Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
Le jeu du chat…
une semaine jour pour jour et le temps est passé bien vite depuis. J’ai Miss Bailey ? Hum… Cette voix… Notre soirée au restaurant de Jacob remonte à énormément planché sur la mission confiée par Théo après ma première présentation et je n’ai pas chômé. J’étais plutôt satisfaite du travail que je leur ai proposé en début de matinée, mais comme la dernière fois, ni lui ni mon père n’ont laissé paraître le moindre indicateur permettant d’évaluer leur ressenti. Je préfère ne pas m’attarder là-dessus et passer à l’étape suivante. J’imagine qu’ils sauront me dire tôt ou tard ce qu’ils en pensent.
Du fait, nous ne nous sommes pas beaucoup croisés, Théo et moi. Il s’est absenté trois jours pour raisons personnelles et le reste de la semaine, il l’a passé cloîtré dans son bureau à rattraper le retard qu’il a pris dans son travail.
Aujourd’hui, il semble plus disponible et de meilleure humeur si j’en crois le ton joueur avec lequel il vient de s’adresser à moi.
— Auriez-vous une minute à m’accorder, je vous prie ?
Je ris en moi-même devant tant de déférence de la part de mon patron. Je rebrousse chemin pour le rejoindre en le grondant du regard.
— Tu peux te taire, s’il te plaît !
— J’oubliais, ricane-t-il. Tu bosses sous couverture.
Tu as vu, ma Betty, ses deux petites fossettes ? Toi aussi, tu as envie de les embrasser ?
Mouais, c’est pathétique, ma vieille !
— Ravie de constater que tu n’es plus un courant d’air !
— Ouais…
Il se frotte l’oreille.
Attends, il est nerveux ou…
— J’ai eu un problème perso à gérer et j’ai dû bosser deux fois plus à mon retour.
— Rien de grave, j’espère.
— Rien qui vaille la peine d’être raconté…
J’ai entendu plus convaincant, mais bon…
— On déjeune ensemble, ce midi ?
— Encore un déjeuner ? m’étonné-je en enfonçant les mains dans mes hanches. C’est quoi cette fois-ci ? Une prise de température de ton nouveau collaborateur, histoire de t’assurer qu’il s’épanouit ?
— Non, je voudrais seulement parler de ta ligne éditoriale.
Il croise ses bras sur son torse en s’adossant contre le mur derrière lui tout en me jaugeant de la tête au pied.
— En matière d’épanouissement professionnel, ce n’est pas de toi dont je me soucierais en premier.
C’est un compliment ce charabia ?
Ça y ressemble en tout cas ! On va le prendre ainsi ! affirme Betty d’une moue assurée.
— C’est sûrement grâce à la plante verte…
Il esquisse un rictus.
— 12 h 30, ça te va ?
— D’accord, mais je n’ai qu’une heure à t’accorder. J’ai bien trop de travail.
— Je vous ramènerai à votre bureau à 13 h 30 pétante, miss Bailey.
Je fais claquer ma langue pour le reprendre. Il ricane.
— Je peux savoir ce que tu fais au service presse ?
— Je ne sais pas. Je peux savoir ce que toi, tu y fais ?
Il rit plus franchement.
— Je m’absente quelques jours et tu as déjà oublié qui est le boss ici !
Je retiens un nouveau sourire.
— J’ai demandé à Paul de me faire une petite recherche, il y a quelques jours. Je voulais me faire une idée de ce qui se passe sur le marché de la romance actuellement.
— Bonne idée. Je passe te chercher tout à l’heure.
— J’ai aussi un bureau où l’on pourrait parler de ma présentation.
En réalité, son invitation me fait plaisir, mais rien que pour le mettre dans l’embarras.
— Mais c’est moi le patron donc, c’est moi qui décide !
— Ton management ressemble de plus en plus à une dictature.
— Toutes les filles de cette boîte rêvent de venir déjeuner avec moi…
— Et je leur laisse volontiers ma place.
