Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)

Richard Tindle

 

Molly n’a pas été très reposant lui non plus. Phil et Amélia étant les amis Reprendre le travail après ce week-end festif et fort en émotion était loin d’être gagné. Le dimanche qui a suivi les fiançailles de papa et les plus proches de mon père, c’est naturellement qu’il les a conviés à passer le week-end à la maison. Sawyer aussi. Nous avons eu une journée bien remplie entre copieux repas et moments très sympathiques entre amis. Assez logiquement, Sawyer et moi avons beaucoup bavardé et j’apprécie vraiment cet homme intelligent et serviable. Nous avons eu de très intéressantes conversations sur de nombreux sujets.

Une distraction qui fut la bienvenue après cette fin de soirée avec Théo. Je n’ai pas arrêté de penser à lui, à l’état d’esprit dans lequel il pouvait

se trouver après une discussion aussi intense avec mon père et l’envie me démanger de le contacter, mais il est avec sa sœur et je ne veux pas l’étouffer. Il doit se focaliser sur lui, le temps qu’il détermine ce qu’il souhaite pour lui. Il n’est pas question de moi ou de nous, bien sûr. J’ai bien compris que ce n’est plus un sujet qui lui pose question. Je pense à son avenir. Veut-il revenir travailler chez Bailey ? J’ai une drôle de sensation par rapport à ça. Et comment veut-il que nous reprenions notre histoire ? Le jeu ayant été avorté, nous n’avons plus de ligne de conduite pour nous guider, seulement nos envies.

« J’avais la tête pleine de projets… », c’est ce qu’il a dit à mon père,

mais à quels projets faisaient-ils allusion ? Je suis si curieuse d’en apprendre davantage à ce sujet. Demain, il doit venir me voir et j’espère qu’il m’en dira plus.

En attendant, je suis venue travailler. Mon père me l’a déconseillé, mais

j’ai insisté, car Molly est restée à la maison. Elle a pris un peu de repos après toutes les émotions de ces derniers jours. Comme, de mon côté, je me sentais en forme – retrouver Théo est comme un nouveau souffle, je me sens plus forte, plus combative – j’ai tenu à l’aider, au moins quelques heures. Ayant rendez-vous avec Théo, je viendrai aussi travailler demain, mais je compte bien m’accorder un peu de repos après ça.

La sonnerie de mon téléphone me sort de ma réflexion. Je le récupère

sur mon bureau. C’est Mack qui essaie de me joindre. Sûrement à cause du SMS que je lui ai envoyé un peu plus tôt pour lui demander si elle était disponible pour le déjeuner. Je dois encore lui annoncer que je vais lui laisser l’appartement pour aller vivre dans la maison de mes grands-parents.

— Salut, ma poupée ! décroché-je.

— Hello ! Comment tu vas ?

— Pas trop mal. Et toi ?

— Super ! Encore un peu vannée, mais je vais survivre. Tu es en ville ? — Je suis au travail.

— Tu aurais peut-être dû te reposer…

— C’est prévu, ne t’en fais pas. Aujourd’hui, c’est Molly et demain, ça

sera moi. Je dois seulement faire un saut au bureau pour voir Théo.

— Il s’est enfin décidé à revenir bosser ?

— Non, mais j’espère qu’on pourra trancher la question demain

justement. Du coup, on peut déjeuner ensemble ?

— Je suis désolée, ma belle, mais j’ai un truc de prévu. — Oh…

Voilà une nouvelle qui ne m’arrange pas. N’aimant pas avoir de secret

pour ma meilleure amie, je tiens à lui parler de mon intention de déménager au plus vite.

— Je suis désolée, Ava, mais c’est le seul créneau que nous avions

alors…

— Jacob bosse beaucoup avec ce nouveau resto. — Ce n’est pas avec Jacob que je déjeune. Cela dit, tu n’as pas tort, il

part à Tacoma mercredi et il ne sera pas de retour avant vendredi.

— D’accord.

— Et justement, dit-elle d’une voix hésitante. Tu sais ce qui se passe

vendredi ?

Non, mais elle nous prend pour des ignorantes ou quoi ?! se vexe ma

Betty. Oui, on est au courant et on a même un cadeau pour lui !

