Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
fiançailles de Alex Bailey & Molly Benson.…
Fiançailles
fiançailles de Alex Bailey & Molly Benson. Tout a été étudié, planifié, Le voilà enfin cet instant fatidique, l’heure de vérité, celui que j’orchestre depuis de longues semaines : la soirée de examiné et passé en revue des centaines de fois avant que nous donnions le top départ de cet évènement.
Tous les invités ont répondu présents – sauf un. La décoration,
essentiellement composée de fleurs aux couleurs du printemps, de feuillages et de bois pour un rendu très nature. La mise en place est absolument parfaite. Le chapiteau, relié à la véranda pour faciliter les allées et venues, est installé, éclairé, décoré et chauffé. Le salon et la salle à manger ont subi quelques aménagements pour accueillir le buffet pour la première partie de soirée. Les employés du traiteur sont impeccablement habillés et prêts à slalomer entre les convives pour leur distribuer hors-d’œuvre et coupes de champagne à volonté.
Et nous aussi on est au top ! se pavane ma Betty tandis que je passe
ma tenue en revue une dernière fois.
Pour ce soir, j’ai acheté une robe sirène en dentelle, asymétrique au
niveau des manches, dotée, à la ceinture, d’une cape amovible. Recouverte de sequins, elle a une doublure champagne, elle est totalement transparente à l’arrière. Je l’ai choisie vert olive comme la nuisette que Théo m’avait achetée lors du cinquième péché. Ma coiffure est quant à elle bien plus simple – rapport à ce trou dans mes cheveux. Je me suis contentée de bien travailler mes boucles et j’ai ajouté un serre-tête fleuri pour rappeler le côté champêtre de la décoration.
Satisfaite du résultat, je quitte ma chambre et remonte le couloir
donnant sur l’escalier en colimaçon quand mon père apparaît à son tour. Il vient de quitter sa chambre à coucher.
— Seigneur, Ava, murmure-t-il quand il pose ses yeux sur moi. Je m’amuse de sa réaction et tourne sur moi-même. — Elle te plaît ?
— Mon Dieu ! Tu es splendide.
— Merci, mon papa.
Je le rejoins.
— Surtout que je l’ai achetée avec ta carte de crédit, rigolé-je. — C’est assurément de l’argent bien dépensé, rit-il avec moi. Je prends ce nœud papillon noir qui agrémente son smoking gris et
l’ajuste.
— Tu n’es pas mal du tout, toi aussi.
— Je me débrouille pour un fossile.
— Si tous les fossiles étaient aussi charmants… Je remets sa mèche grisonnante en place.
— Molly vient de passer dix minutes à m’examiner sous toutes les
coutures, tu ne vas pas t’y mettre toi aussi.
Je glousse et l’embrasse.
— De toute manière, tu es parfait.
Il m’offre son bras. Je l’accepte et le laisse nous conduire dans
l’escalier.
— Comment va Molly ?
— Comme tu vois, j’ai préféré me sauver.
Quoi de plus normal que d’être stressée quand une soixantaine de
personnes doivent débarquer pour un dîner de fiançailles. D’autant plus que cette relation a longtemps été gardée secrète et Molly connaît peu les amis de mon père. Dans le cadre de la famille, il n’y a qu’un vague cousin éloigné, mais avec qui mon père a gardé des liens. Mon père étant fils unique, il n’a plus personne. De son côté, Molly a une relation très compliquée avec sa famille.
— Dès que les premiers invités seront là et elle se sentira plus
détendue.
Au bas des marches, je délaisse le bras de mon père. — Je vais faire un tour en cuisine voire si tout est sous contrôle. Tu
peux aller en faire de même sous le chapiteau.
— À tes ordres, mon ange.
Je prends la direction de la cuisine où je fais un point avec la
responsable.
Une demi-heure plus tard, nous sommes fins prêts et les premières
voitures s’engagent dans l’allée.
