Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)

Mackenzie

 

 

laisse à penser qu’elle est décidée à s’installer ici. J’ai envie de me réjouir Je n’arrive pas à croire ce que je vois ! Pourtant, elle est bien là à faire quelques pas face à la baie vitrée donnant sur Seattle. Ses valises sont à l’entrée et tout de cette perspective. Après tout, depuis mon premier jour dans ma nouvelle vie loin de la Floride, j’ai rêvé qu’elle me rejoigne.

Pour l’instant, nous ne nous sommes pas dit grand-chose. Il y a moins de dix minutes que je l’ai retrouvée au pied de Bailey et nos retrouvailles n’ont été qu’une succession d’embrassades et de douces paroles avant que nous prenions la route de mon appartement. Sur le trajet, elle m’a raconté s’être sauvée à toute vitesse, si bien qu’elle a pris le premier vol pour Seattle qu’importe s’il comptait une escale en Caroline du Nord. Je ne sais toujours rien de ce qui a précipité son départ, mais je m’en moque.

— L’appartement de malade ! s’extasie-t-elle en regardant autour d’elle.

— Mon père m’a gâtée, j’avoue.

Elle trottine jusqu’à moi et s’accroche à mon cou pour m’embrasser.

— Tu m’as tellement manqué, ma poupée et je suis tellement heureuse d’être ici.

— Je le suis également, mais il va quand même falloir que tu m’expliques comment ce miracle s’est produit.

— Pour ça, il va nous falloir du vin.

Ce qui laisse sous-entendre que ce n’est pas réjouissant du tout.

— J’ai ce qu’il faut au réfrigérateur.

Dans la cuisine, je sors deux verres à pied et la bouteille de vin que j’ai au frais. Quand ils sont remplis, je lui en tends un. Elle accepte et nous trinquons.

— À notre nouvelle vie, ma poupée !

Je la regarde prendre une gorgée d’un œil suspicieux.

— Tu vas vraiment rester ?

— Je ne serais pas là si ce n’était pas le cas.

— Mais tu tenais à patienter jusqu’à l’élection de ton père, c’est pour ça que je suis surprise.

Sans rien me dire, elle part avec son verre en direction du salon.

— Mack ?

Je la suis.

— Est-ce qu’on est vraiment obligées d’en parler ?

Je la rejoins sur le canapé.

— Un peu oui ! Tu débarques ici sans prévenir et, visiblement, sur un coup de tête. Même si ça me rend heureuse, j’aimerais comprendre…

Mack, troublée, glisse sa main dans la mienne. Il y a bientôt dix ans que nous nous connaissons elle et moi, et les mots ne sont plus vraiment nécessaire entre nous pour savoir quand et même pourquoi l’autre ne va pas bien.

— C’est en rapport avec ton père, c’est ça ?

— Oh, Ava, gémit-elle alors. Il m’a tellement déçue…

Un détail qui m’a toujours marqué chez ma meilleure amie : je ne l’ai jamais vue pleurer. Je l’ai souvent sentie au bord des larmes, comme c’est le cas en ce moment, mais jamais elle ne s’est réellement effondrée, même devant moi qui sait tout de sa vie – en tout cas pour ce qu’elle en dit. Mackenzie a une force de caractère épatante et, pour cela, je la considère comme un modèle. J’aimerais avoir son courage, mais surtout son aisance à défendre ses idées, à prendre position.

Notre histoire est placée sous le signe du yin et du yang, car nous sommes différentes en tout point ou presque.

Je suis introvertie quand elle est totalement libérée de son corps et épouse à fond sa féminité. Je suis timide quand elle dégage une aura qui aimante les gens à elle. Je doute de moi et elle assume chaque aspect de sa personnalité sans oublier d’emmerder toute personne qui trouvera à y redire. C’est pour toutes ces raisons que je l’aime et que son amitié m’est si précieuse : elle est tout ce que je rêve d’être !

— Qu’est-ce qu’il a encore fait ?

