Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
à ce que j’allais porter, me donner…
Bailey me revoilà
à ce que j’allais porter, me donner de l’allure en pensant à l’effet que je lui M’apprêter pour me rendre au travail ; un détail de ma journée qui m’avait atrocement manqué. J’adorais penser ferai. Jamais avant de prendre mon poste chez Bailey, je n’ai été aussi coquette. Il suffit de voir mon budget pour mes vêtements depuis le mois d’octobre ; j’en ai presque honte, mais le voir loucher sur mes tenues et perdre ses mots n’avaient pas de prix.
À cause de cette béquille que je dois me trimballer encore quelque
temps, j’ai dû renoncer à mes talons hauts et aux dix centimètres qu’ils m’offrent. J’ai également fait l’impasse sur les lentilles et renoué avec mes vieilles lunettes. C’est sûrement très bizarre, mais je n’ai plus l’impression de jouer un rôle, de me donner un genre et d’être davantage la Ava d’avant.
Avant que je me plie en quatre pour obtenir les faveurs de l’homme
qui a volé mon cœur, il y a longtemps. Avant les artifices, le jeu et toutes ces passes verbales derrière lesquelles je cachais ma vulnérabilité.
Depuis mon réveil, Mack m’a demandé une bonne dizaine de fois si je
me sentais toujours d’attaque pour reprendre le travail et ma réponse a été la même à chaque fois : « Ouiiii ! Je suis trop contente de retourner travailler ! »
Je vais rejoindre Molly, bosser sur un manuscrit et, surtout, retrouver
cette fabuleuse dynamique, cette envie grisante de déterrer des trésors, de les laisser me montrer leurs atouts, leurs potentiels et tout faire pour les mettre en valeur.
Alors, j’ai pris des engagements et papounet ne va rien lâcher, mais je
les respecterai, car je le sais très capable de me virer. Je ne vais pas lui donner l’opportunité de mettre ses menaces à exécution. Et puis, mon planning, aussi maigre soit-il, risque de m’éprouver. Je dois me ménager si je ne veux pas avoir à revenir en arrière.
Comme mon père me l’avait stipulé, il a mis un chauffeur à ma
disposition.
Moi qui raffole de ce genre d’excentricités, hein ! Il est presque 9 h lorsque je quitte mon immeuble sur Terry Avenue où
m’attend cette grande berline noire et un homme d’une bonne trentaine d’années portant un costume impeccable pour me tenir la portière.
De mieux en mieux !
— Bonjour, madame Bailey, m’accueille-t-il paré d’un sourire affable. — Bonjour.
— Je suis John et je serai votre chauffeur pour les prochaines
semaines, se présente-t-il d’un ton très courtois.
Il me tend une carte de visite.
— Voici mon numéro. Si vous avez besoin de quoi que ce soit,
appelez-moi.
— Merci, John.
Je m’installe sur la banquette arrière et me hâte d’enregistrer ce
nouveau numéro dans mon portable. Je termine quand John s’installe derrière le volant.
— Pas de changement d’itinéraire, madame Bailey ? Je vous conduis
toujours au travail ?
— S’il vous plaît.
Il démarre et, même si me trouver dans cette situation me met un peu
mal à l’aise, j’apprécie ce confort vu la fragilité de mon genou. Malgré le trafic, il ne nous faut pas longtemps pour arriver au pied du bâtiment des Éditions Bailey.
Et mon petit cœur bat comme au premier jour pour elles. John vient m’ouvrir et a même la délicatesse de m’aider à descendre
de la voiture.
— Je vous attendrai ici même à 12 h, madame. — Très bien. Merci pour tout.
J’ai un sourire poli pour cet homme très serviable.
— À tout à l’heure.
Mon sac suspendu à mon bras, mon autre main fermée sur cette
fameuse béquille, je fais quelques pas sur le trottoir en direction de l’entrée heureuse à l’idée de retrouver ce lieu si familier et un peu de ma routine. Impatiente, je m’apprête à en franchir le seuil quand :
— Ava Bailey ?
Je fais volte-face en entendant mon nom lancé dans la rue. Je balaie les
environs et localise une jeune femme parée d’un tablier qui trottine vers moi.
— Bonjour, dit-elle le souffle court en arrivant devant moi. — Bonjour.
— C’est pour vous, m’apprend-elle en m’offrant un gobelet en carton
fumant.
