Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
En apprendre tous les jours
le bureau de Théo et lui déposer une nouvelle invitation. Le lundi est devenu mon jour favori depuis le début de notre jeu. J’aime venir au bureau avec quelques minutes en avance pour me faufiler dans
Le prochain péché sera tellement intéressant que le temps va me paraître long jusqu’à notre prochain rendez-vous. Une nouvelle expérience qui exigera autant de Théo que de moi. Je suis certaine que cela va être palpitant.
En attendant que ce jour arrive, j’ai dû me replonger dans le travail et finaliser les premiers romans qui paraîtront prochainement. Ma matinée a été bien chargée et, à l’heure du déjeuner, je suis heureuse de pouvoir quitter Bailey pour rejoindre Molly au restaurant. Il me tarde de lui raconter le déroulement de notre soirée et le succès que j’ai rencontré avec Théo.
Elle m’attend à notre table lorsque je pénètre dans cet établissement où j’ai déjà déjeuné avec mon père quelques jours après mon arrivée chez Bailey. C’est avec une joie non dissimulée que j’embrasse mon amie avant de prendre place auprès d’elle.
— Eh bien, ricane Molly. Quelque chose me dit que tu as passé un bon week-end.
— Tu n’as pas idée ! C’était incroyable, Molly.
— Théo ne s’est pas montré réticent à ce que Judith s’occupe de lui ?
— Pas une seconde ! Il semblait surtout s’amuser de la situation. Il m’a avoué avoir regretté de ne pas pouvoir me toucher, mais il a pris beaucoup de plaisir quand même.
La serveuse vient prendre notre commande et je constate que Molly n’a pas un gros appétit, aujourd’hui. D’ailleurs, elle a les traits plutôt tirés.
— Et toi ? Ton week-end ?
— Oh… bredouille-t-elle le nez dans son verre d’eau. Plutôt calme.
La tête penchée sur le côté, j’attends qu’elle relève la tête. Lorsqu’elle le fait, je lui adresse un sourire amical.
— Tu es certaine que tout va bien ?
— Oui. Pourquoi ?
— Tu as l’air fatiguée…
— Ça va, je t’assure.
— Très bien…
Même si elle essaie de se montrer convaincante, ce n’est pas vraiment réussi, mais je n’insiste pas. Molly ne semble pas prête à s’épancher sur ce qui la préoccupe.
— J’appréhende pour samedi, tu sais…
— Tu redoutes qu’il refuse de se livrer à ce jeu ?
— J’ai davantage peur de ne pas réussir à m’exposer de cette façon. C’est très osé…
— Quand tu seras avec Théo, tu ne penseras plus qu’à lui, à ce que vous pouvez vivre à deux et tu oublieras tout le reste.
Cherchant à m’assurer que je vais y arriver, je hoche la tête d’un air entendu.
Notre déjeuner arrive et mon estomac se réveille devant ce hamburger des plus appétissants.
— Tu sais que tu m’épates quand même, dis-je en avalant quelques frites.
— Pourquoi dis-tu cela ?
— Quand je pense à tout ce qu’on a mis sur pied pour ces sept semaines, je suis stupéfaite par tout ce que tu sais, tout ce que tu es capable d’entreprendre.
— C’est à la portée de tout le monde, Ava. Il faut seulement avoir quelqu’un pour nous guider, et l’envie de se connaître vraiment.
— Est-ce que je peux te demander comment tu en es arrivée là ?
Ma question lui fait relever la tête.
— Tu as rencontré un homme et il t’a initiée à toutes sortes de pratique, mais toi en tant que femme, quel a été ton parcours pour avoir envie de tenter ces choses ?
Je soupire.
— Je ne suis pas très claire, hein ?
— Je pense comprendre.
Reposant ses couverts, elle enfonce son menton dans ses mains jointes.
— J’ai eu une enfance particulière. Je suis l’aînée d’une fratrie de cinq enfants. Chez moi, ce n’était pas que l’argent manqué, c’était bien pire : il n’y en avait pas. Ma mère n’est pas quelqu’un de très bien. Elle a une vie que je ne comprendrais jamais.
— Attends, Molly, la coupé-je en sentant que son récit doit être lourd pour elle à raconter. Tu n’es pas obligée de poursuivre, tu sais…
Elle me sourit.
— Il y a longtemps que j’en ai fini avec tout ça et je peux en parler librement.
