Ovnis - Du secret officiel aux limites de la science

L’origine de l’expression « soucoupe volante »

La bande dessinée (les pulps de science-fiction), la littérature et le cinéma, s’emparèrent très vite de cette idée et produisirent de nombreuses œuvres dans lesquelles il était souvent question d’invasions par des étrangers venus de l’espace et de guerre des mondes. En fait, cette idée n’était pas nouvelle car ce concept de guerre des mondes avait été inventée par le romancier Herbert George Wells dès 1898 dans son

fameux roman 26 La Guerre des Mondes. À l’époque, les méchants extraterrestres ne pouvaient provenir que de la planète Mars qui cristallisait toutes les peurs et toutes les angoisses d’invasions. En 1938, Orson Welles réalisa une adaptation radiophonique si réaliste du roman de Wells, qu’il parvint à déclencher un véritable vent de panique dans la population américaine. Beaucoup de gens avaient cru sincèrement que la Terre subissait l’invasion d’une puissance extraterrestre. La vague d’obser vations de « soucoupes volantes » de 1947 attisa davantage ces craintes en leur donnant une base réelle tant les observa tions de ces engins étaient nombreuses.

L’origine de l’expression « soucoupe

volante »

 

Le 24 juin 1947, le pilote privé Kenneth Arnold observa neuf objets en forme de boomerang ou de disque échancré (comme s’ils étaient creusés en dedans) au-dessus des Cascades Mountains dans l’État de Washington aux États-Unis. C’est cette observation qui fut à l’origine de la fameuse expression « soucoupe volante » qui devint par la suite si populaire. Il s’agit d’ailleurs d’un malentendu, car Kenneth Arnold avait simplement utilisé l’image de ricochets sur l’eau d’assiettes ou de soucoupes que l’on lancerait pour décrire le mouvement des objets qu’il avait observés dans le ciel. Son intention en utilisant cette expression était nullement de décrire leur forme. Sa deuxième obser vation, un mois plus tard, fit beaucoup moins de bruit dans les media. Le 29 juillet 1947 il vit en effet vingt-cinq objets de couleur cuivrée s’approcher de très près de son appareil lors d’un survol de La Grande Valley. C’est donc depuis ce décisif mois de juin 1947 (voir à ce propos, l’ouvrage bien documenté de Richard D. Nolane intitulé : 1947 Les « soucoupes

volantes27 » que les mysté rieuses « soucoupes volantes » envahissent l’imaginaire populaire, pour le meilleur et pour le pire d’ailleurs. C’est ainsi que dans le film La Guerre des Mondes, réalisé en 1953 par Byron Haskin, la forme générale des vaisseaux martiens rappelle étrangement celle des disques volants échancrés décrits par Kenneth Arnold lors de son observation du 24 juin 1947. Qu’il s’agisse d’une pure coïncidence ou d’une influence inconsciente, le fait est que dans l’esprit du public de l’époque, les intentions des extraterrestres étaient avant tout belliqueuses et guerrières. Si les extrater restres venaient chez nous, c’étaient parce qu’ils voulaient nous envahir. C’était une explication simple et logique qui faisait consensus. Plus tard cette phobie de l’invasion ne fit que croître et presque tous les films, et surtout les séries américaines, furent bâties sur ce scénario. En 1967 sort aux États-Unis la fameuse série télévisée créée par Larry Cohen, The Invaders (Les Envahisseurs), avec le très média tique Roy Thinnes dans le rôle de David Vincent. Nous ne pou vons résister à l’envie de rappeler le petit texte d’introduction de la série qui revient comme une litanie à chaque épisode :

« Les Envahisseurs, ces êtres étranges venus d’une autre planète. Leur destination : la Terre. Leur but : en faire leur univers. Davis Vincent les a vus. Pour lui, tout a commencé par une nuit sombre, le long d’une route solitaire de campagne, alors qu’il cherchait un raccourci qu’il ne trouva jamais. Cela a commencé par une auberge abandonnée, et par un homme que le manque de sommeil avait rendu trop las pour continuer sa route. Cela a commencé par l’atterrissage d’un vaisseau venu d’une autre galaxie. Maintenant, David Vincent sait que les Envahisseurs sont là, qu’ils ont pris forme humaine, et qu’il lui faut convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé […]. »

