Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)

À croire qu’on attendait ce nouveau week-end…

Soirée improvisée

 

À croire qu’on attendait ce nouveau week-end avec impatience Cette nouvelle semaine ne s’est malheureusement pas écoulée assez vite à mon goût. Mes journées se sont enchaînées et m’ont semblé interminables. , me taquine ma Betty.

Bien évidemment qu’il nous tardait que cette semaine se finisse, notre rendez-vous de samedi pour me motiver. Mais il n’y a pas que cela. Le fait de voir si peu Théo est d’un pénible.

Son retour à Bailey ne ressemble à rien à ce que nous vivions avant son renvoi et mon père sait s’en assurer. Mon directeur se montre discret depuis ce jour et le voir ou le croiser, surtout maintenant que je travaille au sixième étage, n’a rien de simple. Nous avons échangé quelques textos, notamment lundi lorsqu’il a trouvé sa lettre, mais j’ai dû prendre mon mal en patience le reste de la semaine et me plonger dans le travail pour ne plus y penser.

Voilà un point très positif, en ce moment : mon travail. Je me sens si bien dans mes nouvelles fonctions en gérant mon équipe. Nous travaillons d’arrache-pied sur nos premières publications, ce qui me rend très nerveuse, mais aussi incroyablement impatiente.

Le week-end est enfin là et j’en suis heureuse. Je pensais commander à dîner pour Mack et moi et que nous allions bavarder autour d’un verre, mais elle vient de faire voler mes beaux projets en éclats en m’annonçant qu’elle sortait. Avec cet homme mystère qui occupe toutes ses pensées depuis quelques semaines, je présume.

Au moins, elle a la chance de pouvoir s’envoyer en l’air quand ça lui chante, remarque ma Betty.

Assise sur le canapé, je parcours le menu du traiteur pendant qu’elle passe son manteau.

— Je suppose que je ne t’attends pas avant demain.

— Je rentre dimanche.

Je l’avais plus ou moins deviné au sac de voyage qui traîne près d’elle.

— Finalement, depuis que tu es à Seattle, tu as passé plus de temps chez ton mec qu’ici…

Mack s’arrête une seconde avant de venir s’asseoir près de moi.

— Cette remarque, c’est un message caché ?

— Non, non, dis-je innocemment.

— Ava !

Je repose le menu.

— Je m’inquiète, c’est tout.

— Mais pourquoi ?

— À cause de ce type qui semble t’avoir transformée, sûrement. Tu es…

Je marque un silence.

— Je suis quoi, Ava ? s’impatiente-t-elle. Heureuse ? C’est ce qui te gêne ?

Je fais les yeux ronds.

— Tu es sérieuse là ? Si tu es heureuse, je le suis aussi.

— C’est quoi le problème dans ce cas ?

— Pourquoi es-tu si discrète au sujet de cette nouvelle relation ? Il y a quelque chose chez ce type que tu ne veux pas que je sache ?

— J’ai seulement envie de vivre cette histoire tranquillement, comme dans une bulle pour éviter que quelque chose vienne interférer dans cette histoire.

— Tu l’aimes cet homme ?

L’air niais qui apparaît sur son visage est une réponse suffisante.

— Ava, il est si merveilleux, me confie-t-elle d’une voix rêveuse. Il est gentil, mais il a un petit côté macho qui me fait rire. Il ne se prend pas au sérieux, c’est un peu un jeu. Quand je suis avec lui, il ne voit que moi. Je suis le centre de son univers et au lit, c’est juste dingue.

— Tout ce que tu me racontes est rassurant et je suis ravie de voir que tu es épanouie, mais tu sais que je flippe toujours pour toi.

Moins souriante, elle s’intéresse à son manteau.

— À tes yeux, je suis incapable de me trouver un mec bien.

— N’importe quoi !

— Tu penses que ce n’est pas un type bien. Dans ta tête, il doit forcément être marié ou repris de justice…

— Dans ma tête, ma meilleure amie me cache un détail de sa vie et je veux seulement lui rappeler qu’elle peut tout me dire, que jamais je ne la jugerai.

J’obtiens un sourire timide en coin.

— Si tu me dis que tout va bien, alors je te crois. Si ton besoin de discrétion est simplement un moyen de vivre cette relation, je le respecte.

Je me penche suffisamment pour l’embrasser.

— On ne se refera pas, ma poupée. Je t’aime, tu m’aimes et on se protégera toujours.

Souriant plus franchement, elle se tourne vers moi.

— Tu m’en veux de ne pas être très présente ?

— Mais non ! Je veux que tu te plaises dans cette nouvelle vie et si ça passe par cet homme, alors fonce. C’est ton côté cachottier qui a mis mes signaux dans le rouge. Si tu me dis que tout va bien, c’est le principal.

