Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)

d’emportement. Recouvrer mon calme m’a pris un…

Guimauve…

 

d’emportement. Recouvrer mon calme m’a pris un temps fou après mon retour dans les quartiers de Romance. Ce qui n’était pas vraiment gagné vu mon degré

L’attitude de Darren incarne tout ce que je craignais en intégrant Bailey : qu’on me juge trop jeune pour assumer mes responsabilités, qu’on ne me prenne pas au sérieux et surtout, qu’on attribue ma présence dans ce bureau à mon nom de famille et non à mes compétences. Et je n’ai pas l’impression d’avoir contré toutes ces médisances en agissant de la sorte.

C’est bien joli tout ça, rétorque ma Betty. Mais tu ne peux pas non plus te laisser marcher dessus ! Tu peux aussi défendre tes intérêts sans passer pour une arriviste.

Je soupire devant l’écran de mon ordinateur sur lequel je louche depuis des heures. Ma vue se trouble. Je me frotte les yeux.

Maudites lentilles.

Avec tout ce remue-ménage, j’ai oublié mon collyre hier soir.

Erreur fatale, me nargue Betty.

Je récupère mon étui dans mon sac et m’en débarrasse pour les troquer contre mes lunettes.

— Une vraie Bailey, hein ?

Mon cœur partant au galop, je lève le nez en direction de la porte de mon bureau. Théo est appuyé au chambranle et son regard se fronce quand il me voit. Mais très vite, il a un sourire timide à mon intention.

— Quelle sortie.

Je me cache dans mes mains, morte de honte.

— Théo, je suis mortifiée…

Je perçois qu’il s’agite autour de moi. Son parfum m’arrive et je sais qu’il est à mes côtés.

— Je suis tellement navrée, gémis-je.

— Tu auras du mal à trouver quelqu’un dans cette boîte qui ne se s’est pas engueulé avec l’un de ses collègues. Ce n’est rien, Ava.

— Mais je ne me suis pas emportée pour de bonnes raisons.

— Tu es loin d’avoir la place la plus facile ici. Tu apportes un vent de fraîcheur que des personnes comme Darren ont du mal à tolérer parce qu’ils sont de la vieille école.

Il me pousse gentiment.

— Tu es une éditrice 2.0.

Un peu frileuse à l’idée de rire de ce qui ressemble fortement à une boutade, je lance un coup d’œil en direction de mon voisin. Il ricane. Dans un besoin de réconfort, d’en recevoir autant que de lui en donner, mon front repose sur sa hanche.

— J’ai cru qu’on resterait à la maison aujourd’hui. J’étais prête à appeler mon père pour lui dire qu’on ne viendrait pas au bureau.

Sa main passe dans mes cheveux.

— Voilà une belle occasion manquée.

— J’ai pensé que tu ne serais pas en état de travailler et je ne voulais pas te laisser, mais tout est parti en vrille.

— J’ai été pris au dépourvu en comprenant que j’étais chez toi. Je l’ai compris en ne trouvant plus ma douche, rigole-t-il.

J’en fais autant.

— Je n’ai pas été très patient.

Je lui présente mes yeux.

— Pourtant, tu l’es. Tu es peut-être arrivé à bout…

— Bien sûr que non, dit-il en cajolant ma joue. J’ai…

Il soupire.

— Il s’est passé un peu trop de choses, ce week-end.

Théo s’accroupit pour être à ma hauteur. Son regard noir et brillant se perd dans le mien.

— Je n’ai jamais aimé avant toi, Winy.

Je me mords l’intérieur de la joue pour ne pas fondre en larmes.

— C’est très perturbant parce que je ne suis pas quelqu’un de loquace, mais avec toi, j’ai envie de parler, de te dire tout ce qui me passe par la tête.

— Tu peux le faire, je t’assure. Tout ce que je sais de toi et ce que tu me raconteras sera en sécurité avec moi.

Je baisse les yeux.

— Ton cœur aussi l’est. Je… bégayé-je. Je ne suis pas très douée pour te dire que…

Ses doigts fermés dans ma nuque, il me ramène à lui, à ses lèvres.

— Tais-toi, susurre-t-il contre elles.

Son prénom s’écrase sur sa bouche.

