Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
Hôtel Fairmont. Chambre 328
Sixième péché :
Hôtel Fairmont. Chambre 328
Seras-tu ma gourmandise ?
L’établissement, assez ancien, offre un cachet très appréciable et follement Pour ce rendez-vous tant attendu autant de mon côté que celui de Théo, j’ai réservé une chambre dans l’un des plus beaux hôtels de Seattle. élégant.
Ma mère est repartie pour Miami jeudi et, même après son départ, nous n’avons eu que des occasions loupées. Jeudi soir, Théo a dû se rendre auprès de sa mère qui n’était pas en forme. Rien de grave, heureusement. Vendredi, je l’ai encouragé à retourner lui tenir compagnie, même si son état n’avait plus rien d’alarmant. Je ne pense pas qu’il aurait été très concerné par l’instant de toute façon. Nous n’étions plus à un jour près et les retrouvailles n’en seront que plus magiques.
Et il va nous falloir une bonne dose de magie pour qu’il accepte cette nouvelle épreuve, soulève ma Betty.
Oh que oui !
Ce soir, je renoue avec mes tenues affriolantes que j’aime tant dénicher pour lui faire tourner la tête. Cette fois, je suis tombée sur un body noir en dentelle dont l’avant est échancré jusqu’à la culotte et je le trouve sublime. J’ai remonté mes cheveux en laissant quelques boucles retomber ici et là. Comme toujours, j’ai fait monter une bouteille de champagne qui n’attend que nous.
Je suis prête à l’accueillir quand Théo toque à la porte et, sans surprise, il est à l’heure.
Il a même quelques minutes d’avance, notre impatient, se moque gentiment Betty.
Et alors ? ricané-je. Moi aussi, je piétine depuis près de trente minutes.
Je sautille jusqu’à la porte de la chambre sans réussir à maîtriser ce sourire qui me fait presque mal aux joues tant il est immense. Je l’ouvre sans me dévoiler à mon invité. Non que je veuille maintenir le suspense, mais dans ma tenue, il serait opportun que je ne tombe pas sur d’autres clients de l’hôtel. Théo entre et son regard avide, presque fou, se braque immédiatement sur moi. J’ai à peine le temps de repousser la porte, ses mains sont déjà sur moi. Sur mes hanches d’abord, puis elles agrippent mes fesses pour m’attirer à lui. Sa bouche quant à elle, dévore déjà la mienne.
— Théo, lâché-je dans un soupir avide en malmenant sa chevelure.
— C’est fou ce que tu m’as manqué, grogne-t-il contre moi.
Il prend l’espace d’un instant pour contempler ma tenue.
— Tu es belle ! Putain, ce que tu es belle !
Sa bouche revient à la charge et sa langue tourmente la mienne.
De mon côté, je le trouve bien trop habillé. Je retire sa veste qui finit sur le sol. Avec une maîtrise et une vitesse qui me surprend, je le dévêts jusqu’à la taille. Mon corps se retrouve de nouveau pressé contre le sien et la proéminence dans son pantalon en dit long sur son excitation.
Tout en nous faisant avancer jusqu’au lit, il retire ses chaussures. Je m’occupe de défaire sa ceinture. Il rugit quand ma main vient apprécier son sexe dressé.
— Ava…
— Je sais, dis-je en écho à cette folle douleur dans sa voix. J’ai envie de toi moi aussi.
N’étant paré que de son boxer, il me soulève à la taille et je comprends qu’il veut m’étendre sur le lit. J’aimerais le laisser faire, mais pas encore.
— Mon chéri, attends, lui dis-je pour tenter de calmer le jeu. Il faut qu’on parle.
— On a toute la semaine pour parler, le samedi, on s’envoie en l’air.
— Dans une minute et toute la nuit, mais je dois t’expliquer le jeu pour ce soir.
Il m’embrasse de plus belle.
— Tout ce que tu veux, murmure-t-il en me mangeant la bouche. Je ferai tout ce que tu veux !
Ma Betty rit aux éclats.
Tu vas vite regretter tes paroles, Allen, se marre-t-elle.
Il est attendrissant quand il est naïf, non ?
— J’ai un cadeau pour toi…
Il désigne mon body.
— Ce n’est pas lui le cadeau ?
— Il y en a un autre.
Théo me relâche et je me régale des ravages de mon rouge à lèvres sur le bas de son visage.
— C’est sexy, le raillé-je gentiment.
Si je m’en amuse, la pensée qu’il découvre bientôt son présent et donc, le but de notre rendez-vous me fait moins rire. Comment pourrait-il accepter cela ? Mais qu’importe mes doutes, je me dois d’aller jusqu’au bout.
Je ramasse le sac cadeau posé sur le lit et le lui tends. Un sourire complice plus tard, il fouille à l’intérieur et en sort une boîte rouge décorée d’un ruban noir. Il l’ouvre et son regard se braque subitement sur moi. Avec un effet de ralenti hilarant, je vois les traits de son visage se transformer ; un rictus diabolique apparaît à la commissure de ses lèvres et son sourcil se soulève lentement.
— Sérieusement ?
Euh…
Il lui arrive quoi au juste ? s’étonne ma Betty.
Il récupère le plug anal dans l’emballage et l’examine sous toutes les coutures avant de me lancer un regard vexé.
— Tu sais, le manque de réalisme est franchement insultant. Et je ne vois pas comment tu peux être prête à me recevoir si on ne te prépare pas convenablement.
Oh ! Mon Dieu ! Il croit que ce plug est pour nous !?
Ma Betty rit à s’en décrocher la mâchoire.
— Théo…
Le prenant par la main, je l’invite à s’asseoir au bord du lit. Il lorgne sur le plug puis sur moi.
— Je crois qu’il y a confusion sur le postérieur à qui il est destiné…
Pendant quelques secondes ses yeux s’affolent et me sondent. Pour juger du sérieux de ma remarque, j’imagine. Comprenant que je ne plaisante pas, il a un geste de rejet envers l’objet qu’il tient dans ses mains. Je le réceptionne dans mes mains quand il s’en débarrasse.
— Alors, ça, ça sera sans moi !
Il bondit du lit.
— Théo, s’il te plaît…
— Tu dépasses franchement les bornes là !
— Pourrait-on en parler calmement ?
— Mais le débat est clos ! Par contre, j’aimerais bien qu’on parle de ce qui ne tourne pas rond chez toi !
— Excuse-moi ?!
— Tu couches avec des filles, tu veux qu’on baise devant des étrangers, tu as des fouets, des cordes et maintenant des plugs. Où vas-tu t’arrêter ? Qu’est-ce qui m’attend la semaine prochaine ? On se lance dans l’échangisme pour finir ?
— Avant ce soir, tu ne t’étais jamais plaint de ce qu’on fait de nos samedis soir.
— Bah tiens, parlons-en ! Il y a un jour où on ira manger au resto ou se faire une toile comme les couples normaux ?
Je grimace.
— Il y a plus de gens adeptes de ce genre de pratiques que tu ne te l’imagines, lui objecté-je.
— Ne tourne pas la situation en dérision parce que là, tu ne me fais plus rire du tout !
— Très bien, soupiré-je. Si tu ne veux pas le faire, c’est ton choix et je le respecte, mais sache que je te trouve franchement hypocrite.
— Hypocrite ? s’indigne-t-il.
— C’était tout de suite plus excitant quand tu pensais t’occuper de mon cul.
Théo prend sa tête entre ses mains. De mon côté, je m’amuse plus de sa réaction qu’autre chose. Je ne me faisais pas réellement d’illusion quand j’ai pensé à cette épreuve.
— L’intégrité de mes fesses ne vaut pas autant que celles du grand Théodore Allen.
— Jamais je n’aurais cru avoir une conversation aussi bizarre de toute ma vie.
Je me pince les lèvres pour ne pas rire de son air défait.
— Je croyais assister à la naissance d’une déesse et je me rends compte que je contribue à l’avènement d’une véritable perverse !
— C’est bien ce que je dis : quand vous voulez nous le faire, c’est hyper excitant, mais du moment où on inverse les rôles, on devient perverses. C’est d’un risible !
J’agite le plug sous son nez.
