Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
Nouvelles rencontres
sommes attendus est difficile à cause de la circulation. Il faut dire que Comme prévu, Théo passe me chercher à mon bureau à 19 h pétantes. Cet homme aime la ponctualité. Le trajet jusqu’au restaurant où nous l’établissement est en plein cœur de la ville.
Un trajet qui m’a paru bien long compte tenu de cette angoisse qui me mange le ventre à l’idée d’être ici, en dehors de Bailey, avec Théo.
Comment puis-je être stupide au point de sentir intimidée par lui ?
Mackenzie serait folle de rage si elle savait où je me trouve actuellement, mais j’ai accepté l’invitation, alors je n’ai pas d’autre choix que d’assister à ce dîner.
Théo m’a expliqué que l’endroit où nous nous rendons est très en vogue à Seattle. Il faut attendre des semaines pour y avoir une table. Le patron étant une connaissance, il a le droit à quelques faveurs.
Mes premiers pas dans le restaurant me permettent de comprendre pourquoi il rencontre un tel succès : cet établissement est splendide ! Ce côté industriel que l’on retrouve tant dans la décoration que dans les meubles est très plaisant. J’adore ! Il y a de belles lumières qui donnent un côté feutré très reposant. J’étudie encore les environs quand Théo se penche à mon oreille pour y glisser :
— Ils sont là-bas !
Une main au creux de mes reins…
Oui, oui, ma Betty ! C’est bien là qu’il a posé sa main !
Théo nous guide en direction d’une grande table à proximité du bar autour de laquelle sont installées plusieurs personnes.
À leur approche, il les salue sur un ton enjoué inhabituel chez lui. L’attablée cesse leurs joyeux bavardages pour se tourner vers nous. Mais les paires d’yeux abandonnent mon voisin pour se braquer sur moi.
Respire, Ava. Ce ne sont que des êtres humains, tes congénères… Foutue timidité !
— Bonsoir ! les salué-je à mon tour avec une aisance totalement factice.
— J’espère qu’on ne vous a pas trop fait attendre. Il y avait du monde sur la route.
— Je rêve ou il nous a ramené une fille ? finit par lancer la jeune femme la plus proche de moi qui me dévisage comme si je ne pouvais pas être réel.
— C’est bon, Ab ! On ne va pas commencer, bougonne mon voisin avant de repartir sur une voix plus claire. Je vous présente, Ava. Elle vient d’arriver à Seattle et nous bossons ensemble. C’est la fille de mon boss et j’ai pensé qu’elle apprécierait une soirée entre gens bien élevés.
Son regard se pose sur la jeune femme au look punk qui a pris la parole, il y a quelques secondes.
— N’est-ce pas, Abby ?
Elle ronchonne avant de s’intéresser à son verre. J’adore son allure un peu décalée et parfaitement assumée avec ses mèches violettes et ses piercings. Elle est d’une beauté atypique.
— Ava, je te présente Sam, Jacob, Sydney et Abby.
Je leur souris tour à tour tandis que Théo me les présente.
Théo tire sur une chaise libre près d’Abby et de Sydney.
— Maintenant, installe-toi et passe une bonne soirée.
Je m’assieds en souriant à nouveau aux deux jeunes femmes autour de la table alors que Théo en fait le tour tout en serrant les mains de ses amis. Et quelle n’est pas ma surprise, quand il prend place entre eux et, accessoirement, à bonne distance de moi.
Ma Betty se rembrunit.
Pourquoi nous a-t-il invitées si c’est pour nous fuir ?
— Bienvenue parmi nous ! m’accueille Abby.
Cette gentille attention me ramène au présent et j’en oublie ma réflexion.
— Merci.
— C’est quand même bizarre, non ? demande Abby à Sydney dans une mimique perplexe très amusante.
— Ab ! la gronde son amie en me lançant un regard qui n’est ni froid ni chaleureux.
Je lui souris.
— Pardon, enchaîne Abby. C’est loin d’être dans ses habitudes de débarquer avec une nana à son bras.
Elle grimace.
— C’est même la première fois, hein ?
— Et alors ? rétorque son amie. Pas de quoi en faire une affaire d’état, non plus.
J’acquiesce à ses dires.