— Je viens de passer une heure à discuter avec ton père…

Euh… temps mort ! se manifeste ma Betty. Ils ont parlé tous les deux ? Tu crois que c’est possible ça, Ava ?

Pourquoi pas ?

— Il m’a fait remarquer, à juste titre, que je ne me gênais pas pour le reprendre quand il allait trop vite avec toi en ce qui concerne Bailey. J’en ai fait autant en ce qui nous concerne.

— Mais tu as besoin que je te rassure.

— J’ai besoin que tu restes fidèle à toi-même. Et qui es-tu, Ava ?

Je recule, étonnée par sa question qui me déroute.

— Tu sais que…

Il ramasse ma paire de lunettes dont je me suis débarrassée plus tôt et les replace sur le bout de mon nez.

— L’espace d’un instant, j’ai fait un bond de cinq ans en arrière.

Je me mords la lèvre.

— Et ?

— Et, dit-il en luttant contre son sourire. C’est vrai, tu n’avais pas d’acné.

— T’es bête, marmonné-je en baissant la tête pour lui cacher que je rougis.

— J’ai apprécié que tu ne lui aies rien dit pour ma mère.

— Et tu l’as fait ? 

— Oui, et il s’est excusé de ne pas m’avoir écouté à l’époque.

— Alexander Bailey présentant ses excuses, badiné-je.

— Un grand moment, rigole-t-il.

— Je suis contente que vous ayez pris le temps de vous expliquer. C’est important pour toi.

— Ava ? m’appelle-t-il soudainement comme s’il était parti à mille lieues d’ici. Tu m’aimais lors de ton stage ?

Mon cœur manque une mesure.

Qui a monté le thermostat ? s’écrie ma Betty en s’agitant dans tous les sens. Non parce qu’on est en plein désert du Sonora tout à coup !

Terrifiée à l’idée de lui faire cette révélation, j’acquiesce lentement.

— Et c’était une petite passade ?

Je secoue la tête, un sourire naissant à la commissure de mes lèvres.

— C’était plutôt le bon gros crush qui te fait littéralement exploser le cœur en un millier de petites guimauves.

— Et j’ai loupé ça ?

Je hausse les épaules.

— Ce n’était pas notre moment, c’est tout…

— En toute franchise, ce matin, en quittant ton appartement, j’avais pris ma décision : soit on entamait une vraie relation sans jeux et sans règles, soit on s’arrêtait là.

Ava, tu fais ce que tu veux, mais tu me rattrapes le coup ! Hors de question de faire l’impasse sur la gourmandise, tu entends ?!

J’ignore cette chipie et me concentre sur Théo.

— J’étais en colère et j’avais mal.

— Et c’est encore le cas ?

— J’y vois un peu plus clair et je vais nous laisser aller au bout du jeu. Hier, je ne voyais pas ce qui pouvait se passer pendant ces quinze jours qui te ferait tomber amoureuse de moi. Aujourd’hui, je me dis que tu n’as de cesse de me surprendre. Il n’y a aucune raison que tu ne continues pas sur cette lancée. Tu apprends à me faire confiance. Moi, je dois conjuguer avec notre passé pour vivre notre présent et écrire notre futur.

— C’est de ça dont tu parlais ? lui demandé-je front contre front. Hier, tu as fait référence à ce que tu voulais pour nous. Tu pensais à notre avenir ?

— J’y songe souvent, c’est vrai. Tout ce que tu me fais vivre depuis que tu es revenue dans ma vie m’ouvre une sacrée perspective de possibilités dont je n’avais jamais osé rêver avant.

— J’aimerais que tu partages ça avec moi.

J’enroule mes bras autour de son cou.

— Viens à la maison, ce soir. On se fait à dîner, on s’enferme dans ma chambre et tu me racontes tout.

Ses lèvres dansent avec les miennes.

— Sur le fond, j’adore.

— Mais pas sur la forme ? gloussé-je.

— Le passage où on est dans ta chambre me fait un peu peur.

— À cause de la règle ? C’est une modalité dont tu aimerais qu’on reparle.

— Elle fait partie intégrante du jeu et il n’a plus vraiment de sens sans elle, alors non, je veux que la règle reste.