— Je vais récupérer mon cadeau et j’en aurai l’usage dans mes nuits de perversion solitaire, sois-en certain !
Il ouvre la bouche et la referme aussitôt. Pendant qu’il répète le mime du poisson, je m’allonge sur le lit.
— Et donc, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? se risque-t-il à dire après un court instant.
— Un resto et un ciné, apparemment…
Nous échangeons un regard. Il s’en détourne une seconde et revient vers moi.
— Pourquoi as-tu envie de faire ça ?
— C’est extrêmement intime comme acte, j’en ai pleinement conscience. Je me demandais simplement si tu étais prêt à aller aussi loin avec moi.
— Et toi, tu le serais si on inversait les rôles ?
J’arque un sourcil.
— Mais je n’ai pas envisagé une seconde que nous ne vivions pas cette expérience l’un et l’autre.
— Ce bon vieux principe du donnant-donnant.
Je lui fais un sourire franc.
— Je sais combien tu y tiens.
— Et que va-t-il se passer si je dis non ?
— Tu sais quoi ? m’exclamé-je en me levant. On oublie ça !
— Attends, Ava, on discute.
— Tu ne discutes pas. Tu mesures les risques et ça, c’est hors de question. C’est trop personnel, trop intime pour que tu le fasses pour me contenter.
— Ce n’est pas ça…
Je m’approche et passe mes mains sur son torse.
— Lors de notre premier rendez-vous, j’ai fait ce que je voulais. Bien sûr, en respectant tes envies et tes désirs, mais c’était mon fantasme que je réalisais.
Je roule des yeux.
— En pensant bien que rares sont les hommes qui ne trouvent pas ce spectacle incroyablement excitant.
À son sourire en coin, je sais qu’il valide mes propos.
— Mais on en est au sixième péché et, même si tu en doutais encore il y a quelques jours, ce jeu fait son effet parce que tout ce que je veux vivre, ce sont des moments à nous. J’ai envie de me découvrir, oui, mais à travers nous. Je ne veux plus repousser mes limites et que tu en fasses autant, je veux qu’on dessine Nos limites.
Je fais la moue.
— Entre tes soirées ciné et ma perversité, on devrait trouver de quoi s’occuper le samedi soir.
— Tu n’es qu’une… marmonne-t-il en fonçant sur ma bouche.
— Tu ne me perdras pas, articulé-je tant bien que mal vu la fougue avec laquelle il envahit ma bouche.
Ma réponse le fait stopper net. Le noir de ses yeux me jauge surpris.
— Tu ne me perdras jamais, Théo. Tant que je me sentirai en sécurité dans tes bras, je serai à toi. Si je ressens ce sentiment agréable d’être parfaitement protégée, c’est que tu me respectes. Au travail, dans notre vie de tous les jours et dans notre intimité. C’est tout ce dont j’ai besoin.
— Je ressens la même chose ma chérie, et…
Je pousse un cri stupéfait quand il me soulève, les mains enfoncées dans la chair de mes fesses. Je finis de nouveau sur le lit. Théo grimpe au-dessus de moi et récupère le plug.
— C’est pour cette raison qu’on va s’amuser avec ce machin.
— Théo, non, tenté-je de protester, mais sa bouche sur la mienne avorte ma tentative.
— Je t’aime et ce que tu viens de dire est la parfaite définition de ce que je désire vivre à tes côtés. Je ne le fais pas pour toi. Je te dis oui parce que je veux tout connaître de nous. Aucune femme ne m’a fait me sentir aussi homme que toi, alors pourquoi j’aurais peur de faire cette expérience ? Et j’ai pleinement confiance en toi.
Ma lèvre du bas prisonnière de mes dents, je souris quand je réalise qu’il va vraiment le faire. Pas pour moi, mais pour nous. Pas pour me faire plaisir, mais pour nous apprendre.
Mes mains courant le long de son dos, je l’attire à moi et l’embrasse avec douceur.
— Tu n’oublies pas : tu peux me demander d’arrêter si tu ne veux pas aller plus loin.
— Oui, ma jolie dominatrice.
Il me fait un clin d’œil.
— Toi aussi, tu n’hésites pas. Il n’y a pas de raison que ce soit intense que pour moi.
— À vos ordres, mon sous-lieutenant.
Tout en me gardant près de lui, sans cesser de nous embrasser, il s’installe au milieu du lit, contre les oreillers. Je joue des hanches contre ma légende qui revient au galop. Théo remonte le long de mes bras et, doucement, il fait retomber les bretelles de mon body.
— La fin du jeu ne me privera pas de tes tenues affriolantes, rassure-moi ?
— Tu l’aimes ?
— C’est la nana à l’intérieur que j’aime, mais j’adore quand elle m’ensorcelle avec ses bouts de tissus minimalistes.
Prenant appui contre la tête de lit, j’expose mon entrejambe sous son regard de diable. Il ne se fait pas prier pour finir de me déshabiller. J’en fais de même avec lui, son boxer termine avec mon body sur le sol de la chambre.
Je m’accorde un moment pour contempler mon bel amant étendu au milieu du lit attendant que se révèle à lui de nouvelles sensations. Le trouver si serein me conforte dans l’idée qu’il est prêt. À moi d’assurer maintenant. Ce que nous nous apprêtons à faire est délicat et exige beaucoup de douceur.
Je commence donc par l’embrasser longuement. Lui dans son intégralité. Je l’entends se délecter de mes baisers dans une succession de soupirs avides et tranquilles.
— Ava chérie…
Je m’arrête à hauteur de son entrejambe et avale son pénis fringant. Il se crispe à ce contact et ses soupirs se muent en gémissements plus profonds quand je le suce.
Ma bouche s’occupant de sa légende, je me saisis du plug et du tube du lubrifiant que j’ai préalablement posés près de nous. J’en applique sur mes doigts et délaisse son sexe. Je remonte jusqu’à lui, à sa bouche.
— Tu es prêt ?
Il acquiesce avant de m’embrasser.
— Surtout, tu me dis « stop » si ça ne te plaît pas…
— J’ai toujours aimé ce que tu me fais et je doute que ça change aujourd’hui, mais oui, je te le dirai.
De nouveau, mes lèvres sont sur les siennes et ma langue vient danser avec la sienne. Théo pose ses mains sur moi. L’une sur mes fesses, l’autre dans mes cheveux comme pour me retenir. Mon cœur s’emballe quand je me glisse entre ses fesses. Ses doigts s’enfoncent dans ma chair quand j’entre au contact de cette partie de lui que je convoite cette nuit.
— On y va en douceur, murmuré-je contre sa bouche.
Sa respiration est moins fluide quand il opine du chef. Son corps se cambre lorsque j’introduis un doigt en lui.
Là, il ne respire plus du tout. Je voudrais continuer de l’embrasser, un peu comme une diversion qu’il ne se focalise pas que sur ce qui se passe plus au sud, mais Théo m’en empêche. Front contre front, les yeux clos, il paraît au contraire concentré sur son corps.
— Vas-y, mon ange, m’encourage-t-il.
Je continue mon intrusion et lui présente rapidement un second doigt.
— Tout va bien ?
— C’est…
Il réfléchit. Sûrement au meilleur qualificatif à utiliser.
— Pas désagréable…
Je glousse sur sa bouche.
Pour ne pas dire que c’est agréable, hein ! rit ma Betty.
Je m’en fous, sa légende parle pour lui !
Je remue lentement en lui et la pression de ses mains se raffermit quand il découvre les sensations que cela lui provoque.
— Tu me rends dingue, Ava, grogne-t-il dans ma bouche dans un baiser enflammé.
Accoutumé à ce que je me trouve là, il profite de l’instant, se détend et savoure. Je le ressens et ce désir se répercute en moi. Mon sexe se met à palpiter à la pensée qu’il prend du plaisir de me recevoir de cette manière.
— Mets-le, me demande-t-il alors à bout de souffle.
— Sûr ?
— J’ai envie de vivre ça avec toi.
Je me retire délicatement et m’intéresse à ce plug noir, acheté pour lui. Après l’avoir lubrifié, je monte à califourchon sur lui.
— Je le mets en place, ensuite, tu me rends la politesse. Ça te va ?
— Lui en moi et moi en toi ?
Je hoche la tête, amusée de son air hautement concentré.