— Je voulais aller jusqu’au bout de cette campagne pour ma mère, pour ne pas lui créer de soucis supplémentaires, mais il est allé trop loin cette fois.

Elle reprend une gorgée. Un aparté pour réorganiser ses pensées et retrouver la maîtrise de ses émotions, j’imagine.

— Il a une liaison avec sa responsable de campagne, me rapporte-t-elle.

Une révélation qui ne me fait pas tomber de ma chaise. Jamais avant aujourd’hui elle n’avait eu vent d’infidélité de la part de son père, mais je connais le personnage et, franchement, il colle bien au profil du mari volage.

Mackenzie est aussi lucide que moi sur son père, si ce n’est plus d’ailleurs. Ce qui me laisse penser que cette liaison n’est pas la seule raison à sa présence. Quelque chose d’autre la contrarie et je crains de deviner de quoi il s’agit.

— Ta mère est au courant et elle ferme les yeux sur cette liaison,

— Une liaison, répète-t-elle la voix déformée par la colère. C’est une double vie, pas une aventure.

— Ça dure depuis longtemps ?

— Quatre ans ! Et depuis le début, elle l’accepte.

Je comprends ce qui la met dans cet état : sa famille se donne une image parfaitement taillée et travaillée très conservatrice. On y défend des valeurs que je qualifierais d’archaïques sur de nombreux points.

De son côté, Mackenzie est une jeune femme nature et moderne qui lutte pour la libération et le respect de la femme et pour l’abolition de tous ces stéréotypes moyenâgeux qui sévissent encore dans notre société. Certaines de ses prises de position, sur l’avortement par exemple, ne sont pas bien accueillies par son père, car elles vont à l’encontre de ses idéaux.

Si Monsieur le futur Sénateur fait l’impasse sur la notion de fidélité pour s’amuser avec sa directrice de campagne, il est normal que Mack voie rouge. Et que sa mère ferme les yeux sur cette hypocrisie doit la rendre vraiment barge.

— C’est compliqué de se mettre à sa place. Elle a sûrement pensé à toi et à tes frères avant de songer à elle-même. Elle aura voulu vous protéger de la vérité et du séisme d’une séparation.

— Comment avoir envie de vivre avec un homme n’ayant aucune estime pour elle et pour ce qu’elle a fait pour lui tout au long de sa vie ? Il nous impose de jouer la comédie pour servir ses intérêts pour aller se vautrer dans les bras d’une femme qui n’est pas la sienne dès qu’on a le dos tourné ; il me donne la nausée !

— Tu es furieuse et c’est légitime.

— Je ne retournerai plus là-bas, c’est terminé ! Qu’il aille au diable avec son élection et son sénat.

Je me pince les lèvres pour réprimer un sourire.

— Quoi ? ricane-t-elle.

— Tu sais ce que ça veut dire ?

— Quoi donc ? s’étonne-t-elle faussement en battant des cils.

Je me jette sur mes pieds, nous débarrasse de nos verres avant de saisir sa main pour l’attirer vers la seconde chambre à coucher. J’allume la lumière pour que Mack puisse découvrir cet endroit que j’ai aménagé en pensant à elle.

— Comme tu vois, je t’attendais.

— Ava, souffle-t-elle en explorant les lieux. Tu n’imagines pas combien j’en avais envie…

— Ben si ! un peu quand même, ricané-je.

Elle rit et se jette à mon cou.

— Merci, ma poupée, je t’adore.

— Sois la bienvenue chez nous.

— Tu es mon ange, Ava Bailey.

Elle m’embrasse à nouveau et retourne inspecter le reste de la pièce.

— Il n’y a pas de salle de bains ici, mais j’en ai une dans ma chambre, donc tu peux prendre celle qui se trouve dans le couloir.

— Ça nous évitera quelques crêpages de chignon, badine-t-elle.

— Et quelques retards au boulot…

— Parle pour toi. Pour l’instant, je n’ai aucune obligation.

