Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)

Explications

 

 

Je m’étais pourtant juré que ça ne sortirait jamais, J’avale les comprimés dans ma main avec une bonne gorgée de ma bouteille d’eau avant de m’adosser à ma chaise tout en me frottant les paupières. gémis-je en moi-même. Je voulais garder ça en moi, me battre seule contre les ravages que ces deux mots ont faits dans ma vie.

À quoi bon ? me dit Betty. C’est lui le responsable de ce foutoir. Vois comment il pense faire le ménage.

Théo… faire le ménage…

Toc, toc, toc.

Un regard inquiet lancé en direction de la porte m’apprend qu’il ne s’agit pas de Théo, comme je le redoutais, mais de Molly.

Mouais… Ce n’est pas forcément mieux, m’objecte Betty.

— Bonjour, Ava, dit-elle d’une voix blanche.

— Bonjour, Molly.

— Est-ce que tout va bien ? Tu as une petite mine.

— J’ai passé une mauvaise nuit, mais ce n’est rien.

— Je suis désolée, dit-elle d’un air coupable.

— Ça n’a rien à voir avec toi, mon père et le bébé.

Elle semble soulagée.

— Si tu ressens le besoin d’en parler, je suis là, tu sais…

— Je sais, mais j’ai besoin d’un peu de temps, je crois.

— C’est normal.

Elle m’indique son bureau.

— Je vais aller me remettre au travail. Il y a quelque chose à savoir.

— On a bouclé Only the truth et j’attends l’épreuve de De (ux) nos âmes. J’ai trouvé trois nouveaux manuscrits. J’ai bouclé le calendrier, je t’en ai fait une copie en mail et je t’ai déposé les nouveaux manuscrits sur ton bureau si tu veux les lire.

— Avec plaisir.

— Avec Théo…

Ne pleure pas, Ava ! Ne pleure pas ! m’ordonné-je.

— On a pensé lancer un cours d’écriture pour dénicher le roman de l’été. On doit se voir demain avec les programmeurs pour voir ce qu’on peut faire. Tu peux être présente ?

— Bien sûr ! C’est une très bonne idée.

J’accueille son compliment dans un sourire poli.

— Je peux faire quelque chose pour toi.

— Veiller à ce qu’on ne me dérange pas, s’il te plaît. Je ne suis là que pour mon père.

— Pas même pour Théo ?

— Surtout pas pour Théo !

Ma réponse l’étonne.

— Ce week-end ne s’est pas déroulé comme tu l’espérais ?

— Tout a été parfait, mais ce n’est rien, ça va passer. J’ai juste envie d’un peu de temps pour moi.

— D’accord…

Molly disparaît. Seule, je croise les bras sur mon bureau et y plonge ma tête.

Du temps pour quoi ? me demande Betty. Sérieusement, Ava, on fait quoi maintenant ? Parce que dans quelques jours, on est quand même censé coucher avec lui ! On abandonne la partie ou on continue ?

Je n’ai pas le temps de me poser plus longtemps, mon téléphone s’agite sur mon bureau. Je le consulte.

— Papa —

J’ai besoin de te voir. Peux-tu venir dans mon bureau ?

 

Ce n’est pas vrai…

— Ava —

Maintenant ? Parce que j’ai du travail.

 

La réponse de mon père ne se fait pas attendre et elle ne m’enchante pas.

— Papa —

Tout de suite, jeune fille !

Magnifique ! Pile-poil ce qu’il me fallait !

Lasse, je quitte ma cachette pour me rendre deux étages plus haut. Chaque pas que je fais est accompagné d’une prière pour ne pas croiser Théo. Mon cœur manque un battement à chaque visage que je rencontre. Je n’ai aucune idée de ce qu’il va faire et encore moins de ce que moi, je me sens capable de faire maintenant qu’il sait.

Pourquoi ai-je si honte de savoir qu’il est au courant ? C’est à lui d’avoir honte et c’est moi qui me sens minable.

La porte de mon père entre enfin dans mon champ de vision et, par chance, je n’ai pas fait de « mauvaise rencontre ». Je salue Rebecca avant de pousser la porte de son bureau. Mon père se trouve assis sur son canapé lorsque j’entre. Il se lève dès qu’il me voit.

— Mon ange…

Je traverse la pièce et le voir devant moi me donne une envie folle, incontrôlable de me blottir contre lui. Et c’est ce que je fais ! J’ai besoin de tendresse, d’être réconfortée et cajolée et personne ne sait faire ça mieux que mon père.

— Papa, murmuré-je contre lui en fondant en larmes dans ses bras.

— Mon trésor, je suis tellement navré.

Je secoue la tête contre lui.