Remise debout, elle m’embrasse.

— Tu vas faire quoi ce soir ?

— Je vais regarder un peu la télé, je pense.

— Tu ne vois pas Théo, ce week-end ?

— Demain soir.

Ouais… rêve ma Betty. Demain…

— Je te promets qu’on se fera une soirée en tête-à-tête la semaine prochaine.

— J’espère bien.

Je fronce le nez.

— Sinon je loue ta chambre à une nouvelle coloc, la taquiné-je.

— Sois un peu lucide, je te manquerai trop.

Je glousse.

— File et amuse-toi !

Elle récupère son sac de voyage et quitte notre appartement en me saluant une dernière fois.

Je hausse les épaules et retourne à la lecture du dépliant venant du traiteur. Même si l’idée de dîner m’emballe moins maintenant que je suis seule.

— Mouais, dis-je résigné. Ça va se finir avec un yaourt et au lit cette affaire...

Je boude mon menu et me laisse retomber sur l’assise du canapé lorsque la sonnette résonne dans l’appartement.

— Mack, pesté-je contre cette tête en l’air qui a encore oublié ses clefs.

Je me lève en ronchonnant et je vais lui ouvrir sans même regarder devant moi.

— Laisse-moi deviner, tu as oublié ton porte-jarretelle ? me moqué-je en revenant sur mes pas.

— J’ai déjà essayé, mais aussi étonnant que ça puisse paraître, je ne le porte pas si bien que ça.

Les lèvres pincées, je fais un quart de tour sur moi-même et découvre avec bonheur que Théo vient d’entrer, un sac en papier entre les mains.

— Je ne crois que ce que je vois, monsieur Allen, répliqué-je les bras croisés sur ma poitrine.

— Quand on se connaîtra un peu mieux, répond-il avec un clin d’œil.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— Je voulais te faire une surprise, mais, apparemment, tu attendais quelqu’un en porte-jarretelle. Si Heather et toi remettez ça sans m’inviter, je vais me vexer…

Ne rougis pas, Ava ! Ne rougis pas !

— En fait, Mack vient de partir et…

Bégayer n’est pas mieux que rougir, se moque Betty.

— J’ai cru que c’était elle qui avait oublié quelque chose.

Je roule des yeux.

— C’est très habituel avec elle.

— Comme tu le vois, ce n’est que moi !

Théo, toujours aussi à l’aise chez moi, traverse mon salon en direction de la cuisine. Je le suis en examinant son comportement d’un œil inquisiteur. Non content d’aller et venir comme bon lui semble, il se met à ouvrir les portes de mes placards.

— Besoin d’aide ?

— Effectivement, tu peux poser ton joli postérieur sur ce tabouret et attendre que je te serve.

Il récupère deux verres dans un placard tandis que j’obéis.

— Et qu’est-ce qui t’amène ?

— J’étais tout seul chez moi, je m’ennuyais quand j’ai vu ça…

Il fouille dans son sac à provisions et en sort la bouteille de vin que j’avais achetée pour notre soirée compromise par la présence de Wendy.

— Du coup, j’ai eu envie de sauter dans ma voiture pour venir te voir.

Je me mords l’intérieur de la joue pour tenir captif ce sourire conquis.

— En chemin, je me suis arrêté à l’épicerie pour acheter notre dîner.

Il sort deux immenses pots de crème glacée.

— Ça, c’est un dîner ? rigolé-je.

— Je ne peux pas être beau comme un dieu, avoir un corps d’Apollon, être un amant hors pair et savoir cuisiner, Ava. C’est trop pour un seul homme.

— Comme quoi la perfection n’est pas de ce monde.

— Il faut bien qu’il ait un peu de suspense.

Théo s’occupe de ranger la glace dans mon congélateur et de nous servir du vin.

— Tu as vu la bouteille et tu t’es mis en tête de venir.

Le menton enfoncé dans la paume de ma main, je le contemple bouger dans ma cuisine.

— Mais pas un seul instant, tu as envisagé que je puisse ne pas être là ou que j’ai d’autres plans ?

— D’autres plans que d’avoir le derrière vissé à ton canapé ?

Il fait la moue.

— Pas un seul instant.

— Ça t’amuse, espèce de gros malin, gloussé-je de le voir ricaner.

— Je t’ai vu partir du bureau avec un tas de manuscrits sous le bras.

Il pousse mon verre vers moi.

— Je ne t’ai même pas croisé au bureau, aujourd’hui.

— Ce n’est pas parce que je me tiens à distance que je ne veille pas sur toi.

Théo me présente son verre.

— Je t’imaginais déjà passer ta soirée, le nez plongé dans toutes ces romances à l’eau de rose.

Il entrechoque son verre contre le mien.

