Ovnis - Du secret officiel aux limites de la science

L’« équation totale »

Le produit de tout les facteurs examinés ci-dessus donne une estimation de N, qui est le nombre de civilisations évoluées capables de communiquer avec nous dans la Voie Lactée. Comme nous pouvons le constater, la plupart de ces facteurs sont inconnus, ou leur estimation est diffi cile à établir. Une évaluation pessimiste aboutira au résultat de N = 1. Ce qui signifie que nous serions la seule civilisation évoluée dans toute la Galaxie. Une évaluation optimiste donnera N = 10 millions de civilisations évoluées comme le pensait Sagan. Quelques astronomes ont tenu compte de variations temporelles des paramètres de l’équa tion de Drake. Le taux de formation des étoiles dans notre Galaxie était en effet plus important dans le passé, ce qui veut dire que R était plus élevé. Mais ces affinements ne permettent pas d’avoir une estimation plus précise de la valeur de N.

 

L’« équation totale »

Nous devons reconnaître que pour le moment, l’équation de Drake ne peut pas nous donner une estimation quantitative fiable concernant le nombre de civilisations évoluées dans la Voie Lactée. En définitive, l’intérêt majeur de cette équation réside dans sa capacité à nous faire toucher du doigt les difficultés que nous devrons surmonter avant de pouvoir entreprendre un travail sérieux sur la démographie de ces civilisations. Sa fonction est avant tout de nous faire prendre conscience des questions que nous devrons résoudre, plutôt que d’apporter une réponse sûre. Ce n’est pas une équation au sens stricte du terme, comme celles utilisées par les physiciens par exemple. Comme le faisait judicieusement remarquer Sagan : « L’une des grandes vertus de l’équation de Drake est qu’elle fait intervenir des domaines (de la connaissance) qui vont de l’astronomie stellaire et planétaire à la chimie organique, à la biologie de l’évolution, à l’histoire, à la politique, (et) à la psycho logie. » Nous pourrions ajouter à cette liste : la sociologie, l’économie, l’anthropologie, et même la spiritualité. Finalement, cette équation englobe presque toute la réalité de notre Univers et c’est pour cette raison qu’elle est si fascinante. C’est presque une « équation totale » qui donne la mesure de notre ignorance. Sa valeur réelle est peut-être cachée dans ses trois dernières inconnues (fi, fc et L) pour lesquelles nous ne pouvons fournir aujourd’hui aucune valeur, même approximative. Il semble, d’ailleurs, que la quête pour résoudre ces ultimes inconnues soit la plus stimulante pour l’esprit. L’équation de Drake est devenue une espèce d’« icône » qui symbolise les efforts de l’Humanité pour comprendre le vaste Univers qui l’entoure et tenter d’y découvrir d’autres êtres évolués avec qui elle pourrait échanger des informations et communiquer. Je crois que toute forme de vie intelligente organisée en société cherche, d’une façon ou d’une autre, à communiquer avec ses semblables, c’est presque une nécessité vitale pour ces sociétés. La communication, envisagée dans un sens large, est l’un des fondements essentiels de la vie.

Il existe cependant au moins deux raisons qui peuvent nous amener à penser que N est relativement important, et que ce nombre peut se rapprocher de l’estimation optimiste de dix millions de civilisations. Ces deux raisons sont liées d’une part à la durée de vie d’une civilisation, et d’autre part au fait qu’une civilisation évoluée peut se donner comme objectif l’exploration d’autres systèmes stellaires. En ce qui concerne la durée de vie d’une civili sation, rien ne s’oppose, à priori, à ce qu’elle dépasse les 100 000 ans, et même qu’elle atteigne plusieurs millions d’années. Une fois parvenue à un certain niveau d’évolution, et par évolution nous n’entendons pas seulement une évolution matérielle et technologique, mais surtout une évolution spirituelle, et après avoir surmonté toutes les crises inhérentes à la croissance d’une jeune civilisation, il n’est pas déraisonnable d’imaginer qu’une civilisation très évoluée puisse atteindre un équilibre interne parfait et une grande stabilité dans le fonctionnement de ses institutions. La seconde raison de croire à un nombre élevé de civilisations évoluées dans la Galaxie repose sur l’idée que lorsque les techniques des vols spatiaux interstellaires sont parfaitement maîtrisées, une civilisation s’élancera, sans hésiter, dans l’exploration du vaste Univers. Si ce point de vue est juste nous devrions nous attendre à trouver de nombreux foyers de civilisations dans toute la Galaxie. Des civilisations évoluées dont la durée de vie dépasserait les 100 000 ans pourraient avoir visité toute la Galaxie. Dans ce cas, il n’est pas interdit de penser que le phénomène ovni soit la manifestation dans notre environnement d’une – ou de plusieurs – civilisation extraterrestre évoluée qui aurait, d’une part, maîtrisé le voyage interstellaire et serait, d’autre part, beaucoup plus ancienne que nous. Si, comme nous l’avons vu plus haut, l’Univers est très grand et très âgé, il est peu probable que l’apparition de la vie sur Terre soit une exception. Les formes de vie telles que nous les connaissons sur notre planète sont peut-être uniques dans l’Univers, mais il est maintenant presque certain que la vie, considérée dans son acception la plus générale, est née sur un grand nombre de planètes, et que son apparition est plutôt la règle que l’exception. L’argument cosmologique repose sur la loi des grands nombres et sur le principe de médiocrité. Selon le principe de médiocrité il s’avère sta tistiquement plus probable que nous soyons dans la moyenne plutôt que dans les extrêmes. Il serait donc déraisonnable de penser que nous sommes les seuls êtres vivants et pensants dans tout l’Univers. Voici ce qu’écrivait l’astronome Jean Heidmann (1923-2000), l’un des promoteurs du projet Seti en France, et qui pourrait satisfaire n’importe quel ufologue : « Combien y aurait-il d’extraterrestres dans l’Univers ? Sans hésitation, je réponds qu’il pourrait en exister des millions. Ce nombre peut sembler excessif, mais il n’en est rien. Imaginons, en guise d’illustration, qu’il n’existe qu’une société extraterrestre pour dix mille galaxies, estimation très faible par rapport au point de vue courant axé sur la recherche d’une civilisation dans notre seule Galaxie. Cela correspond, pour l’univers obser vable, à dix millions de sociétés. Si on compte alors en nombre d’individus, au taux de dix milliards d’individus par société, comme bientôt pour le cas humain, on arrive, pour l’univers observable, à cent millions de milliards