— Quelle question !

— C’est pour ça que je dois voir Syd, Abby et Milane. Jacob n’a pas le

temps de s’occuper de l’organisation et il a demandé à Syd de s’en charger.

— OK !

— Mais je pourrais lui parler et voir si tu peux te joindre à… — Non, non, la coupé-je. S’ils ne veulent pas que je sois là, c’est eux

que ça regarde, pas moi. Je n’ai pas besoin d’eux pour fêter l’anniversaire de Théo.

On peut très bien se passer d’eux, dit Betty revancharde. Je suis bien d’accord avec toi, ma chipie.

— Tu es certaine ?

— Mais oui ! On peut se voir demain ?

— Oui, mais tu sais, si tu veux me voir pour me parler de cette histoire

de déménagement…

Hein !?

— Jacob, maugréé-je quand je comprends qu’il n’a pas su se taire. — Je t’explique, ma chérie : s’il y a un truc que tu veux que tout le

monde sache, tu le dis à mon homme. C’est une vraie commère, se marre-t-elle. Rien que le fait de ne pas dire à Théo qu’on lui prépare une soirée pour ses trente ans lui donne de l’urticaire. Tu en as déjà fait l’expérience et j’ai retenu la leçon.

Je glousse.

— Je saurai m’en rappeler.

— Je suis ravie pour toi et je ne suis pas tellement surprise que tu

veuilles partir là-bas. Depuis le temps que tu me parles de ta maison aux tulipes.

— S’il y a un endroit où il n’y a que du bonheur… — C’est dans la maison aux tulipes, se marre Mack. J’ai entendu ça

cent fois.

Je ris avec elle.

— Avec les filles, on doit déjeuner dans ce restaurant japonais près de

mon boulot que tu adores. Tu veux que je fasse un saut chez Bailey pour t’apporter des sushis ?

— Tu es un amour, mais je pensais que mon père se joindrait à nous

pour qu’il ne soit pas seul. Du coup, je vais aller déjeuner avec lui.

— Ça marche.

— Je passerai ce week-end pour finir de prendre mes affaires comme,

tu pourras prendre ma chambre.

— Attends, ce n’est pas à la minute non plus.

— Je sais, mais ça m’occupera.

— On déjeune quand même demain ?

— Avec plaisir. À demain.

Je raccroche soulagée que Mack soit déjà au courant de mon futur

départ, même si c’était à moi de lui apprendre la nouvelle et non à cette langue bien pendue de Jacob.

Finalement, je ne suis pas surprise de cette soirée qu’organisent les amis

de Théo. Il va avoir trente ans vendredi, c’est un évènement ! J’ai senti le malaise de Mackenzie d’avoir à m’en parler, pourtant il n’y a rien d’étonnant à ce qu’ils n’aient pas pensé à m’inviter. Après tout, à leurs yeux, nous sommes séparés, et même si les changements récents prouvent que nous ne le sommes pas tant que ça. Cela ne suffit sûrement pas à ce qu’ils revoient leur position à mon propos.

De toute manière, je doute en avoir vraiment envie. Ses amis sont

adorables, mais ce sont ses amis. Leur total désintérêt pour moi lors de mon hospitalisation en est la preuve. Je ne leur reproche rien, mais je ne peux pas non plus l’occulter. Théo sera là demain et j’aurais tout le loisir de régler ce problème d’anniversaire.

***

L’heure du déjeuner approche et ce n’est pas plus mal : me concentrer

devient de plus en plus fatigant et je suis heureuse de pouvoir me détendre autour d’un bon repas en compagnie de mon père avant de rentrer pour m’octroyer quelques heures de repos.

— Tu es prête, mon ange ?

Je me détourne de mon écran d’ordinateur quand mon père entre dans

mon bureau flambant neuf qu’il occupe avec moi en attendant, je l’espère, que mon homme reprenne du service.

— Je finis d’envoyer ce contrat à l’un de nos auteurs et je suis tout à toi. — Un auteur que tu as découvert ?

— Non. Celui-ci, c’est une trouvaille de Molly. J’ai lu le manuscrit

pendant que je me reposais chez vous et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a du nez.