— Pardon ?
Elle me colle cet étrange présent dans ma seule main libre. — C’est de la part de…
— Théo, finis-je pour elle en contemplant le gobelet. J’ai reconnu son écriture.
— C’est ça.
Elle jette un coup d’œil derrière elle.
— Il faut que j’y retourne. Passez une bonne journée. — À vous aussi…
Je lui parle sans la regarder, je suis bien trop occupée à lire cette
inscription manuscrite laissée par Théo : « Bonne reprise, mon ange. Ne travaille pas trop. Tu me manques. Je t’aime et je t’attends ».
Immédiatement après avoir lu ces quelques mots, je scrute les
environs, certaine qu’il est là. Et mon instinct ne m’a pas trompée. Appuyé contre un panneau de signalisation, il tient lui aussi un gobelet entre ses mains. Incapable de détourner les yeux de sa direction, je le passe en revue et je n’aime pas vraiment ce que je vois : il est cerné, j’ai même l’impression que ses joues sont légèrement creusées, il a un côté négligé qui ne lui est pas habituel ; habillé de manière bien plus décontractée que d’ordinaire, il reste redoutablement séduisant.
Sa main disparaît dans la poche de son jean, il en sort son portable. Il
le manipule. Je sursaute quand mon propre téléphone se met à sonner dans mon manteau. L’appel provient de lui, évidemment. Mes yeux se fixent sur l’écran sans vraiment savoir si je vais répondre. Je n’ai pas encore statué sur la question, mon doigt se charge de glisser sur l’écran pour prendre cet appel. Le simple fait de porter mon portable à mon oreille me demande de longues secondes. Je mène toujours ce combat intérieur : est-il vraiment judicieux de lui parler ? En suis-je capable ?
— Bonjour, mon amour.
Sa voix est chaude, amoureuse et soulagée. Il est posé et tranquille
alors que moi, j’ai le cœur qui se décroche dans ma poitrine.
— Ce que tu es belle, ce matin.
J’imagine qu’il s’attend à ce que je lui réponde, mais les mots
demeurent bloqués dans ma gorge. Impossible de desserrer les dents.
— Je ne te retiens pas longtemps, ne t’en fais pas. Simplement pour te
dire : 103.
Je fronce les sourcils.
103 quoi ?
— Tu comprendras bientôt. Passe une belle journée et prend bien soin
de toi, s’il te plaît. Je t’aime, Winy.
Il raccroche avant de traverser la route pour monter au volant de sa
voiture. Un peu déroutée par cet échange, je l’observe et mets un petit moment avant de rentrer dans le bâtiment de Bailey.
Le hall d’entrée est assez mouvementé, ce matin, et j’aime l’énergie
qui m’entoure alors que je me dirige vers l’ascenseur. Là, je croise madame Dewitt et Andy avec qui j’échange quelques mots. Ils me souhaitent un bon retour et je suis très touchée par leur sollicitude.
Au sixième étage, l’accueil est encore plus chaleureux, car toute mon
équipe m’attend avec un petit-déjeuner, un bouquet de fleurs et une banderole pour me souhaiter un bon retour. Je prends le temps de les saluer, de les remercier les uns après les autres pour cette douce attention orchestrée par Molly et elle n’est pas peu fière de sa manigance.
Les remerciements finis, mes collègues se jettent sur ce petit buffet
improvisé quand Molly coule son bras sous le mien.
— Alex ne va pas tarder à arriver, mais avant je te conseille d’aller
déposer tes affaires dans ton bureau.
Même si je suis un peu surprise par sa recommandation, j’obéis et
retrouve cet endroit que j’aime tout particulièrement. Rien n’a vraiment bougé ici, mais moi, ai-je encore quelque chose en commun avec celle qui a quitté ce bureau, il y a plusieurs mois de cela ? Une question qui s’évapore bien vite quand je vois un monumental bouquet de roses rouges très similaire à celui que Théo m’a offert par le passé.
— Je n’y suis pour rien.
Molly vient d’entrer, elle récupère mon sac et mon manteau pour les
ranger.
— Il était déjà là lorsque je suis arrivée, dit-elle en se dandinant. Tu as
vu, il y a une carte.
Elle est clairement plus excitée que moi à l’idée qu’il m’ait acheté des
fleurs.
— Je sais déjà de qui elles viennent.
Je lui montre mon gobelet.
