Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
S’amuser de la situation
J’ai adoré chaque moment passé avec Théo. Après avoir quittés l’hôtel C’est le nez collé à l’écran de mon portable que je franchis les portes de Bailey le lundi qui suit notre soirée sous le thème de la colère. Sex & Love, nous nous sommes rendus à mon appartement. C’était la première fois qu’il y passait la nuit. J’ai un petit faible pour son appartement…
Ben oui, j’aime me détendre dans son univers. Et alors ?!
Du fait, j’aurais voulu y passer le week-end, mais l’état de Mack m’a encouragé à ne pas trop m’éloigner. À notre arrivée, elle était dans son lit à regarder un film en se gavant de crème glacée. Comme elle était sur le point de se coucher, je l’ai abandonnée pour rejoindre Théo dans la chambre. Là, nous nous sommes glissés sous la douche. J’ai pensé que l’eau chaude le détendrait et j’ai adoré le voir nu dans mon lit. M’occuper de lui m’a paru bien plus naturel que je ne l’avais envisagé lorsqu’il m’en a parlé. Il s’est endormi sous mes bons soins et j’ai trouvé cette fin de soirée absolument parfaite.
Dimanche, il ne s’est pas attardé pour nous laisser seules, Mack et moi. Elle me fait tant de peine. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que je suis confrontée à cette situation. Ce genre de déception amoureuse est une habitude pour Mack. Elle s’emballe toujours, voyant sa nouvelle conquête comme indispensable à son bonheur et la chute est grande quand elle réalise son erreur.
Je ne suis pas une fine psychologue, comme peut l’être Molly, mais je me demande si cette tendance à s’accrocher aux hommes de manière si excessive ne vient pas des problèmes qu’elle rencontre avec son père. Son besoin d’être aimée par cet homme égocentrique et froid comme la glace est à l’origine de ses problèmes d’attachements. Même si je suis certaine d’avoir raison, il est difficile d’aborder ce sujet avec Mack. Depuis son départ de Miami, elle n’a plus adressé la parole à son père et ses échanges avec sa mère ont été mouvementés.
Finalement, j’ai passé mon dimanche à voguer entre la télévision et un nouveau manuscrit. Mackenzie a enchaîné les films en tout genre.
Tant que ça ne parlait pas d’amour…
La fin de journée est vite arrivée et je lui ai fait miroiter de délicieux sushis, dans le restaurant que Théo adore, pour l’attirer à l’extérieur quelques heures. Finalement, elle m’a donné l’impression d’avoir passé un bon moment, même si la perspective de retourner au travail ne l’emballait pas beaucoup. Théo a pris son engagement très à cœur et il est venu la chercher pour la conduire au bureau. J’ai volontairement pris mon temps pour ne pas être prête et leur laisser ce moment en tête-à-tête. Mack aurait profité de ma présence pour éviter le dialogue avec Théo.
Me voilà donc en train de remonter le hall d’entrée de Bailey tout en prenant connaissance de mes mails. Du fait, j’entre dans le premier ascenseur ouvert sans regarder autour de moi. Machinalement, j’appuie sur le bouton du sixième étage quand :
— Bonjour, Andy.
Je relève la tête brusquement tandis que mon corps est traversé d’une puissante décharge qui finit entre mes jambes. C’est si fort que je dois serrer les cuisses pour en atténuer l’intensité. Pas vraiment remise de ce frémissement, je balance un coup d’œil par-dessus mon épaule. Théo est installé dans un coin de l’ascenseur. Andy, le responsable de la collection Jeunesse, se tient à ses côtés.
— Bonjour, Andy, m’adressé-je poliment à mon collègue.
Il me salue en retour. Je m’intéresse à son voisin.
— Monsieur le directeur.
— Madame Bailey.
Andy accaparé par ses pensées ne remarque pas le sourire en coin que m’offre Théo.
— Andy, pourrais-tu venir me voir dans la matinée ? dit-il alors. Je m’inquiète du retard que nous avons pris dans nos parutions pour le second trimestre et j’aimerais qu’on fasse un point.
— Je veux bien, lui répond ce dernier. Je sens du relâchement dans mon équipe, mais je n’arrive pas à enrayer le phénomène pour remotiver tout le monde. Je ne suis pas contre quelques conseils.
— Notre éditrice fraîchement sortie de l’école aurait peut-être une solution à t’offrir.
— Pourquoi pas ! Tu as une idée, Ava ? se renseigne Andy.
— Parfois, il ne suffit de pas grand-chose pour booster une équipe et faire des réunions ou des entretiens n’est pas toujours efficace. Sortir du contexte du travail peut-être très bénéfique. J’ai rencontré, lors de ma dernière année d’université, un formateur qui avait une approche du management très ludique, et c’était très concluant. Je pourrais te mettre en relation avec lui. Il pourra te donner des idées de jeux en équipes, de challenges qui pourraient consolider les liens entre tes collaborateurs et leur donner un nouveau souffle.
