Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
rendre le tout très palpitant. Passer les…
Une alléchante proposition
rendre le tout très palpitant. Passer les portes de Bailey en ce lundi matin a un goût très particulier ; celui d’inconnu saupoudrez d’une bonne dose d’improbable, tout cela pour
Si on m’avait dit, le premier jour où j’ai franchi ces mêmes portes qu’un jour prochain je déposerais cette lettre sur le bureau de Théo – une invitation à la découverte de soi-même pour mieux s’appréhender en tant que couple – je ne l’aurais jamais cru.
Pourtant, c’est bien ce à quoi j’aspire avec lui, à former un couple, une équipe avec cet homme déroutant qui m’intrigue autant qu’il m’effraie. Le passé et le présent s’affrontent m’offrant deux images diamétralement opposées de ce même individu. Comment découvrir quelle version de Théo est juste ? Est-il ce type imbu de lui-même et méprisant les sentiments des autres ou alors cet homme prévenant qui semble prêt à tout pour me prouver sa volonté de s’impliquer émotionnellement ?
Tout l’intérêt de cette expérience est là : déterminer ce que nous sommes en mesure de réaliser l’un pour l’autre afin de pouvoir nous épanouir ensemble. Ma plus grande angoisse alors que je me rends au huitième étage est qu’il ne saisisse pas le but de ma proposition et, bien sûr, qu’il la refuse.
Je serais tellement déçue si c’était le cas.
Molly et moi, nous nous sommes donné trop de mal à mettre sur pied ce petit scénario pour ne pas aller au bout. Et c’est à moi de me montrer suffisamment convaincante pour qu’il accepte de jouer cette partie.
Après un bref détour par l’étage de Théo où je dépose l’enveloppe, je descends à mon étage et vais saluer Molly dans son bureau.
— Coucou…
Elle abandonne l’écran de son ordinateur et pose ses grands yeux bleus sur moi.
— Ava ! me gronde-t-elle gentiment.
— J’ai le droit d’être une froussarde encore quelques minutes, non ? dis-je sans trop de sérieux. Lorsqu’il aura vu sa lettre, je ne pourrais plus faire marche arrière et je vais devoir jouer ce rôle à la perfection.
— Ce n’est pas totalement un rôle, mais davantage une nouvelle expérimentation de toi-même.
Je lui adresse un sourire confiant.
— Tu as déposé l’enveloppe ?
J’acquiesce.
— Il ne tardera pas à venir te trouver, c’est certain.
— J’imagine.
— N’oublie pas qu’il te désire et que tu le fascines. Il y a aucune chance qu’il refuse.
— Je m’inquiète bien plus de ne pas assurer.
— Tu seras vite prise au jeu et ça te paraîtra rapidement naturel. Ne perds pas de vue le principal : vous devez vous amuser et prendre du plaisir. Autour de vous, il se créera le plus simplement du monde une intimité et une complicité qui seront de très bonnes bases pour votre futur.
— Merci, Molly. Qu’importe l’issue à cette histoire, rien que pour m’être si bien amusé avec toi, ça en valait la peine.
— C’était vraiment sympa, c’est vrai.
— Je vais y aller.
— Je t’envoie le fichier pour De (ux) nos âmes pour que tu y jettes un dernier coup d’œil avant que je l’envoie en impression.
— Merci.
Je l’abandonne et entre dans mon bureau. Là, je me fais couler un café, avant de plancher sur le fichier envoyé par Molly. Une bonne diversion pour ne plus penser à l’homme deux étages plus haut.
Comme l’avait présagé Molly, je n’ai pas à me languir bien longtemps de voir Théo venir me questionner au sujet de l’invitation. Il vient de toquer à ma porte. Restant dans l’encadrement, il tient entre ses mains mon enveloppe. Ignorant du mieux possible l’angoisse qui vient d’exploser en moi, j’adopte une attitude confiante, même si elle est totalement factice.
Sois forte, Ava ! m’ordonne ma Betty. Montre-lui que tu n’es pas une gamine, mais une femme et que tu as pris le contrôle de la situation !
— Bonjour, Théo.
— Bonjour…
Il brandit le bout de papier.
— Rassure-moi, ça vient bien de toi.
— Effectivement.
Il sort la carte et lit :
— « L’envie. Hôtel Ballard. Chambre 204 ».
Le sourcil arqué, il ajoute :
— C’est l’heure de lever le voile sur les mystères d’Ava ? s’amuse-t-il. Tu m’as mis l’eau à la bouche le soir du jour de l’An. D’ailleurs, tu es un véritable courant d’air depuis que je t’ai laissée encore endormie dans mon lit.
— J’avais des choses à mettre en ordre.