— Ce qui ne va pas durer, j’en suis convaincue. Je devais dîner chez mon père et, si son invitation est toujours d’actualité, tu vas m’accompagner. Ainsi tu feras sa connaissance et on lui parlera de ton besoin de travailler. Il va t’aider, c’est certain.

— C’est hyper sympa, mais pourquoi n’es-tu pas certaine d’y aller ? Il y a eu un problème ?

Je fais la moue.

Je pourrais lui raconter la vérité, mais elle va me prendre la tête en découvrant mon histoire naissante avec Théo.

— On s’est un peu chamaillés, mais rien de bien méchant.

— Ce n’est pas la fête avec nos paternels alors… C’est quoi le problème entre vous ?

Pas fière d’avoir à répondre à cette question, je me mets à loucher sur mes pieds.

— Ava, insiste-t-elle quand elle voit mon hésitation à desserrer les lèvres.

— Théo, mâchouillé-je sans la regarder.

— Pardon ?

Je lui sers mon sourire le plus désolé.

— Ava Bailey, qu’est-ce que tu as foutu ?

— Il est possible que j’aie un petit crush pour Théo, lui avoué-je sans faire la maligne.

— Tu sais qu’il y a tellement d’aberrations dans cette phrase que je ne sais pas par où commencer ?!

— Mack, je t’en prie, couiné-je en allant m’asseoir sur son lit.

— On parle quand même du mec qui a brisé ton cœur d’ado ! Alors, tu me fais doucement rire avec ton « petit crush » ! Tu ne sais pas ce que ça veut dire dès qu’il s’agit de Théo ! Avec lui c’est : énorme crush, énorme désillusion, énorme chagrin…

Énorme pénis ! s’esclaffe ma Betty.

Je glousse.

— Je peux savoir ce qui te fait rire ?

Je me contente de hausser les épaules.

— Qu’est-ce que tu as fait ?

— Mais rien !

— Ava ! s’impatiente-t-elle.

— On se cherche un peu, c’est tout.

Et à cette heure-ci on devrait être en train de le chevaucher ! Elle a bien choisi son moment pour se pointer celle-là ! râle ma Betty.

— Vous vous cherchez ?

— On s’est vus plusieurs fois et on s’entend très bien, mais mon père vient de le virer alors…

— Pourquoi ?

Eh merde…

— Parce que Théo a eu une aventure avec l’une des filles du bureau. Il a mis un terme à cette histoire récemment et…

— Ava, se lamente Mack en passant ses mains dans ses cheveux dans un geste désespéré. Mais merde ! Il faut que tu ouvres les yeux sur ce mec et que tu l’oublies ! Tu vois bien qu’il n’a pas changé, il continue de baiser ses employées. Tu es là-bas depuis un mois et c’est sur toi qu’il a jeté son dévolu maintenant !

— Ce n’était pas une relation sérieuse qu’il entretenait avec elle et il ne la voyait qu’en dehors du travail. Il l’a quittée quand les choses se sont intensifiées entre nous.

— C’est ce qu’il te dit ! Tu es trop naïve quand il s’agit de lui !

Mouais… il y avait peu de chances qu’elle le prenne bien, hein !

— Je t’assure que je gère et je n’oublie pas ce dont il est capable.

— En tombant dans ses bras ?

— Mack, tu n’as pas idée comme ton arrivée me fait plaisir. J’ai envie de profiter de nos retrouvailles et certainement pas de m’engueuler avec toi.

— Parce qu’on en est là ? Tu te prends la tête avec ton père pour lui et tu es prête à t’engueuler avec moi également. Eh ben, j’espère pour toi que tu contrôles aussi bien la situation que tu le prétends. Parce que si ça foire, ce n’est pas à coup de pots de crème glacée que tu oublieras la douleur que l’amour peut infliger.

Je roule des yeux.

— Je ne suis pas bête au point de tomber amoureuse de lui…

— Mais as-tu seulement cessé de l’être un jour ?

Quelle bonne question ! s’exclame ma Betty qui attend ma réponse en se goinfrant de pop-corn.