— J’aurais dû me montrer moins brutal dans ma manière de t’annoncer les choses, t’amener plus délicatement cette nouvelle.

— Le moment n’était pas vraiment idéal.

Je m’écarte de lui pour essuyer mes joues.

— Ça fait beaucoup à encaisser d’un coup.

— Molly s’en est voulu de t’avoir parlé de sa grossesse, me dit-il en câlinant ma joue. Mais la pauvre s’est sentie dépassée par tout ce qui nous arrive.

— On a tous eu des maladresses, ces derniers temps.

Mon père m’invite à m’asseoir avant de me servir un café que je ne peux pas refuser vu l’état de fatigue dans lequel je me trouve.

— Je te dois moi aussi des excuses. Tu as raison, je n’avais pas à me mêler de ton histoire avec Théo.

— Papa, tenté-je t’intervenir mal à l’aise de l’entendre se justifier.

— Je lui ai fait la leçon pendant des heures et j’agissais de la même manière, mais je veux aussi que tu saches que je ne me suis jamais risqué à fréquenter l’une de mes employées. Il n’y a eu que Molly.

Je baisse les yeux vers ma tasse.

— Elle t’a paru être particulière sans doute…

Quand je le regarde, il sourit et son attachement pour elle ne fait aucun doute.

— Il y a longtemps que vous vous fréquentez ?

— Ça a fait deux ans à Noël.

Je lui lance un regard faussement contrarié.

— Et moi qui me culpabilisais de t’avoir abandonné pour les fêtes.

— Pardon, dit-il en riant de bon cœur. Pendant un temps, je pensais t’en parler pour que nous passions les fêtes ensemble, mais j’avoue avoir manqué de courage.

— Pourquoi papa ? J’ai soutenu maman dans sa nouvelle vie, j’aime beaucoup Tim. J’ai souffert de votre séparation, mais je ne voulais pas vous voir malheureux.

— J’ai beaucoup de chance de t’avoir, ma jolie Ava. Excuse-moi d’avoir oublié combien tu es généreuse.

— Comment te sens-tu par rapport à ce nouveau bébé ? Quand elle m’en a parlé, Molly ne semblait pas certaine de…

— C’est de ma faute, dit-il la main levée. J’ai très mal réagi quand elle m’a annoncé être enceinte. J’approche de la cinquantaine, je n’envisageais pas que ça m’arrive un jour.

— En fréquentant une jeune femme de son âge, c’était une éventualité.

— Sauf que je ne pensais pas retomber amoureux…

— Ce sont des choses qui arrivent même au quinquagénaire, le taquiné-je.

— Oh, tais-toi…

Je glousse avant de me suspendre à son cou.

— Je t’aime, papa.

Il m’étreint à son tour.

— Moi aussi, je t’aime très fort.

— Comment envisagez-vous les choses maintenant ?

— Je pense que Molly va s’installer à la maison de manière définitive. Je lui laisse le temps de se sentir mieux avant de chambouler nos habitudes. Sa grossesse la rend malade et elle s’inquiète pour votre relation.

— J’ai été dure avec elle…

— Nous comprenons très bien ta réaction, chérie. Molly se sentait mal de se rapprocher de toi en sachant ce qu’on te cachait, mais c’est moi qui lui demandais d’attendre. Elle, elle aimait apprendre à te connaître. J’espère que votre amitié trouvera un nouvel équilibre.

— Bien sûr ! On est une famille, papa.

— Rien ne pouvait me faire plus plaisir, mon ange. Merci d’être aussi adorable.

— Si tu es heureux, alors je le suis aussi.

Mon père et moi partageons encore un moment en tête-à-tête et notre discussion est moins sérieuse après ces quelques explications.

Après un énième câlin, je retourne au sixième étage en prenant cinq minutes pour m’enquérir de l’état de Molly. Elle est pâlotte et toujours sur le qui-vive au cas où elle doive se précipiter aux toilettes pour vomir, mais ma présence semble la soulager. Nous échangeons des broutilles à propos du boulot, car il m’est encore difficile de me détendre complètement et la journée ne s’y prête pas vraiment, mais j’aime énormément cette femme. Comment mon père ne pourrait-il pas être heureux à ses côtés ?

***

Ma journée s’avère moins pénible après mon entrevue avec mon père, comme si notre conversation m’avait délesté d’un poids.

J’ai perçu son amour pour Molly à la façon dont il parle d’elle. Comment ne pas me réjouir pour lui ? Mon père a passé sa vie à travailler pour l’entreprise familiale et je sais qu’il s’est énormément sacrifié pour faire honneur à notre maison. Il mérite de trouver le bonheur. Si celui-ci est entre les bras de Molly, dans ce foyer qu’il va bâtir avec elle, alors comment m’y opposer ?