— Et donc ça y est, c’est ça ?
— Il semblerait.
Je lui indique la porte.
— Entre et ferme derrière toi, s’il te plaît.
Si je suis secrètement tétanisée, ce n’est pas le cas de Théo qui se pose sur ma chaise tout en déboutonnant sa veste de costume avec une aisance incroyable que je lui envie.
— Tu as toute mon attention, m’affirme-t-il, un rictus en coin.
Bah tiens ! Il a vu les mots hôtel et chambre dans la même phrase, sûre que son imagination s’est déjà chargée de lui dresser un tableau de nous batifolant sous la couette, me fait remarquer ma Betty.
Certes, mais il n’a pas la moindre idée des conditions à ce « batifolage » !
— De toute évidence, l’attirance que nous éprouvons l’un pour l’autre n’est plus un secret pour qui que ce soit…
— Je me demande bien ce qui te permet de dire ça…
Dans d’autres circonstances, je m’amuserais de sa remarque, mais pas ce matin.
Aujourd’hui, je dois prendre une véritable place dans notre histoire et lui faire comprendre mes intentions, mais aussi mes exigences pour que, grâce à ce que je nous réserve, nous puissions vivre notre relation dans un climat de confiance, mais aussi de dévotion. Du coup, je me fais violence pour lui lancer ce regard sévère et directif quand il interrompt le petit speech que j’ai passé la nuit à répéter dans ma tête. Surpris, le sourire charmeur qu’il arborait disparaît.
— Pardon…
Je maintiens, tant bien que mal, un rire dans ma gorge.
— Revenir sur les quiproquos nous ayant conduits à cette situation serait une perte de temps. J’ai préféré consacrer mon énergie à trouver un moyen pour nous de faire intimement connaissance, mais surtout de nous tester aussi bien individuellement qu’en tant que couple.
Il arque un sourcil.
— Puis-je en déduire que nous sommes en couple ? Je peux changer mon statut sur les réseaux ?
Betty, c’est bien la deuxième fois qu’il nous interrompt ?
Ouais, ouais, je confirme. Et en plus, pour dire n’importe quoi ; il n’est pas sur les réseaux, j’ai vérifié !
Gardant mon sérieux, je fais rouler ma chaise pour finir devant à mon ordinateur.
— Bonne chance pour découvrir ce qui se cache derrière cette carte. Bonne journée et…
J’agite ma main en direction de la porte de mon bureau.
— Ferme en partant. J’ai du travail.
— OK ! dit-il les mains en l’air. Je me tais !
Je reprends ma place. Certaine que le message est bien passé, je continue :
— La confiance est au cœur de notre problème. Tu ressens le besoin que je croie pleinement en toi et, de mon côté, faire confiance n’a rien d’aisé. Comme tu l’as justement fait remarquer, je manque avant tout de confiance en moi, et ce, pour des raisons que nous avons déjà évoquées. J’ai donc imaginé un jeu qui nous permettra de repousser nos limites et d’en apprendre plus sur nous-même.
Arrivant au passage le plus délicat de mon discours, je dois retrousser mes manches pour ne pas lui faire la démonstration de mon malaise.
— Il sera…
Je me réajuste sur ma chaise quand je sens ce frisson d’excitation me longer l’échine.
— Il sera question de sexe, bien sûr.
Hé ! m’appelle Betty en me donnant un coup de coude. Tu as vu comment ses yeux se sont mis à briller tout à coup !
Je roule des yeux intérieurement.
Oui, oui, Betty, ça ne m’a pas échappé…
Impossible qu’il refuse !
— Si tu acceptes, tu recevras six autres cartes comme celle-ci et comme tu l’auras sûrement deviné avec ce nouvel indice, le thème que j’ai choisi pour ces différentes épreuves tourne autour des sept péchés capitaux.
Je lève les yeux au ciel.
— Je présume qu’il n’est pas nécessaire que je te les énumère vu que tu les as tous plus ou moins pratiqués.
Théo se redresse sur sa chaise et cache maladroitement un sourire derrière son index.
— Je te demande de te libérer le samedi soir, et ce, pendant les sept prochaines semaines. Lors de nos rendez-vous, nous tenterons de nouvelles expériences qui nous pousseront à explorer nos désirs les plus enfouis. Mais le sexe ne sera toléré uniquement dans le cadre de nos rencontres.
De nouveau, il s’agite sur sa chaise.
Tu crois que lui aussi est excité, Betty ?
Sûr qu’il est ! Pourquoi serions-nous les seules à l’être ?