— D’accord.
— La voir avec tous ces hommes qui étaient ignobles pour la plupart, ça m’a encouragée à être méfiante en grandissant. J’avais un véritable écœurement pour l’amour ou le sexe. J’avais l’impression que mon identité de femme faisait que je ne serai pas respectée, que ma seule utilité serait d’assouvir les besoins d’un homme. Je n’avais pas confiance, en aucun homme.
— Jusqu’à cet homme, supposé-je.
— Oui et non. Andrew m’a permis de découvrir mon corps, d’avoir des relations dans un contexte qui me rassurait et que je maîtrisais. J’ai pu apprendre que le sexe n’était pas répugnant comme je le croyais. Il m’a ouvert l’esprit sur le côté physique d’une relation, mais pas sur l’aspect émotionnel. Andrew ne m’aimait pas, c’était que du sexe.
— Et toi, tu l’aimais ?
— Je n’étais pas amoureuse, mais fascinée. Il avait une telle maîtrise de lui, une allure incroyable et un regard de la femme si différent de celui que ma mère a forgé pendant mon enfance. Il m’a respecté et je lui ai donné tout ce qu’il voulait parce que dans ses bras, je suis devenue une femme et il m’a transmis beaucoup de choses.
— Et tu as trouvé celui qui t’apprendrait l’amour ?
Elle a un sourire si immense que son visage paraît trop petit pour l’accueillir.
— Je souhaite à tout le monde de connaître ce sentiment fou d’adorer et d’être adorée en retour. C’est du pur bonheur.
Captivée par son récit, je l’écoute d’une oreille attentive sans même prendre la peine d’avaler mon hamburger.
— Je vois déjà les bienfaits que l’on peut retirer en se livrant à une telle intimité, c’est si intense. On s’expose et c’est très éprouvant, mais paradoxalement si bénéfique.
— Je comprends exactement ce que tu ressens.
— Merci d’avoir partagé tout ça avec moi. J’ai l’impression qu’on peut s’en sortir, Théo et moi.
— Il n’y a pas de raison. D’ailleurs, il est flagrant que vous êtes faits l’un pour l’autre.
J’ai un sourire confiant avant de replonger dans mon déjeuner. Molly m’imite, mais ma pauvre voisine devient soudainement pâle après avoir mangé un peu de son repas.
— Molly, est-ce que tout va bien ?
— Oh oui…
Sa fourchette en main, elle joue avec une feuille de salade avant de la laisser tomber bruyamment et de se lever.
— Excuse-moi, me lance-t-elle en fonçant en direction des toilettes.
Je l’observe disparaître surprise par cette sortie fracassante. Sans réfléchir davantage, je me lève et la suis. Lorsque j’entre dans la pièce où Molly vient de se réfugier, j’entends qu’elle vomit dans l’une des cabines. Je décide de l’attendre et Molly a l’air plus blanche que jamais quand elle reparaît.
— Mon Dieu, Molly, qu’est-ce qui t’arrive ?
Je lui pose cette question pour l’encourager à se confier, même si j’ai une petite idée de ce qui la met dans cet état. La voir fondre en larmes tandis que ses immenses yeux bleus me dévisagent effrayés et me confirment ce que je supposais.
— J’ai peur, Ava, chouine-t-elle alors que je m’approche pour l’étreindre. Ça ne devait pas aller aussi vite…
— Tu le sais depuis quand ?
— Vendredi, pleure-t-elle sur mon épaule.
— Tu en as parlé au père ?
— Il est encore plus perdu que moi. Nous n’avions jamais envisagé de devenir parents.
— Malheureusement, ce sont des choses qui arrivent. Comme c’est très récent, j’imagine que tu n’as aucune idée de ce que tu veux faire.
Peinée, elle répond non de la tête.
— Pour commencer, tu vas rentrer chez toi et te reposer parce que tu as vraiment une petite mine.
— Ava, non…
— Molly, on a travaillé dur pour lancer Romance et tu t’es donnée à fond dans notre projet. Jamais je n’aurais pu si bien m’en sortir si je ne t’avais pas eu à mes côtés, alors tu vas prendre quelques jours de repos et penser à tout ça au calme.
— Mais tu as besoin de moi.
— J’ai besoin que tu sois bien dans ta tête et concentrée. Tant que tu auras ce problème à l’esprit, ça ne sera pas possible. Il n’y a rien de plus normal que de se sentir dépassée par ce qui se passe. Prends du temps pour toi.