— J’ai eu le droit à un café aussi. La serveuse est venue me l’apporter
en mains propres.
— Oh…
Elle ne cache même pas son amusement.
— Et il m’a appelé du trottoir d’en face.
— Vous vous êtes parlé ? Il t’a dit quoi ?
— En fait, c’est lui qui a parlé. Moi, je n’ai pas pu prononcer un seul
mot. Et il m’a dit : 103.
— 103 ?
Elle réfléchit.
— Le nombre de roses ?
— Sans doute.
— Mais pourquoi 103 ? Qu’est-ce que ce chiffre signifie ? — Aucune idée.
— Lis la carte, tu y trouveras sûrement la réponse. J’ai une moue hésitante.
— Allez ! Sinon je vais y songer toute la journée, insiste-t-elle. Je cède et ouvre cette petite enveloppe pour en sortir le carton où je
lis : « Une rose pour chaque jour où mon cœur n’a battu que pour toi. Je t’aime ».
— 103 roses, 103 jours, constate Molly.
Elle doit sentir combien les attentions de Théo m’éprouvent, car elle
me prend cette carte des mains et la range dans mon tiroir avant de glisser son bras sous le mien.
— Ce n’est pas toi qui lui as dit que je revenais chez Bailey, ce matin. — Bien sûr que non, voyons !
Je secoue la tête, stupide d’avoir fait une telle supposition. — Pardon, c’est juste que ça m’a pris au dépourvu. Il y a un peu trop
d’émotions qui se bousculent en moi là…
— Bon, comme je suis responsable de toi dès lors que tu passes les
portes de Bailey, je décrète qu’on a assez pensé à Théo pour le reste de la journée. Nous allons rejoindre les autres. D’ailleurs, j’ai vu des petits fours au chocolat me faire de l’œil. Je vais m’occuper d’eux si tu veux bien.
Un sourire un peu feint sur le visage, je laisse Molly me conduire
auprès de mon équipe. Même si je doute que cette distraction chasse mes interrogations sur les agissements de Théo. Il n’a pas deviné que je reprenais le travail aujourd’hui, il y a donc, dans mon entourage, quelqu’un qui lui relate tous mes faits et gestes et la liste des suspects n’est pas bien longue…
***
Soucieuse de ne pas mécontenter mon père, je quitte mon bureau cinq
minutes avant l’heure dite histoire de mettre toutes les chances de mon côté d’avoir bien quitté Bailey à 12 h tapante.
Mon Dieu ! ce qu’il n’est pas discret, mon papounet, me marré-je en
moi-même en repensant à cette première matinée.
Il a passé les trois dernières heures à errer au sixième étage en espérant
se faire discret et que je ne sache pas qu’il était là, mais en tant que PDG vous pensez bien qu’il ne passe pas inaperçu. J’ai entendu des « Monsieur Bailey » dans tous les coins. Évidemment, j’ai préféré rire de la situation que de m’en vexer. Sa façon de m’aimer et de me protéger est un nid douillet dans lequel j’ai besoin de m’oublier quand ma tête et mon cœur sont sur le point d’exploser.
J’ai eu assez de temps pour réfléchir à la personne qui avait pu fournir
ces infos à Théo. À vrai dire, je n’y ai pas pensé, ça m’a obsédé. Et les intrusions de papa ont finalement été un peu comme une distraction au milieu de toutes ces questions qui me tourmentent.
Le mystère n’est pas bien grand à ce propos et c’est bien cela qui me
chagrine le plus : il n’y a que Mack à être au courant de ma reprise et qui soit susceptible d’être en contact avec Théo. Qui d’autre aurait pu lui en parler ? Ça ne peut venir que d’elle.
Convaincue que ma meilleure amie a joué un rôle dans la présence de
Théo, ce matin, j’ai besoin d’avoir une explication avec elle, de comprendre ce qui s’est passé. C’est dans ce but que, montée dans l’ascenseur, je prends mon téléphone et compose son numéro. Elle décroche presque immédiatement.
— Hello, ma poupée ! Alors, cette première matinée ? — Eh bien, elle aurait pu être parfaite si Théo n’avait pas été là pour
m’accueillir.
— Sérieusement ?
Elle semble étonnée et sincère en disant cela.
— Ce n’est pas toi qui lui as dit que je revenais au travail ? — À Théo ? Non, mais franchement, Ava.
Bon, je crois que je l’ai un peu vexée.
