Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)

Un parfum de nostalgie

 

 

il dormait paisiblement près de moi. Alors qu’est-ce qui m’empêchait de Je réprime un énième bâillement devant l’écran de mon ordinateur. Une nouvelle fois, la nuit a été courte et très agitée. J’ignore pourquoi. Théo était là, l’imiter ? Cette rencontre avec sa mère ? Je dois avouer qu’une part de moi a espéré qu’il me propose de me joindre à eux. Je m’emballe peut-être un peu, mais l’espace d’une seconde, j’ai eu l’impression qu’elle aussi en avait envie.

Betty ?

Je le crois aussi…

Qu’est-ce qui le retient ? Il m’aime et, ce week-end, il m’a confié vouloir fonder une famille avec moi. Je suis donc la femme qu’il devrait présenter à sa mère, non ? Est-ce moi qui le fais hésiter ? Oui, j’ai besoin d’un petit truc en plus avant de lui dire que je l’aime, mais je crois avoir réussi à le rassurer quand nous en discutions. Bien sûr, Théo me donne tout ce qu’il faut, il est parfait. Ce petit quelque chose qui me manque c’est simplement le bon moment ; cet instant où je saurai que je peux me livrer.

Je crois que tu es trop romantique, Ava, se lamente Betty.

Peut-être, mais c’est Théo, ce n’est pas n’importe qui ! Cet homme, on l’aime depuis si longtemps.

Toc, toc, toc

Ma réflexion s’évapore quand on toque à ma porte. Molly entre et tend quelques feuilles vers moi.

— Voilà les documents pour la réservation de la villa.

— Ah, super ! Merci, Molly.

Elle m’examine un instant. Mes cernes doivent être particulièrement prononcées, ce matin.

— Est-ce que tout va bien ?

— Une nuit un peu agitée, mais rien de bien méchant.

Rassurée, elle tourne les talons et marche vers la sortie.

— As-tu déjà fréquenté un homme qui ne semblait pas vouloir te présenter à sa famille ?

— Je me disais aussi, rétorque Molly en fermant la porte. Je commence à te connaître et je sais quand quelque chose te tracasse.

Sur ces mots, elle prend place dans le fauteuil.

— Pourquoi penses-tu que Théo ne veut pas que tu rencontres sa mère ?

— Hier, je suis tombée sur elle dans le couloir. Je savais qu’ils devaient déjeuner ensemble. Elle m’a reconnu alors que nous ne nous sommes jamais rencontrées.

— Mais il t’a avoué lui avoir parlé de toi et de votre histoire. En maman curieuse, elle a sûrement voulu voir une photo.

Je la vois rouler des yeux.

— Et ton Théo n’a pas dû se faire prier. Il est fou de toi et, à sa façon de te regarder, on comprend tout de suite qu’il te voit comme la huitième merveille du monde. Je ne suis même pas certaine qu’elle ait eu besoin de réclamer.

Je souris en me disant qu’une part de moi sait qu’elle a probablement raison. Avant, j’aurais pensé quelque chose du genre : « Pff ! N’importe quoi ! Il n’a aucune raison d’être fier au point de fiche ma photo sous le nez de sa mère », mais le temps fait bien son travail et Théo me met tellement en valeur que je crois plus facilement en moi.

— Dans ce cas, pourquoi ne cherche-t-il pas à ce que nous nous rencontrions tous les trois ? Personnellement, j’aime quand il m’accompagne à nos dîners en famille. Sa présence me fait du bien, mais j’ai aussi envie qu’il se sente important et accepté dans mon univers.

— Depuis le début de votre histoire, vous vous prouvez votre attachement de manière très différente. Il est bienveillant et protecteur. Il te livre avec aisance ses sentiments et te parle de ce dont il aspire à vivre à tes côtés. Toi, tu as imposé votre histoire à ton père, à Mack puis à ta mère et tu l’as défendu à plusieurs reprises. Progressivement, tu t’ouvres à lui, tu laisses l’amour te gagner.

— Peut-être qu’il n’y croit pas assez…

Molly secoue la tête en gloussant.

— Je crois surtout que tu te mets trop la pression, mais je te comprends. Sa mère a une très grande place dans sa vie et dans son cœur et je pense qu’à tes yeux, c’est la preuve ultime en ce qui te concerne. Tu as bien saisi l’importance que Théo accorde à sa mère et s’il te présente, c’est que tu es la femme de sa vie !

Je fais la moue.

Elle est balèze, belle-maman, se marre Betty.