— Tu viens seulement de t’en rendre compte ? me dit-il le sourcil levé

dans ma direction. Ça ne t’a pas sauté aux yeux quand elle a accepté de devenir ma femme ?

— Non, mais toi alors, soupiré-je en réprimant un rire. Je me lève quand mon père me présente ma veste, mais mon téléphone

de bureau se met à sonner. Je décroche.

— Ava Bailey.

— Madame Bailey, bonjour. C’est Amanda. J’ai monsieur Tindle avec

moi à l’accueil.

Euh… j’ai bien entendu ?

— Il demande à parler à monsieur Allen.

— Tindle comme Richard Tindle ?

Mon père fronce les yeux quand il m’entend prononcer ce nom. — Oui, madame Bailey, c’est ça.

— Il est en bas, expliqué-je à mon père. Il veut voir Théo. Mon père me réclame le téléphone et je le lui donne. — Bonjour, Amanda. Demandez à la sécurité de conduire Tindle dans

le bureau près du poste de vidéosurveillance. Je descends immédiatement.

Contrarié par cette visite inopportune, il raccroche. — Je vais m’occuper de lui.

À la manière dont il a dit cela, je doute que ce moment soit agréable

pour Richard Tindle.

— Je viens avec toi, annoncé-je quand il file vers la sortie. — Ava, non !

Mon père se fige sur le pas de la porte. J’enfonce mes poings dans mes

hanches. Hors de question qu’il me tienne à distance !

— Alors, on va avoir un problème mon général ! Si le père de Théo

s’est mis en tête de venir le voir, je veux savoir pourquoi.

— Tu me laisses gérer ! m’ordonne-t-il le doigt levé en guise

d’avertissement.

Je le rejoins et nous prenons l’ascenseur pour le rez-de-chaussée.

— Je n’arrive pas à croire qu’il ose se pointer ici, grogne mon père

tandis que nous descendons.

— Je me demande quel est le but de sa visite… Sait-il seulement que Théo est son fils ? Comme Milane passe du temps

avec son frère, il est possible qu’il pense que sa fille et lui ont une liaison.

— On va le savoir bien vite, affirme mon père en prenant à droite à la

sortie de l’ascenseur.

Nous voilà dans le couloir donnant sur le local technique et le poste de

surveillance. C’est là que nous retrouvons l’agent de sécurité qui patiente devant une porte ouverte. Celle d’un bureau rarement utilisé où se trouve seulement une table et des étagères où sont entreposées des boîtes en carton.

Si je ne me focalise pas sur l’endroit, je suis bien plus captivée par

l’homme planté au milieu de la pièce. Ce qui me saute immédiatement aux yeux, c’est que Richard Tindle n’a pas vraiment de ressemblance avec son fils. Il y a un petit quelque chose au bas du visage, mais rien de flagrant. Cet homme est stature imposante, il a les cheveux courts et grisonnants et un air rude et peu avenant. Ce qui explique que je ne retrouve pas Théo chez lui. D’une allure impeccable, il est aussi très méprisant et paraît insulté de se trouver ici.

Et c’est tout ce que papounet cherchait à faire en le faisant escorter

dans ce qui ressemble davantage à un placard qu’un bureau d’ailleurs, constate Betty.

Sans aucun doute !

— Eh bien, Alexander, c’est ainsi qu’on accueille les visiteurs chez

Bailey. Avec un agent de sécurité et dans un placard à balai. Ou alors…

Tindle parcourt la pièce d’un œil écœuré.

— Tout ressemble à peu près à ça ici…

— Ma fille et moi allions déjeuner et je n’ai pas de temps à t’accorder. Cet individu insipide s’intéresse à moi et me toise de la tête au pied

avec cette même expression dégoûtée.

— Alors, c’est elle…

Non, mais c’est qui ce bonhomme !? s’écrie ma Betty rouge de colère

en armant sa tronçonneuse. Laisse-moi m’en charger !

— Il n’a donc pas hérité de mon goût pour les jolies femmes. Hé mec ! Tu n’es pas Brad Pitt non plus ! Faut redescendre ! Par contre, Théo fait passer Brad pour un minus ! rit ma Betty.