— Désolée, Mack, mais j’essaie de savoir comment il a pu le savoir.
Vous n’étiez que trois à être au courant. Tu vois mon père l’appeler pour lui que je serai à Bailey de 9 h à 12 h ?
— Non, c’est sûr, mais…
Il y a un blanc.
— Tu l’as dit à Jacob, c’est ça ?
— Ava, j’étais loin d’imaginer qu’il irait le lui répéter. — Ce n’est rien, dis-je en sortant de l’ascenseur qui me ramène au rez-
de-chaussée. Je sais que tu ne pensais pas à mal.
— Je vais lui en toucher deux mots…
— Non ! S’il te plaît, Mack.
— Mais…
— Tu es bien avec lui. Je te sens bien plus tranquille depuis quelque
temps. Ne crée pas de problème entre vous, je t’en prie. Juste, à l’avenir, essaie de ne plus lui raconter quelque chose que Théo pourrait retourner à son avantage.
— Comme tu voudras…
Sur le parvis au pied de Bailey, je remarque John qui m’attend près de
la portière.
— Je dois y aller.
— Tu veux qu’on se retrouve pour déjeuner ?
— Je crois que je préfère rentrer pour me reposer. La matinée a été un
peu fatigante. Mon équipe m’attendait avec un petit-déjeuner pour me souhaiter un bon retour.
— C’est cool !
— On se voit, ce soir.
— Repose-toi bien.
Je raccroche plus renseignée sur les raisons de la présence de Théo
devant Bailey.
Plus renseignée, mais plus contrariée aussi…
Que Jacob et Théo soient amis est une chose, mais ça n’excuse pas
qu’il se permette de lui relater des éléments de ma vie privée. Les confidences que lui fait Mackenzie ne devraient pas quitter le contexte de leur intimité.
Je rejoins John.
— Madame Bailey, me salue John dans un sourire chaleureux. Et cette
matinée ?
— Très bonne, merci.
— Je vous reconduis à votre appartement ?
— J’aimerais faire un détour par le centre-ville avant, c’est possible ? — Aucun problème.
Je monte en voiture et indique à John l’adresse du restaurant de Jacob.
Je compte bien avoir une explication avec lui à propos de Théo et lui rappeler que j’apprécierais assez que ma vie privée le reste.
À cause du trafic, nous ne mettons pas moins de vingt minutes pour
arriver à destination et comme à son habitude, John s’empresse de venir me tenir la portière.
De véritables stars, s’amuse ma Betty. Les stars des embrouilles au mieux…
Mon Dieu ! se récrie-t-elle. Sabrons le champagne, Ava a cessé de
bouder !!!
Je roule des yeux.
Et je le regrette déjà…
De toi à moi, il est grand temps que tu reprennes du poil de la bête ! Oh ! Et c’est toi la bête, je présume ?
Mais tout à fait ! C’est moi ton côté tigresse. Sors les griffes, montre-
lui à cet asticot ce qu’est une Bailey !
Sur ces doux encouragements, je pénètre dans le restaurant de Jacob
qui est bondé à cette heure-ci. Je parcours la salle à la recherche du traître, mais, à première vue, il n’est ni derrière le bar ni en salle. Les nombreux serveurs et serveuses, que je connais pour la plupart, déambulent à une cadence folle entre les tables et je décide d’emprunter la porte de service. Je sais, pour y être déjà allée avec Mack que derrière elle se trouvent les vestiaires des employés, leur salle de pause, mais surtout, le bureau du patron.
Un peu mal à l’aise de me balader seule dans ce couloir où je n’ai
absolument rien à faire, je regarde à droite et à gauche, mais l’effervescence en salle fait que les lieux sont déserts. Je doute même d’y trouver Jacob, jusqu’à voir une ombre passer sous la porte fermée au bout du couloir où est apposée la plaque « direction ».
Remontée à bloc, blessée qu’il ait pu se servir de sa relation avec
Mackenzie contre moi, j’entre sans m’annoncer.
Tu fonces en mode guerrière, j’adore, ricane ma diablesse. C’est plutôt
parfait, car il y a des culs qui ont besoin d’être bottés !!!
Je tourne la poignée et entre tête baissée.
— Je peux savoir à quoi tu joues ? m’exclamé-je en débarquant
comme une furie.