Molly m’étreint une nouvelle fois.
— Ava, tu es adorable. Le mieux à faire est de prendre une décision rapide. Si je ne dois pas le garder, j’aimerais autant que ça aille vite.
— À ta manière de dire ça, j’ai l’impression que tu as envie de devenir mère.
— Pas toute seule, dit-elle en plongeant son visage dans ses mains. Je ne peux pas le contraindre à vouloir cet enfant et je désire avoir une vraie vie de famille.
— C’est tout à ton honneur, Molly.
Coulant mes mains dans les siennes, je poursuis :
— Accorde-toi le temps qu’il te faut, c’est un moment décisif dans ton existence. Tu pourras toujours compter sur moi et si je peux être utilité, n’hésites pas à me solliciter.
— Tu es une amie précieuse, Ava. J’ai beaucoup de chance d’avoir fait ta connaissance.
L’attirant à l’extérieur des toilettes, je la conduis à notre table où elle boit un verre d’eau. Sentant que son repas ne l’intéresse plus, je règle l’addition et reconduis Molly à Bailey pour qu’elle y récupère sa voiture et rentre chez elle en lui ordonnant de ne pas revenir au bureau avant la semaine suivante.
***
Molly partie, je décide de me rendre au huitième étage pour informer mon père de son absence pour les prochains jours.
Elle m’a fait tant de peine, ma chère Molly.
Cette femme est d’une grande gentillesse. Son aide a été précieuse et j’ai passé assez de temps avec elle pour espérer que notre amitié perdure. Sa situation est des plus délicate et ces quelques jours au calme lui seront profitables.
Si mes pensées sont accaparées par le problème de mon amie, elles se dissipent vite quand, remontant le couloir desservant le bureau de mon père, je suis interloquée par des éclats de voix venant de là. Derrière son poste, la secrétaire de mon père ne semble plus vraiment savoir où se mettre, lançant des regards inquiets en direction de la porte.
— Bonjour, Rebecca, la salué-je, un sourire rassurant sur le visage. Monsieur Bailey s’entretient avec qui, s’il vous plaît ?
— Monsieur Allen, m’apprend-elle.
Quelle surprise ! s’étonne faussement ma Betty.
— Vous devriez aller prendre un café le temps que ça se calme, l’encouragé-je.
— Avec plaisir, me répond-elle en filant sans tarder en direction des ascenseurs.
Je m’apprête à entrer pour mettre un terme à cette énième dispute quand mon prénom entre les lèvres de Théo fige ma main sur la poignée de la porte.
— Tu n’as pas à me dire comment gérer mon entreprise !
— Tu fais ce que tu veux avec ta maison, j’ai bien compris que je n’ai plus mon mot à dire ! Tu veux que je me tienne sagement assis à mon bureau pour être certain que je ne m’approche pas d’elle, j’ai saisi. Ne me sous-estime pas, j’ai vu la manœuvre lorsque tu m’as rendu mon poste et Ava est la seule raison pour laquelle j’ai accepté. Je voulais veiller sur elle et c’est pour ça que je ne te laisserais pas faire cette erreur.
Les yeux clos, je souffle en m’appuyant contre la porte pour mieux entendre.
Qu’est-ce qui se passe encore ?
Papounet fait encore des siennes, me dit Betty les yeux froncés.
— Il faut qu’elle apprenne, qu’elle progresse ! Je ne serai pas éternellement là pour veiller sur ce dont elle va hériter.
— Si tu étais moins borné, tu comprendrais que je peux très bien m’en…
— Tu oublies, Théo ! hurle mon père.
— Elle n’est pas prête, tu vas la brusquer ! rétorque celui-ci sur le même ton.
J’entends qu’on s’agite dans la pièce.
— Elle se sent bien avec son équipe et elle assure vraiment avec ses collaborateurs. Elle travaille avec passion. Ces choix sont excellents.
Mon Dieu, Théo, murmuré-je en moi-même, troublée par son discours.
— Elle lit plus de manuscrits que n’importe qui dans cette boîte.
Un nouveau bruit sourd résonne derrière la porte.
— Je t’ai interdit de l’approcher, Allen ! braille mon père totalement furieux. C’était la condition…
— Je n’en ai plus rien à foutre de tes conditions, Alex ! Tu veux me virer, grand bien te fasse, mais il va te falloir un peu plus comme motif que ton obsession à me tenir loin d’elle. Je me battrai pour rester là et il est hors de question qu’elle quitte son poste de directrice.