— Ça risque d’être épique cette affaire.
— Tu y vois un inconvénient ?
— Absolument aucun.
— Tu me rassures, j’ai très envie d’essayer.
Théo adapte sa position et je reviens à l’endroit que mes doigts ont abandonné. Le plug se presse contre son anus.
— Finalement, tu te sens moins insulté par sa taille, non ?
— Je la trouve plutôt parfaite, ricane-t-il avec moi.
Ses paumes remontent sur mes cuisses, ses yeux sont coulés dans les miens et je crois que rien ne pourrait les en détourner en cet instant. Je commence mon ascension en lui. De nouveau, son corps se tend. Je me fige de peur d’aller trop vite.
— Non, continue. C’est bon…
Je pousse encore l’objet auquel je reste fermement accroché à la base pour en garder parfaitement le contrôle au cas où il me demande de le retirer. Mais il n’en fait rien et le plug est entièrement logé entre ses fesses. Je le relâche.
— Comment tu te sens ?
— Là tout de suite… étrange…
Je l’embrasse et m’empare du tube de lubrifiant que j’applique sur son sexe toujours au garde-à-vous.
— Ma chérie serait-elle impatiente de faire de nouvelles expériences ?
Je fais la moue.
— Ça se voit autant ?
— Plus on avance tous les deux, plus je me demande si je dois t’aimer encore plus ou te craindre…
Je glousse de le voir aussi perdu et l’embrasse avec envie.
— Viens en moi, Théo.
— Comme ça ? Il faut peut-être y aller plus doucement, non ?
— Je te le dirai si ça ne va pas, t’inquiète.
Allongée sur lui, mes lèvres dansant sur les siennes, je le laisse faire et très vite son sexe vient faire la connaissance de mon anus. Je rugis d’excitation et d’impatience.
— Tu es totalement folle, badine-t-il.
— Folle de toi ! affirmé-je en envahissant ses cheveux.
Nos visages se frôlant, nos souffles se mêlant, se perdant dans le regard de l’autre, il empoigne mes fesses et commence à exercer une pression avec son gland. Elle grandit, m’oppresse, et tout mon être se cambre. Il y a une légère douleur quand mon corps cède et le laisse entrer.
— Winy ?
— Tout va bien, le rassuré-je en prenant une longue inspiration. C’est bon…
Et c’est on ne peut plus vrai. Bien sûr qu’il y a de la douleur, mais elle est nettement supportable. Le plaisir de cette intrusion fait contre poids avec cette impression d’être écartelée. C’est si serré, j’adore.
Théo est lui aussi pris dans la tourmente du plaisir. Je le sais à ce combat qu’il mène contre lui-même pour ne pas m’investir trop rapidement. L’envie de me posséder se confronte à la douceur que réclame cet acte. Il soupire, gémit, grogne et ça ne fait qu’attiser mon appétence. Bougeant doucement en moi, il gagne du terrain. Lorsqu’il est presque complètement en moi, je me redresse et donne cette dernière impulsion pour qu’il m’habite entièrement.
— Putain !
— Théo, c’est parfait, dis-je dans le même état d’excitation que mon beau partenaire.
— Ta bouche ! m’ordonne-t-il. Donne-moi ta bouche !
J’obtempère et lui livre ce qu’il réclame.
— Dis-moi quand je peux aller plus vite, ajoute-t-il pendant que ses mains remontent, qu’elles se ferment sur mes épaules.
Et mon corps s’habitue rapidement à la présence de Théo, il en veut bientôt plus. Il cherche l’assouvissement.
— Vas-y !
L’une de ses mains vient pétrir mes seins pendant qu’il accélère la cadence toujours avec précaution. Je me perds dans cette tornade charnelle que nous avons créée tous les deux. Il m’embrasse toujours plus fort au rythme de son plaisir croissant. Il malmène ma bouche, agace ma langue et mordille mes lèvres.
— Je viens, Théo, articulé-je tant bien que mal compte tenu du traitement qu’il me fait subir.
— Moi aussi, mon amour.
Comprenant l’imminence de ma délivrance, il accentue ses coups de reins. Je redouble d’intensité dans notre baiser tout en glissant une main entre ses jambes. Je m’empare de la base du plug et l’agite en lui.
Il mugit et me dévore la bouche de plus belle.
— Théo ! m’exclamé-je au bord de la jouissance.
Je n’ai de cesse de le torturer avec le plug et Théo répond en se plantant plus vigoureusement en moi. C’en est trop pour moi. Je ne peux plus lutter contre l’orgasme qui me guette, qui me nargue depuis de longues minutes. Je le laisse venir, je l’accueille et il me brise lorsqu’il me traverse de part en part. Le cri de plaisir qui se fraye un chemin entre mes lèvres avorte dans ce baiser que Théo me vole quand, à son tour, il se libère. Figé en moi, il gémit d’une manière tout aussi étouffée que la mienne quand il se répand, ses mains encadrant mon visage. Je retire le plug dans le même moment pour rendre son orgasme plus puissant. Ce qui le fait crier dans ma gorge.
— Mon amour, murmure-t-il sur mes lèvres à bout de souffle.
Je souris en sentant cette chaleur sur moi.
— C’était incroyable, dis-je stupéfaite après tout ce que nous venons de vivre ensemble.
Il rit et, après s’être doucement retiré, me fait rouler sur le lit et me couvre de son corps.
— Ava Bailey, tu es renversante.
Je roule des yeux.
— Ben, ça, c’est évident.
— Je t’aime, dit-il en mordillant la peau de mon cou.
— Et comment va ton cul ? le taquiné-je.
— Au moins aussi bien que le tien, ma chérie.
J’enroule mes bras autour de son cou.
— On recommencera, hein ? Surtout que j’ai trouvé des plugs vraiment…
— Je t’arrête tout de suite, Winy ! Tu te détends avec mon cul et tes plugs de folle furieuse.
— Allez ! l’asticoté-je. Je sais que tu as aimé…
— Si tu commences à me vanner, je te jure que tu auras bien du mal à me convaincre de retenter l’expérience.
— Et que me ferais-tu si je m’amusais de la situation ? le provoqué-je en affrontant son regard pétillant de malice.
Théo bondit en dehors du lit et me soulève d’un seul bras.
— On fait un saut sous la douche et je vais te montrer ce qui t’arrivera si tu me désobéis !
Mon sexe pulse devant le sérieux dans sa voix, cette détermination aussi effrayante qu’excitante.
Une fessée ! Une fessée ! Une fessée ! s’écrie ma Betty en sautillant dans tous les sens.
— Quoi ? Ce soir ? demandé-je la gorge sèche.
Mais quelle trouillarde tu fais ! se moque-t-elle. Heureusement qu’il est plus téméraire que toi, sinon on se serait bien ennuyée le samedi.
Je reconnais être beaucoup moins enhardie dès qu’il en parle. Pourtant, mon corps a réagi très positivement quand il m’a fessé l’autre jour.
— Ma dominatrice serait-elle une véritable pétocharde ?
Il est brillant notre homme !
Oh ! la ferme toi ! grondé-je cette chipie.
Arrivés dans la salle de bains, il entre séance tenante dans la douche toujours en me portant d’un bras sur ma taille.
— C’est que je n’ai rien fait de mal ?
Je crie quand il allume l’eau.
— Tu m’as refusé le droit de te punir dimanche. Je t’ai laissée t’en tirer parce que tu semblais prise au dépourvu, mais depuis tu as eu le temps de te faire à l’idée que ça te pendait au nez, non ?
Je finis sur le carrelage de la douche. Théo s’empare du flacon de gel douche en verse dans sa main et s’occupe de me savonner. Et il fait ça avec une lenteur et une précision qui ne laisse aucun doute sur ses intentions. Il espère m’exciter avec ses caresses.
Et ça marche si bien !
— Théo, susurré-je en me laissant retomber contre lui quand il est derrière moi et que ses doigts massent mes seins.
Son sexe, que nos ébats n’ont pas épuisé, se manifeste contre mes fesses. Théo descend le long de mon ventre puis vers mon entrejambe qu’il nettoie avec insistance. Comme il ne peut pas me voir, j’esquisse une moue boudeuse quand il arrête.