Je fronce le nez.

— Je sens déjà que tu vas le regretter, Allen.

— Je le regrette déjà Bailey ! dit-il en m’embrassant.

— Mon père est déçu, non ?

Théo a une drôle de tête comme s’il ne comprenait pas le sens de ma question.

— À cause de cette histoire avec Darren ?

— Il s’attendait à plus de professionnalisme de ma part.

— Tu es trop dure avec toi-même et j’ai senti papounet plutôt fier de sa progéniture.

— Je ne vois pas pourquoi.

— Parce que tu ne te laisses pas piétiner. Tu défends ton travail, tu es exigeante, tu attends qu’on fasse ce que tu veux…

— Ce n’est pas mon rôle, Théo, m’indigné-je.

— Mais lui ne te voit que dans un seul rôle ici…

Je jure.

— C’est comme ça, tu ne le changeras pas. Maintenant, il te laisse du temps et de l’espace. Tu ne peux pas le lui reprocher. Il a compris le message.

Je fais la moue.

— Je laisse couler avec Darren ?

— On va faire en sorte que tu puisses sortir ton livre à la date que tu souhaites, mais n’en fais pas une habitude.

J’opine du bonnet, ravie d’avoir eu gain de cause.

— Merci, mon sous-lieutenant.

— J’ai étudié ton projet de plus près.

— Oh…

— Et j’adore le principe.

— Vraiment ? Tu es sincère ?

— Ce qui se passe entre nous en dehors de Bailey n’influence pas le regard que je porte sur ton travail, si c’est ce que tu redoutes.

Ma bouche se tord.

— Je ne voudrais pas que vous soyez indulgents parce que vous m’aimez.

— Ce n’est pas le cas, sois tranquille. Tu peux foncer pour ton idée. Montre-leur un Bailey plus moderne, plus tourné vers le monde. C’est plus frais, plus léger, comme toi.

Je lui ébouriffe sa tignasse noire.

— Je suis plus fraîche que toi, ça, c’est sûr ! 

Il fait rouler ses yeux.

— C’est tellement facile que tu me déçois. Tu m’as habitué à bien plus cinglant en matière de vannes.

Je lui adresse un sourire angélique.

— Je passe te chercher à 18 h, ça te va ?

— Tu as récupéré ta voiture ?

— Jacob est passé tout à l’heure.

— Et ça va entre vous ?

— Bien sûr !

— OK ! Mais je suis venue en voiture, ce matin. Je dois rejoindre Mack après le travail. Elle m’a parlé d’une boutique et on doit y faire un saut.

— Eh bien, je te rejoindrai plus tard.

Il se lève.

— Envoie-moi un texto quand tu rentres chez toi.

J’attrape mon sac à main et fouille dedans. J’en sors un trousseau de clefs et les lui tends.

— Si tu préfères, tu rentres directement chez moi, tu te mets à l’aise et tu nous attends. On prendra à manger en chemin.

Il ramasse les clefs.

— Pourquoi pas.

— On n’en aura pas pour longtemps.

Je tire sur sa cravate.

— Je veux un baiser, réclamé-je en l’attirant à moi.

— Il n’y a pas une carte livrée avec les clefs, ma dominatrice.

Je secoue la tête sans abandonner ses lèvres.

— J’ai oublié la carte à la maison, ce matin. Et il n’y a pas de dominatrice. Il n’y a qu’Ava et Théo découvrant, comme tu l’as dit plus tôt, une perspective de possibilités.

— J’adore les possibilités, dit-il en m’embrassant. Surtout celle de te donner bientôt une fessée.

— Aoutch ! Mon derrière n’a qu’à bien se tenir.

Il finit par s’éloigner en riant et je me sens bien triste qu’il le fasse. Je l’observe sortir, heureuse comme jamais qu’il n’ait pas décidé de couper court à notre jeu.

Avant la gourmandise ? IMPOSSIBLE !

Attends, Betty ! Il n’a pas dit oui, et ce péché, je le redoute vraiment.

Mouais, j’avoue, je suis sceptique moi aussi…

— Théo ! l’interpellé-je avant qu’il sorte.

Son beau visage se tourne vers moi.