Belle-maman ?!

Mon cœur manque une mesure.

Tu n’as pas d’autres sottises ?!

— Pour lui, te donner accès à cet aspect de sa vie doit être aussi délicat que ça l’est pour toi de lui avouer que tu l’aimes. Essaie de garder à l’esprit qu’ils fonctionnent comme un duo depuis toujours, ce n’est pas anodin.

Moi, j’attends le « bon » moment pour lui avouer mes sentiments peut-être que Théo a la même attente en ce qui concerne ma rencontre avec sa mère.

— Tu as raison. Je me prends la tête pour rien.

— Tu tiens à lui, c’est tout.

J’abandonne ma chaise et ramasse mon manteau.

— Je vais y aller avant de faire attendre papa et Théo. Tu viens déjeuner avec nous, n’est-ce pas ?

— Je ne peux pas, j’ai un rendez-vous de contrôle pour le bébé.

— Et papa ne t’accompagne pas ?

Je suis très surprise, ça ne colle pas avec son côté papa-poule.

— Tu te doutes bien qu’il voulait venir, mais son ami est en ville et ils n’avaient pas d’autres occasions de se voir. J’ai dû batailler pour qu’il n’annule pas.

Je me disais aussi… Il est sacrément mordu notre papounet…

Une fois prête, je rejoins Molly et l’embrasse.

— Ils ont bien de la chance.

— Ils ?

— Papa et ce petit bébé. Et je suis de son avis : un garçon, ça serait parfait !

— Oh Ava, mâchouille-t-elle émue.

— On se voit tout à l’heure. Fais bien attention à vous.

Je l’abandonne pour me rendre au huitième étage où je dois retrouver Théo et mon père.

***

L’endroit où nous devons rejoindre l’ami de mon père se trouve à quelques mètres de Bailey. Nous nous y rendons donc à pied. Et me voilà bien entourée entre mon père d’un côté et Théo de l’autre. Si je suis ravie de les voir partager du temps ensemble, je suis un poil perplexe sur les raisons de mon père de nous convier à ce repas. S’ils ne se sont pas vus depuis longtemps, ils doivent avoir un tas de choses à se raconter. Pourquoi solliciter notre présence ?

Le restaurant choisi par mon père n’est plus qu’à quelques pas quand le téléphone de Théo sonne.

— C’est Syd.

Encore elle ?!

— Il faut que je lui réponde. Entrez, je vous rejoins.

Mon père et moi pénétrons dans le restaurant en laissant Théo derrière nous.

Je ne suis jamais venue ici et je suis immédiatement épatée par la beauté des lieux. Le restaurant est de taille imposante et tout est incroyablement luxueux. Il met la barre très haute papounet… Un homme dont l’apparence est à la hauteur du faste de l’endroit se tient derrière son pupitre. Mon père échange quelques mots avec lui.

— Tu viens, mon ange, m’encourage mon père en m’offrant son bras alors que je regarde curieusement autour de moi.

Je l’accepte et nous suivons le réceptionniste jusqu’à une table dans le fond du restaurant. Je remarque les deux hommes qui y sont déjà installés. Je devine sans mal qui est Phil Barnes grâce à ses cheveux grisonnants qui contrastent nettement avec le physique juvénile de son voisin. Ce fameux Phil, dont j’ai bien du mal à me souvenir, est le premier à nous voir arriver et d’emblée, il se lève pour donner une accolade à son ami. Si les deux hommes ont le même âge, mon père est bien mieux entretenu que cet homme légèrement trapu dont le visage est marqué par les années.

— Xander !

— Phil ! Comment tu vas, mon vieux ?

— En pleine forme.

Il passe mon père en revue.

— Enfin, je croyais l’être avant de te voir. Visiblement, tu es toujours aussi sportif.

— Je fais ce qu’il faut.

C’est à mon tour d’être passée en revue.

— Ne me dis pas que tu es Ava…

Il lance un coup d’œil à mon père.

— Je ne peux pas croire qu’on ait tant vieilli !

— Eh bien si, mon cher Phil, c’est bien mon ange.

Dans deux secondes, il va nous moucher le nez papounet, soupire Betty.

Ne sois pas si dure avec lui. Il ne nous a pas vu grandir…

—  Bonjour, monsieur Barnes, le salué-je poliment en lui offrant une poignée de main.

— La dernière fois que je t’ai vue Ava, tu n’avais pas plus de six ou sept ans et tu faisais de cette jolie bicyclette rose à laquelle était accroché un joli drapeau qui battait au vent.