— Tourne-toi et lave-moi !
Docile, j’obéis devant son ton autoritaire. Un peu perdue, je commence par son torse, mais garde son pénis pour la fin. Il n’y a plus que lui qui n’ait pas reçu mes soins quand, le sourcil haut, Théo me dit :
— N’oublie pas l’essentiel ! Je vais encore en faire usage.
Mon sexe est parcouru d’une décharge devant cette démonstration de pouvoir. N’ayant plus de solution pour repousser l’échéance, je saisis la base de son sexe et entreprends de le frotter. Si mon intention est de le laver, mes gestes sont bien vite plus langoureux et aguicheurs. Je vois Théo qui contracte sa mâchoire.
Je le relâche stupéfaite quand sa main se ferme sur ma nuque pour m’attirer à lui.
— Ava, dis-moi non et nous n’en parlerons plus. Dans le cas contraire, approche le tabouret.
Hein ?
Je regarde autour de nous et comprends ce qu’il souhaite. Près de nous est placé un tabouret en bois sur lequel reposent des serviettes de bain roulées.
Prends-le, Ava ! m’incite ma Betty. Allez !!! Tu en as autant envie que moi ! Si tu ne lui fais pas confiance ce soir, ça n’arrivera jamais !
Ce qui est on ne plus exact. Le but de tout ce jeu est de se faire confiance. Théo m’a démontré qu’il croyait en moi au point de me laisser le fouetter et, aujourd’hui, en me permettant de lui faire découvrir quelque chose de très intime pour un homme. Je dois braver mes peurs. Et puis, il s’agit de Théo ; de l’homme qui m’adore et avec qui je me sens si bien.
Sans oser lever les yeux vers lui, je fais tomber les serviettes et place le tabouret contre l’un des murs de la douche.
— Ma chérie est piquée de curiosité tout à coup.
Théo vient s’asseoir sur le tabouret.
— J’aime bien l’idée de te voir accroupie devant moi, mais je ne voudrais pas que tu t’abîmes les genoux, alors viens t’allonger sur mes jambes et présente-moi ton joli cul.
Toujours sous ce filet d’eau chaude, je prends position sur lui, le haut de mon corps se pressant sur ses cuisses.
— Mets tes mains dans le dos.
J’accepte et Théo saisit mes poignets.
— Comment tu te sens ?
— J’ai le cœur qui s’affole.
— Tu sais ce que tu dois faire si tu ne veux pas aller plus loin ?
J’opine du bonnet.
— Ava, parle-moi !
— Je te dis d’arrêter.
— Bien.
Théo commence par caresser ma peau alors que je sens mon sang battre dans mes tempes. Mes lèvres fermement pincées, je crois que je vais défaillir quand il m’abandonne, car je sais que lorsqu’il reviendra, ça sera pour me donner une fessée.
Et ma peau claque bruyamment. Le fait que je sois mouillée doit amplifier ce bruit. Je ravale mon cri et le contiens tant que je peux.
— Ava ?
Je devine ce qu’il me demande : mon accord pour continuer.
— Encore, s’il te plaît.
Il me cajole quelques instants et sa main s’abat de nouveau sur mes fesses. Juste au-dessus de mon intimité. Je glisse légèrement sur le carrelage sous l’effet du coup.
— Encore, m’emballé-je pendant que mes lèvres enflent de plaisir.
Il effleure seulement cet endroit qui chauffe sous l’impact des coups qu’il me porte avant de me rudoyer encore. Il jure tandis que je me mords la lèvre à sang pour ne pas hurler.
— Plus fort !
Cette fois, je n’ai plus la force de contenir ce cri de plaisir que je m’évertue à garder captif. Je le libère et c’est presque un sanglot qui sort de moi. La main de Théo revient et je pense qu’il me prépare pour une autre fessée, mais non. Je suis pantelante et à bout de force, ce qui fait qu’il me manipule avec une facilité déconcertante. Je finis assise sur ses genoux.
— Ava, je t’aime, bordel, grogne-t-il en guidant son sexe contre mon antre trempé.
Ma tête retombe contre son épaule, ma main est sur sa nuque.
— Baise-moi, Théo !
Et cette supplique suffit à ce qu’il se déchaîne en moi. C’est fort, c’est bestial et divin…
Il n’y a plus rien entre nous que le claquement de mon corps retombant contre le sien à la force de ses mains enfoncées dans mes hanches. Que le bruit de l’eau qui coule et me fouette le visage ainsi que ces sons inhumains de Théo qui respire toujours plus profondément, toujours plus vite.
Je la sens grandir dans mon ventre cette nouvelle tempête qui veut m’emporter. Elle est toute proche. Les fessées que Théo m’a infligées se sont déjà bien occupées de me faire perdre toute raison. Je veux céder et la laisser m’emporter, alors je glisse mes mains entre mes cuisses et viens stimuler mon clitoris pour rendre ma délivrance encore plus intense.
— Théo, gémis-je quand je suis à deux doigts de lâcher prise.
— Oui, s’écrie-t-il. Oh oui…
Son bras s’enroule sur ma taille. Il maintient la cadence pendant que sa main libre se ferme sur mon sein. Il attrape mon téton et le tire.
— Embrasse-moi !
Je lui offre mes lèvres et dans un baiser aussi fou que l’allure à laquelle nous nous adonnons au plaisir, nous acceptons cet orgasme redoutablement puissant sans jamais nous détourner l’un de l’autre.
— Redis-le, Ava ! m’ordonne-t-il tandis qu’il se délecte de l’instant.
— Quoi ?
— Redis-moi que je ne te perdais jamais.
— Jamais !
Son regard sonde le mien et je suis saisi par cette peur soudaine qui le traverse.
— J’en crèverai.
Dans une surprenante douceur, son pouce câline ma joue.
— J’en crèverai si tu ne veux plus de mon amour.
Mon front rejoint le sien.
— J’en ai rêvé sans jamais croire que tu puisses m’aimer un jour. Aujourd’hui, tu n’es plus un rêve, tu es ma réalité et je passerai le reste de ma vie à me battre pour que rien ne vienne changer ça.
Il a un petit rire nerveux.
— Je m’étais juré que jamais je ne me laisserais personne avoir autant d’emprise sur moi, mais avec toi, c’est impossible de résister.
— Tu ne pourras pas me reprocher de ne pas t’avoir prévenu.
Il rit plus franchement.
— Merci de cette belle leçon, ma Betty.
Oh, chouine-t-elle alors. Mais de rien, mon beau chéri.
— Je t’aime plus que je ne saurais te le dire.
Ma bouche glisse sur la sienne.
— On a encore des leçons à apprendre tous les deux.
Me gardant contre lui, il se met à la verticale.
— C’est plutôt sportif d’apprendre avec toi. Je suis mort.
Il nous repasse sous l’eau avant de quitter la douche.
— Moi, je suis morte de faim.
— Toi aussi ?
— Je rêve d’un énorme hamburger dégoulinant de ketchup.
— On commande ?
— Oh ouais…
Je m’accroche à son cou.
— Et on fera pareil avec le petit-déjeuner demain.
Une nouvelle qui le ravit.
— Ma dame ne va pas se sauver au premier rayon du soleil ?
— À moins que je dérange tes petites habitudes du dimanche matin ?
— Mais je t’en prie, dérange-les ! Je dois seulement aller déjeuner avec ma mère.
Je passe l’un des peignoirs de l’hôtel et sèche grossièrement mes cheveux avant de filer vers la chambre pour appeler le service de chambre et commander à manger.
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Se délecter de la gourmandise
nuit d’amour… La douceur et la chaleur sont les premières sensations qui s’imposent à moi à mon réveil, ce dimanche matin. La douceur et la chaleur de cette
Oui, ce fut très érotique et même un peu animal, mais l’après fut bien plus tendre, complice et d’une simplicité déroutante. Comme si tout était si logique entre nous. Peut-être parce que j’ai tant rêvé cette histoire d’amour que je la vis dans un bonheur onirique.
De son côté, Théo m’apparaît très épanoui lui aussi. Il m’a avoué n’avoir jamais envisagé autoriser qui que ce soit à avoir une quelconque emprise sur lui, sur sa vie et sur son cœur par voie de conséquences et cela ne lui déplaît pas visiblement. Si je ne connais pas parfaitement les raisons qui le font se sentir si bien dans notre relation, je me réjouis d’en être à l’origine.