— Excuse-moi ?
— Tu veux décrocher de Bailey, c’est ton problème et ça ne la concerne en rien.
— C’est ma fille ! s’époumone mon père.
— Et c’est la femme que j’aime ! tonne Théo en retour.
Hein !?!
— Un détail dont tu vas devoir t’accommoder !
Ava ?
Ma Betty me secoue par les épaules tandis que je suis totalement prostrée, sous le choc de cette déclaration de Théo.
Il dit ça pour convaincre papa…
Le regard hagard, je secoue lentement la tête.
Il ne peut pas m’aimer vraiment…
— Je t’interdis de…
— Tu n’as rien à m’interdire ! C’est ma vie privée ainsi que celle d’Ava. Je ne renoncerai pas à elle, tu ne pourras pas m’y contraindre ! Je ferai partie de sa vie que ça te plaise ou non !
Réfugiée dans le coin de la porte, mon cerveau est tellement embrouillé par ces quelques mots qui retentissent encore en moi, je n’ai plus aucune idée de ce que je dois faire : entrer et intervenir ou me sauver et faire comme si je n’avais rien entendu.
Oui, faisons ça ! me dit ma Betty aussi peu à l’aise que moi à la pensée de me confronter à l’homme qui vient d’avouer son amour pour moi avec tant de véhémence. Cours, Ava ! Cours !
Recouvrant mes esprits, je m’apprête à prendre la poudre d’escampette.
Cinq secondes trop tard, ma vieille…
La porte s’ouvre vivement et Théo apparaît dans l’encadrement. Nos regards se croisent et ses traits tendus se dissipent immédiatement. Il aimerait me parler, mais garde le silence le temps de refermer derrière lui et de m’entraîner dans le couloir, sa main dans la mienne. En quelques pas, nous rejoignons son bureau. Il me fait entrer et m’invite à m’asseoir. Les jambes encore flageolantes, j’accepte bien volontiers. Il s’accroupit devant moi, ses bras repliés sur mes genoux.
— Tu as bien déjeuné avec Molly ?
Sans pouvoir me détourner de son regard langoureux, j’opine du bonnet.
— C’était un peu bizarre, mâchouillé-je.
— Pourquoi ça ?
— Molly a… Molly est…
Théo plisse le front.
— Enceinte, soufflé-je bouleversée par toutes les émotions qui s’agitent en moi.
— Vraiment ?
— Je lui ai donné sa semaine pour qu’elle se repose. Je pense qu’elle en avait besoin.
— Tu as bien fait.
Sa main vient câliner ma joue.
— Je vais t’aider à boucler tes lancements.
Je secoue la tête avec nervosité.
— Pas avec mon père qui…
Théo lève la main pour me stopper.
— Je ne veux plus en parler. Je suis ton directeur et c’est mon job de t’aider. Il sait où se trouve le bureau des ressources humaines s’il a un problème avec ça !
Même s’il est tendre avec moi, je sens la colère qui l’anime encore, mais qui ne m’est absolument pas destinée.
— Il n’est plus question que je me cache.
— Théo, j’ai peur pour toi, marmonné-je avant de fondre en larmes.
En réponse à mes sanglots, il me prend dans ses bras.
— Il n’y aucune raison d’avoir peur, ma chérie. Il ne fera rien, j’en suis convaincu. Ton père doit comprendre que ce combat-là, il ne le gagnera pas.
— Pourquoi vous disputiez-vous ?
— J’allais sortir pour déjeuner quand j’ai vu une connaissance sortir de son bureau. Je l’ai rencontrée lors d’un séminaire. Elle bossait chez Newton à New York. Forcément, ça m’a rendu curieux. J’ai été le confronter pensant qu’il espérait lui donner mon poste. Finalement, ce n’est pas pour me remplacer moi, mais toi !
— Moi ?
— Il veut que tu abandonnes Romance pour devenir son binôme en vue de…
Je fais les yeux ronds.
— Il va encore remettre ça sur le tapis !
— Apparemment, il ressent le besoin de s’éloigner des affaires.
— C’est à toi de reprendre Bailey, pas à moi ! Quelle crédibilité ai-je à ce poste, sérieusement ?
— Tu as ton nom et ton talent ! Tu en es capable, là n’est pas la question.