— C’était juste une façon de se montrer poli…
Abby brandit son index vers moi.
— C’est ça qui est étrange, chère Ava, dit-elle d’un air hautement pensif. Théo n’est pas poli.
Je ricane.
— Il doit chercher à marquer des points auprès de mon père, affirmé-je dans une moue exagérée.
— Sans aucun doute, confirme Sydney.
— Pourquoi ? À l’écouter, son boss lui mange dans la main alors…
Tiens donc !
— Ab, rouspète Syd. Tu ne perds jamais une occasion de te taire.
Si Sydney semble dépitée des propos tenus par Abby, de mon côté, j’aime bien qu’elle parle sans filtre et je préfère m’amuser de sa boulette. De toute manière, elle ne m’apprend rien que je ne sache déjà, Théo m’a fait cette proposition pour une raison : il essaie de m’amadouer tout en me gardant à l’œil. Mon père me l’a dit, c’est un compétiteur.
— Bon ! Disons qu’il t’a invitée parce qu’il est sympa ! cède Abby en roulant des yeux.
C’est alors que Jacob, un homme dans la trentaine, bien bâti, les cheveux blonds et légèrement ondulés, s’approche de moi en me regardant d’un œil curieux. Je ne suis pas insensible à ses grands yeux verts, à son teint hâlé et à cette barbe de quelques jours qui le rendent très séduisant.
— Je vais commander la deuxième tournée. Que voulez-vous les filles ?
Sydney et Abby renouvellent leurs mojitos. Quand vient mon tour, j’ai toute l’attention de Jacob et son sourire en prime.
Je me sens rougir de la manière dont il me considère.
— Et toi, Ava ?
Même sa façon d’énoncer mon prénom est charmeuse.
— Je voudrais bien un verre de vin, si c’est possible.
— Bien sûr ! J’ai un Chardonnay assez savoureux, ça te va ?
— Parce que c’est ton restaurant ?
— Affirmatif !
— Eh bien, félicitations ! C’est un très bel endroit.
— Ravi qu’il te plaise. Tu valides le Chardonnay ?
— Attends, tu plaisantes ?! C’est parfait.
Je récolte un nouveau sourire enjôleur.
— Et on a les mêmes goûts en matière de vin blanc, chantonne-t-il en fonçant vers le bar.
Je m’empourpre un peu plus sans oser relever la tête en direction d’Abby et Sydney qui m’observent, je peux le sentir. En accompagnant Théo, je ne m’attendais pas à soulever autant de curiosités et d’intérêts de la part de ses amis.
— Et donc, qu’est-ce que tu fais chez Bailey ? s’intéresse Abby.
Je la remercie silencieusement de me poser une question aussi facile.
— Je suis directrice éditoriale et je dois lancer une nouvelle collection.
— Un sacré challenge !
— Oh oui ! C’est très stressant, mais aussi incroyablement passionnant.
J’aimerais lui rendre la politesse de sa question, mais le retour de Jacob, accompagné d’une serveuse tenant un plateau chargé de nos boissons, m’en empêche. Ils servent les personnes autour de la table, mais Jacob tient, apparemment, à m’apporter mon verre en personne.
Tous ses amis servis, ce dernier nous propose un toast.
— Je suis heureux de vous avoir ici, les amis. Vous savez que je croule sous le travail, en ce moment. Merci de ne pas m’en vouloir de vous accorder si peu de temps depuis quelques mois. À l’amitié et à notre soirée !
Il brandit son verre dans ma direction.
— Et bienvenue à toi, Ava.
Je rougis une nouvelle fois.
— Puisse cette rencontre être la première de nombreuses autres.
Super ! C’est ma fête, ce soir !
Il entrechoque son verre au mien avant de se pencher vers moi pour me murmurer avec plus de discrétion :
— À cette charmante rencontre.
Mon cœur fait un salto arrière dans ma poitrine. Pourtant, je lui fais un sourire serein et maîtrisé.
— À notre rencontre, dis-je en trinquant avec lui.
Sans nous détourner l’un de l’autre, nous prenons une gorgée de vin.
— Mon Dieu, ce qu’il est bon ! m’extasié-je en découvrant ce goût fabuleux sur ma langue.