On a assuré, ma Betty ! Il est fou de nous notre Théo.
Je bats lentement des cils et laisse mon esprit s’éveiller tranquillement quand un bruit de vaisselle ainsi que des chuchotis se font entendre en direction de l’entrée de la chambre.
Virant sous les draps, je constate, comme je m’y attendais, que je suis seule dans le lit. Je m’étire quand il revient dans la chambre en poussant un chariot sur lequel est posé un copieux petit-déjeuner.
— Bonjour, mon ange.
— Mmm…
Théo s’assied au bord du lit et caresse mon bras.
— Bien dormi ?
— Merveilleusement bien. Et toi ?
— Pareil. Tu as faim ?
Mes mains se faufilent sous son tee-shirt.
— De toi !
— Ça va te paraître long jusqu’à samedi si tu commences comme ça.
À cause de cette maudite règle, se lamente Betty en me lançant un coup d’œil cinglant.
— Ton père a cherché à te joindre hier soir et comme tu n’as pas répondu, il a essayé sur mon portable.
Il s’intéresse au chariot où il me sert une tasse de café et une assiette garnie de fruits coupés et de pancakes.
— Mais tu étais aussi occupé que moi.
— Je l’ai appelé en me levant pour le rassurer.
— Et que voulait-il ?
— Rien de grave. Juste nous inviter à dîner, ce soir.
— Et que lui as-tu répondu ?
— Que j’étais libre de mon côté, qu’il me semblait que toi aussi. Donc, si tu n’as rien de prévu dont tu ne m’aurais pas parlé on est attendu chez ton père pour 19 h.
Il pose le plateau entre nous et revient s’asseoir contre la tête de lit.
— On a fait un sacré bond en avant, tu ne trouves pas ?
Il me fait un clin d’œil en avalant un morceau de fraise.
— Et ce n’est pas pour me déplaire.
Je prends une gorgée de café en me disant que j’en suis pleinement satisfaite également et que l’amour de mon père n’a vraiment aucune limite.
— Avec un peu de chance, tu seras moins coincé que l’autre soir où nous sommes allés dîner chez eux, le raillé-je.
— Mais si vous m’aviez accordé un peu de temps cette semaine, vous sauriez ma dame que j’ai déjeuné avec ton père et Molly pas plus tard que mardi et que tout s’est bien passé…
J’ouvre les yeux comme des soucoupes.
— Tu as déjeuné avec eux ? Et puis, ce n’était pas volontaire que je te délaisse !
Cet imbécile se marre.
— Quand j’ai proposé que vous alliez déjeuner chez Jacob ce n’était pas par pure charité. Je voulais que tu quittes Bailey et que tu te changes les idées après cette dispute entre tes parents. Mais à la base, j’étais venu te chercher pour déjeuner.
Il avale un bout de pancake.
— Comme Molly était un peu chamboulée par tout ça, Alex l’a invitée à déjeuner et m’a proposé de me joindre à eux.
— Et comment ça s’est passé ?
— Plutôt bien. Je te laisse deviner notre sujet de conversation favori.
Je lui lance un coup d’œil en biais.
— Ça ne peut pas être moi. Sinon, ça ne se serait pas bien passé, si ?
— Finalement, quand il ne me prend pas la tête pour faire de toi la nouvelle patronne de Bailey, on parvient à s’entendre.
— Et je peux savoir ce que vous vous êtes dit ?
— On a surtout parlé de ce que tu as traversé quand ils se sont séparés.
Repu, il s’allonge sur le flanc et m’examine.
— J’ai été peiné d’apprendre que tout s’est fait si péniblement.
— Je… bégayé-je. Je ne suis pas la seule gamine dont les parents ont divorcé.
— Non, c’est vrai. Mais je suis amoureux de la gamine en question, donc ça me touche. Et Alex l’a avoué lui-même : c’était l’enfer chez vous. Tu as absorbé les tensions entre tes parents et la peine engendrée par cette vie de famille chaotique.
Je fais courir mon pouce autour de la tasse de café vide que je tiens entre les mains.
— C’est du passé…
— Si tu ne veux pas en parler, tu as simplement à me le dire, Winy. Je comprendrais. Mais je n’ai pas eu besoin que ton père me le raconte pour savoir combien tu en as bavé. J’ai seulement eu à te voir au milieu de ton bureau avec ces deux idiots qui se hurlaient dessus pour entrevoir la petite Ava quelque chose comme douze ans plus tôt : impuissante et en grande souffrance.
— J’ai envie de croire que ce n’est pas comme ça que l’amour se finit, dis-je la voix prise dans un étau.
Théo se redresse le temps de nous débarrasser du plateau contenant les restes de notre repas avant de revenir se coucher en me prenant contre lui. Je me blottis bien volontiers dans ses bras.
— Comment peut-on en arriver à se battre ainsi ? À quel moment l’amour s’en va-t-il pour laisser place à l’amertume, aux reproches et, finalement, à la haine ? Est-ce qu’il y a des sentiments assez forts pour que cela n’arrive pas ? Y’a-t-il un moyen d’éviter que cela se termine dans la douleur ? Après tout, quand j’étais petite, ma mère se plaisait à me raconter l’histoire de leur rencontre. Elle me disait combien ils s’aimaient et quelques années plus tard, je les entendais s’engueuler pour savoir lequel des deux avaient fait échouer leur mariage.
— Premièrement, et, même si je ne suis pas un expert en la matière vu que le seul couple que je connais, c’est le mien…
Je pouffe de rire.
— Quoi ? C’est vrai !
— Oh, mais je le sais.
— Ava ?
Je lève les yeux vers lui.
— Un couple, c’est deux personnes. Sa réussite est le travail des deux parties. Son échec aussi. Dans le cas de tes parents également. Ils ont chacun leur part de responsabilités. Alex le reconnaît bien volontiers. D’ailleurs, tu devrais en discuter avec lui. Je crois qu’ils ont pensé te ménager en ne te parlant pas clairement des raisons de leur séparation, mais ils ont eu tort. Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression que maintenant, c’est presque devenu un sujet tabou. Certainement à cause de tes troubles alimentaires, mais tu es une adulte aujourd’hui.
— Je devrais le faire, c’est vrai. Avec un peu de chance, ça m’aidera à moins douter de la notion du mariage et de l’amour qui ne se ternit pas.
— Ça ! s’exclame-t-il en me faisant rouler sur le matelas. Je peux m’en charger.
— Théo, je suis sérieuse.
— Tout comme je le suis. C’était le mariage de tes parents et ça n’a rien à voir avec toi ou avec nous. Ne renonce pas à l’image que tu désires avoir de l’amour. Il ne tient qu’à toi de faire en sorte de pouvoir le vivre.
Plus timidement avec beaucoup moins d’assurance qu’à son habitude, il ajoute :
— Et j’aimerais être celui avec qui tu tentes cette expérience…
Je reçois un baiser.
— Tu m’as demandé de te parler de ce à quoi je faisais allusion en évoquant toutes ces choses que je garde encore pour moi et qui nous concerne et c’est ça, Ava. C’est exactement ce que j’attends de nous : de l’amour, une vie de couple, un mariage, une vie de famille. Tout ce que je ne connais pas et que je désire découvrir à tes côtés.
Mes yeux parcourent les siens nerveusement.
— Ce déjeuner avec ton père m’a fait réaliser que ton appréhension de l’amour n’est pas uniquement la conséquence de mes fautes, que le divorce de tes parents ne t’a pas aidée à y croire. Je peux être celui qui te réconcilie avec lui, je le sais. Tu t’abandonnes, Ava, je le sens. J’ai eu peur que tu n’y parviennes pas et je me suis trompé.
Mes mains remontent dans ses cheveux tandis que mes lèvres glissent sur sa bouche.
— Fais-moi l’amour, Théo. Comme l’autre jour dans ton appartement.
Comme je m’en doutais, il recule légèrement et me scrute avec sérieux.
— J’en meurs d’envie, mon amour, mais il y a la…
Je le fais taire d’un baiser.