— Pourquoi ?
— Peut-être parce que tu n’es pas du tout mon genre.
— Quel genre ? Belle gueule, corps d’Apollon et amant hors pair, c’est le genre dont tu parles ?
— Waouh ! m’exclamé-je. Tu débordes d’humilité, c’est impressionnant !
— Tu trouves aussi ?
— C’est bien dommage, mais j’ai une préférence pour les hommes laids, bedonnants avec un micropénis.
— Voyez-vous ça ?!
— Maintenant, excusez-moi, monsieur le Directeur, mais je vais m’en retourner à mon bureau. J’ai du boulot.
— D’ailleurs, je remarque que tu te balades beaucoup dans les couloirs.
Je lève les yeux au ciel en reprenant ma route.
— Ravi de constater que tu as abandonné le chignon…
Eh merde ! On est découvertes, ma Betty !
— Mon boss est un esclavagiste ! Je n’ai même plus le temps de prendre soin de moi.
— Et il s’en félicite !
Je me détourne de lui et, une fois à l’abri de son regard, ma bouche s’étire en un sourire charmé.
***
Avec tout le travail que j’ai à abattre, ce matin, l’heure du déjeuner arrive bien vite et je ne suis pas pressée de voir la réaction de mon directeur quant à la surprise que je le suis réserve. Je doute qu’il apprécie ma manœuvre, mais j’ai pensé que ça serait plus profitable.
Surtout pour moi…
Le premier à apparaître sur le seuil de mon bureau à l’heure dite est mon père. D’un air hautement satisfait, il me détaille dans le décor de mon bureau.
— Comment vas-tu, ma chérie ? s’enquit-il en prenant ses aises.
— Très bien. Toi, tu as l’air d’excellente humeur.
— Et j’ai toutes les raisons de l’être.
— Vraiment ?
— Figure-toi que je viens d’embaucher une nouvelle directrice éditoriale et je suis très fier de mon choix, car elle m’impressionne chaque jour davantage.
— Papa, articulé-je émue. Je suis également très fière de travailler ici.
— Et Paul ? A-t-il fini ta recherche ?
— Effectivement ! J’étudierai tout ça à la maison.
Une réponse que mon père semble désapprouver, mais l’entrée fracassante de Théo l’empêche de le formuler à voix haute.
— Prête, miss Bailey ? s’exclame Théo avant de réaliser que je ne suis pas seule.
Son beau sourire disparaît quand mon père se lève.
— Te voilà !
Décontenancé, Théo ne quitte plus son patron des yeux.
— Tu voulais me voir ?
— En fait, nous t’attendions pour aller déjeuner.
— Vraiment ?
Il a à mon intention un regard indéchiffrable.
— J’ai voulu m’entretenir avec Ava à propos de sa ligne éditoriale. Comme tu lui as fait la même requête, nous avons pensé que le mieux serait qu’on déjeune tous les trois. Ainsi, elle pourra faire d’une pierre deux coups.
Si d’ordinaire Théo est très doué pour masquer ses émotions, il n’en est pas de même à cet instant. Il est déçu, clairement.
— Ça ne te dérange pas ? insiste mon père qui, pour sa part, se réjouit de la situation.
Il lui adresse un sourire affable.
— Bien sûr que non !
M’étonnant de son manque flagrant d’emballement à l’idée de déjeuner avec mon père, je passe mon manteau et récupère mon sac. Mon père, dont le téléphone se met à sonner, nous devance dans le couloir. Théo, en homme galant, m’invite à passer devant lui tandis qu’il referme la porte de mon bureau.
— Tu aurais pu me prévenir, me chuchote-t-il tandis que nous marchons vers les ascenseurs.
— J’ai pensé que ça serait un gain de temps pour tout le monde.
Même s’il me fait un sourire entendu lorsque nous pénétrons dans l’ascenseur, je vois bien qu’il est agacé. Pour quelle raison ? Ça, je n’en sais rien.