— J’ai pensé qu’il valait mieux que je vienne te prouver que la réalité est bien meilleure que n’importe quelle fiction.

Cette fois impossible de réprimer mon air de midinette.

Je compatis, Ava, me dit Betty. Il fait fort le petit Théo !

— Passe la soirée avec moi, Winy, s’il te plaît, me supplie-t-il sans cacher son envie de me voir accepter.

Je me régale des jolis traits de son visage angélique sans trop lui dévoiler que son initiative me réjouit.

— J’accepte, mais tu gardes ta langue dans ta bouche, tes mains dans tes poches et ta…

Mes joues sont en feu quand je me hasarde sur ce chemin-là. Théo arque un sourcil, curieux d’entendre la suite.

— Pour une nana ayant étudié la linguistique, je te trouve un peu à court de mots. Quelques cours d’anatomie ne t’auraient pas fait de mal.

— Bon, tu as compris ce que je voulais dire, me vexé-je en faisant disparaître mon air bête dans mon verre de vin.

— J’ai très bien saisi le message.

Il ramasse son verre avant de s’accrocher à mon regard.

— Mais c’est toi qui as un problème avec tes hormones, Winy, pas moi.

Sur ces mots, il file au salon et s’installe confortablement dans mon canapé. Je le rejoins.

— Si Mack a besoin d’un porte-jarretelle, je peux en déduire qu’elle sort avec quelqu’un.

Je joue des épaules.

— Apparemment, mais elle est très secrète sur le sujet.

— Tu sais pourquoi ?

— Elle prétend vouloir vivre cette relation paisiblement et que personne ne sache.

— Tu n’es pas convaincue, je me trompe ?

— J’ai une vraie angoisse, parce qu’en matière d’hommes, Mack a une fâcheuse tendance à s’attirer des ennuis. Entre les profiteurs, les infidèles et les repris de justice, elle en a vu de toutes les couleurs.

— C’est un sacré palmarès, c’est clair !

Théo caresse doucement ma joue, me couvant d’un œil attendri.

— Tu l’adores, constate-t-il avant de grimacer. De mon point de vue, je ne vois pas vraiment pourquoi, mais…

— On a pour habitude de veiller l’une sur l’autre.

— Et je suis un danger potentiel ; une idée très répandue dans ton entourage.

J’ai un sourire navré à son intention.

— On pourrait se focaliser sur ce que nous vivons tous les deux et oublier le reste, non ?

— Tu sais…

Il tapote sur mes jambes pour m’inviter à les étendre sur ses genoux. Je le fais.

— Un jour, il faudra qu’on en parle.

— Un jour, oui…

— Donc, tu as peur que Mack se soit entichée d’un mauvais garçon, c’est ça ?

— Sa tasse de thé ! Ça et les hommes mariés.

— Sympa.

Il prend une gorgée de vin avant de bougonner :

— Et c’est moi qui ne suis pas convenable.

— Elle se laisse facilement embobinée par leurs belles paroles, dis-je pour la défendre. Elle est un peu une énigme pour moi. D’un côté, c’est quelqu’un de fort et de peu impressionnable, mais dès qu’elle tombe sous le charme d’un homme, il peut lui faire gober n’importe quoi.

— Dans ces conditions, je comprends que tu te fasses du mauvais sang pour elle.

— J’ai peur de la récupérer le cœur en mille morceaux un de ces jours.

— Ça sera peut-être différent cette fois. Ce type est probablement quelqu’un de bien.

— Pourvu que tu aies raison.

— Ton rôle est de respecter ce qu’elle désire et si cette histoire capote, tu répondras présente.

— Sans aucun doute.

Posant mon verre sur le guéridon placé près de l’accoudoir, je m’approche de Théo pour me lover contre lui.

— Merci d’être venu. Je suis heureuse que tu sois là.

— Moi aussi.

Il dépose un baiser dans mes cheveux.

— C’est dur de ne pas te voir comme je le voudrais au travail.

— Il finira par s’adoucir, j’en suis persuadée.

— Je l’espère…

— Si on se commandait quelque chose à manger avant de se gaver de crème glacée ?

— Tout ce que tu veux, ma Winy, répond-il en m’étreignant plus fort. Je ne suis là que pour vous servir, ma dominatrice.

— Est-ce que tu as peur ? lui demandé-je en l’embrassant dans le cou.

— Veuillez, s’il vous plaît, calmer vos ardeurs, miss Bailey !

Son nez se promène toujours dans mes boucles.

— Je suis seulement impatient de voir comment tu vas t’occuper de mon orgueil…

— Tu le sauras bien assez vite, m’amusé-je en l’abandonnant pour m’emparer du menu du traiteur. En attendant, je meurs de faim…

 

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