— N’est-ce pas ? s’amuse Jacob.
Nous rions de bon cœur.
— Alors, tu viens d’arriver en ville, c’est ça ?
J’acquiesce.
— Et tu nous arrives d’où ?
— De Miami.
— Miami ! Sensas ! J’y ai passé quelques jours, il y a un moment. J’avais adoré ce séjour.
— Et j’ai adoré y vivre. Il fait toujours beau.
Ma remarque le fait rire.
— Il y a des côtés sympas aux longues soirées d’hiver, tu sais...
— Je suis curieuse d’entendre lesquels, dis-je en enfonçant mon menton dans ma paume particulièrement attentive avec une pointe d’espièglerie dans ma manière d’être.
— Eh bien, c’est très agréable de boire un verre de vin devant un feu de cheminée, par exemple.
— Je n’ai jamais tenté cette expérience.
— Je pourrais t’initier, si tu veux.
— Pourquoi pas !
— Je m’occuperai du vin.
— Pour ma part, j’ai une belle cheminée qui demande justement à être étrennée.
— On dirait que tout est parfait, dit-il avec un sourire ravageur en coin.
— Il semblerait…
— Où habites-tu ?
— Sur Terry Avenue.
— Joli endroit !
— Mais qu’est-ce que tu fous, Jacob ?
Il n’est pas nécessaire que je tourne la tête pour savoir qui vient de l’interpeller de la sorte. Pour autant, je jette un coup d’œil vers Théo qui se détourne rapidement quand je le surprends à m’observer.
Qu’est-ce qu’il me fait encore ?
— Mais je bavarde avec notre nouvelle amie…
— Laisse-les parler entre elles et ramène-toi ! lui ordonne-t-il sèchement.
Sauf que Jacob n’est pas pressé d’obtempérer. Il pose à nouveau son regard émeraude sur moi.
— Depuis quand es-tu à Seattle ?
— Une dizaine de jours, mais je suis née ici, alors je connais bien cette ville. Je suis partie vivre à Miami quand ma mère s’est remariée.
— Et tu es venue rejoindre ton père.
— C’est ça !
— Bon, Jacob, amène-toi ! gronde à nouveau Théo.
Cette fois, Jacob capitule. Avant de s’éloigner, il se penche pour me susurrer à l’oreille :
— N’oublie pas de me donner ton numéro de téléphone avant de t’en aller. Je tiens vraiment à t’offrir ce verre de vin près de ta cheminée, dit-il d’un ton ensorceleur.
— Je n’y manquerai pas.
Et il m’abandonne pour retourner auprès du grincheux de service qui me prive d’une conversation délicieuse avec un homme qui l’est tout autant. Qu’est-ce que ça peut bien lui faire qu’on bavarde ? Après tout, il m’a laissé à mon sort depuis notre arrivée. Il voulait que je fasse des rencontres et c’est bien ce qui se passe, non ?
Déçue par son attitude, j’en reviens à ma discussion avec Abby qui est une jeune femme adorable. Sydney, elle, est plus taciturne. Finalement, la soirée se déroule merveilleusement bien. Si bien qu’Abby me propose de me joindre à la bande lors d’une soirée en night-club dans quelque temps. Une offre que je pense bien accepter.
Mais le temps passe trop vite en si bonne compagnie et, après un excellent dîner qui a su combler mes papilles, Théo décrète qu’il est l’heure de rentrer. Même si je le regrette, il est déjà tard.
— Peut-on y aller ? se renseigne-t-il après que j’ai salué ses amis sans pour autant avoir réellement envie de les laisser.
— Oui, oui…
Cela fait déjà dix bonnes minutes qu’il patiente tandis que je prolonge mes bavardages avec Abby et Sydney. Nous leur faisons un dernier signe de la main avant de traverser le restaurant qui n’a pas désempli depuis notre arrivée. Et le froid est rigoureux lorsque nous sortons sur le trottoir bordant le restaurant de Jacob.
— Mon Dieu, ce qu’il fait froid ! me plains-je en remontant le col de mon manteau.
— Tous les verres de vin que tu as bus devraient te tenir chaud, non ?
— Non, mais n’importe quoi ! Je n’ai pas bu tant que ça !