Tous les thèmes de l’invasion de notre planète par une race d’extraterrestres utilisant des « soucoupes volantes » sont présents dans cette introduction. Les extraterrestres sont d’autant plus dangereux, qu’ils possèdent le redoutable avantage de pouvoir se camoufler derrière une apparence humaine. À noter qu’ils ne viennent plus de la planète Mars, mais « d’une autre galaxie ». Il est vrai qu’entre 1898 (La Guerre des Mondes de H.G. Wells) et 1967 (Les Envahisseurs), notre représentation de l’Univers s’était considérablement élargie grâce notamment aux travaux de l’astronome Edwin Hubble (en 1924, il découvre une céphéide variable dans la galaxie d’Andromède) sur les distances réelles qui séparent les galaxies.

Le ton général était donné : la Terre est convoitée par une civilisation extraterrestre qui ne s’embarrasse d’aucun scrupule pour tenter d’asservir l’Humanité. Cinématographi quement ou financièrement parlant, ce « filon » était rentable. Il va d’ailleurs être exploité « jusqu’à la corde » si je puis dire. Puis vint Steven Spielberg… En 1977, il réalisa un film culte, Rencontres du Troisième Type, qui représente une date charnière dans la perception cinéma tographique des extraterrestres. En 1982 il « enfonce le clou » avec son film E. T, l’Extraterrestre. Disons tout de suite que dans le sillage des films de Spielberg les mentalités vont commencer à évoluer. L’imaginaire populaire va peu à peu assimiler et intégrer une autre image de l’extraterrestre. Schématiquement, la philosophie implicite qui se dégage des films de Spielberg est que les extraterrestres ne viennent pas nécessairement des étoiles pour nous envahir et nous asservir, mais peut être qu’ils ont fait ce très long voyage pour nous aider ou pour nous enseigner quelque chose. Ils nous respectent en tant qu’êtres vivants et conscients, et ils veulent nous montrer le chemin à suivre pour nous hisser à leur niveau. Ce sont certes des êtres évolués, mais ils ont aussi leurs propres faiblesses. Rencontres du Troi sième Type peut se voir comme une sorte de documentaire sur les ovnis, une récapitulation de tout ce que l’on savait sur eux dans les années soixante-dix. La petite histoire dit aussi que J. Allen Hynek, astronome et ufologue réputé, avait conseillé Spielberg pendant le tournage et qu’il est même représenté dans certaines scènes du film. Un clin d’œil de Spielberg pas tout à fait innocent, d’autant plus que dans le même film nous retrouvons Jacques Vallée (Claude Lacombe dans le film) interprété par François Truffaut. Spielberg fait sans doute partie du courant « infor mation » qui est complémentaire du courant « désinforma tion ». Rappelons que ces deux courants prennent place dans le subtil processus d’informa‐ tion/désinformation que nous avons défini plus haut. Ce qui veut dire que les films de Spielberg sont peut-être destinés à préparer – en dou‐ ceur – le public à un éventuel contact avec les extraterrestres. Sa série télévisée Taken (enlevé), programmée sur Sci-Fi channel en décembre 2002 et diffusée par Canal+ un an plus tard, s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans ce courant « information » en montrant une vision relativement posi tive de l’intervention extraterrestre dans notre environnement ainsi que dans le processus de notre évolution. Deux autres films méritent, selon nous, d’être signalés pour leur hauteur de vue sur la question des extraterrestres : 2001, l’odyssée de l’espace, réalisé en 1968 par Stanley Kubrick, et Contact, réalisé par Robert Zemeckis en 1997. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir sur ces deux films lorsque nous tenterons d’établir une classification des civilisations extraterrestres.