Andy a une moue approbatrice.
— Pas mal, dit-il en échangeant un regard avec Théo.
Lui aussi semble convaincu par ma proposition. La sonnerie de l’ascenseur résonne et les portes s’ouvrent à mon étage.
— Si ce n’est pas probant, on pourrait envisager une approche plus radicale.
— Qu’est-ce que tu entends par là ? m’interroge monsieur Jeunesse.
Je joue des épaules.
— Le châtiment corporel.
Mais non ! se récrie ma Betty. Qu’est-ce que tu racontes ?
— Muni du bon outil, ça fait des miracles avec les fortes têtes.
Je fais un pas en dehors de l’ascenseur et leur jette un dernier coup d’œil.
— Crois-moi, j’en sais quelque chose.
Et je disparais dans le couloir en pouffant de rire de la mine défaite de Théo. Fière de ma plaisanterie, je marche en direction de mon bureau. En chemin, je rencontre Molly qui est déjà à son poste. Les deux tasses posées devant elle éveillent quelque peu ma curiosité.
— Bonjour, Ava. Je t’attendais, m’accueille-t-elle d’une voix encore hésitante.
Et cela me peine de la sentir si perdue. Même si elle m’a blessée, elle est la compagne de mon père et la mère de son futur enfant. Mais avant tout, elle est mon amie et sans elle, nous n’en serions pas là Théo et moi.
— J’espérais qu’on pourrait prendre un café toutes les deux.
— Bien sûr.
J’entre dans la pièce et m’installe sur la chaise proche de son bureau après avoir ôté mon manteau.
— J’imagine que tu n’as plus vraiment envie de me parler de ce qui se passe avec Théo, mais je sais aussi que tu redoutais la colère alors…
Je baisse les yeux vers ma jupe, un sourire timide au coin des lèvres. J’apprécie sa gentillesse, même si lui raconter mes expériences du week-end me paraît bien moins naturel.
— C’est évident, mais tu m’as apporté une aide précieuse et sans toi, je ne serais pas en train de vivre l’histoire la plus folle de toute ma vie.
— Je peux comprendre qu’il a joué le jeu et qu’il a aimé ?
Je me pince les lèvres, encore troublée par ce flot d’émotions que nous avons vécu ce week-end.
— Théo a été parfait, Molly. Le sentir aussi confiant m’a permis d’être plus à l’aise et assurée. J’ai réussi à maîtriser mes angoisses et nous avons passé une merveilleuse soirée.
— Je suis heureuse de l’apprendre.
J’aimerais lui parler de cet épisode surréaliste où Théo a réclamé à ce que je le fouette encore ou de ce débordement de sentiments qui a suivi, mais je n’ose plus me confier comme avant.
— Est-ce que tu te sens mieux ? me renseigné-je pour orienter notre discussion sur un autre sujet. Papa m’a dit que ta grossesse te rend très malade.
— Mon médecin m’a prescrit des comprimés contre les nausées et ça me fait du bien.
— Tant mieux.
— Tu sais, j’étais vraiment sincère : j’aime profondément Alex.
Aborder ce sujet avec Molly est peut-être prématuré encore, mais je sens combien elle ressent le besoin de me rassurer sur son attachement pour mon père ; je ne me vois pas comment lui refuser cela.
— Et il semble éprouver la même chose.
— Il m’a dit que vous aviez discuté et ça m’a soulagée. Il a souffert de ce désaccord entre vous. Tu lui as beaucoup manqué. Dès l’instant où tu lui as appris que tu revenais, il n’a plus parlé que de ça.
— J’ai l’impression qu’il est devenu déraisonnable depuis…
— J’ai tenté d’apaiser les choses à propos de Théo, mais ce n’est pas une mince affaire.
Je lève les yeux au ciel.
— Tu m’en diras tant…
— Il va s’adoucir avec le temps, j’en suis convaincue.
— Merci, Molly. C’est très gentil.
— Il n’y a pas de quoi.
J’abandonne ma place.
— On se voit plus tard.
— Entendu.
Je lui fais un sourire chaleureux avant de m’en aller. C’est une fois derrière mon ordinateur que je reçois un SMS provenant de Théo. J’en rigole d’avance.
— Théo —
Merci pour ce grand moment de solitude…
— Ava —
Parce que tu pensais que je parlais de toi ? Voyons, Théo !
— Théo —
Je viens d’arriver à mon bureau ; figure-toi que je n’ai rien de
palpitant au courrier ! Tu me brises le cœur.