Enfin une furie éclopée, hein ! se moque ma Betty. J’aimerais l’envoyer se faire voir, mais je suis stoppée en découvrant
qui est vraiment derrière cette porte. Et ce n’est absolument pas Jacob…
— Il me semble t’avoir dit depuis longtemps que j’avais cessé de jouer
en ce qui nous concerne, mon ange…
Oups, grimace Betty. On ne l’avait pas vu venir celle-là. Mais bon un
cul reste un cul et celui-ci mérite d’être botté plus que n’importe quel autre, alors !
Théo, installé derrière le bureau, un tas de papiers devant lui, s’affale
contre le dossier du fauteuil en cuir sur lequel il est assis avant de faire courir son index sur ses lèvres sans me quitter des yeux.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
Tu ne lui montres pas que tu es désappointée ?! C’est bien ça ! Et fais
disparaître ce petit sourire en coin qu’il arbore fièrement. Il est trop sûr de lui à mon goût !
— Je peux te retourner cette question.
— Je suis venue voir ton pote pour lui dire de surtout arrêter de te
raconter ma vie s’il veut encore être le bienvenu chez moi !
— Oh… eh bien, je lui transmettrai le message quand il reviendra de
Tacoma.
— Ne te donne pas cette peine, je suis en mesure de m’exprimer par
moi-même et Jacob recevra le message bien assez vite.
— Je suis ravi de constater que tu as retrouvé ta langue, mais qu’en
est-il au niveau de l’écoute ? Parce que j’ai toujours des choses à te dire.
— Il ne t’est jamais venu à l’esprit que peut-être je n’avais pas envie
de le faire tout simplement ?
Après un long soupir, il se lève pour se rapprocher et s’adosser contre
le bureau.
— Donc, tu t’en moques ?
— Tout comme je me moque de tes cafés et de tes roses ! — Pourquoi, Ava ? La dernière fois que l’on s’est parlé, tu m’as
demandé de mettre de l’ordre dans ma vie et c’est ce que j’ai fait ! Tout ce qui s’est passé entre le moment où j’ai quitté notre chambre et ton accident était totalement hors de contrôle, mais je n’ai pensé qu’à toi…
Il me prend pour une idiote !
— C’est à moi que tu pensais lorsque tu passais la nuit avec Milane ? Le regard froncé, il garde les lèvres closes un moment, ses yeux
paraissent fouiller en moi.
— Alors, c’est pour ça, finit-il par articuler.
— Quoi ? m’impatienté-je tandis qu’il marque un nouveau silence. — Donc nous voilà revenus au commencement… Se frottant la nuque, il poursuit :
— Je me demandais ce qui pouvait te retenir de seulement m’écouter,
mais tout devient plus clair : tu as encore imaginé que je n’étais qu’un enfoiré capable de tromper sa femme deux minutes après qu’elle l’a foutu dehors !
— Je ne t’ai jamais foutu dehors !
— Tu m’as dit que tu ne voulais plus me voir tant que je n’avais pas
clarifié les choses au sujet de Milane ! s’impatiente-t-il. Et c’est exactement ce que j’ai fait !
— Et ça vous a pris toute la nuit ?
Bon, c’est un peu minable de lui sortir ça, je le reconnais, mais, pour
ma défense, je ne pensais pas avoir cette conversation avec lui maintenant.
— Tu sais quoi, dit-il les mains levées. Je n’ai plus envie de me
justifier auprès de toi. J’en ai assez d’être pris pour un connard et tu peux imaginer toutes les dépravations possibles et inimaginables, il n’y a rien qui fera que je gagnerai ta confiance un jour.
— Tu as fait le choix de me tenir à distance de cette relation que tu
entretiens avec elle.
— Non ! tonne-t-il. Je voulais que tu prennes toute la place dans ma
vie, Ava ! Eh oui, Milane en fait partie également ! Je ne savais pas comment l’y faire rentrer, mais l’idée de te blesser m’a obligé à me bouger le cul et à trouver le moyen et surtout le courage de le faire. Je me suis planté avec elle. Dès le premier jour, je n’ai fait que connerie sur connerie en ce qui la concerne.
Tu comprends quelque chose à tout ça ?
Je commence et je crois que nous sommes deux belles idiotes, ma
Betty.
— Tout aurait été plus simple si tu m’avais parlé ce soir-là ! — Tout l’aurait été si tu croyais en moi !