Peut-être que Théo n’apprécie pas tellement mon père…
En ce qui me concerne, il est préférable d’éviter les déjeuners en tête-à-tête avec le beau Théo. Mon cœur en guimauve risque de ne pas résister longtemps si je ne me prémunis pas des émotions qu’il fait naître en moi de manière totalement incontrôlable.
Au cours du déjeuner, je peux compter sur mon père pour animer la conversation, car son directeur est franchement taciturne, je dirais même renfrogné. C’est un peu déstabilisant, d’ailleurs. J’ai voulu que la présence de mon père me distraie suffisamment pour que je ne minaude pas devant son directeur, mais je ne voie pas bien ce qui le contrarie lui. Et rien pendant l’heure que nous passons tous les trois ne semble le faire changer d’attitude. Non, il reste fermé sur lui-même, parlant que lorsque cela est nécessaire.
En rentrant à Bailey, mon père nous propose de partager un café dans son bureau avant de nous remettre au travail et Théo refuse son invitation en prétextant avoir un rendez-vous.
Déconcertée par son attitude, je reprends mon poste après un moment avec mon père. Lorsque je passe devant le bureau de Théo, il est fermé. Ma curiosité étant trop grande, j’en profite pour me renseigner auprès de sa secrétaire afin de savoir s’il est bien en rendez-vous, mais Théo a menti, il n’en a aucun cet après-midi.
Bizarre…
***
Le reste de ma journée passe à une vitesse vertigineuse. J’aime avoir tant de choses passionnantes à faire et ne pas m’ennuyer une minute. Je ne vois pas les heures passer. C’est d’ailleurs en voulant répondre à mon portable que je constate qu’il est plus de 19 h.
— Seigneur, murmuré-je avant de prendre cet appel de Mackenzie. Salut !
— Coucou…
— Houlà ! Ça ne va pas, toi !
— Non, ça va, je t’assure. Je n’ai pas envie de m’éterniser sur le problème.
— Raconte-moi, Mack, l’encouragé-je en m’installant plus confortablement sur mon siège.
— Avant, je n’avais qu’à monter dans ma voiture pour rouler jusqu’à chez toi et me changer les idées.
— Eh bien, qu’est-ce que tu attends pour venir me rejoindre ? Cesse de perdre ton temps à faire tous ces efforts s’ils ne les apprécient pas. Tu es une belle personne et tu n’as pas à être différente de ce que tu es pour leur faire plaisir. Tu serais mieux ici. D’ailleurs, mon père pourra t’aider à trouver un emploi.
— Je n’y connais rien à l’édition.
— Mais il a des contacts à Seattle.
— J’adorerais ça, je te jure. Tu le sais mieux que quiconque. Mais c’est trop tôt. Dans cinq mois, tout sera fini et je viendrai vivre avec toi.
— Comme tu voudras…
— Mais je voulais surtout prendre de tes nouvelles. Alors, comment tu vas ?
— Merveilleusement bien. J’aime mon travail. Je profite de mon père. Tout est parfait, Mack.
— Et Théo ?
— Rien à signaler. Il m’a présenté certains de ses amis. J’ai même rencontré un mec.
Mack rugit à travers le téléphone.
— Ava passe à l’offensive ! Ça me plaît !
Je souris en entendant son enthousiasme.
— Il s’appelle Jacob et nous devons nous voir dès qu’il aura un moment. Il est le patron d’un resto très prisé de Seattle.
— Cool ! Il est canon ?
Pas autant que Théo, pense ma Betty.
Mais ça, je me garde bien de le dire à Mackenzie.
— Oh que oui !
— Alors, fonce !
— Mais j’en ai bien l’intention. J’attends son coup de fil.
— Je suis heureuse pour toi, ma chérie.
— Tu me manques, Mack.
— Toi aussi.