— Ces clefs, c’est un double et j’aimerais que tu les gardes…

— Vraiment ?

Je hoche la tête, sûre de moi.

— Merci, Winy. Ça me touche.

Il sort et je m’apprête à reprendre ma séance de louchage sur mon écran quand il revient.

— Tu sais, les lunettes…

— Oh !

Je les retire.

— Elles sont immondes. J’ai les yeux irrités, aujourd’hui.

— Je te préfère avec.

— Mais je suis horrible comme ça !

— Non, tu es joliment toi. Plus authentique, plus naturelle, sans artifice. Exactement comme tu l’étais, il y a cinq ans. Il n’y a qu’un détail chez toi qui m’aurait empêché de tomber amoureux de toi à l’époque.

Il se met à pianoter sur l’encadrement de la porte en regardant dans le couloir.

— Ton âge…

Et il disparaît brusquement sûrement pour ne pas affronter ma réaction après un tel aveu. Et il ne loupe pas grand-chose, si ce n’est ma mâchoire qui s’écrase contre mon bureau, mon regard hagard et mes bras ballants.

Alors ça…, bafouille Betty aussi estomaquée que moi.

Comme tu dis… alors ça…

***

— Mais juste le bruit du fouet, Ava ! Huitisch !

Je lève les yeux au ciel en voyant Mackenzie mimer un coup de fouet dans le vide tandis que nous remontons les marches donnant sur notre immeuble.

— Tu ne fais rien qui pourrait le mettre dans l’embarras. Ne me fais pas regretter de t’avoir parlé de ça. C’est très personnel.

— Oui, ma dominatrice.

Je la chahute encore quand nous entrons dans le bâtiment en saluant Duncan, installé derrière son comptoir.

— Bonsoir, mesdames. Comme monsieur Allen était présent, je n’ai pas pris la peine de vous prévenir de l’arrivée de madame Castillo.

Hein !?! C’est une blague.

Je me stoppe net.

— Pardon ?

— Je suis désolé, mais comme vous m’avez expliqué que monsieur Allen occuperait souvent l’appartement…

J’échange un regard avec ma voisine. Elle sait à quel point je suis dans la mouise.

— Il y a longtemps qu’elle est là ?

— Une petite demi-heure. Je suis navré…

— Ce n’est pas de votre faute. Il n’y a pas de problème, Duncan.

Je remonte le hall, Mack sur mes talons.

— J’appelle les flics et l’agence de nettoyage de scènes de crime.

— On peut faire plus léger dans l’humour, s’il te plaît, la grondé-je en appuyant comme une folle sur le bouton d’appel de l’ascenseur. C’est la merde, Mack.

Nous nous y engouffrons.

— Vois le bon côté des choses, tu as eu quelques super orgasmes. Juste avant la gourmandise, c’est trop con…

Je soupire. À notre étage, nous remontons le couloir.

— Il faut qu’elle débarque le soir où je lui donne les clefs de l’appartement, grommelé-je en ouvrant la porte.

Sans perdre une seconde, j’entre en trombe et me retrouve nez à nez avec ma visiteuse qui fait le pied de grue dans le salon.

— Bonjour, maman.

— Ava Holly Bailey !

Super…

Les mains enfoncées dans ses hanches, ma mère se dresse entre moi et mon pauvre Théo adossé à l’îlot de cuisine.

Son visage, habituellement si amical et doux, est devenu sévère et courroucé. Je la connais pour savoir qu’elle va me sermonner sévère.

— Ton père ! s’écrie-t-elle. Il a fallu que ce soit lui qui m’avertisse de ton agression.

On ne te remercie pas, papounet !

Même Mack, qui reste planquée dans l’entrée, reçoit un regard bien senti de la part de ma mère.

— Bonsoir, Theresa, dit-elle prudemment.

— Si je ne t’ai rien, c’est seulement que tout allait bien, maman…

— Tout va bien ? crie-t-elle de plus belle. Ça n’est pas l’impression que j’ai eue en arrivant ici et en trouvant cet homme dans ton appartement.

La voir pointer Théo du doigt de cette manière me fait si mal pour lui que je ne peux me retenir de monter au créneau.

— Laisse-le en dehors de ça !