Au regard qu’il me lance, je vois que je ne l’ai pas convaincu.
— Bon, j’ai eu un gros faible pour le Chardonnay, admis-je, en levant les yeux au ciel.
— Pas que pour le Chardonnay, apparemment, bredouille-t-il d’une voix difficilement audible en fixant l’avenue où défile un balai de voitures impressionnant.
— Pardon ? dis-je en tendant l’oreille.
Lorsqu’il revient vers moi, un sourire affable trône sur son visage.
— Tu as passé une bonne soirée ?
Sa question me paraît sincère. Il n’y a pas une once d’ironie dans sa voix.
— Très bonne. J’ai adoré faire connaissance avec Abby et Sydney.
Le reste du chemin jusqu’à sa voiture se fait dans le plus grand silence. Il n’y a que les bruits environnants pour nous accompagner. Arrivés à destination, il déverrouille la portière pour m’inviter à monter. Je m’apprête à le faire, mais je me ravise pour l’étudier une seconde.
— Je n’aurais pas été contre faire ta connaissance, Théo, mais tu as choisi de te tenir à distance toute la soirée.
Je disparais dans l’habitacle sans me préoccuper de sa réaction. Non pas que je m’en moque. Je redoute seulement d’être confrontée à son indifférence.
Théo me rejoint et démarre dans un nouveau silence. Les premiers kilomètres me paraissent incroyablement longs, mais c’est impossible pour moi de desserrer les lèvres. Qu’importe ce que je fais ou dis, je me ridiculise devant lui. Comme depuis le premier jour, il me prend pour une idiote. Moi, je navigue entre mon ressentiment à son égard et cette attirance presque maladive. Même cinq ans plus tard, et ce, malgré qu’il m’ait montré son véritable visage.
On est cinglées, ma Betty ! Vraiment, ça ne tourne pas rond chez nous !
— Ton numéro, s’il te plaît, Ava…
— Pardon ? dis-je mollement en abandonnant ma contemplation nocturne de Seattle.
— De ton bâtiment. On arrive sur Terry Avenue.
— Oh… c’est le 15036. Continue sur deux kilomètres. Il sera sur la droite, juste après la banque.
— OK !
Nous n’échangeons plus un mot avant qu’il se gare au pied de mon immeuble.
— Merci de m’avoir raccompagnée…
Je retire ma ceinture de sécurité, satisfaite de pouvoir fuir cette situation des plus gênante.
— À demain.
Je saute sur le trottoir et claque la portière persuadée qu’il va décamper, mais non. Il descend de sa voiture pour venir me rejoindre.
— Je peux rentrer toute seule…
— Je ne tiens pas à m’attirer les foudres de ton père.
Ben voyons… Pour un mec qui crie sur les toits que son boss lui mange dans la main, je le trouve plutôt prêt à tout pour être dans ses bonnes grâces.
— S’il n’y a que ça, je lui rapporterai que tu t’es conduit en gentleman ; même si je doute fortement qu’il me croie vu le personnage ! m’exclamé-je en le désignant dans son ensemble.
Je fais une pirouette sans doute disgracieuse compte tenu des échasses sur lesquelles je suis perchée et du Chardonnay coulant en trop grande quantité dans mon organisme. Qu’importe ! Je fonce en direction de l’entrée de mon immeuble, aborde la première des marches donnant sur l’immense porte vitrée quand je glisse sur celle-ci. Me voilà en train de partir en arrière. Je manque de peu de terminer sur les fesses. Mais mon cul est sauf, je finis dans les bras de Théodore qui me remet à la verticale.
Si mes fesses s’en sortent bien, mieux vaut ne pas s’attarder de l’état de notre amour-propre, hein, ma Betty ?
— Et elle ose prétendre pouvoir rentrer toute seule, soupire-t-il dans mon dos.
— Tu as la chance d’être toujours aussi parfait, toi ! dis-je d’un ton persifleur.
— Content de voir qu’à défaut de pouvoir tenir sur tes jambes, tu as encore toute ta lucidité, répond-il sur le même ton.
Je bougonne en reprenant ma route. Sans me donner en spectacle cette fois. Théo me talonne jusqu’à l’ascenseur devant lequel nous nous retrouvons à attendre comme deux imbéciles.