Betty me pince les joues.

Tu peux rougir, ma vieille, car là, c’est clairement la honte !

— Appelle-moi Phil, je t’en prie.

Je lui adresse un sourire approbateur.

— Pardon, mais ma mémoire ne remonte pas aussi loin.

Je baisse les yeux.

— Et c’est bien moins gênant, ricané-je timidement.

Phil s’amuse de ma réflexion et désigne le jeune homme brun qui se tient sagement à sa droite.

Sagement, sagement !? Il nous reluque vachement quand même ! Salut, moi, c’est Betty, je suis l’ange gardien d’Ava.

Ma diablesse tout au plus…

Elle se rembrunit.

— Je vous présente mon neveu, Sawyer.

Je me risque à le dévisager plus longuement.

Pas mal le neveu ! s’exclame Betty.

Je dois lui concéder qu’il est plutôt bel homme avec son air doux, ses cheveux légèrement bouclés et ce teint hâlé qui fait ressortir le vert émeraude de ses yeux.

— Bonjour, Ava, me salue-t-il d’une voix presque impressionnée.

— Bonjour, dis-je dans un sourire.

—  Monsieur Bailey, c’est un plaisir de vous connaître, s’adresse-t-il alors à mon père. Mon oncle me parle si souvent de vous.

— C’est un plaisir également.

Mon père nous indique la table.

— Installons-nous !

Sawyer se jette sur la première chaise et la tire à mon attention.

Et il est galant en plus, minaude ma Betty.

— Je t’en prie.

Mes joues s’enflamment.

— Merci, dis-je en prenant place.

— Il n’y a pas de quoi.

Les lèvres pincées, je l’observe retrouver la chaise qu’il occupait à notre arrivée.

Il est malin le petit Sawyer, il t’a installée à côté de lui. Je te parie tout ce que tu veux qu’il va te faire du pied sous la table.

Chut ! Je ne sais déjà plus où me mettre !

Mon père se rapproche de son ami. Je lui lance un appel au secours dans le regard que je lui adresse, mais soit il l’ignore volontairement, soit il ne le déchiffre pas.

Le petit rictus en coin me fait pencher pour la première option, me dit Betty.

— Bonjour !

Oh ! Merci mon Dieu !

— Pardonnez mon retard.

Quel soulagement de voir Théo débarquer.

—  Théo ! se réjouit mon père avant de revenir vers son ami. Théo est mon directeur.

Celui-ci lance alors un drôle de regard à mon père comme s’il attendait la suite. Sans se dégonfler, il croise les bras sur son torse et je pense même le voir taper du pied sur le sol.

— Bon, tu vas t’asseoir, oui ! l’engueule mon père s’impatientant face à son attitude.

— À vos ordres, général Bailey ! rétorque celui-ci sans trop de sérieux.

Sans se vexer, Théo serre la main à Phil.

— Monsieur Barnes. Théo Allen. C’est un plaisir de vous rencontrer.

— Pour moi également.

Je suis Théo quand il fait le tour de la table jusqu’à l’unique chaise vacante en face de moi. Il observe alors mon voisin et lui tend la main.

— Théo. Le directeur.

Je me mords la joue pour ne pas rire.

— Sawyer. Je seconde mon oncle dans la gérance de notre maison.

— Oh…

Théo accable mon père d’un regard faussement sévère.

— Comme ça doit être sympa de travailler en famille.

Mon père fait mine d’ignorer la remarque de Théo qui lorgne déjà dans ma direction.

— Madame la Directrice éditoriale.

J’étouffe un gloussement.

— Monsieur le Directeur.

Le serveur arrive pour nous distribuer les menus. Mon père commande du champagne. Lui et Phil commencent à se remémorer quelques souvenirs. Moi, je suis prise entre Sawyer qui me lance de brèves œillades ici et là et Théo qui est perdu dans ses pensées.

—  Alors, Ava, me dit Sawyer en se penchant vers moi. De quelle collection t’occupes-tu ?

— Je… euh…

Un coup d’œil vers Théo m’apprend qu’il s’intéresse de plus près aux bavardages de Phil et de mon père. Personne n’étant disposé à me venir en aide, je réponds :

— De la romance.

— Sans vouloir être grossier, tu me sembles incroyablement jeune. Tu as quitté l’université, il y a longtemps ?

— Quelques mois seulement. J’ai intégré Bailey juste après l’obtention de mon diplôme et j’ai lancé Romance.

