Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
a mon travail à Bailey et tous…
D’un nouveau jour
a mon travail à Bailey et tous ces moments privilégiés que j’ai la chance de Heureusement que mes journées sont relativement bien chargées. C’est une pensée qui ne me quitte plus ces derniers temps. Il y partager avec mon père et Molly. Une véritable chance… Car en amour, je suis la moins bien moins fortunée. Vous l’aurez compris, je n’ai aucune nouvelle de Théo depuis ce jour où je lui ai remis cette invitation.
Si je demeure confiante pour la suite de notre histoire, je n’en suis pas
moins en manque de lui. Chaque minute de plus passée loin de lui agrandit ce trou, ce vide dans mon cœur comme dans ma vie.
Étant très prise par mes nouvelles obligations professionnelles – même
si mon père veille bien à ce que je ne m’épuise pas –, mais aussi par mes engagements familiaux, je parviens à me changer les idées. Lui souhaite se concentrer sur sa sœur et il a raison de prendre ce temps pour construire une vraie relation avec elle. J’espère juste qu’elle ne le décevra pas.
La soirée de fiançailles approche à grands pas. Dans moins d’une
semaine, nous recevrons une soixantaine d’invités et la pression commence à monter pour Molly. Pour moi aussi d’ailleurs. Si elle prie pour que la soirée se déroule sans embûches, tous mes espoirs sont tournés vers la présence de Théo lors de cette fête si importante pour ma famille.
Arrête de rêver, ma vieille ! se moque Betty. Pas la peine d’enfoncer le couteau dans plaie, je sais qu’il n’a aucune
raison de venir, mais j’ai le droit d’être positive.
Ce n’est pas comme si tu avais autre chose que ta positivité, ma belle !
me raille-t-elle.
Le compte à rebours étant lancé, ma pauvre Molly est très éprouvée. Il
faut dire qu’elle prend cet évènement très à cœur. Au-delà du fait que ce sont ses fiançailles, elle désire plus que tout rendre cette soirée inoubliable pour mon père. Elle est si amoureuse que je ne peux qu’adorer cette femme et m’investir au mieux pour leur offrir un moment mémorable à tous les deux.
Désireuse de vouloir lui apporter un peu de douceur, je me suis mise en
quête d’un déjeuner pour ravir ses papilles que je partagerai avec elle avant de rentrer pour me reposer. Travailler avec mon père est très agréable et, même s’il se montre patient et attentif, intégrer toutes ces infos me demande beaucoup de concentration, alors on y va en douceur.
Ayant l’idée parfaite pour Molly, j’ai demandé à John de me conduire
dans le centre-ville de Seattle et c’est avec une légère appréhension que je franchis les portes du restaurant de Jacob.
Depuis mon accident et toute cette affaire autour de ma relation avec
Théo, il m’est difficile de déterminer où me situer auprès de ses amis. Nous avions sympathisé, j’avais ma place au milieu d’eux, mais notre séparation et ma convalescence m’ont naturellement éloignée. Le seul avec qui j’ai eu des contacts est Jacob, mais j’avoue que ses récentes confidences à Théo m’ont un peu chiffonnée. Depuis, le temps a passé et j’ai bien d’autres soucis en tête pour rester fixée sur ce regrettable incident.
C’est aussi pour établir un contact et apaiser les esprits que j’ai trouvé
le courage de prendre mon téléphone pour l’appeler et lui demander un petit service. J’ai été touchée qu’il se montre amical et c’est sans la moindre hésitation qu’il a répondu à ma demande.
En plein service de midi, il y a une forte agitation dans le restaurant
quand j’y pénètre. Les tables sont toutes occupées et les serveurs déambulent entre elles. L’un d’eux s’approche en me voyant fouiller la salle, mais je localise Jacob derrière le bar. Lui aussi me voit. Je remercie le serveur et file rejoindre son patron. Quand j’arrive près de lui, il vient de raccrocher son téléphone.
— Comment va, la Floride ? m’accueille-t-il joyeusement. Tu as
meilleure mine que la dernière fois où je t’ai vue.