Toi, étouffe-toi avec ton pop-corn et fous-moi la paix, la rabroué-je.

— Bon ! m’exclamé-je en sautant sur la moquette. J’en ai marre de parler de ça. On va ranger tes affaires et s’habiller pour sortir. Je t’invite au resto pour fêter ton arrivée.

Les bras croisés sur sa poitrine, Mackenzie m’observe avec sérieux. Visiblement, elle n’a pas fini d’en découdre avec moi.

— Mack, je t’en prie, ne gâche pas le bonheur de nous retrouver.

Je prends ses mains dans les miennes.

— On est enfin réunies et on a ce super appartement où vivre ensemble. Grâce à mon père, je suis sûre que tu aurais bientôt un job et toute l’indépendance dont tu rêves depuis si longtemps. Nous avons de quoi nous réjouir, non ?

Un sourire timide apparaît au coin de ses lèvres.

— J’espère seulement que ça va durer…

— Je n’en doute pas un seul instant.

Je l’attire en direction de l’entrée où sont entreposées ses valises.

— Pour le moment, on va t’installer.

Mackenzie joue le jeu et ne me parle plus de Théo. Si j’apprécie qu’elle le fasse, je ne lui en veux pas de s’être montrée aussi protectrice. Personne ne sait mieux qu’elle combien il m’a fait souffrir, il y a cinq ans…

***

Une sonnerie stridente – celle de mon portable – voilà ce qui me sort de mon profond sommeil en ce dimanche matin. Sans ouvrir les yeux, je tâtonne sur ma table de chevet jusqu’à lui mettre la main dessus. Je prends l’appel avec une envie folle de tuer la personne à l’autre bout du téléphone.

— Allô…

Il y a un silence puis un rire qui fait vibrer mon crâne. Je grimace.

— Parce que tu dors encore ? Non, mais je rêve !

Comme je regrette de ne pas avoir pris le temps de me rencarder sur l’identité de mon correspondant en entendant sa voix joliment rocailleuse.

Eh merde !

Et on a fait bien plus sexy que ton « allô » ! se moque ma Betty.

— Mais je suis super debout !

— Tu sais l’heure qu’il est au moins ?

— 9 h ou 10 h. Un truc comme ça…

— Il est un truc comme 15 h, oui !

— Je n’étais pas loin, tu abuses !

— Et toi, tu as abusé du vin. Hein, Winy ?

— Hilarant !

— Et tellement réaliste.

— Je peux faire quelque chose pour toi ?

— À vrai dire, c’est moi qui ai fait quelque chose pour toi. J’ai revu ta présentation et je viens de te la renvoyer par mail. C’était presque parfait !

Je vire dans le lit et mes yeux papillonnent.

— C’est ce « presque » qui fait que tu dois revenir.

Certaine que Théo me fait une blague, je vérifie l’heure sur mon téléphone, mais non !

La honte !

— Et c’est parce que tu es si proche de la perfection que je vais venir lundi…

Exit la gueule de bois et la lourdeur de mon sommeil, je suis pleinement réveillée, à l’équerre dans mon lit.

— Sérieusement ?

— On est d’accord : tu as déjà obtenu de lui qu’on discute tous les trois ?

— Oh… euh… oui, oui…

Il rit franchement.

— Donc en plus de t’enseigner la négociation, je dois t’apprendre à mentir !

— Je suis désolée, mais j’avais tellement envie que tu viennes…

— Je serai là, promis.

— Merci infiniment, lui dis-je sincèrement.

— Tu peux, parce que me confronter à ton père est loin d’être mon passe-temps favori.

— Tu préfères te chamailler avec moi, c’est ça ?

— Tu es plus marrante et plus sexy aussi. J’avoue que ça me motive davantage !

— Je suis certaine que ça va bien se passer.

— Ne fonde pas trop d’espoir là-dessus. Et sinon, comment va Mack ?

— Elle a bu autant de vin que moi, donc elle doit être aussi en forme que je le suis…

— C’est du joli.