En fin d’après-midi, j’ai fini la lecture d’un manuscrit commencé quelques jours avant, mais mon mal de tête ne m’a pas rendue très productive. Mon téléphone m’annonçant 18 h, je décide qu’il est temps pour moi de rentrer. Je coupe mon écran et réunis mes affaires personnelles quand :

— Je n’ai pas eu ma lettre, aujourd’hui…

Mes mains se figent sur mon sac quand j’y range mon téléphone portable. Je relève la tête au son de sa voix et au ton suppliant avec lequel il a prononcé ces quelques mots.

Ava, sois forte ! Ne lui montre pas tes faiblesses !

Je me lève et enfile mon manteau.

— J’en ai fait un avion de papier et je l’ai jetée par la fenêtre. Saute pour voir si tu la rattrapes !

La tête enfoncée dans ses épaules, les traits tirés, il avance jusqu’au fauteuil placé face à mon poste de travail et s’y laisse tomber. Le visage mussé dans ses mains, il lâche un soupir torturé. Lorsqu’il relève ses yeux vers moi, ils sont brillants.

— N’arrête pas tout, je t’en prie, Ava.

— Théo, murmuré-je en refermant mes doigts autour de la lanière de mon sac. Je n’ai aucune idée de ce que je veux pour le moment.

Accoudé à mon bureau, il se frotte nerveusement la nuque. Je le trouve inhabituellement agité.

— J’étais un connard, c’est toi qui as raison. Je vivais ce truc avec ma mère et j’avais une telle colère en moi.

Mon cœur se serre en le sentant si ému. Je dépose mes affaires et m’assieds face à lui. Me voir lui accorder mon attention ne semble pas l’apaiser.

— Je n’ai jamais eu qu’elle. Mon père s’est tiré à la seconde où il a appris qu’elle était enceinte. J’ai fait avec toute ma vie parce que je l’avais elle ! Et là, tout était menacé. J’en voulais à la terre entière. Ne crois pas que ce mépris t’était uniquement destiné. Je détestais les gens de ne pas comprendre combien je flippais de la perdre. Je les haïssais de vivre leurs petites existences tranquilles alors que la mienne partait à vau-l’eau. J’ai honte de l’avouer, mais tu n’es pas la seule que j’ai blessée à l’époque. Même mes propres amis, je les ai mis de côté. Je ne supportais plus de les voir, eux et leurs vies parfaites.

— Tu t’es disputé avec Jacob. Abby me l’a dit.

— J’ai eu de la chance qu’ils me pardonnent la manière dont je les ai traités à l’époque. Je les ai ignorés pendant des mois et quand je suis revenu vers eux, ils ont fait comme si rien ne s’était passé.

— Tu as de très bons amis, c’est indéniable.

— Je ne suis plus ce mec-là, Ava, dit-il avec une assurance encore bien fragile. Je ne suis même plus celui que tu as croisé à la sortie de l’ascenseur lors de ton premier jour. Ni celui avec qui tu as déjeuné, il y a un mois.

— Alors qui es-tu ?

— Ce que tu fais de moi, Winy ! Je ne suis rien de plus que l’homme que tu façonnes doucement en étant seulement…

Il me désigne dans mon ensemble.

— Tout en toi me bonifie, me pousse à la grandeur.

Repoussant ses cheveux en arrière, il ajoute :

— Je ne peux pas concevoir d’avoir gâché ce truc entre nous.

Son regard sonde le mien.

— Je suis…

Prévoyant ce qu’il va dire, je dresse une main entre nous pour le faire taire.

— S’il te plaît, Théo. La dernière chose que j’ai besoin d’entendre, ce sont tes excuses.

— Pourtant, c’est la moindre des choses…

Je secoue la tête avant de triturer mes doigts sur mes genoux.

— Les brimades, les injures, les surnoms humiliants, j’en ai entendu plus que tu ne peux te l’imaginer pendant mon adolescence. Habituellement, j’arrivais à faire abstraction.

Le regard bas, je n’ose plus l’affronter.

— Mais je n’y suis pas parvenue avec toi. Tu as cassé quelque chose en moi. Je m’en veux parce que je ne suis pas d’une nature crédule et jamais je n’aurais dû me laisser avoir. Tes excuses ne serviront à rien, si ce n’est à m’humilier davantage.

Ma phrase à peine achevée, Théo est sur ses deux pieds. Il contourne mon bureau pour tomber à genoux devant moi, ses bras s’enroulant sur ma taille.