Je rehausse le sourcil et le scrute dépitée.
— Tu es aussi déraisonnable que lui.
— Je me suis fait exactement la même réflexion en disant ça, dit-il dans un rictus. À la différence près que j’évalue mieux que lui ce que tu es capable de gérer sur un plan plus émotionnel. Tu ne te sens pas prête, tu as besoin de gagner en confiance.
De nouveau, sa main flatte ma joue.
— Le plus con dans toute cette histoire, c’est qu’il refuse d’accepter que je te voie exactement comme lui : grande et prometteuse. On a plus en commun qu’il ne veut bien l’admettre. De mon côté, je comprends mieux pourquoi il se montre si déraisonnable en ce qui te concerne.
— Vraiment ?
— C’est une conséquence de l’amour qu’on te voue l’un comme l’autre.
OK ! Respire Ava ! Parce que là, ça fait quand même la deuxième fois qu’il met le mot aimer et nous dans la même phrase. Rends-nous service et arrête de ressembler à un poisson hors de son bocal !
— Je sais que tu m’as entendu, Winy, alors autant jouer cartes sur table. Je n’ai aucun problème avec le fait d’être amoureux de la femme épatante qui se livre progressivement à moi. Et je n’ai aucun problème avec le fait que ce ne soit pas réciproque. C’est comme avec Bailey, tu n’es pas prête, mais tu y travailles et c’est tout ce que je vois.
— Mais je t’aime bien, tu sais…
Oh non, seigneur ! se lamente ma Betty en se frappant le front. Dis-moi que tu n’as pas osé sortir ça ? Ava !!!
Un sourire amusé à la commissure de ses lèvres, Théo se penche pour me voler un baiser.
— C’est plutôt une bonne chose vu tout ce que tu m’autorises à te faire.
Eh ben, tu as de la chance qu’il ne te vire pas de son bureau après une remarque aussi débile !
— Il faudrait que j’aille parler à mon père, non ?
— Fais comme tu veux, mais je te le déconseille.
— Tu crois ?
— Il est trop en colère pour avoir une pensée rationnelle et tout ce que vous y gagnerez, c’est une nouvelle engueulade. Laisse-le se calmer. Va le voir demain et essaie de jauger son état d’esprit.
— Je vais te faire confiance. Tu as plus l’habitude de ce genre de conflits que moi.
D’une moue satisfaite, il ajoute :
— Voilà un mot que j’adore entendre dans ta bouche.
Je lui fais un sourire si niais que j’ai envie de me mettre des baffes.
Moi ça me démange, tiens ! soupire ma Betty.
— Merci de m’avoir soutenu et de comprendre ce dont j’ai besoin pour évoluer ici.
— C’est un plaisir.
Théo se redresse et je l’imite, pressée je l’avoue de respirer un autre air que celui de son bureau. J’ai eu mon lot d’émotions pour la journée et j’aimerais m’isoler pour méditer autour de tout ce que j’ai découvert aujourd’hui.
— On pourrait aller se faire un film, ce soir ? Qu’est-ce que tu en dis ?
— Je… OK !
— Ava, m’interpelle Théo alors que je marche en direction de la porte.
Je balance ma tête sur le côté.
— Si tu as besoin d’un peu de temps, tu as simplement à me le dire et je te donnerai l’espace nécessaire.
— Non, ça va…
— Pour rien au monde, je ne voudrais te brusquer.
Je hoche la tête.
— C’est déroutant pour moi d’avoir parfois en face de moi une femme assurée sachant précisément ce qu’elle veut et ce dont elle est capable, et la seconde suivante, de n’avoir plus qu’une jeune femme à fleur de peau, frileuse et craintive. Tu es mon paradoxe, Ava Bailey, et je tente de trouver le bon équilibre entre ces deux aspects de ta personnalité.
— Tu… euh… bafouillé-je en fixant mes pieds. Tu y arrives très bien.
— Je suis un compétiteur, miss Bailey. Je sais ce que je veux et je fais tout ce qu’il faut pour l’obtenir.
Je lui fais un sourire tendre en coin.
— À ce soir ?
— Je passe te chercher au sixième à 19 h, ça te convient ?
— C’est parfait.
J’ouvre et commence à sortir quand :
— J’ai hâte, ma petite luxure.
Je referme derrière moi, amusée de son allusion à notre prochain péché.
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