— Je me sens plutôt bien. Et toi ?
— Nickel ! Ta commande est prête. On va te l’apporter. Je le remercie d’un sourire.
— Et Tacoma ? Comment ça se passe ?
— Super ! On ouvre dans un mois.
La porte de la cuisine, derrière le bar, s’ouvre et je suis surprise de voir
Théo apparaître, un sac à la main.
Tu ne vas pas nous faire croire que tu ne nourrissais pas le secret espoir
qu’il soit là ? s’indigne ma Betty.
Mais pas du tout ! Aux dernières nouvelles, il était supposé travailler ici
en l’absence de Jacob.
Jacob, un rictus en coin, s’accoude au comptoir en observant son ami
nous rejoindre.
— Salut, mâchouillé-je quand il arrive.
— Salut, Ava.
Il dépose le sac portant le nom du restaurant devant moi. — Voilà pour toi.
— Merci…
Mais merde, Ava, tu essaies de reconquérir cet homme, pas de le faire
fuir. Tu peux avoir un peu de conversation et me balancer cette tronche aux ordures avant qu’il parte en sautant de joie de nous avoir larguées, me gronde Betty.
— Molly et ses envies de poisson, dit-il en laissant apparaître l’ébauche
d’un sourire.
— Elle est un peu tendue, en ce moment, alors j’ai pensé qu’un bon
repas pourrait lui faire du bien et je n’ai jamais mangé une lotte aussi bonne qu’ici…
— C’est vrai que les fiançailles ont lieu ce week-end, ajoute Jacob. L’asticot ne serait pas une fouine aussi ?
— Il ne reste que quelques jours pour peaufiner les derniers détails. — On sera combien au final ?
— Soixante-deux.
Je zieute en direction de Théo.
— Soixante-trois si j’ai de la chance.
— Je… euh… se met-il à bégayer. Je ne sais pas si… — Ne te prends pas la tête avec ça. Tu n’es pas obligé de me donner
une réponse. Je verrai bien samedi soir si tu es là…
En toute franchise, je ne l’ai pas interrompu parce qu’il semblait gêné
d’avoir à me répondre, mais par peur qu’il m’annonce son absence.
Ça y ressemblait bien en tout cas, remarque ma Betty. Ben oui, je sais…
— Tu as parlé à Mack récemment ? se renseigne Jacob. Elle avait
quelque chose à te demander.
— Elle ne m’a pas appelé. Qu’est-ce qu’elle voulait ? — Elle aimerait organiser un dîner dans votre appart, ça ne te dérange
pas ?
Je lève les yeux au ciel.
— Je ne vois même pas pourquoi elle a pensé m’appeler pour me le
demander…
— C’est cool ! Tu reviens après les fiançailles, c’est ça ? — Eh bien… justement… je vais avoir moi aussi quelque chose à lui
apprendre.
— Il y a un problème ? s’inquiète Jacob.
Théo aussi semble tendre l’oreille.
— Rien de grave. Seulement, je doute de revenir à l’appartement. — T’es sérieuse ? s’étonne Jacob avant de loucher en direction de Théo,
adossé au meuble derrière le comptoir, ne loupe pas une miette de notre conversation. Tu ne vas pas rester crécher chez ton vieux quand même ?
— En fait, mes grands-parents avaient une maison dans la baie et mon
père en a hérité à la mort de ma grand-mère. Comme c’est un peu loin de Seattle, il a préféré en faire une résidence secondaire et je vais y emménager prochainement.
— Où se trouve-t-elle cette maison ?
— Tulalip Bay. J’en parlerai à Mack une fois les fiançailles terminées,
mais avec mon père nous avons décidé de lui laisser l’appartement.
— Elle appréciera le geste.
Je lui adresse un sourire.
— Merci pour le déjeuner, Jacob. On se voit samedi. — À samedi, miss Floride.
Théo se redresse quand je salue son ami.
— Je la raccompagne.
— Tu fais ce que tu veux, mon vieux.