— Sur le moment l’idée nous a paru bonne…

Il ricane.

— Et elle va rester ?

— Oui, elle emménage officiellement avec moi.

— Super nouvelle ! Ça te tenait à cœur.

Je souris à cette gentille remarque.

— J’espère la rencontrer bientôt.

Euh…

Éventuellement, le jour où tu auras envie qu’il disparaisse…

— Tu sembles tellement attachée à elle.

— Il y a longtemps qu’on est amies.

— Je te vois demain ?

— Oui, dis-je dans un soupir comblé.

— Je te laisse finir ta nuit, se moque-t-il.

— On s’est couchés très tard…

— Bye, Winy !

Il raccroche en riant.

— Quel petit con, grommelé-je en me laissant retomber contre mes oreillers.

Qu’importe ! Il revient à Bailey !

Tout ça, c’est bien mignon, Ava, mais il va falloir faire plier ton père, maintenant, me rappelle Betty.

Je grimace et jette ma couette sur la tête. Je n’ai pas envie de penser à ça pour le moment.

***

Le soir venu, je me sens bien mieux. Ce qui n’est pas plus mal, car le dîner chez papa est maintenu. Il m’a appelé dans l’après-midi pour m’en parler et j’avoue avoir été soulagée qu’il s’en tienne au programme.

L’idée de le décevoir est insupportable et mon attirance pour Théo doit être une sacrée désillusion pour lui. Très vite, il a senti mon animosité envers Théo, il s’en est même inquiété. Du fait, il ne devait pas s’attendre à me voir tomber sous le charme de son directeur.

Comme toutes les autres, Ava ! Tu es aussi pathétique que toutes ces idiotes qui passent leur temps à minauder devant lui ! me fait remarquer Betty.

Parce que toi, tu n’as jamais minaudé devant lui peut-être ? riposté-je. Tu es d’une mauvaise foi, c’est affligeant !

Piquée au vif, elle part bouder dans son coin.

Demain, mon objectif sera de démontrer que Théo est l’un de ses meilleurs atouts pour Bailey et qu’il ne doit pas mélanger les intérêts de sa société et ma vie privée. Je dois lui prouver que Théo m’est d’une grande aide dans mon travail. Mais arriverais-je à l’en convaincre ? Rien n’est moins sûr. Théo est lui-même très pessimiste, mais j’apprécie qu’il essaie. J’aurais bien assez de m’inquiéter de cette affaire demain.

En attendant, Mack et moi allons retrouver mon père pour dîner.

Celui-ci a été ravi d’apprendre que mon amie était arrivée à Seattle et, naturellement, il s’est empressé de l’inviter à se joindre à nous. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il puisse lui venir en aide pour son travail. Plus vite elle s’épanouira dans sa nouvelle vie, plus il y aura de chances qu’elle reste à Seattle.

Il est plus de 19 h 30 lorsque nous nous garons devant chez mon père et j’ai le trac. Je redoute qu’il y ait quelques tensions au cours du repas et même si Mackenzie est au courant de notre différend, je n’ai pas envie que cette histoire vienne ternir cette soirée.

À l’intérieur de la maison, nous retrouvons mon père dans la cuisine. À notre arrivée, il s’occupe de déboucher une bouteille de vin.

— Bonsoir, lancé-je sur un ton jovial histoire de donner le ton.

— Ava, mon ange.

Toute affaire cessante, il vient à notre rencontre. Sa manière de m’éteindre est très claire : il n’y a aucune rancœur de son côté. Il me relâche et s’intéresse à ma voisine.

— Tu dois être Mackenzie.

— Bonsoir, monsieur Bailey et merci de m’accueillir chez vous.

Elle lui offre une poignée de main polie, mais mon père préfère l’embrasser. Il faut dire qu’il entend parler d’elle depuis si longtemps qu’il se sent familier.

— Je t’en prie, appelle-moi Alex. J’ai l’impression d’avoir appris à te connaître à travers les récits d’Ava.