Mince ! Avec tout ça, j’ai oublié de déposer sa lettre.
— Ava —
Je corrigerai mon erreur à l’heure du déjeuner. Je peux t’inviter ?
— Théo —
Avec plaisir. Oh ! Et j’ai toujours mal au cul ! C’est gentil de
demander.
Je relis ce dernier message en riant à cette nouvelle. Je voudrais lui répondre, mais mon portable se met à vibrer. Mon père m’appelle. Je décroche.
— Bonjour, papa.
— Bonjour, ma chérie. Comment vas-tu ?
— Très bien. Et toi ?
— Parfaitement bien. Mon ange, tu es libre ce soir ?
— Oui, pourquoi ?
— Tu peux venir dîner à la maison ? Avec Molly et moi, bien sûr. Avec tout ça, nous n’avons pas vraiment pris le temps de célébrer cette nouvelle aussi soudaine soit-elle et…
— Papa, soupiré-je en me frottant les paupières.
— C’est trop tôt, pardon, dit-il en faisant marche arrière.
Trop tôt ? Sûrement. Cela dit, comment aller contre son bonheur ? Je l’aime et je n’ai pas envie de passer à côté de cette suite d’évènements qui découlera de l’arrivée de ce bébé.
J’aime bien le principe du donnant-donnant dont est adepte Théo, me dit Betty. Si tu fais l’effort pour le contenter, il peut aussi faire un pas vers toi.
— Je veux bien venir, mais peux-tu envisager que Théo m’accompagne ?
Le silence de mon père est plus éloquent que n’importe quelle réponse.
— Il m’a beaucoup soutenue et encouragée à accepter la situation. S’il était si calculateur, son intérêt aurait été de nous séparer et pas de nous rapprocher, je me trompe ?
— Je ne comprends rien à ce garçon.
— Et ce n’est pas en ignorant qu’il fait partie de ma vie que ça changera, lui objecté-je. Je t’ai encouragé à parler avec lui de ce qui s’est passé, il y a cinq ans. L’as-tu fait ?
— Non.
— Papa, on ne pourrait pas apaiser les esprits et essayer de devenir une famille tous ensemble.
— Il ne me reste plus qu’à prier pour que je ne te récupère pas en mille morceaux.
— Je suis persuadée que non.
Comment pourrait-il en être autrement ? Jamais je n’oublierais ce regard échangé samedi soir, cet amour dans le fond de ses yeux. Aucun homme ne m’a adoré de cette manière et c’est si précieux…
— Le mieux est peut-être encore de garder un œil sur lui…
— Papa, gloussé-je.
— S’il ne file pas droit, ce n’est plus le patron qui parlera, mais bel et bien ton père qui agira !
— Reçu cinq sur cinq, capitaine Bailey !
— Ton mail disait général Bailey, me rappelle-t-il.
— Bien vu.
— 19 h à la maison.
— D’accord. Et merci pour le geste, ça me touche.
— À plus tard, ma chérie.
— Bye.
Je raccroche et me presse de rédiger un texto pour Théo.
— Ava —
Des projets pour ce soir ?
— Théo —
Rien pour le moment. Je compte bien sur toi pour changer la donne.
— Ava —
Toujours là pour te rendre service ! On dîne chez mon père à 19 h.
Molly sera là.
Sans aucun doute, cette invitation de dernière minute va le laisser perplexe, mais nous devons sauter sur l’occasion pour améliorer les choses. Mon téléphone se met à vibrer à nouveau, mais cette fois, l’appel vient de Théo.
— Salut.
— J’espère que tu plaisantes !
— Du tout.
— Alors, ça sera sans moi !
— Mais pourquoi ? Il accepte de…
— Ton père ferait n’importe quoi pour te faire plaisir, me coupe-t-il. Même m’accueillir sous son toit, mais il n’en a pas envie. Comme il ne souhaite plus travailler avec moi. Pour toi, je le supporte au bureau, mais en dehors…
— Molly sera là. Ils veulent nous réunir pour célébrer cette grossesse et j’ai envie d’aplanir les choses et que tout le monde trouve sa place dans cette histoire. Ne refuse pas de prendre la tienne, je t’en prie.
— Ava, gémit-il d’une manière qui laisse supposer que j’ai marqué des points.
— Je te promets que si ce repas ne se passe pas bien, alors je ne te demanderais plus de faire le moindre effort vis-à-vis de lui.
— Je veux bien venir, mais…
— Il se tiendra bien, j’en suis certaine.
— À plus tard.
— Merci Théo.
Il raccroche et l’espace d’une seconde, je me demande si j’ai bien fait d’insister auprès de Théo. Je suis prise entre deux hommes prêts à tout pour me satisfaire, mais est-ce possible de les réconcilier ?
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