— La règle dit : pas de sexe en dehors de nos rendez-vous. Certes, nous ne sommes plus samedi soir, mais c’est encore notre rencard.
Il arque un sourcil.
— Tu es sérieuse ?
— Montre-moi comme tu m’aimes. Apprends-moi, s’il te plaît.
— Je dois te prévenir qu’il y a un vrai risque d’addiction.
— Tu seras ma drogue douce dans ce cas… j’assume…
Théo tire sur le drap et s’y glisse avec moi.
— Crois-moi, j’ai bien l’intention de faire en sorte que tu ne puisses plus te passer de moi.
Oh, mais tu fais déjà très bien le job, s’amuse Betty. Mais cette poule mouillée d’Ava n’est pas fichue de te l’avouer, hein ?!
Retourne dans ta chambre toi ! On est en plein en train de faire un truc et tu me déranges !
***
Super, je suis la première !
En ce lundi matin, je suis de très bonne humeur en foulant le sol du huitième étage pour assister à une nouvelle réunion. Après un week-end comme celui-ci, il m’est impossible de ne pas être heureuse et en pleine forme. Même si le repas chez mon père nous a fait rentrer tard. Mais Théo a repoussé mon réveil, ce matin. Grâce à lui, j’ai pu dormir plus longtemps. Ce qui fait que je ne l’ai pas vu et je lui réserve une petite plaisanterie histoire de me venger qu’il ait osé manipuler mon réveil.
La salle de réunion étant vide, je peux faire ce qu’il faut avant que la pièce ne soit envahie de mes collègues. Une fois que je me suis occupée de mes affaires, je m’installe à ma place habituelle. Quelques minutes plus tard, j’entends qu’on se racle la gorge près de moi. Je souris sans même prendre la peine de vérifier qui est là. Je le sais.
— Vous êtes en avance, miss Bailey.
— En avance pour la réunion, oui. Pour être à l’heure au travail, non, et c’est de ta faute, l’accusé-je sans être vraiment sérieuse.
Théo lève la main pour m’interrompre.
— Je t’arrête tout de suite. Si tu as dans l’idée de m’engueuler sache que je me fous complètement de ce que tu me diras. Je voulais que tu te reposes, j’ai fait ce qu’il fallait pour ça et basta !
Il avance jusqu’à sa chaise et la tire avant de lever un regard noir vers moi.
— C’est quoi ça ? me questionne-t-il en prenant le coussin que j’ai posé là quelques instants plus tôt.
— D’ici, je dirais un coussin…
— Ava !
Je joue des épaules.
— J’ai pensé que tu aurais peut-être un peu mal au cul, c’est tout !
— Et on en parle de Ton cul ? D’ailleurs…
Il fait voler le coussin dans ma direction.
— Tu en as plus besoin que moi.
— Vraiment ?
— Entre moi et ce petit machin que tu as ramené, il y a quand même une nette différence.
— Ton cul ne paie rien pour attendre, Allen ! Je vais m’empresser de retourner faire un peu de shopping.
Il prend place en se moquant de mon avertissement.
— Tu as des comptes à régler avec l’un de tes collègues, ce matin ? Je dois sortir les gants de boxe ?
— Ce n’est pas au programme.
Par contre, tu n’as aucune idée de ce qui t’attend, se marre ma Betty.
Le hacker de téléphone va bientôt le regretter !
Il roule des yeux.
— En même temps avec tout le mal que je me suis donné pour que tu sois sur un petit nuage…
— Je rêve…
— Bonjour !
L’arrivée de mon père coupe court à notre petit jeu de provocation. Il vient m’embrasser.
— Bonjour, papa.
Puis il serre la main de Théo.
— Ça va, Alex ?
— Super !
Il s’assied près de son sous-lieutenant.
— J’ai un vieil ami avec qui j’ai fait mes études qui est de passage en ville. Je dois le voir demain pour le déjeuner et j’aimerais bien que vous m’accompagniez si vous êtes dispos.
J’échange un regard curieux avec Théo.
— Je le suis, lui répond celui-ci.
— Moi aussi. Mais qui est cet ami ?
— Phil Barnes.
— Le Barnes des Éditions Hartley & Barnes de Chicago ? se renseigne Théo.
— C’est lui effectivement.
— J’ignorais que vous aviez fait vos études ensemble.
— Il a quitté Seattle juste après son diplôme pour suivre sa femme qui est journaliste. Là-bas, il a racheté une maison en difficulté, Hartley, et il l’a remise sur les rails.
— Et pas qu’un peu ! Ils ont très bonne réputation.
— Aujourd’hui, c’est son neveu qui reprend le flambeau. Phil et Amélia n’ont pas eu d’enfant. Ils voyagent tous les deux et j’ai pensé que ça serait sympa de nous retrouver tous ensemble.
— Moi, ça me va. Qu’est-ce que tu en penses, ma chérie ?
— Je vous accompagnerai. Pas de problème.
— Parfait ! se réjouit mon père.
Le reste de l’assistance arrive et moins de cinq minutes plus tard, la réunion débute. S’ensuivent les bavardages incessants du lundi matin qui, je l’avoue, ont tendance à me lasser.
Allez, allez, allez, Ava ! J’ai trop envie de m’amuser moi ! Ces réunions sont d’un rasoir. D’ailleurs, notre chéri fait mine d’être concentré, mais il est comme nous, il s’ennuie !
Un coup d’œil vers Théo m’apprend que son regard se balade sur l’écran de sa tablette et de prime abord, il me semble plutôt occupé. Mordant l’intérieur de ma lèvre, j’hésite à me lancer dans cette petite plaisanterie que j’ai échafaudée pour lui.
Ben oui ! Qu’est-ce que vous imaginiez ? L’histoire du coussin, c’était une délicate attention et, certainement pas, une blague à la hauteur de notre talent !
Bon, tu es gentille avec nos lectrices, oui !
Ben, amuse-les ! Parce qu’elles vont s’endormir ! Comme moi… dit-elle en étouffant un bâillement.
Finalement je craque. Je récupère mon téléphone et lui rédige ce SMS :
— Ava —
Tu sais, tu as beau faire celui qui bosse, nous ne sommes pas dupes.
Tout le monde sait que tu joues à Candy Crush pendant les réunions.
Je vois son téléphone s’illuminer quand mon message lui parvient. Il s’en empare et le consulte. Je reçois rapidement sa réponse :
— Théo —
Dois-je vous rappeler que nous sommes en pleine réunion, miss
Bailey ? Oh ! Vous saviez que votre nom était accroché à l’entrée de ce
bâtiment ? Cela doit vouloir dire quelque chose, non ? Merci d’être plus
attentive ! C’est un ordre de votre sous-lieutenant ! Et puis, c’est quoi ça,
Candy Crush ?
— Ava —
Je sais que tu as raison, mais je n’arrive pas à me concentrer ! C’est
de ta faute, tu es trop sexy…
— Théo —
Ce n’est pas parce que tu ne sais pas gérer tes hormones que tu dois
me déranger !
Quel petit con !
Fais-lui regretter ses paroles, Ava ! m’ordonne Betty.
— Ava —
Ma vie serait si simple si tu étais laid, bedonnant avec un
micropénis…
— Théo —
Désolé, mais je ne partage pas ton avis. Ma vie serait bien plus
compliquée si je n’étais pas séduisant, avec un corps de rêve et un pénis
aussi légendaire de par sa taille que son savoir-faire…
Avec un tel CV, pour quoi s’encombrer d’humilité me direz-vous ?
— Ava —
Je suis trempée avec tes conneries ! J’espère que tu es fière de toi.
Encore un peu et tu auras la mort de cette chaise sur la conscience !
— Théo —
Sois un peu sérieuse, maintenant. Je m’occuperai de toi samedi.
— Ava —
Samedi ? Ça y est, mon vagin vient de sombrer en dépression ! À
moins que…
Un petit rictus éclair se forme à la commissure de ses lèvres.
Le piège vient de se refermer sur toi, mon beau chéri, chantonné-je en moi-même.
— Théo —
À moins que quoi ?
Il est mort ! se marre Betty.
— Ava —
Disons que j’ai moi aussi pris quelques libertés avec ton téléphone. Si
tu fouilles un peu, tu trouveras une application qui s’appelle Magic vib’.