— Tu as mis sur pied ce projet ?

— J’ai reçu de l’aide bien sûr, mais oui.

— Ça a dû être une expérience très enrichissante.

J’ai un sourire entendu.

— Tu as publié combien de roman ?

— Le sixième sort dans quinze jours.

— Eh bien, félicitations !

Le sourire qui accompagne ce compliment me fait virer au rouge pivoine. Heureusement, notre champagne arrive et, suite au toast de mon père, j’en prends une longue gorgée.

— Ava, ton père n’a cessé de vanter les mérites de ton travail, me dit alors Phil.

Original, papounet !

— C’est assez impressionnant que tu aies mis sur pied ta collection et assuré le lancement dans un délai aussi bref.

— Comme je le disais à l’instant à Sawyer.

Qui te mange littéralement des yeux, me signifie ma Betty.

— Je n’ai pu y parvenir qu’avec le concours de Théo et de mon père.

— Tu es trop modeste, mon ange. Nous t’avons guidée et épaulée…

— Ce qui ne sortait pas du cadre de nos fonctions, ajoute Théo.

— Absolument ! surenchérit mon père.

— Je connais suffisamment ton père pour deviner combien il a pu se montrer enthousiaste à l’idée que tu viennes travailler chez Bailey.

— Enthousiaste…

Je lance un regard moqueur à mon père.

— Que voilà un mot intéressant.

Je fronce le nez.

— Mais ce n’est pas celui que je choisirais.

— Ah non ? ricane Phil. Et lequel te semble le plus approprié ?

— J’en ai plusieurs qui me viennent à l’esprit : insensé, démesuré, irrationnel ou encore excessif.

Phil rit de plus belle.

— Je le reconnais bien là !

— J’étais tellement heureux que je me suis un peu emballé.

Il pose une main sur l’épaule de son voisin.

— Mais je suis comme toi, Phil. J’ai envie de décrocher et de profiter. Finalement, tu ne vaux pas mieux que moi ; tu formes Sawyer pour te succéder.

— Eh oui, mon ami, on se fait vieux. C’était assez prévisible, me fait remarquer Phil. Cette idée germe dans son esprit depuis le jour où tu as choisi de faire tes études dans l’édition.

Mon père acquiesce.

— Je sais, pour en avoir déjà parlé avec Xander, qu’il ne t’a jamais influencé dans ton orientation. Je peux te demander pour quelle raison tu as décidé de suivre le chemin de ton père ?

Toutes les personnes autour de la table sont tournées vers moi et je sens mon cœur s’accélérer dans ma poitrine. Moins assurée que je le voudrais, je rassemble mes pensées et ouvre la bouche.

— L’odeur des livres, dis-je d’une voix blanche en fixant mon assiette. Ceux de la bibliothèque de mon grand-père. J’entrais dans cette pièce où il passait le plus clair de son temps et j’étais saisie par l’odeur du papier et de l’encre. J’étais toute petite. Lorsque je regardais ces étagères remplies d’ouvrages, j’avais l’impression qu’elles pouvaient toucher le ciel. Il a passé des heures assis dans son fauteuil à lire tous ces romans et il m’en faisait souvent la lecture. C’est lui qui m’a donné l’amour des livres et il n’y en a pas un seul publié chez Bailey qu’il n’a pas lu.

— C’est vrai, poursuit mon père. Même après son infarctus, il tenait à lire ce que nous publiions.

Nous échangeons un sourire tendre lui et moi.

— Merci de me l’avoir rappelé, mon trésor.

Je reviens à la contemplation de mon assiette gênée de sentir les yeux noirs de Théo danser sur moi. Le serveur revient vers nous pour prendre connaissance de notre commande et cet aparté tombe à pic.

— C’est une très belle histoire, me murmure Sawyer d’une voix charmée.

— Je ne l’avais jamais racontée avant aujourd’hui.

— Je comprends ton angoisse quand il te parle de le remplacer, tu sais.

Effectivement, c’est un point que nous avons en commun. Sawyer travaille à prendre le relais de Phil et j’imagine bien la pression qui est la sienne. Dès que mon père me parle de me mettre à la tête de Bailey, j’ai des suées.

— Mais toi, tu as eu le courage d’accepter.

— J’ai un peu plus d’années que toi dans notre maison.

Il me sourit.

— J’ai quelques années de plus tout simplement.

— Comment gères-tu la pression ?

Ce dernier mot s’étrangle dans ma gorge.

Betty, il me fait du pied ! me récrié-je horrifiée.