Jacob me fait un clin d’œil.
— En fait, je ne sais même pas pourquoi il passe ses journées ici. — Ce n’est pas faute de lui avoir redonné son poste chez Bailey. — Ah ouais ?
Jacob examine Théo du coin de l’œil.
— Tu t’es bien caché de me le dire, mon salaud ! — Tu me lâches, oui ?!
Théo contourne le bar.
— Désolée, lui dis-je confuse d’avoir donné cette info à Jacob. — Ce n’est rien, oublie ça…
Nous voilà en train de traverser le restaurant côte à côte. — Et comment va Milane ?
— Très bien. Elle passe quasiment tous ses week-ends ici. — Oh…
Je réfléchis une seconde.
— Au cas où tu décides de venir aux fiançailles, sache qu’elle est la
bienvenue.
— C’est gentil, me dit-il avant de me tenir la porte. Sur le trottoir, il me questionne :
— Et au travail, comment ça se passe ? Ton père ne t’en met pas plein
la tête ?
— Impossible. Mon cerveau a bien du mal à suivre. — Vous êtes fous de vous lancer là-dedans, grommelle-t-il dans sa
barbe.
Je réprime un sourire en le sentant si soucieux de mon état. — Je ne vais pas prendre la charge de Bailey demain non plus. — Je croyais que tu ne devais pas le faire du tout ? Je voudrais répliquer, mais nous sommes arrivés près de la voiture où
m’attend John.
— Je vais m’en occuper, madame Bailey, dit-il en récupérant le sac
contenant le déjeuner.
— Merci, John.
Il salue Théo au passage.
— Monsieur.
— Bonjour, lui répond celui-ci en me lançant une œillade blasée. Je glousse.
— Un chauffeur personnel, soupire-t-il. Ton père n’a aucun sens de la
mesure, c’est ahurissant.
— Ça vient seulement de te sauter aux yeux, le raillé-je. Je ne suis pas
très à l’aise avec l’idée, mais je ne me sens pas capable de conduire. Pas avec mes maux de tête et ces vertiges qui débarquent sans crier gare.
— Je comprends…
— Et en ce qui concerne Bailey, rien n’est encore fait. Mon principal
problème, c’est que mon frère va naître dans quelques semaines et mon père rêve d’être un papa 2.0 : Molly continuant à travailler pendant qu’il s’occupe du bébé. Il est en train de repeindre la chambre lui-même et il faut le voir pour le croire ! C’est épique ! me marré-je.
J’obtiens un sourire discret de la part de Théo. — Je fais de mon mieux pour lui offrir ce qu’il mérite. — Et comment comptes-tu mener une entreprise si tu n’es même pas en
mesure de te concentrer plus d’une matinée trois fois par semaine…
— Je ne sais pas vraiment ce que je fais, tu sais… lui avoué-je
soucieuse. Je crois que j’espère un miracle et j’essaie seulement de lui rendre un peu de tout ce qu’il fait pour moi.
Je me pince les lèvres.
— Il vient quand même de m’offrir une maison. — Il est totalement fou, se lamente-t-il.
— Il est simplement heureux et il souhaite que toutes les personnes
qu’il aime le soient également.
Théo me jauge un moment en silence et j’ignore complètement ce qui
peut bien lui passer par la tête à cet instant.
— Je vais aller retrouver Molly, finis-je par dire pour briser ce mutisme
dans lequel il se perd. Notre repas va être froid.
— Oui, tu as raison.
Dans un élan de courage, je l’enlace et presse mes lèvres contre son
cou. Je savoure la douceur de cette étreinte, la chaleur de son corps, le parfum de sa peau, mais sans en abuser pour ne pas le voir me fuir.
— Tu me manques, susurré-je à son oreille. Je t’aime et je t’attends,
mon amour.
Je dépose un dernier baiser sur sa joue avant de l’abandonner même si
cela me retourne les tripes. Je monte dans la voiture et John démarre m’éloignant encore une fois de la seule personne avec qui j’ai envie d’être.
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