Ne cachant plus ni sa curiosité ni sa nervosité, il manipule son portable un bref moment avant de lever ses grands yeux noirs vers moi.
Il n’a pas l’air rassuré…
Je me disais justement la même chose !
— Ava —
Veux-tu me faire jouir, Théo ?
Un SMS qui récolte un nouveau regard perdu de la part de son destinataire. Je lui adresse un sourire affable pour ne rien révéler à mes collègues de ce qui se trame entre nous.
— Théo —
Je ne te crois pas ! Tu bluffes !
— Ava —
M’as-tu déjà vue en train de bluffer ? La question que tu devrais te
poser est davantage : est-ce que j’ai envie de participer ?
— Théo —
On est au beau milieu d’une réunion ! Mais qu’est-ce que tu me fais ?
— Ava —
Et je m’ennuie. Tu joues ou pas ?
Il pose son téléphone devant lui et s’affale sur sa chaise après avoir lu ce dernier texto.
Apparemment non…
Tant pis pour lui ! On sait s’amuser par nos propres moyens.
Déterminée à mettre mon plan à exécution que ce soit avec ou sans lui, j’ouvre cette fameuse application que j’ai préalablement installée sur nos deux appareils. Qu’importe qu’il se débine, de mon côté, je suis prête à en découdre avec l’œuf vibrant que j’ai glissé entre mes cuisses avant de rejoindre le huitième étage.
Fais-lui regretter de ne pas avoir tenté l’expérience ! m’encourage Betty.
C’est bien mon intention et je suis sur le point d’allumer l’œuf, mais celui-ci se met à vibrer sans que je n’y sois pour rien. Je lève les yeux et le rictus en coin de Théo suffirait presque à me faire jouir.
Consciente d’être entourée d’une bonne dizaine de personnes, je prends une profonde inspiration. Ce n’est pas tout de le provoquer. Maintenant, il faut pouvoir gérer le fait de prendre mon pied au milieu de mes collègues…
Je reçois alors un nouveau message.
— Théo —
C’est officiel, j’ai clairement peur de toi ! Tu es cinglée !!!
— Ava —
L’espace d’un instant, je me suis demandé où était passé le grand
compétiteur que tu es.
J’envoie ma réponse et juste après l’œuf se met à vibrer si fort que je fais un bond sur ma chaise en laissant filtrer un léger hoquet stupéfait. Ce qui n’échappe pas à ma voisine de gauche.
— Pardon, murmuré-je vers elle sans oser la regarder franchement. J’ai cru qu’une araignée me grimpait sur la jambe.
Elle me fait un sourire et se concentre à nouveau sur les dires du directeur de la collection portant sur la science-fiction.
— Théo —
Comme tu peux le constater, il n’est jamais loin…
Betty part dans un fou rire.
Il a osé sérieux ?!
Il aime que je le provoque…
Non, mais je parle de l’émoticône du petit bonhomme qui pleure de rire !
Je réprime un sourire et les yeux rivés sur la table devant moi, j’inspire profondément pour reprendre le contrôle de mon corps divisé entre le désir que me provoque l’objet bien dissimulé entre mes lèvres et le contexte sérieux dans lequel nous nous trouvons.
Si ma conscience professionnelle me réprimandait encore de vouloir me livrer à ce jeu, elle a totalement disparu dès l’instant où Théo a allumé l’œuf. Et ne rien laisser paraître de ce qui se passe au niveau de mon entrejambe me demande un effort de folie.
Ma Betty se moque de moi.
Hahaha ! Fais ta maligne maintenant, Bailey !
Oh ! La ferme toi !
En relevant ce défi, je me doutais bien que la situation était susceptible de m’échapper, que je m’exposais à un énorme problème si les personnes autour de nous venaient à comprendre ce à quoi nous nous livrons.
L’œuf vibre plus fort en moi. Théo joue avec moi, il me met au supplice. Je suis totalement impuissante et n’ai pas d’autres choix que d’encaisser le plaisir qu’il me donne. Doutant de plus en plus de pouvoir accueillir l’orgasme qui grossit entre mes cuisses, mes doigts me démangent d’éteindre l’œuf. Mes jambes se ferment l’une contre l’autre, je croise mes pieds comme si ça allait m’aider.
Bon, ben, on dirait bien que je dois une chaise à papa, hein !
Et je meurs d’envie de me trémousser dessus alors que ma blague est en train de se retourner contre moi. Je suis prise d’un désir fou de lever les yeux vers Théo pour jauger sa réaction. Quand je trouve le courage de le faire, il semble nerveux.
On se demande bien pourquoi, ricane Betty. Il joue du téléphone pour te chauffer la foufoune avec papounet à un mètre de lui.
Voilà pourquoi je voulais tant essayer, c’est incroyablement excitant, redoutablement grisant. Théo est sur le point de m’offrir un orgasme que l’on peut qualifier d’insolite à l’aide de son smartphone en présence de notre patron – mon père – et de nos collègues.
Betty, je n’en peux plus. C’en est presque douloureux !
Il ne reste plus qu’une chose à faire, ma vieille, me nargue-t-elle. JOUIR !
Mais je ne suis pas sûre d’y arriver sans que personne ne me voie…
C’est le moment que Théo choisit pour amplifier les vibrations de l’œuf.
J’ai chaud, bordel ! me récrié-je en moi-même.
Et le filet de sueur qui perle entre mes seins en est la preuve. Droite comme un I sur ma chaise, bonne à jeter soit dit en passant, j’agrippe le bas de ma jupe et enfonce mes doigts dans mes paumes alors que mon sexe pulse violemment. Je me contiens, je lutte contre cet orgasme qui veut éclater en moi.
Quand j’abandonne ce combat que je laisse exploser en moi cette jouissance, je n’ai aucune certitude sur le fait de pouvoir me retenir, de ne rien laisser paraître. Mes ongles griffent mes bas, je les enfonce dans mes cuisses. Mes dents se plantent dans ma joue pour empêcher le moindre son de m’échapper et, très vite, un léger goût de sang arrive dans ma bouche lorsque mon corps subit l’onde de choc de cet orgasme fou. Je dois maîtriser chaque partie de moi, rester concentrée pour ne pas fauter tandis que le plaisir coule en moi, que ce feu d’artifice éclate et me brûle le ventre. Mon sang tambourine dans mes veines et garder une respiration normale est une nouvelle obligation bien difficile à remplir.
Les secondes passent et mes muscles en sont douloureux tant je dois les contracter. Si ma tête est totalement connectée à l’instant, il faut un moment à mon corps pour s’apaiser, même si ce chambardement est intérieur.
C’est une fois en parfaite possession de mes moyens que je me risque à un coup d’œil vers l’homme aux commandes de ma débauche. Et ne pas rire de le voir blanc comme la neige n’est pas une mince affaire.
Son téléphone a retrouvé sa place sur la table. Il a le regard bas et sa mâchoire se crispe de manière compulsive. Je vois jusqu’à ses narines qui se gonflent un peu trop vite pour que ce soit normal.
— Maintenant Théo va vous exposer les modifications que nous avons apportées à notre interface de création numérique.
Oups…
Le voir se rectifier sur sa chaise à deux reprises pendant qu’il bidouille sa tablette me laisse perplexe.
Tu crois ce que je crois, Betty.
Elle a une moue assurée.
Un problème de chaussettes, affirme-t-elle. On est d’accord !
Je devrais me sentir coupable de l’avoir mis dans cet état alors qu’il doit s’adresser à ses collaborateurs, mais je l’ignorais et, après tout, il a activé l’œuf en toute connaissance de cause. Il se racle longuement la gorge avant de commencer son discours et son très léger bégaiement est à mourir de rire.
Si sa première erreur a été d’accepter de jouer avec moi, il commet la seconde en laissant son regard se promener sur moi.
Avec beaucoup de naturel et la plus grande discrétion, je glisse un doigt entre mes lèvres et le fais aller et venir avec une lenteur qui, je l’espère, rendra mon geste anodin. Sauf pour Théo, bien sûr. Ce qui le fait bafouiller. Me voilà contrainte de me mordre le doigt pour ne pas glousser.