Ce soir, nous attendons certains grands noms de l’édition, des amis
intimes de mon père – des hommes d’affaires pour la plupart – le patron de Mackenzie sera là d’ailleurs, des connaissances de Molly également.
Nos invités, très ponctuels, arrivent les uns derrière les autres et ces
premières minutes ne sont qu’une suite interminable de politesses, de compliments et de félicitations.
Molly, plus détendue et plus ravissante que jamais dans cette robe de
couleur crème longue et fluide dont le haut est recouvert de paillettes, joue son rôle d’hôtesse à merveille. Parfaitement à l’aise, jamais on ne croirait qu’elle était si angoissée quelques instants plus tôt.
Le salon se remplit vite et les premiers serveurs commencent le
service, les mains sont vite encombrées de coupes de champagne et les bouches pleines des délicieux hors-d’œuvre. Une musique agréable, un air doux et discret nous chatouille les oreilles de ses notes envoûtantes.
— Bonsoir, Ava.
Je fais une pirouette sur ma jambe totalement valide – l’autre étant
encore fragilisée par la fracture – et découvre Sawyer. Ayant géré la liste des invités sa présence n’est pas une surprise pour moi. Phil est là lui aussi, je le vois discuter avec mon père à deux pas de nous.
— Bonsoir, Sawyer, le salué-je en lui faisant la bise. Vous avez fait
bon voyage ?
— Très bon. Comment vas-tu ?
— Beaucoup mieux que la dernière fois où l’on s’est vus à Los
Angeles.
— C’est affreux ce qui t’est arrivé et je suis content de voir que tu as si
bien récupéré.
— J’ai eu beaucoup de chance et, aujourd’hui, je suis dans un bon
jour. Il y en a des plus difficiles.
— Ce que tu as subi n’est pas bénin, dit-il compatissant. Ses yeux me parcourent.
— Tu es très belle, Ava. Cette robe est magnifique sur toi. Certaine d’être rouge comme une pivoine, je le remercie sans vraiment
oser soutenir son regard.
— C’était vraiment très aimable d’être venu t’occuper de Bailey pour
que mon père puisse rester auprès de moi.
— Ce n’était pas grand-chose, dit-il dans un sourire. — Ma chère, Ava !
Mon regard dérive vers l’homme assuré et chaleureux qui vient de
m’interpeller.
— Phil !
Avec légèreté, il m’étreint.
— Comme je suis heureux de te voir si rayonnante. Tu nous as fait une
sacrée frayeur. Je ne savais plus quoi faire pour calmer ton père.
— J’ai eu moi-même la peur de ma vie : celle de ne jamais me
dépêtrer de tout ce brouillard qui m’embrumait l’esprit. C’est une sensation vraiment particulière.
— Je ne peux qu’imaginer combien ça a dû être déroutant. — Mais ça semble être derrière toi, ajoute Sawyer. La femme de Phil, Amélia, se joint à nous. Son époux me présente et
Amélia se montre très gentille avec moi.
Après quelques bavardages fort plaisants, je les invite à prendre une
coupe de champagne et m’excuse quand Mack et Jacob passent le pas de la porte. Mon regard s’attarde derrière eux croyant que Théo leur emboîterait le pas, mais il n’apparaît pas.
Déçue et désabusée, je me présente à ma meilleure amie qui lâche un
juron en me découvrant. Évidemment, je me cache bien de lui montrer mes véritables sentiments.
— Attention, ma poupée ! C’est une soirée un peu guindée, la
réprimandé-je sans sérieux.
— Non, mais tu t’es vue ?! On te croirait tout droit sortie de ton palais
doré.
J’enlace ma meilleure amie.
— Merci, Mack. J’avais hâte de te voir.
— Et moi donc ! Tu me manques à l’appart.
Je zieute en direction de son cavalier.
— Quelque chose me dit que tu ne t’ennuies pas. Jacob soupire avant de lever les yeux au ciel.