— Je n’étais pas prêt, Ava. Je ne pouvais pas te voir comme tu l’aurais apprécié à l’époque. Je ne projetais pas au-delà de ma peine ou de mes peurs et je suis passé à côté de toi. Il ne se serait jamais rien passé entre nous parce que tu étais bien trop jeune, mais si j’avais regardé dans ta direction, si j’avais pris le temps de te considérer, j’en serais venu aux mêmes conclusions qu’aujourd’hui : tu es fabuleusement belle, Ava Bailey. Belle dans ta force de caractère, dans ton immense intelligence, dans ta douceur et ta bonté. Tu étais tout ce dont j’avais besoin et je crois que c’est pour cette raison que je t’ai rejetée avec plus de mépris que n’importe qui.

— Je n’attendais pas que tu m’aimes, tu sais…

Il me fait un sourire timide.

— Mais que je te respecte, j’ai compris ce que tu as tenté de m’expliquer. Sache, ma chérie, que tu comptes parmi les personnes qui m’inspirent le plus de respect dans ma vie. Et Dieu sait que la liste n’est pas longue. C’est d’autant plus vrai maintenant que je comprends ce par quoi tu es passée à cause de moi. Tu n’étais pas obligée de me donner cette nouvelle chance, mais tu as pris le risque. Tu cherches des réponses, Winy, et c’est moi qui les détiens. Si on arrête maintenant, tu ne les obtiendras pas. Je peux encaisser que tu te méfies de moi. Tu en as amplement le droit.

— J’aime la manière dont on progresse depuis mon retour à Seattle et le jeu nous permet d’apprendre à mieux nous connaître en tant que couple, mais aussi de manière individuelle.

— Alors, ne renonce pas ! Laisse-nous une chance d’aller au bout de ces sept épreuves. Tu auras l’occasion de réaliser combien je t’aime, je te le promets.

Sa main cajole ma joue.

— Tu m’as fait mal, Théo, mâchouillé-je alors que, pour la première fois, deux larmes roulent sur ma peau.

— L’homme que tu as devant toi aujourd’hui ne pourra jamais accepter que ça se reproduise. J’imagine que c’est une maigre compensation vu ce que je t’ai fait subir, mais sache que tu es le plus gros bottage de cul que le destin pouvait me donner.

Je laisse filtrer un gloussement nerveux.

— Le plus beau aussi.

— Il ne fallait pas nous chercher !

— Nous ?

— Betty et moi, ricané-je.

Les yeux plissés, il me toise d’un œil amusé.

— J’aurais peut-être dû regarder la fin de cette série avant de choisir ce surnom…

— Ça aurait été une bonne chose ! Tu aurais pu anticiper ce qui te pendait au nez !

— J’aime les surprises. Surtout quand elles sont aussi belles que toi, mon amour.

— Et j’aime les challenges. Surtout quand ils sont aussi sexy que toi.

Théo s’esclaffe avant de me voler un baiser.

— On peut être qu’une équipe d’enfer, tous les deux.

Il m’embrasse une nouvelle fois.

— Je dois vraiment sauter par la fenêtre pour avoir ma lettre ?

— Oh… pardon…

Je fouille dans mon sac et lui présente l’enveloppe.

Hi hi ! Ce péché, je l’adore ! ricane ma diablesse. Et tu peux te farcir les quatre saisons d’Ugly Betty, mon chéri, tu ne le verras pas arriver celui-là !

Je ris en moi-même en le regardant sortir la carte de son enveloppe et en faire la lecture lui arrache une grimace.

— Mouais, c’est celui que je redoutais le plus.

Je bats de cils dans sa direction.

— Ne crois-tu pas que le timing est plutôt parfait ?

Il range sa carte en bougonnant.

— Il est si loin le temps d’Heather…

Il me fait un sourire affable.

— Tu as des projets pour ce soir ?

— Pas pour le moment.

— J’ai une idée qui pourrait t’aider à évacuer tout le stress de la journée.

— Si ton idée ne commence par verre et ne se finit pas par vin, c’est sans moi !

Je me lève quand il m’offre sa main.

— Ça, c’est la récompense ! Ce soir, c’est RPM à la salle de sport. On va y aller et ça va te faire du bien.

Je roule des yeux.

— Rien que le nom me fait peur…

— Je suis certain que tu vas adorer.

— Et ça consiste à quoi ?

— À pédaler en groupe et en rythme avec la musique.

— Tu rigoles ?

— Non, mais je t’assure que ça va te défouler !

— Me défouler, dis-je dubitative. Juste avant de mettre en scène la colère. C’est plutôt pratique, non ?

— Je n’avais pas fait le rapprochement, mais maintenant que tu le dis…

Je ramasse mon sac et le pousse quand je passe devant lui pour sortir de mon bureau.

— Espèce d’hypocrite.

— Tu es d’accord ? me dit-il en m’emboîtant le pas.

— Ça dépend, tu m’invites à dîner ?

— À vos ordres, ma dominatrice !

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