Après cela, mon bloc-notes sera la seule chose que je contemplerai le reste de la réunion.
Peu enhardie à l’idée de l’affronter après le spectacle que je lui ai offert, je ne m’éternise pas quand mon père sonne la fin de notre rassemblement. Je suis l’une des premières à déguerpir et c’est avec le même empressement que j’entame le couloir du huitième étage en direction de l’ascenseur quand une présence attire mon attention.
Je sens qu’on me détaille avec intérêt. Je ralentis la cadence et remarque cette femme qui patiente près de la baie vitrée non loin des ascenseurs. Une petite cinquantaine, les cheveux blonds coupés à hauteur des épaules et une allure impeccable, elle me toise un sourire naissant en coin. Je m’attarde sur les traits de son visage et je suis interpellée par ses yeux profondément noirs.
— Bonjour, Ava, me dit-elle quand je suis plus proche.
Cette fois, elle sourit plus franchement. Sûrement à cause de ma réaction. Il y a bien une idée qui germe en moi sur l’identité de cette femme.
— Bonjour.
Elle hoche la tête, visiblement amusée de me voir me creuser les méninges.
— Oui, c’est bien moi, ricane-t-elle.
— Madame Allen…
Au niveau du regard, ça ne fait aucun doute, c’est bien elle ! Elle a la même profondeur que son fils dans ses iris sombres.
— Melinda, s’empresse-t-elle de préciser.
— Je suis…
Je lui offre ma main qu’elle accepte.
— Je suis ravie de vous rencontrer.
— Plaisir partagé.
— Je… euh… Théodore ne va pas tarder à arriver. On vient de finir notre réunion.
Elle glousse.
— Il doit adorer vous entendre le nommer ainsi.
— Vous n’avez pas idée. Il m’a dit que vous déjeunez tous les deux.
— J’avais un rendez-vous en ville. On a décidé d’en profiter.
— Mais tout va bien ?
J’imagine que c’est sûrement déplacé de la questionner ainsi, mais Théo tient tellement à sa mère. Je n’ose pas imaginer dans quel état il serait si son état de santé se détériorait.
— Oui, oui, rassurez-vous. Je vais très bien.
— Je suis heureuse de l’apprendre.
— J’espère que je ne vous empêche pas d’aller quelque part, s’inquiète-t-elle alors.
Je suis sur le point de lui dire que non quand je sursaute.
— Est-ce que tout va bien ?
— Oui, oui, dis-je en serrant les cuisses.
C’est seulement votre fils qui vient de rallumer l’œuf…
Il n’en faut pas plus pour que ma Betty se mette à se rouler par terre en riant aux éclats.
C’est ça de jouer avec une technologie que tu ne maîtrises pas, me nargue-t-elle.
Mais quel crétin !
Je voudrais sortir mon téléphone de ma poche pour l’éteindre moi-même, mais comment ne pas paraître impolie aux yeux de la mère de Théo ? Je me pince les lèvres pour ne pas hurler quand il accélère. Mon portable vibre depuis ma poche.
Théodore Allen, je vais te faire la peau !
J’enfonce mes pieds dans mes chaussures quand mon sexe se met à vibrer.
— Je ne devrais pas vous dire ça, mais Théo est intarissable à votre sujet.
J’ai un sourire que j’espère moins crispé que moi.
— Mais je pense pouvoir vous demander de ne pas lui répéter que je vous ai fait cette confidence.
J’acquiesce.
— J’ai bien cerné son côté réservé, ne vous inquiétez pas.
Formuler cette phrase de manière cohérente me demanderait presque autant d’efforts que de courir le marathon de New York.
Je crois que sa mère est sur le point de prendre la parole, mais son regard se perd derrière moi.
— Bonjour, mon chéri.
— Maman !
Théo arrive sur ma droite et embrasse sa mère. Moi, je n’ai pas bougé d’un cil parce que j’ai toujours ce maudit truc qui s’agite entre mes cuisses !!!
— Je vous laisse deux secondes et vous avez réussi à vous trouver, nous dit-il amusé avant de se tourner vers moi. Je n’ai plus besoin de faire les présentations apparemment.
— Eh non ! se réjouit sa mère.
Théo m’adresse un sourire affable.
— Mon chéri, lui dis-je en lui caressant le bras. Rassure-moi, tu n’as pas oublié ton téléphone en salle de réunion.
— Mon téléphone ?
— Tu sais ce gadget électronique avec tout plein d’applications.
J’accentue volontairement ce dernier mot et le message passe bien chez mon voisin si j’en crois les yeux ronds qu’il me sort.
— Oh, bafouille-t-il gêné. Oui, oui…
J’adresse un sourire à Melinda.
— Il a la fâcheuse habitude de l’oublier un peu partout.
— Maman, je peux te laisser deux petites minutes. Je vais chercher mes affaires et je reviens.
— Bien sûr !
— Ava, accompagne-moi, s’il te plaît !
Si tu penses que tu vas me laisser là avec ta mère et cet œuf de malheur qui cherche à me soutirer un nouvel orgasme…
Après un nouveau sourire à sa mère, je me lance derrière Théo.
Nous faisons quelques pas et quand nous sommes à bonne distance de sa mère, je lui colle un coup de coude dans le flanc.
— Éteins-le !
Théo sort son téléphone de sa poche et il ne semble pas plus pressé que ça d’ailleurs.
— Oui, oui… une seconde…
— Je vais te faire la peau, Allen.
Il le coupe enfin et ouvre la porte de son bureau dans lequel je m’engouffre. Là, je lui fais front, prête à l’engueuler. J’enfonce mon regard dans le sien et desserre la bouche quand je me ravise pour éclater de rire. Théo en fait autant.
— Je voulais tester la portée de ce machin, dit-il hilare.
— Et je viens de passer pour une espèce de folle aux yeux de ta mère.
Il fait un pas vers moi et d’une main sur la chute de mes reins, il me ramène contre lui. Sa seconde main se faufile sous ma jupe.
— Une folle qui sait sacrément bien m’exciter, lâche-t-il avant d’investir ma bouche.
Ses doigts remontent le long de mes bas. Leur découverte le fait grogner.
— Je vais te le retirer.
Je réponds en l’embrassant plus fort et Théo ne perd pas un instant pour se faufiler sous mon tanga. Je le sens tirer sur la cordelette reliée à l’œuf. D’abord doucement, puis d’un coup sec qui m’arrache un hoquet.
Fier de lui, le regard pétillant, il me le présente.
— Ouvre la bouche.
J’ouvre les yeux en grand.
— Allez !
J’obéis et écarte les lèvres. Théo glisse l’œuf entre elles.
— Lèche-le !
J’accepte et découvre le goût de mon plaisir sur cet objet puis il le récupère et le range dans le premier tiroir de son bureau.
— J’ai une quantité d’idées qui impliquent cet œuf. Du coup, je vais le garder.
Je fais la moue tandis qu’il passe son manteau. Quand il est à mes côtés, il m’assène une douce fessée.
— En route, ma déesse !
Je lui lance un regard cinglant.
— Je trouve que tu prends un peu trop tes aises, Allen !
Il ouvre la porte et se penche vers moi.
— Il ne fallait pas ouvrir la boîte de Pandore, Bailey !
Je passe devant lui l’air renfrogné, mais ça ne dure pas longtemps, car bientôt nous retrouvons Melinda.
— Je suis très contente de vous avoir croisée, me dit-elle alors.
— Moi aussi.
— Je passe te voir dès que je rentre de déjeuner, me prévient Théo en déposant un baiser sur ma tempe.
Melinda me regarde puis son fils. Elle semble attendre quelque chose de lui.
— On y va, l’invite Théo en lui offrant son bras.
Elle l’accepte et se tourne une nouvelle fois vers moi.
— J’espère vous revoir bientôt.
Je la remercie d’un sourire sincère.
— Avec grand plaisir.
Et Théo la guide jusqu’à l’ascenseur. Je les observe disparaître avec un pincement au cœur.
C’est moi ou on est de trop, ma Betty ?
Mouais… Je ne sais pas trop quoi en penser…
Je hausse les épaules et redescends à mon bureau en me demandant pourquoi Théo ne se sent pas prêt à partager ce genre de moments avec moi.
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