— On parle de Théo Allen, Ava !

— Oui, je suis au courant. Je sais encore avec qui je partage ma vie, maman, mais ça ne regarde que moi.

— Et je suis supposée attendre sagement que tu rentres à la maison avec le cœur en miettes comme la première fois…

— Maman, tu arrêtes ! Je ne rentrerai plus, ma vie est ici, j’ai mon travail et je l’adore, Mack est avec moi et même si je comprends tes réticences, j’ai Théo. Quoi qu’il se soit passé, c’était il y a des années et nous avons tous changé depuis. Plus vite tu le comprendras, plus vite nous pourrons passer à autre chose.

Théo, qui n’avait pas remué, traverse le salon pour me rejoindre.

— Je vais vous laisser…

— Non, attends, dis-je pour le retenir, mes mains remontant sur son torse. Reste, je t’en prie.

— Ma présence ne va pas arranger les choses, bien au contraire. Vous avez besoin de discuter.

— C’est avec toi que j’ai envie de le faire. On avait des projets.

— Et on s’offrira ce tête-à-tête, mais ce n’est pas le bon moment.

Me moquant du regard désapprobateur que ma mère laisse s’éterniser sur nous, je l’enlace.

— Il y a un jour où il n’y aura plus que nous, promis…

Il se penche à mon oreille.

— Tu sais qu’il va falloir que j’évacue toute cette frustration à un moment donné, y susurre-t-il d’une voix qui ne laisse aucun doute sur ce qu’il entend par-là.

Je l’embrasse dans le cou.

— Il me tarde…

— On se voit demain au bureau.

Après avoir récupéré ses affaires, il lance un regard froid en direction de ma mère et la salue de la même manière. Il est bien plus chaleureux quand il s’adresse à Mack. Je le raccompagne jusqu’à la porte furieuse de devoir le laisser s’en aller.

— La rencontre avec tes proches restera vraiment un moment mémorable de notre relation, me titille-t-il tandis que je l’escorte vers l’ascenseur.

— Arrête, soupiré-je. Tu n’as pas idée comme je m’en veux d’avoir partagé cette histoire avec elle.

— Tu en avais besoin et elle fait son job de maman.

Il se frotte la nuque.

— J’ai compris qu’elle savait quand Duncan m’a appelé par mon nom. J’ai cru qu’elle allait me flinguer sur place.

— Je ne comprends pas pourquoi mon père ne m’a pas averti.

— Ça lui est sûrement sorti de la tête…

Sa main câline ma joue.

— Maintenant, va la rejoindre et essayez de bavarder. Dans l’immédiat, je pense qu’elle a besoin de savoir que tu vas bien. Fais de ton mieux pour qu’elle reparte pour la Floride rassurée.

Il grimace.

— Je suis égoïste si je dis que le plus tôt sera le mieux ?

Je secoue la tête, un sourire en coin.

— Avant samedi soir ! dit-il très sérieusement en me pointant du doigt. Ou je la jette moi-même dans le premier avion pour Miami.

Je ris plus franchement. L’ascenseur s’ouvre. Il s’apprête à y monter, mais je le retiens et, me dressant sur la pointe des pieds, je dépose un baiser sur sa joue.

— Tu es mon rêve, Théo. Depuis cinq ans, sans jamais y croire, j’ai rêvé que tu me regardes un jour.

Ses yeux noirs se plongent en moi.

— Et je ne vois plus que toi, Winy. Ce n’est plus un rêve…

Il entre dans l’ascenseur.

— Tu sais, si on vient à bout d’Alex, je pense qu’on viendra à bout de ta mère…

— Tu es mignon quand tu es naïf, mon chéri. Papounet, c’était juste un échauffement.

— Dans ce cas, on se revoit quand elle retourne en Floride.

Je lui fais un signe de la main.

— Bye.

Les portes commencent à se refermer.

— Je t’aime…

Il disparaît complètement.

— Moi aussi, je t’aime. Depuis si longtemps…

Espèce de froussarde, se moque Betty.

C’est faux ! Je veux seulement un beau final pour nous. On ne l’a pas volé.

D’un pas traînant, je retourne à mon appartement, peu enhardie à l’idée d’affronter ma mère.

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