— Oh ! mais que voilà une qualité remarquable, le raillé-je. De votre

côté, je pense que votre charme tient davantage à la grosseur de votre portefeuille…

J’ai un rictus moqueur.

— On dit que l’amour rend aveugle. L’argent aussi apparemment. Il me lance un regard cinglant et mon père s’interpose entre nous. — Quitte ma maison d’édition maintenant ! Ce que tu es venu chercher,

tu ne le trouveras pas ici !

— Je voulais seulement parler à mon « fils ».

Il vient vraiment de mettre des guillemets ? Non, mais quel connard ! Papa adopte une posture plus défensive.

— Eh bien, mon gendre n’est pas ici. Maintenant, je te demande de t’en

aller !

Oh… tu as entendu comment il a insisté sur le mot « gendre », dit ma

Betty attendrie.

Il marque son territoire papounet, me marré-je. Mon héros ! — Et Théo n’a pas de temps à perdre avec vous également ! Il a bien

déjà assez honte de partager votre ADN.

— Je doute qu’il ait toujours honte de ma paternité quand se posera la

question de l’héritage.

Là, je pouffe littéralement de rire. Ce qui le rend fou de rage. — Visiblement, il n’a pas hérité de votre cupidité non plus. Il se

contrefout de votre argent. Achetez-vous les faveurs des dames avec sans vous soucier de Théo. Lui a déjà tout ce qu’il désire.

— Cette maison minable et vous ? se moque-t-il. C’est là sa seule

ambition ?

— Ce qu’il veut, c’est une famille et il l’a déjà trouvée ! rétorque mon

père.

— C’était avant ou après que tu le licencies ?

Euh… comment est-il au courant de ça ?

— C’est une drôle de famille qu’il a trouvée, vous en conviendrez ! Ou

alors, tu as besoin de lui pour jouer au bon père de famille pendant qu’il dirigera cette maison à ta place.

— Tout cela ne regarde que Théo et moi ! Maintenant… Mon père fait signe à l’agent de sécurité qui entre. — On va te reconduire.

Un sourire narquois au coin des lèvres, Tindle se met en mouvement

escorté par l’agent de sécurité.

— Cette histoire n’est pas réglée. Je n’en ai pas fini avec lui. Une remarque qui fait immédiatement réagir mon père. Perdant

patience, il empoigne Tindle par le bras.

— Ne t’avise pas de t’en prendre à Théo. Il n’en a rien à faire de toi,

alors fiche-lui la paix, c’est un conseil !

— Tu me menaces ? s’insurge Tindle en dégageant son bras. — Je protège mes enfants moi, je ne les abandonne pas. Mais

finalement, tu lui as rendu service, il y a trente ans. Continue sur ta lancée, Tindle ; et ignore son existence !

Tindle sort sans rien ajouter, mais mon instinct me dit que

l’avertissement de mon père ne suffira pas à le tenir loin de Théo. Après ce que je viens d’entendre, j’ignore quelle attitude adopter : dois-je lui parler de cette visite ou me taire pour ne pas le blesser ? Il va falloir que je trouve rapidement une réponse à cette question.

— Mon ange, est-ce que ça va ?

Je me retourne en sentant la main de mon père sur mon épaule. — Mais pour qui se prend ce type ?

— Je te l’avais dit : Tindle est quelqu’un qu’il faut éviter à tout prix. — Je vais devoir en parler à Théo, tu ne crois pas ? — Probablement… J’avoue que j’hésite un peu… — Je n’ai pas aimé qu’il sache tout ça sur notre famille. — Il n’a pu l’apprendre que d’une seule personne. Je fais la moue. L’identité de ladite personne n’arrange pas mes affaires. Milane…

J’embrasse mon père.

— Papa, je peux te rejoindre au restaurant dans un petit quart d’heure.

J’ai un compte à régler avant…

— Que vas-tu faire ?

— Avoir une discussion avec Milane, histoire d’être certaine qu’elle

n’est pas là pour porter préjudice à Théo.

— Tu es certaine que c’est une bonne idée ?

— Je pense que le mieux est de tirer cette affaire au clair au plus vite

avant que ça arrive aux oreilles de Théo. Je ne veux pas qu’il soit déçu. Autant tuer cette histoire dans l’œuf.