— Si je l’écoute, je ne m’occupe jamais d’elle. — Forcément, tu travailles sans arrêt.
— Avoir un resto, c’est loin d’être un long fleuve tranquille, ma
chérie.
Je les regarde se chamailler sans aucune gravité et je me régale de voir
cette belle étincelle qui véhicule si librement entre eux.
C’est trop mignon, murmure Betty avant de fondre en larmes. Tu as fini oui ?
Mais je n’y peux rien moi, c’est mon cœur en guimauve. Dès qu’il y a
de l’amour dans l’air, je me transforme en chutes du Niagara.
Un sourire béat, je contemple mes amis avant de faire signe à un
serveur à qui je dérobe trois coupes de champagne. Je les distribue à Mack et Jacob avant de lever mon verre vers eux.
— Ce soir, on fête l’amour et vous avez l’air sacrément piqués tous les
deux. Je suis heureuse de vous voir si bien ensemble. À la vôtre, mes amis.
Les tourtereaux s’embrassent avant de trinquer avec moi. Puis Mack
propose à Jacob d’aller faire le tour des lieux. Je les laisse vaquer à leurs occupations et gagne l’entrée pour filer vers la cuisine histoire de prendre un peu l’air à l’abri des regards. J’aimerais souffler quelques minutes et évacuer la déception de savoir qu’il ne viendra pas.
Je vais pour m’engager dans le couloir près de l’escalier et desservant
la cuisine quand la main de mon père se referme sur mon poignet.
— Mon ange, ça va ?
— Oui, oui, le rassuré-je. Je fais un saut par la cuisine pour prendre un
verre d’eau.
— Tu as mal à la tête ? se renseigne Molly qui le suit de près. Je secoue la tête.
— J’ai seulement un coup de chaud. C’est qu’il y a beaucoup de
monde.
— Tu devrais peut-être prendre un cachet pour anticiper. La musique,
le monde, le bruit, tu risques d’avoir vite la migraine, me conseille mon père.
— Peut-être que…
— Ava.
Je me tais et regarde Molly qui vient de m’appeler. Son regard est
braqué en direction de la porte. Je balance un coup d’œil par-dessus mon épaule et je crois que je vais défaillir. Théo, tenant sa sœur par le bras, se présente sous le perron.
Je fais volte-face et, après avoir échangé un coup d’œil avec mon père,
je fonce les accueillir.
— Bonsoir, bégayé-je en clignant des yeux, pas encore certaine de
pouvoir croire à sa présence.
Comme à chaque fois que je suis en sa présence, il y un laps de temps,
qui semble une éternité, où j’ai quand même l’air d’une cruche sans cervelle.
— Bonsoir, Ava, me salue Milane sur un ton enjoué avant de
m’embrasser très amicalement. Tu es sublime.
— Merci, marmonné-je avant de revenir à son frère qui reste droit
comme un piquet à côté d’elle.
Lui ne me porte pas le même intérêt que Milane. C’est mon père qu’il
fixe sans ciller.
— Je suis content de te voir, lui dit mon père en lui offrant une
poignée de main.
Je me demande s’il va la prendre et je suis soulagée lorsqu’il le fait. — Bonsoir, Alex, répond-il avec détachement. Puis il se tourne vers Molly qu’il embrasse.
— Félicitations, Molly. Tu as l’air très en forme. — Je suis surtout toute en formes.
Souriant de cette plaisanterie, Théo se met à loucher sur ses
chaussures.
Euh… On est invisibles ou… s’impatiente ma Betty. Il est stressé, c’est tout. Il est là, Betty, c’est le plus important. — Monsieur Bailey, dit alors Milane en serrant la main de mon père.
Félicitations pour vos fiançailles et pour ce futur bébé.
— Merci, Milane. C’est très aimable.
