composé de 12 membres occupant de très hautes fonctions au sein de l’état américain. Le Secrétaire de la Défense, les trois premiers directeurs de la CIA, un Général de l’USAF, un autre de l’armée et une brochette de scientifiques de très hauts niveaux figuraient sur la liste des membres. Parmi les personnalités remarquables supposées appartenir à ce groupe, citons : Roscoe H. Hillenkoetter, Vannevar Bush, James V. Forrestal, Nathan F. Twining, Hoyt S. Vandenberg, Detlev Bronk, Jérôme Hunsaker, Sidney W. Souers, Gordon Gray, Donald Menzel, Robert M. Montague, Lloyd V. Berkner.

Le « MJ-12 » est décrit dans les documents comme un groupe secret d’étude de la technologie des ovnis et des entités qui les pilotent. Il aurait été fondé en 1947 par le président Truman, après l’affaire du crash de Roswell. Le but de ce groupe, dirigé par Vannevar Bush, était d’étudier le mode de fonctionnement des disques volants récupérés par l’armée et de tenter de maintenir en vie les entités biologiques extraterrestres (E.B.E) récupérées sur le lieu du crash. Six entités auraient été récupérées, mais quatre d’entre elles étaient déjà mortes, une était gravement bles sée, et une dernière encore vivante. L’abréviation E.B.E deviendra le terme de référence utilisé dans les documents pour désigner les Entités Biologiques Extraterrestres.

Si l’existence réelle du « MJ-12 » est aujourd’hui mise en doute, son concept n’est peut-être pas dénué de fondement. Des organisations similaires, portant d’autres noms, avaient sûrement les mêmes objectifs. L’affaire du « MJ-12 » suggère qu’au plus haut niveau de l’État, les autorités connaissent tout du dossier ovni et qu’elles sont en contact avec les extraterrestres. Certains chercheurs (notamment Gildas Bourdais) pensent que sous le voile de la fiction du « MJ-12 » des informations vraies auraient été délivrées au public. Bourdais estime en effet que « […] les critiques des documents laissent la porte ouverte à une hypothèse que l’on ferait bien de garder présente à l’esprit : celle d’une politique de divulgation progressive des informations sur les secrets ovnis, celles-ci étant toujours parsemées de suffisamment d’« erreurs » pour éviter un emballement prématuré de l’opinion. Mais des informations et des idées

sont bien mises en circulation18 ». La stratégie mise en œuvre aurait donc consisté à répandre de vraies informations par le biais de la désinformation (la fiction du « MJ-12 »). Cela revient à informer sur le fond (les idées) en falsifiant la forme. Il est en effet probable que dans la réalité, les événements ne se soient pas exactement déroulés comme l’indiquent les documents de Moore.

Pour Steven Greer – qui ne mâche pas ses mots – le « MJ-12 », qui fut selon lui créé par le président Eisenhower et Nelson Rockefeller en 1956, est devenu la plus grande organisation criminelle du monde. Il ne représentait en réalité qu’une entité parmi de nombreuses autres comme le groupe Bilderberg, La commission trilatérale et le Conseil des relations internationales (Council on Foreign Relations ou CFR), qui formeraient ce qu’il appelle la cabale. Cette entité hybride internationale exercerait un contrôl sur tout ce qui concerne les ovnis et les technologies acquises par rétro-ingénierie. Elle serait plus puissante que n’importe quel gouvernement national et étendrait son sinistre pouvoir sur toute la planète. Toujours selon Greer, pour acquérir et maintenir un tel pouvoir, les actes les plus horribles auraient été commis par la cabale. Je laisse à Steven Greer la responsabilité de ses propos qui font d’ailleurs échos à ceux de l’ancien ministre canadien de la Défense, Paul Hellyer, qui expose les méfaits du Nouvel Ordre Mondial dans son livre, Soyons conscients des

mani pulations de l’élite mondiale, et des options pour s’en libérer 19. À l’origine, simple agence gouvernementale secrète préoccupée par les ovnis, le « MJ-12 » serait devenu par la suite une entreprise criminelle d’envergure internationale liée au pouvoir de la finance mondiale et à l’industrie de l’armement. Nous retrouvons ici les dérives du complexe militaro-industriel qui aurait étendu ses ramifications dans tous les pays du globe avec pour objectif d’asservir l’Humanité.

Pour en revenir au « MJ-12 » des débuts si je puis dire, surtout occupé à gérer le problème des ovnis, la question qui doit être posée est celle de savoir d’où venaient les vraies/fausses informations, et pourquoi a-t-on choisi de les divulguer à un moment précis ? La réponse n’est pas simple, car dès le départ les pistes sont brouillées. Notons que le « brouillage » systématique des pistes s’explique aisément si les auteurs des documents ne veulent pas être identifiés. C’est une précaution élémentaire : la « source » doit toujours être protégée. Les personnes connues ne sont que des intermédiaires dont le rôle ne consiste qu’à assurer la transmission et la divulgation des vraies/fausses infor mations. Si nous nous plaçons dans le cadre du degré 2 d’implication ou d’un degré approchant, il est possible que certains membres de la « cellule spéciale » aient choisi d’avertir le public de la gravité de la situation à travers la fiction du « MJ-12 ». Dans ce cas, une « fuite » a pu être savamment organisée dans le but de mobiliser l’attention des chercheurs et du public sur certains aspects inquiétants de la présence extraterrestre sur notre planète. C’est une hypothèse qui est vraisemblable mais qui ne peut pas être prouvée. Une autre piste peut être évoquée et qui est tout aussi crédible. C’est celle d’une désinformation pure et simple orchestrée par les services de renseignement et l’armée dans le cas où le degré 2 d’implication ne serait pas une réalité. Bourdais pense que c’est peut-être l’AFOSI (Air Force Office of Special Investigations ou Bureau des enquêtes spéciales de l’armée de l’air américaine) qui aurait été la source secrète des documents (pellicule photo‐ graphique non développée) envoyés à Jaime Shandera en 1984. Souvenons-nous que c’est l’AFOSI qui avait enquêté sur l’affaire du cambriolage des locaux de la compagnie ACC dont le président, Jack Shulmann, avait été mêlé à une histoire de rétro-ingénierie. Je rappelle que les agents de l’AFOSI ne portent pas d’uniformes et que leurs grades sont classés secrets. Notons aussi que William Moore, celui qui révéla l’existence des documents du « MJ-12 », était lui-même un ancien agent de l’AFOSI. C’est encore Moore qui a révélé avoir travaillé avec un groupe d’agents gouvernementaux spécialistes de la désinformation qui étaient chargés de répandre de fausses nouvelles parmi les ufologues tout en leur promettant de bénéficier d’informations confidentielles sensationnelles. Ce qu’il est possible de dire après l’examen des faits, c’est que William Moore n’était sûrement qu’un « pion » ou un simple intermédiaire dans toute cette affaire du « MJ-12 », et que les vrais commanditaires n’ont toujours pas été identifiés bien que la piste de l’AFOSI soit pertinente. La règle dans ce genre d’opération, est que, quoi qu’il arrive, les donneurs d’ordres restent toujours dans l’ombre. Ce qui est certain en tout cas, c’est qu’un tel « montage » suppose un objectif précis. Ce n’est pas une opération gratuite. Une question demeure cependant : dans quel but ?