Je laisse mon père et file pour rejoindre John.

À nous deux, Milane !

***

Si jusqu’à ce jour je n’avais qu’entendu parler de Richard Tindle – et

dans des termes peu élogieux –, j’ai eu tout le loisir de me rendre compte que tout est vrai. Cet individu est imbuvable, méprisant et d’un égocentrisme ahurissant. En d’autres circonstances – et ayant une expérience des médisances et des gens peu intéressants –, je n’y aurais pas porté intérêt. Mais là, il s’agit du père de Théo et je ne peux pas m’empêcher de m’attarder sur cet homme qui ne doit même pas être une déception pour son fils en quête de reconnaissance, mais davantage une honte profonde.

Les raisons de sa visite me laissent sceptique. Il n’est pas venu pour

parler à Théo puisqu’il savait que celui-ci ne travaillait pas à Bailey en ce moment. Je pense qu’il était là pour fouiner, prendre la température comme on dit. Il a cherché à en apprendre plus sur son fils, sur ses intentions. Je n’arrive pas à croire qu’il ait pu envisager que Théo cherche à récupérer un quelconque héritage. Lui qui ne demandait qu’à savoir d’où il venait, il n’a vraiment pas eu de chance…

Mais ça, c’était avant de nous connaître ! s’exclame ma Betty. Sa

chance a tourné maintenant.

Si je suis d’accord avec ça, je suis très hésitante quant à l’attitude à

adopter en ce qui concerne Richard Tindle et son arrivée fracassante dans la vie de son fils. Non que je croie qu’il veuille y jouer un rôle quelconque. Cet homme est si vénal et cruel qu’il doit certainement vouloir lui faire passer un message du genre : « Hors de question que je reconnaisse que tu es mon fils, alors oublie mon nom, ma fortune et peut-être bien Milane ».

À son sujet, je sais déjà ce que je dois faire. Je dois m’expliquer avec

elle et lui démontrer que Théo est peut-être son frère, mais que je fais également partie de sa vie et que je le protégerai coûte que coûte.

C’est avec cette idée bien précise en tête que j’entre dans ce resto

japonais où je sais qu’elle doit déjeuner en compagnie de Mack, Abby et Sydney. Je sais aussi qu’elle doit repartir demain pour Sacramento et je veux que ce problème soit réglé avant son départ.

J’entre et je fais quelques pas dans la salle de restaurant que je passe en

revue pour les localiser quand un serveur vient à ma rencontre.

— Bonjour.

Je le salue en retour sans cesser de zieuter autour de moi et trouve enfin

la table où les filles sont installées.

— J’ai trouvé mes amies. Je vous remercie, dis-je au serveur en fonçant

dans leur direction.

Mack et Abby me tournent le dos et Syd et Milane, assises côte à côte,

me font face. Milane est la première à me voir arriver et la surprise se lit sur son visage.

— Ava ? s’étonne-t-elle en se levant.

En entendant mon prénom, les autres occupantes de la table se tournent

vers moi.

— Ma poupée ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? m’interroge Mack alors

que j’arrive sur sa gauche.

Je l’embrasse et lance un regard amical vers Abby. — Salut.

Elle me salue en retour, un peu interloquée de me voir là. Syd est bien

plus froide. C’est même la seule à me prendre de haut. Je l’ignore et reviens à la raison de ma présence : Milane.

— Milane, ton père est passé à Bailey et le moins que l’on puisse dire,

c’est que cette conversation a été très déplaisante.

— Je… euh… bégaie-t-elle.

— J’ai besoin de comprendre ce que tu cherches vraiment, parce que

comme ça, je ne saisis pas bien les raisons qui t’ont poussée à lui parler de moi, de mon père, de nos vies…

— Je suis tellement navrée, Ava.

Elle est si sincère et émue en me présentant ses excuses que j’ai presque

envie de la prendre dans mes bras, mais avant de lui laisser le bénéfice du doute, je dois aller au bout de cette discussion.

— Je ne pensais pas qu’il retournerait ça contre Théo ou ta famille. Je

voulais seulement lui faire entendre raison à son sujet.

— Depuis quand sait-il qu’il est son fils ?