Mon père lui répond, mais sans vraiment s’intéresser à elle. Il est bien
trop occupé à toiser son sous-lieutenant.
— Théo, je souhaiterais m’entretenir avec toi avant que tu ne t’en
ailles, annonce mon père.
L’intéressé se relève.
— Ce n’est peut-être pas le bon moment…
— Je me moque de savoir si ça l’est ou pas, j’aimerais te voir, c’est
tout.
Théo hausse les épaules avec cette nonchalance et cette provocation
dont il use toujours dès qu’il s’adresse à mon père.
— On verra.
— Je te laisse avec Ava.
Il sourit à Milane.
— Soyez la bienvenue et passez une bonne soirée. — Merci, monsieur Bailey.
— Alex, lui recommande mon père. Après tout, on est en famille,
non ?
Bien sûr, il lorgne en direction de Théo en disant cela. — Première nouvelle, bougonne celui-ci.
— D’où l’importance que nous ayons cette discussion. En attendant,
merci d’être là. J’aurais sincèrement regretté ton absence.
Mon père et Molly s’éloignent et ce n’est qu’à partir de cet instant que
Théo reporte son attention sur moi. Il est bien plus accessible maintenant, ça se voit sur son visage, dans sa tenue, sa gestuelle même.
— Bonsoir, Winy.
Je lui fais un sourire tendre.
— Salut.
Milane s’éclipse pour rejoindre Mack et Jacob au salon. Comme elle
n’est plus là pour coller son frère, je profite pour me rapprocher de lui.
— Vous êtes d’humeur taquine, monsieur Allen… Il réprime un sourire.
— Je ne vois pas du tout ce qui vous fait dire ça, miss Bailey. Je fronce le nez.
— La cravate, monsieur.
Mes doigts en foulent le tissu. C’est celle-là même qu’il portait lors de
mon premier jour.
— C’est elle qui vous a trahi.
Son bras vient épouser ma taille tandis qu’il désigne ma robe. — Cette couleur n’est pas à mettre sur le compte du hasard, si ? — Tu parles de ce vert olive ? demandé-je feintant d’être surprise.
— Effectivement.
Je fais mine de fouiller ma mémoire.
— Ça ne me dit rien. J’ai encore le cerveau en compote… — C’est très commode, n’est-ce pas ?
J’acquiesce d’un air convaincu.
— Merci d’être venu. J’ai vraiment pensé que tu refuserais
l’invitation.
— Pour être honnête, c’est ce que j’avais décidé jusqu’à ce matin
encore.
— Et qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?
— La perspective de te voir aussi belle pour commencer… — C’est marrant ça ! Je me suis apprêtée uniquement dans l’espoir de
t’en mettre plein la vue.
Il me fait un clin d’œil.
— Pari gagné.
Le sentir aussi joueur et concerné fait s’envoler ce poids sur mes
épaules, cette peur qui me barrait le ventre à la pensée qu’il puisse rejeter tout avenir pour nous.
— Et pour la seconde raison ?
— J’ai repensé à tout ce que tu as vécu. J’ai songé à tout ce que j’ai
dans la tête depuis ton accident et je suis comme toi, Ava, j’en ai marre. Je me concentre sur nous et uniquement là-dessus. On vient de traverser des moments difficiles, voyons comment on peut transformer toute cette énergie négative en quelque chose de positif.
— C’est un très beau projet.
— On va y aller en douceur, tu veux bien ?
— Je joue selon vos règles, mon sous-lieutenant. Je pose mon bras sur sa taille.
— Et si je t’offrais une coupe de champagne ;
— Avec plaisir, ma Winy.
Si je n’ai osé que rêver la présence de Théo lors de cette soirée, je
n’avais pas pensé une seconde qu’il serait aussi magnanime.
Nous sommes à l’aube d’un nouveau jour, se réjouit Betty. Et je compte bien faire ce qu’il faut pour que ce ne soit que des jours
heureux !
OceanofPDF.com