Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
… et de la souris !
au reste de la bande pour cette fameuse soirée en club. Finalement, ce qui L’arrivée de cette fin de semaine m’enchante tout particulièrement. Il y a quelques jours, j’ai été contactée par Abby qui m’a invitée à me joindre devait être un moment entre filles devient une occasion de tous nous réunir.
Et Théo sera là bien sûr !
Si ma Betty fait la danse de la joie depuis ce coup de fil, je suis déjà moins à l’aise à l’idée de passer une nouvelle soirée en sa présence.
Cela dit, s’il se montre aussi peu intéressé que la première fois, je n’ai pas de souci à me faire, non ?
D’ailleurs, il n’a plus essayé de m’inviter à déjeuner depuis l’autre jour et j’ai toujours quitté le bureau plus tôt que lui – notamment pour faire un peu de shopping en vue de cette sortie.
Si je n’ai reçu aucune invitation de la part de mon directeur, il n’en est pas de même de mon PDG. C’est un véritable bonheur de passer du temps avec lui, de discuter et de nous retrouver pour rattraper les années perdues.
Il faut dire que j’ai tellement souffert de notre séparation.
Dès mon plus jeune âge, une relation très fusionnelle est née entre nous. Nous faisions tant de choses ensemble, nous partagions de nombreux centres d’intérêt. Il travaillait énormément, mais il parvenait toujours à se libérer pour m’accorder des moments privilégiés. Lorsque j’ai quitté Seattle, j’étais perdue et anéantie. C’est là que tout a commencé à déraper, que mes troubles alimentaires se sont manifestés.
Ce midi encore, j’ai rejoint mon père dans un restaurant du centre-ville et j’ai adoré notre déjeuner. Nous avons peu parlé du travail et davantage de tout ce que nous pourrions faire maintenant que je vis près de lui.
Après cette pause agréable passée en sa compagnie, me voilà de retour au huitième étage de Bailey. Je ne suis plus qu’à quelques pas de mon bureau lorsque des éclats de voix me parviennent depuis celui de mon voisin. Et pas besoin de tendre l’oreille pour comprendre qu’il est en pleine discussion avec un autre homme et, accessoirement, qu’il est contrarié.
Étrange…
Qu’importe ! J’entre dans mes quartiers et je me remets à mon travail sans tarder. Mais je suis rapidement interrompue par la sonnerie de mon téléphone de bureau. L’appel vient de Théo. Je décroche.
— Oui.
— Je peux te voir dans mon bureau, s’il te plaît ?
— Bien sûr.
Ni une ni deux, je traverse le couloir et toque à la porte avant d’entrer dans la pièce. Je peux ainsi lever le voile sur l’identité de l’homme qui se dispute avec Théo. Il s’agit de Paul, en charge de la collection Suspense.
— Ava, il faut que tu accordes du temps à Paul. Il rencontre quelques difficultés au sein de son équipe et je pense que tu peux lui être utile.
Euh…
Je l’observe dubitative.
— Franchement, je ne vois pas bien en quoi elle pourrait m’aider !
Paul me lance un regard à la limite du mépris.
— Peut-être pour servir le café…
Hé !
Je voudrais me rebeller et lui dire ma façon de penser, mais le poing de Théo s’abat sur son bureau.
— Je pense être le mieux placé ici pour juger des compétences de mes collaborateurs. Il y a cinq ans, lors de son stage, elle a fait un peu plus que de servir du café ! Elle a mis sur pied le plan de restructuration qui a permis à ton service de se sortir d’un très mauvais pas.
— Pardon ?
Le misogyne de service m’enlève les mots de la bouche !
— C’est elle qui avait fait tout le travail. Je te l’ai soumis, tu l’as mis en place et les résultats étaient là. Je veux que tu travailles avec elle, un point c’est tout !
Paul s’adoucit devant le ton abrupt de son responsable, même s’il est évident que son orgueil en a pris un sacré coup.
Le monstrueux ego de monsieur Suspense : 0 – Ugly Betty : 1
Sans un regard pour son directeur, Paul se tourne vers moi.
— Je t’appellerai pour voir quand tu auras du temps à m’accorder.
J’opine du bonnet tandis qu’il fait volte-face et fonce en direction de la porte. Vexé, il n’ajoute rien et sort. Je l’observe faire encore muette par ce qui vient de se passer. Puis, j’entends un soupir las dans mon dos.
Ah oui ! À nous deux, monsieur « Je ne suis pas convaincu » !
Bien décidée à en découdre avec Théo, je lui fais front.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? Tu t’es servi du projet de restructuration que j’avais réalisé ?
Il hausse les épaules comme si ma question était ridicule.
— En quoi c’est surprenant ?! Je t’ai demandé de me faire un plan, je l’ai étudié et, comme il m’a semblé plutôt bien pensé, je l’ai mis en place.
Ben ça alors…
— Mon dossier n’ayant pas bougé avant la fin de mon stage, j’ai cru que tu ne l’avais même jamais ouvert.
— Je n’ai pas pris le temps de le lire avant ton départ, je le reconnais, mais j’ai fini par le faire.
— Je peux en déduire que mon travail t’a plu ?
— J’ai d’abord pensé que tu avais eu de la chance.
— Je dois avouer que je suis un peu étonnée.
— Comme je l’ai été à l’époque.
— Pourtant, lors de mon premier jour ici, tu m’as dit que je ne t’avais pas convaincu.
— Ava, tu venais de dire que j’avais une IST !
Je glousse.
— Je ne l’ai pas volé, j’avoue.
— Pour être très honnête, après avoir appris que tu étais la fille d’Alex, je me suis demandé si ce travail ne venait pas de lui…
— Et puis quoi encore ! m’insurgé-je.
— Excuse-moi, mais tu avais à peine dix-sept ans aucune expérience et tu m’as pondu un boulot plutôt parfait. Aujourd’hui, je vois l’ampleur de tes capacités et je me rends compte que tu n’as aucunement besoin de ton père pour être brillante.
Une confession qui me va droit au cœur. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration et de respect pour le travail de Théo.
— Merci de me le dire, bredouillé-je un peu perdue.
— Et n’en veut pas à Paul pour cette remarque. Il est un peu bourru, mais ce n’est pas un mauvais bougre.
Plus joueur, il poursuit :
— Et tout à fait entre nous, il n’a jamais bu une tasse de ton café pour dire une connerie pareille !
— Hilarant, bougonné-je avant de croiser le regard malicieux de Théo et de pouffer de rire.
— C’était sympa ton déjeuner avec ton père ?
— Super ! Il m’a fait découvrir un restaurant japonais à deux pas d’ici, une petite merveille.
— Il ne manque pas de culot, lui ! râle-t-il alors.
— Comment ça ?
— C’est moi qui lui aie parlé de cet endroit, se plaint-il. À cette allure, il t’aura fait goûter tous les restaurants de la ville avant que…
Ses billes noires s’arrêtent sur moi et ses lèvres se referment brusquement.
— Avant que quoi ?
Oui, Betty, je sais, moi aussi, j’adorerais avoir la fin de cette phrase…
— Écoute, j’ai encore du boulot alors…
Je fronce le nez.
Pour la médaille du courage, il repassera…
Je joue des épaules.
— Dans ce cas ! m’exclamé-je en ouvrant la porte de son bureau. Je ne voudrais pas vous déranger plus longtemps, monsieur le Directeur.
Je l’entends jurer avant que la porte ne se referme derrière moi.
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