— Je te rappelle bientôt.
Je la salue une dernière fois avant de raccrocher avec un pincement au cœur. C’est horrible de la sentir si bouleversée sans être là pour lui remonter le moral.
Perdue dans mes pensées, c’est un petit coup contre ma porte qui me fait revenir à l’instant présent. Je lève les yeux de mon téléphone que je tiens toujours dans les mains et découvre Théo sur le pas de ma porte.
— Est-ce que tout va bien ?
Sa question me fait réaliser qu’une larme roule sur ma joue. Je l’essuie rapidement.
— Oh… oui…
— Sûre ?
J’acquiesce tandis qu’il s’installe face à mon bureau.
— Qui est ce Mack qui te met dans cet état ?
Je glousse.
— C’est Mackenzie, ma meilleure amie. Et c’est impoli d’écouter aux portes, Théo !
— Tu te plaindras à ma mère quand tu la verras.
— Je n’y manquerai pas.
— Ton amie a des problèmes, c’est ça ?
— Je doute que ça t’intéresse…
Déboutonnant sa veste, il s’affale sur mon siège.
— Je viens pourtant de te poser la question.
— Mackenzie est la fille de Peter Lawson.
Théo fronce les yeux.
— Je devrais le connaître ?
— Il est en course pour le Sénat. Du fait, ils doivent jouer à la parfaite petite famille représentative de toutes les valeurs américaines.
— Et ton amie ne rentre pas dans ce schéma ?
— Elle est loin d’adhérer aux idées politiques de son père. Elle a la sensation de renoncer à tout ce à quoi elle croit…
— Pourquoi accepte-t-elle ça ?
— Par amour pour ses frères et sa mère. Ses relations avec son père sont très tendues.
— Je vois.
— Je voulais qu’elle vienne vivre avec moi, mais tant que l’élection n’aura pas eu lieu, elle sera bloquée à Miami. C’est difficile, car nous sommes très proches toutes les deux.
— J’ai l’impression, oui. Tu la connais depuis longtemps ?
— Je l’ai rencontrée peu de temps après mon arrivée à Miami. Nous étions en cours ensemble.
— Tu avais quel âge quand tes parents ont divorcé ?
C’est à mon tour de froncer le regard.
— C’est un nouvel interrogatoire ça ?
— Réponds et je ne t’embête plus avec mes questions, me dit-il dans un sourire.
— J’avais dix ans et douze ans quand j’ai quitté Seattle.
Son regard se détourne de moi pour se perdre à l’extérieur.
— Il fait nuit, constate-t-il. Tu sais ce que ça veut dire ?
— Oui, patron ! le raillé-je. Je vais prendre un taxi !
Son index courant sur ses lèvres, il semble réprimer un nouveau sourire.
— Attention, miss Bailey, je risque de beaucoup aimer vous écouter me parler sur ce ton.
Je fais rouler mes yeux tandis qu’il se jette sur ses pieds.
— Maintenant, debout ! Je vais te déposer chez toi.
— Excuse-moi ? dis-je choquée en le dévisageant d’un air outré.
Il m’ignore et contourne mon bureau pour éteindre l’écran de mon ordinateur.
— Fais comme chez toi surtout !
— Mais c’est exactement ce que je fais, se marre cet idiot en tirant sur ma chaise. Debout !
J’obtempère sans lui cacher mon mécontentement.
— Ce que tu es chiant !
— Il faudrait savoir ce que tu veux, Ava…
— Pardon ?
— Eh bien, ce matin, j’étais un esclavagiste et, ce soir, tu me reproches de te faire quitter le bureau.
Il me présente mon manteau pour m’aider à le passer. J’accepte. Lorsque je suis habillée, il m’offre son bras.
— On peut y aller, miss Bailey ?
Je le saisis.
— Je vous suis, monsieur Allen.
C’est ainsi que nous quittons Bailey et qu’il me ramène jusqu’à mon appartement.
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