Ce n’est pas totalement faux, m’objecte ma Betty. Non, mais de quel côté tu es, toi ?
Du côté de l’amour, Ava ! C’est moi la guimauve de cette histoire, je te
rappelle !
— Tu m’as demandé du temps ! hurle-t-il si fort que les murs en
tremblent. Tu avais besoin de trouver certaines réponses pour qu’on puisse donner une suite à notre histoire et je t’ai laissé l’espace pour le faire sans jamais douter de toi ! Moi, je t’ai dit de me laisser mettre de l’ordre dans cette histoire et tu m’as jeté !
— C’est différent !
— Parce qu’il s’agit d’une nana ! J’ai beau te prouver par tous les
moyens que je suis un mec bien, tu t’en tapes ! Tu ne veux pas regarder au-delà de l’image que tu as de moi.
Il passe devant moi et empoigne la porte.
— Je crois qu’il est temps de se rendre à l’évidence, l’amour ne fait
pas tout et cette fois, il ne nous sauvera pas.
Il m’indique la sortie.
— Ne te préoccupe plus de Jake. Je sais tout ce qu’il y a à savoir à ton
sujet. Le principal étant que tu ne m’aimerais jamais comme je t’aime…
— Je suis moins amoureuse parce que j’ai du mal avec le fait de
trouver une inconnue sortant de ta chambre à coucher en bustier ou que je t’ai vu quitter la chambre d’hôtel d’une autre femme au petit matin et débraillé ? C’est d’un grotesque ! Et tout ça ne se serait jamais produit si tu ne gardais pas tout pour toi, Théo ! Je veux de la transparence, il y a quoi d’anormal à ça ? Inverse un peu les rôles et demande-toi comment, toi, tu aurais réagi !
Il s’apprête à prendre la parole, mais je l’interromps en pointant mon
index dans sa direction.
— Et ne me parle pas de Jacob ! Ça n’a aucune valeur, ce mec est ton
meilleur ami !
— Le problème demeure inchangé. Tu ne crois toujours pas en mes
sentiments pour toi.
— Premièrement, c’est totalement faux et, secundo, j’ai toujours
désiré que tu te confies à moi, mais tu préfères te taire.
— Vu ce que tu t’es imaginé à mon propos, la vérité te ferait te sentir
incroyablement stupide.
Je marche jusqu’à lui et me plonge dans l’obscurité de ses yeux. — Je n’aurais pas perdu mon temps à avoir cette conversation avec toi
si je pensais sérieusement que tu as couché avec elle Théo, mais, au risque de me répéter, j’en ai assez de me prendre de plein fouet tout ce que tu gardes secret et qui finit toujours indéniablement par m’exploser au visage. Tu l’aimes, je le sens à la façon dont tu parles d’elle.
Mais je me suis trompée sur la nature de ses sentiments pour Milane.
Abandonnant ce regard qu’il soutient sans sourciller, j’affirme :
— Ce n’est pas par hasard que tu es parti à Sacramento, tu cherchais
quelqu’un là-bas.
Ses yeux sont froids quand je les retrouve.
— Et j’y ai découvert quelque chose de bien plus précieux qu’un vieux
con qui n’a jamais voulu se soucier du fait que j’existe.
— Tu n’as pas su lui dire qui tu étais et elle est tombée amoureuse de
toi.
Il ne répond rien, mais je sais que j’ai vu juste à son air coupable. — C’est pour cette raison que tu es rentré à Seattle ?
— Je lui avais fait assez de mal. Elle avait dix-neuf ans, son père est
un sacré enfoiré…
— Votre père, le corrigé-je.
Il secoue la tête.
— Je m’en fous de ce type.
— Mais pas d’elle, lui dis-je un rictus en coin. — Et on peut enfin rattraper le temps perdu. Maintenant, si tu veux
bien m’excuser, j’ai du travail. Jake compte sur moi pour m’occuper du resto pendant qu’il règle certains détails à Tacoma.
J’opine du bonnet et sors sur le seuil en me tournant vers lui. — J’imagine que c’est la dernière chose dont tu as envie, mais je suis
là si tu veux en parler.
— Tu as raison, ce n’est pas de ta sollicitude ou de ton amitié dont j’ai
besoin. J’avais juste envie que tu m’aimes, mais j’aurais dû mieux retenir la leçon : les Bailey ne pardonnent pas.
Il referme la porte sur ces derniers mots.
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