— Je lui en ai parlé quand Théo s’est confié à moi à Los Angeles. — Et comment l’a-t-il pris ?

Je roule des yeux.

— Même si je me doute qu’il n’a pas sauté de joie et crié sur tous les

toits qu’il est si heureux d’avoir retrouvé l’enfant qu’il a abandonné, il y a trente ans.

— Il m’a dit qu’il ne voulait rien savoir de lui, que je devais en faire

autant si je voulais protéger…

— Ton héritage, finis-je pour elle. Mais quel connard ! — Je m’en moque, Ava ! se défend-elle. Je me suis engueulée avec lui à

ce propos et je pense que c’est pour ça qu’il est venu.

— Pourquoi lui as-tu parlé de mon père, de son envie d’élever mon

frère et du fait qu’il aspirait à laisser Bailey à Théo.

— Pour lui prouver que Théo se fiche éperdument de ça, que tout ce

qu’il recherche, c’est une famille.

— Mais as-tu discuté avec ton frère ? Parce qu’il n’a pas envie

d’apprendre à connaître ton père. Lui, ce qu’il désire, c’est que toi, tu fasses partie de sa vie. Le reste, il n’y accorde aucune importance.

Entendre un petit rire moqueur chez sa voisine me détourne de Milane. — Tu as un problème, Sydney ?

— C’est quand même incroyable comme tout à coup tu es très au fait de

tout ce que souhaite Théo, dit-elle un sourire narquois accroché à son visage à l’expression provocante.

Fais-lui ravaler ce sourire à cette petite prétentieuse ! m’encourage

Betty en frappant dans ses mains.

— Peut-être parce que j’en ai parlé avec lui, dis-je avec un sourire

affable. Maintenant, occupe-toi de ton cul, tu veux !

— Non, mais pour qui tu te prends ? s’emporte-t-elle en se mettant à ma

hauteur.

— Et toi, Sydney ? Pour qui est-ce que tu te prends au juste ? Je fronce le nez.

— D’ici, je dirais pour tout ce que tu n’es pas ! Son air dépité m’amuse, mais je reviens vite à Milane. Je suis plus

conciliante quand je m’adresse à elle :

— Oublions ça, mais à l’avenir, garde pour toi ce qui se passe dans

cette famille, s’il te plaît.

— C’est dans l’esprit familial de virer Théo de l’hôpital comme ton

père l’a fait, me raille Syd.

— Et tu n’as pas perdu de temps pour venir le réconforter. C’est

tellement pathétique !

J’ai une moue moqueuse.

— Mais même là, il ne t’a pas vue, n’est-ce pas ? Piquée au vif, elle se rembrunit. Je peux à nouveau me soucier de

Milane.

— Est-ce que je peux te faire confiance ? Tu aimes Théo et tout ce que

tu souhaites, c’est apprendre à connaître ton frère ?

— Il n’y a que lui qui m’intéresse.

— Alors, n’en parlons plus.

— Je pensais le faire changer d’avis. Je trouvais ça tellement injuste

pour lui.

— Je comprends et tu pensais agir dans l’intérêt de ton frère, mais il

serait bien que vous en parliez tous les deux. Tu verras qu’il n’a pas besoin de plus que ce qu’il a déjà aujourd’hui.

Elle acquiesce.

— Je le ferai.

Je l’embrasse pour lui montrer que l’incident est clos. — Rentre bien à Sacramento.

— Je te vois vendredi ? Pour l’anniversaire de Théo. Je lance un coup d’œil en direction de Syd.

— Apparemment, on n’a pas jugé bon de m’inviter, mais on va avoir

l’opportunité de rattraper cette occasion perdue. J’en parle à ton frère et on te tiendra au courant.

— Ça sera avec plaisir.

— Je passerai à l’appartement vendredi pour ce dont on a parlé, ce

matin, expliqué-je à Mack. Je dormirai sur place.

— D’accord, ma chérie.

Je l’embrasse et quitte le restaurant pour rejoindre mon père. Je l’ai

assez fait attendre.

C’est moi ou ça fait du bien de la remettre en place, cette idiote ? ricane

ma Betty.

Ça fait un bien fou !!!

 

OceanofPDF.com