Les portes s’ouvrent et je suis surprise quand il s’y engouffre derrière moi.
— Tu n’as pas l’impression d’en faire un peu trop ?
Une question à laquelle il reste silencieux.
De mieux en mieux ! Maintenant, il ne m’adresse même plus la parole…
J’appuie sur le bouton du quinzième étage et l’ascenseur amorce sa montée. Fatiguée par cette journée et cette soirée qui tourne au vinaigre, je me relâche contre la paroi en laissant échapper un soupir doux.
Arrivés à l’étage demandé, je sors dans le couloir et le remonte tout en cherchant mon trousseau de clefs. Ce qui se révèle être une tâche bien ardue.
— Ce n’est pas vrai…
Je ne leur ai toujours pas mis la main dessus alors que ma porte est à deux pas de nous. Et je n’ai plus aucune chance de résoudre ce problème quand Théo me subtilise mon sac.
— Tu es une vraie catastrophe !
— Eh bien, tu sais ce qu’il te reste à faire la prochaine fois que tu auras l’idée de me proposer de sortir.
— Oh oui !
Appuyée contre le mur, je défais mon chignon en rêvant à mon lit.
— Je t’interdirai l’alcool pour commencer !
Hein ?! Il envisage la possibilité qu’il y ait une autre sortie ?
Théo se redresse, mes clés en main, mais son expression contrariée s’évapore lorsqu’il me voit pour laisser place à une stupéfaction figée.
— Il y a un problème ? me renseigné-je alors qu’il reste immobile.
— C’est…
Il me désigne.
— Tes cheveux...
Je passe une main entre mes mèches blondes qui tombent en cascade sur mes épaules.
— Qu’est-ce qu’ils ont ?
— Ils sont, hésite-t-il avant de se racler la gorge. Bouclés…
J’ai un mouvement d’épaule nonchalant.
— Ils l’étaient déjà, il y a cinq ans.
Je ramasse mes clefs dans la paume de sa main et ouvre la porte de mon appartement. Dans l’entrée, j’ôte rapidement mes talons hauts avant de jeter un coup d’œil sur le palier.
— Entre une minute.
Aussi surprenant que ce soit, il le fait. Je pensais qu’il allait partir en vitesse, mais le voilà à passer mon intérieur en revue. Forcément, il est attiré comme un aimant par la vue stupéfiante de Seattle que nous avons depuis mon salon.
— C’est pour la vue que mon père a choisi cet appartement, lui expliqué-je pour meubler un peu la conversation.
Son regard abandonne l’extérieur pour se poser sur moi.
— Difficile de ne pas être sous le charme, je le reconnais.
Je suis parcourue d’un frisson lorsqu’il prononce ces quelques mots le noir de ses yeux ancré aux miens.
— Merci de m’avoir escortée en lieu sûr, me moqué-je gentiment. Et j’ai vraiment passé une très bonne soirée…
Je baisse le regard.
— Contrairement à toi…
Il ne relève pas.
— Tu dois revoir Ab et Syd, si j’ai bien compris.
— Pour une soirée dans un club en ville.
— Je pensais bien que tu sympathiserais avec elles.
Il fait volte-face et marche en direction de la porte.
— Tu ferais bien d’aller te coucher. D’ailleurs, je t’interdis de te pointer avec la gueule de bois au bureau, demain.
— Oui, monsieur le Directeur.
— Moins de blabla et plus de…
— Concret, finis-je pour lui sans retenir un sourire moqueur. Je t’ai entendu la première fois.
Théo quitte mon appartement et commence à remonter le couloir menant aux ascenseurs. J’entends les portes s’ouvrir. Je crois qu’il va y entrer. Au lieu de ça, il balance sa tête dans ma direction.
— Tu ne devrais pas les attacher, tu sais…
Je fronce les sourcils.
— De quoi ?
— Tes cheveux. Ils sont bien au naturel. Tu es très jolie comme ça…
Et il disparaît en me laissant comme deux ronds de flan.
Tu as entendu ça, ma Betty ?
Oui, Ava, renifle-t-elle. Il a dit que nous sommes jolies…
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