— Les jeux auxquels nous nous livrerons pourront te sembler extrêmes. Si tu te sens dépassé par l’un des scénarios que j’aurais préparés, tu auras le choix de refuser avant que nous commencions et tout arrêter à tout moment. Chaque étape que tu remporteras nous conduira à la suivante jusqu’à la dernière épreuve. Après ces sept semaines, au cours desquelles nous apprendrons à nous faire confiance à travers ces expériences, nous serons prêts à être ensemble.
Repassant ma jupe, je nous accorde un moment de silence en espérant qu’il puisse remettre de l’ordre dans ses idées.
Ou plutôt de l’ordre dans les miennes… Je suis en nage tellement j’ai chaud…
— Si tu as des questions avant de me donner ta réponse. Il va de soi que tu peux prendre le temps qu’il te faut pour…
Il chasse mes paroles d’un geste de la main.
— J’ai seulement deux questions, m’apprend-il avant de se pencher sur mon bureau.
Il s’approche suffisamment pour que ses lèvres frôlent très légèrement les miennes.
— Ava Bailey, entre le jour où tu es revenue à Seattle et, ce matin, à quel moment es-tu devenue une dominatrice en devenir ?
Tout en moi a envie de sourire, de rire…
Et de l’embrasser, non ?
Chut, vilaine !
… mais je me contiens, désireuse de conserver cette emprise que j’ai sur lui à cet instant.
— Disons qu’après une longue réflexion à ton sujet, j’en suis venue à la conclusion qu’il fallait au moins ça pour clouer le bec au légendaire Théodore Allen.
Son rire résonne contre ma bouche.
— J’adore quand tu le fais…
Son baiser se raffermit, mais je recule.
— Tu avais une seconde question.
— À quelle heure je te retrouve samedi soir ?
— 21 h. Je t’attendrai dans la chambre.
Son souffle s’écrase une nouvelle fois sur ma bouche pour un baiser éclair avant qu’il ne se redresse droit comme un I.
— De toute évidence, je ne serai pas le boss au pieu.
De quoi avais-tu peur au juste ? s’amuse ma Betty. Apparemment, le message est plutôt bien passé et il n’a pas l’air d’y être réfractaire.
— Mais je peux encore prétendre à ce titre entre ses murs…
Il me lance un coup d’œil en coin.
— Du moins, pour le moment.
Je m’apprête à réagir, mais il ne m’en laisse pas le temps.
— Pendant que ma chère dominatrice travaillait activement à mettre sur pied notre vie sexuelle.
Il rehausse un sourcil dans ma direction.
— Et il me tarde de voir si nous avons la même définition du mot extrême.
J’esquisse un sourire très bref.
— Elle a loupé le mail de notre PDG annonçant qu’il attendait tous ces directeurs en salle de réunion dans…
Il regarde sa montre.
— Cinq minutes.
— Oh…
Je me lève à mon tour et ramasse mon bloc-notes ainsi que mon téléphone avant de rejoindre Théo qui m’ouvre la porte.
— Pars devant, je te rejoins.
— Tu ne viens pas ?
— Ne jouez pas les innocentes, ma dominatrice. Vous espériez secrètement que votre petit discours fasse son effet, non ?
— Je ne vois pas du tout de quoi tu parles…
— Ah non ?
D’un geste si vif qui m’arrache un cri de stupeur, Théo m’attire à lui.
Ha, ha, ha, se marre ma Betty.
— Je bande comme un âne, Winy… Avoue que tu es fière de toi.
— Ce n’est pas de ma faute si tu es si… émotif…
— Ou tu t’en tires à bon compte, car pour toi, c’est plus dissimulable.
— Tu comprendras que je garde pour moi cette information.
Nous nous affrontons dans nos regards provocateurs et amusés.
— Maintenant vous m’excuserez, mais vous me mettez en retard et je ne voudrais pas m’attirer les foudres de notre PDG.
Théo me jauge de bas en haut.
— Finalement, ma théorie était la bonne !
— Comment ça ?
— La lubricité, c’est comme l’édition chez les Bailey : une histoire de famille.
J’enfonce mon regard le plus sérieux dans le sien.
— N’emploie pas de mot dont tu ignores le sens, Théodore.
Il sourit.
— J’ai hâte que tu me donnes des leçons de linguistique, Winy, mais avant ça, je te serais reconnaissant de me laisser débander en paix. Tu agis un peu trop sur ma pression sanguine.
Il me pousse gentiment en dehors du bureau.
— Hors de ma vue !
Je sors en le laissant seul et me rends au huitième étage plus fière de moi que jamais.
On a assuré, ma Betty, fanfaronné-je.
OK ! je m’incline ! Mais tu pourras vraiment faire la maligne samedi soir quand tu auras mis en scène l’envie…
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