Sawyer fronce les sourcils. Mais ce pied glisse sur ma cuisse pour remonter jusqu’à mon entrejambe. Ce qui veut dire que…

Théo !

Affalé sur sa chaise, ses mains posées sur la nappe, il fait mine d’être attentif à cette conversation entre mon père et Phil.

— Pardon, dis-je à Sawyer.

Je cherche une bonne excuse à lui donner, mais je suis bien moins inventive que la veille en salle de réunion.

— Je n’ai pas l’habitude de boire du champagne.

La honte ! se marre ma Betty.

Non, mais c’est quoi ce prétexte bidon ! me lamenté-je.

Ma main se faufile sous la table et assène une tape à ce pied qui se frotte contre moi. Théo pose son regard noir sur moi et revient à la charge. Je ne m’y oppose plus et le laisse me torturer de ses caresses.

— Si j’avais un conseil à te donner, ça serait de te faire confiance, mais aussi de croire en ton père. Il a géré Bailey jusqu’à aujourd’hui et avec succès, tu le vois prendre une décision qui compromettrait votre héritage familial ?

Sauf que papa est un tantinet extravagant.

— Merci, Sawyer.

Le pied de Théo revient plus fort et je me retrouve contrainte de me redresser. Me voilà presque assise sur son pied. Et je meurs d’envie de m’y frotter.

Notre repas arrive et je me retrouve face à mon déjeuner sans vraiment avoir envie d’y toucher. Je suis bien trop occupée à me débattre avec ce que provoque Théo à l’insu de toutes les personnes autour de nous.

— Un peu de sang neuf s’avère bien utile pour rester novateur. Il faut se repenser et prendre des risques.

Je me rectifie une nouvelle fois face à l’insistance de Théo.

— En ça, madame Bailey nous est d’une grande aide, dit-il alors à Phil. J’ai beaucoup aimé son idée de comité de lecture.

Il m’examine alors.

— Voudriez-vous nous en parler, ma dame ?

L’enfoiré !!!

— Je… euh…

Accoudée à la table, mes doigts passent dans mes cheveux et courent sur ma nuque. Je retiens douloureusement ce soupir comblé quand j’ondule lentement contre lui.

— J’ai seulement réfléchi à un moyen de me rapprocher des lectrices de Romance.

Mais articule un peu, Ava ! rouspète Betty. On va nous prendre pour une demeurée. J’ai une réputation à tenir moi.

Tu es gentille, mais c’est ma foufoune qui est en feu là !

Cependant, je m’éclaircis la gorge avant de poursuivre d’une voix plus intelligible, en tout cas je l’espère. Rien n’est moins sûr vu qu’il semble déterminé à me rendre la monnaie de ma pièce.

— Alors, j’ai invité certaines des plus importantes blogueuses en romance sentimentale pour quelques jours. Le but est de faire connaissance dans un cadre agréable. Je vais leur soumettre trois manuscrits et leur permettre de choisir celui qu’elles voudraient voir publier chez Bailey. À l’issue de ce week-end, j’espère en savoir plus sur elles et sur leurs attentes.

— Excellent ! déclare Phil avec sincérité. C’est dans l’air du temps, j’aime beaucoup.

Incapable de desserrer les lèvres, vu que les autres sont déjà bien trop occupées à gonfler d’excitation, je me contente de le remercier d’un sourire. Certaine d’avoir les joues en feu, je ramasse ma fourchette et la pique dans ce morceau de saumon qui me faisait tellement envie avant que l’homme face à moi se charge de faire de lui le seul repas que je désire dévorer à cet instant.

L’arrivée d’un SMS attire mon regard sur mon portable posé près de moi. J’en fais rapidement la lecture :

— Théo —

Tout va bien, mon ange ? Tu as l’air un peu… émotive… Quelqu’un

cherchait-il à te distraire à un moment inopportun ?

 

Je repousse mon téléphone et Théo cesse ses agissements déplacés. Je suis perdue entre le désir et la colère qu’il a éveillés en moi en se moquant de moi. Bien sûr, je ne lui en tiens pas rigueur. Cette petite vendetta est le résultat de ce que j’ai moi-même osé lui faire hier. Mais la vérité, c’est que je suis frustrée. Frustrée de ne pas pouvoir apaiser cette brûlure dans ma chair suintante.

Sawyer me questionne sur le déroulement de ce comité et je saute sur l’occasion pour penser à autre chose qu’à Théo qui repart dans une longue conversation avec Phil et mon père.

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