Ovnis - Du secret officiel aux limites de la science

Préface de Gilles Pinon

 

 

Dès lors que l’on tient pour probable une intrusion extraterrestre, on ne peut que s’interroger sur son origine, son mobile et sa dangerosité. Sommes-nous en présence d’une seule civilisation, de plusieurs civilisations opérant de concert ou de plusieurs civilisations agissant en oppo sition ? S’agit-il d’une simple surveillance à distance, d’une intervention ponctuelle dans un but limité et précis ou d’une tentative de prise de contrôle ? L’intrusion est-elle bienveillante, neutre ou délibérément hostile ?

Il est vain d’espérer que d’une démonstration ovnienne (relative aux ovnis) ostensible et non brouillée surgiront un jour les réponses à ces graves questions. Pour la simple raison que le phénomène est discret et brouillé. Faut-il se contenter des déclarations des témoins, des récits des supposés contactés ou « abductés », des allégations des informateurs prétendument initiés ? Ce serait se fourvoyer car les informations recueillies sont toujours susceptibles d’être altérées, falsifiées, voire fabriquées de toutes pièces. En effet, il est de mieux en mieux établi que le phénomène ovnien est, depuis son origine, l’objet de deux types d’opérations de travestissement de la vérité : d’une part la désinformation mise en œuvre par des fabulateurs aux intérêts obscurs et par des agences gouvernementales moti vées par l’enjeu stratégique, comme l’ont clairement montré d’excellents auteurs ; d’autre part, le brouillage et le camouflage par les intrus eux-mêmes en application de leur propre stratégie, comme certains ufologues l’ont déjà suggéré.

Désinformation et brouillage sont si présents qu’il devient impossible d’extraire le signal du bruit, de faire la part entre la réalité et la fiction, de séparer les données factuelles des chimères, de restituer une information fiable et crédible à partir des seuls récits des acteurs.

Comment en sortir ? Quelles voies l’ufologie doit-elle emprunter ? En premier lieu la collecte et le classement des données relatives aux observations des ovnis. C’est un travail considérable qui doit recueillir les témoignages les plus insolites, même s’ils heurtent la raison, et ne pas se limiter aux cas les plus probants. C’est à ce travail capital que se consacre l’association « Ovni investigation » à laquelle appartient Daniel Robin. En second lieu leur interprétation. Si l’on admet que le phénomène est gouverné par une ou plusieurs intelligences aux intentions obscures, si l’on rejette a priori l’interprétation psychosociologique, de quelle sorte de raisonnement cette interprétation doit-elle participer ? Face à des situations complexes mettant en jeu des intelligences aux desseins inconnus et des informations rares, sporadiques et brouillées, il convient de recourir à un raisonnement de type hypothético-déductif consistant à formuler des hypothèses et des conjectures dont sont ensuite déduites des conséquences susceptibles d’être vérifiées par l’observation. Un tel raisonnement est itératif et adaptatif. Il astreint à une pensée formalisée. Il s’oppose au processus inductif de pensée qui va du parti culier au général, qui justifie un énoncé général à partir d’un nombre limité d’observations. S’agissant de l’ufologie, la méthode inductive a malheureusement conduit à deux écueils : d’une part au scepticisme car les visages polymorphe et absurde que revêtent les manifestations ovniennes depuis une vingtaine d’années ne permettent pas de justifier un énoncé général ; d’autre part, par extrapolations abusives, à l’élaboration d’interprétations hasardeuses.

Dans ce livre, Daniel Robin s’interroge sur la nature du phénomène ovnien et sa dangerosité en se gardant bien de généralisations imprudentes qui se fonderaient sur sa sémiologie. Il nous présente une analyse critique objective de l’ufologie, de ses tendances et de ses querelles oiseuses. Il fait à bon droit le procès de « l’ufologie noire » qui se complaît dans un tableau pessimiste de notre société et qui voudrait que les intrus extraterrestres se comportent en véritables prédateurs et poursuivent l’épouvantable projet de nous asservir. Surtout, privilégiant le raisonnement hypothético-déductif, il nous fait part de ses réflexions sur l’éthique et l’ordre spirituel que doivent développer les civilisations avancées pour assurer leur cohésion interne et leur pérennité. Il développe un concept original qui pose l’existence d’un lien nécessaire et vital entre la « dimension horizontale », essentiellement scientifique et technologique, et la « dimension verticale », essentiellement spirituelle, d’une civilisation ayant acquis la maîtrise du voyage intersidéral. Il pose enfin la question de l’existence de plusieurs, voire d’une infinité, de niveaux de consciences dans l’Univers.

Je suis convaincu que cette approche nouvelle, véritable quête de sens, par laquelle Daniel Robin aborde ici la problématique ovnienne ne manquera pas de susciter l’intérêt des lecteurs et d’ouvrir des débats animés et féconds au-delà même du cercle étroit des ufologues.

Gilles Pinon, Contre-amiral (2S), janvier 2009

OceanofPDF.com