— Elle vous a parlé de moi et vous m’accueillez chez vous ? ricane Mack. Soit vous aimez le danger, soit elle vous a menti !

Mon père s’amuse de sa plaisanterie et s’en retourne à sa bouteille de vin.

— Vous arrivez à point nommé, j’allais nous servir un verre. Vin blanc ?

— Volontiers, s’enthousiasme Mack.

— Un fond pour moi, s’il te plaît papa.

Je m’installe autour de la table dressée par mon père et invite Mack à m’imiter.

— Tu boudes le vin blanc, mon ange ? C’est une nouveauté…

Me revient en mémoire ce surnom que m’a donné Théo et un sourire furtif passe sur mes lèvres.

— Elle en a encore un peu trop dans le sang, c’est tout, se moque Mack quand mon père lui offre son verre.

— Mack, râlé-je.

Mon père s’installe avec nous.

— Laissez-moi deviner : vous avez célébré vos retrouvailles.

— On ne peut rien vous cacher.

— J’ai emmené Mack dans un club, hier soir.

— En centre-ville ? me questionne mon père.

— Oui, c’est Théo qui…

Je relève la tête quand son prénom franchit mes lèvres.

Oups…

Mon père se tend sur sa chaise en entendant ce prénom. Je reviens à mon verre de vin.

— Enfin bref… c’était une bonne soirée.

Mon père s’éclaircit la gorge et reporte son intérêt sur ma voisine.

— Tu penses rester à Seattle longtemps ?

— J’espère ne pas avoir à repartir pour être exacte.

— Oh…

Mon père m’observe du coin de l’œil et à la manière dont il le fait, je sais qu’il est heureux pour moi.

— Ava en avait très envie.

— Et il me tardait de la rejoindre.

Il lève son verre.

— Il ne nous reste plus qu’à trinquer à cette nouvelle vie qui s’offre à vous.

Nous entrechoquons nos verres avant d’en prendre une gorgée.

— Est-ce que tu penses pouvoir aider Mack à trouver du travail ?

— Bien sûr ! Je viens de faire du ménage chez Bailey et un remaniement s’impose. Je peux sûrement te dégoter un poste.

On en reparlera lundi, papounet…

Je hausse des épaules.

— Ne m’en voulez pas, mais l’édition, ce n’est pas trop ma tasse de thé. Mon domaine, c’est la banque.

— Vraiment ?

Il grimace.

— C’est un peu barbant, non ?

Elle lui sourit, amusée.

— Pas plus que lire des bouquins toute la journée.

Mon père éclate de rire devant la répartie de Mackenzie.

— J’ai un très bon ami qui dirige une banque importante non loin de Bailey. Je vais le contacter. Il faudrait que tu me fasses parvenir ton CV et je m’occupe du reste.

Il revient vers moi.

— Tu donneras mon adresse mail à Mackenzie, s’il te plaît.

— Je le ferai.

— C’est vraiment gentil, Alex. Merci.

— Il n’y a pas de quoi. Si je peux rendre service.

Mon père se lève et s’approche pour déposer un baiser dans mes cheveux.

— Ça va te faire du bien d’avoir ton amie près de toi. Tu vas pouvoir te concentrer sur autre chose que le travail.

Il retourne vers le piano de cuisine.

— Et qu’une certaine personne…

Je roule des yeux.

Eh ben, on n’est pas sortie de l’auberge, Betty…

— Je suis à fond avec ton père sur ce point ! surenchérit Mack.

— Super ! ronchonné-je. C’est ma fête !

— C’est seulement qu’on t’aime, me dit-elle en m’embrassant à son tour. Sans vouloir enfoncer le clou, c’est loin d’être le cas de ce petit connard…

Sur ce, elle se met debout.

— Je peux vous aider, Alex ?

Je regarde Mack rejoindre mon père pour le seconder alors qu’il nous sert le dîner.

Peut-être que Théo n’est pas le connard auquel fait référence Mack, mais elle n’a pas tort sur un point : il y a peu de chance pour qu’il nous aime, Ava.

 

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