Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
… avec les limites !
Bailey avant le coucher du soleil. Mon empressement est dû à un Le mercredi suivant cette journée déroutante, je quitte le travail bien plus tôt qu’à mon habitude. Réflexion faite, je me dis que je n’ai jamais quitté programme bien spécifique et j’avais des achats à faire.
Dans quoi me suis-je lancée en acceptant ce deal ?
L’espoir de voir le beau Théo torse nu et coulant de sueur nous ferait faire n’importe, fait remarquer ma Betty.
Comment ne pas être d’accord avec toi ? Moi ! Dans une salle de sports ? Qui l’aurait cru ?!
Et l’homme qui me fait perdre toute notion de ce qui est raisonnable ou pas sera là d’une minute à l’autre.
Vu notre activité de ce soir, j’ai été en boutique pour trouver une tenue adéquate et pour pimenter notre petit jeu de séduction, j’ai opté pour quelque chose de voyant, histoire de lui mettre l’eau à la bouche.
Je viens de boucler mon sac de sport quand Théo m’appelle. Je décroche.
— Tu es prête ? Je suis en bas.
— Oh… euh… commencé-je à bafouiller.
Et si on le taquinait un peu, ma Betty...
— Comme tu t’en doutes, je suis plus habituée au climat de la Floride.
Je feinte une quinte de toux.
— Ce qui fait que j’ai attrapé un coup de froid.
— Ava…
— Mais si je t’assure ! Peut-être que tu pourrais monter. Ça ne te dit pas qu’on se commande à manger ? On pourrait déguster notre repas devant un bon feu de cheminée. Tu pourrais veiller sur moi…
— Si je monte, c’est uniquement pour te sortir de force de ton appartement et te coller dans ma voiture.
Après avoir récupéré mon sac, je sors en direction des ascenseurs.
— Tu es bien bâti, mon cher Théo, mais je te vois mal enfoncer ma porte.
— Bon, tu fais comme tu veux. Avec ou sans toi, je vais à la salle.
— J’arrive, soupiré-je sans rien lui cacher de ma lassitude.
Ce qu’il ignore, c’est que je me trouve déjà dans l’ascenseur.
— Est-ce que notre séance de sport serait plus motivante si je t’invite à dîner après ?
— Houlà ! Fais attention à ce que tu dis ! Tu ne pourras pas faire passer l’addition en note de frais, tu en as conscience ?
— C’est bien que tu y fasses allusion. Il faut que tu te prépares à ce que nous redescendions en gamme question resto.
— Quelle classe !
Je ris en moi-même.
— Ben oui, c’est vraiment moi qui paie du coup…
— S’il n’y a que ça, je peux t’inviter.
— Ça va te surprendre, mais je ne fais pas fi des conventions.
— Voyez-vous ça !?
Sortant de mon immeuble, je ne tarde pas à localiser sa voiture garée à deux pas de moi. Je le rejoins et m’amuse de le surprendre en ouvrant la portière. Il range son portable, un rictus en coin.
— Monsieur Allen.
— Miss Bailey.
Je m’installe sur le siège passager et Théo démarre pour nous conduire dans un quartier huppé de la ville et la salle de sport où nous entrons ne dénote pas avec les environs.
Les machines à dispositions sont récentes et de qualité. Tout est clair et lumineux, neuf et clinquant et mieux vaut aimer son reflet vu qu’il y a des miroirs partout. Sur les écrans de télévision, disposés dans tous les coins, sont diffusés des clips vidéo de morceaux d’actualité. Difficile de ne pas se sentir bien ici.
Ce qui doit être encore plus vrai lorsqu’on est un homme, pensé-je en découvrant la jeune femme à l’accueil.
Elle porte une tenue de fitness on ne peut plus minimaliste et son allure soignée n’indique pas qu’elle ait pratiqué la moindre activité physique aujourd’hui…
D’un plan marketing, ils sont au top ici ! Mettre des bombes en petites tenues pour harponner les mecs et, certainement, motiver les femmes qui rêveront d’avoir cette silhouette de rêve : le plan est parfait ! Théo est-il le genre de poisson qu’ils peuvent flairer aussi facilement ?
Ce n’est pas notre principal problème, ma chérie ! Cette blonde va nous faire passer pour une nonne en soutane ! se lamente ma Betty.
Je fais la moue.
On était à deux doigts de faire mouche…
Théo échange un mot avec cette blonde immense et, à la manière dont ils se parlent, il semble qu’ils se connaissent plutôt bien. Il doit m’évoquer, car elle balance un coup d’œil dans ma direction. D’ailleurs, c’est quoi cet air hautain dont elle use avec moi ?
On s’en fout Ava, c’est avec nous qu’il est venu ! me fait remarquer Betty.
Théo abandonne la blonde et ses nichons sur mesure pour me rejoindre. Là, il me tend un bracelet.
— Je n’ai rien dans mon sac qui ira avec ça, rigolé-je en m’emparant de ce bout de plastique violet.
— C’est pour ouvrir le vestiaire et ton casier.
Sur ce, il s’engage dans le couloir derrière lui. Je le suis. Au fond se trouvent deux portes noires avec deux logos blancs pour distinguer le côté « homme » du côté « femme ».
— Change-toi et on se trouve là.
Je saisis la poignée quand :
— Tu ne vas pas te sauver, si ?
— Je ne sais pas. Tu cours avec ou sans maillot ?
— Je n’ai rien à cacher, mais, bizarrement, quand je tombe le maillot, il y a un attroupement de femmes autour de moi…
— Comment fais-tu pour ne pas t’étouffer de toute cette humilité ?
Il esquisse un sourire, mais le fait disparaître aussi vite.
— Si tu y tiens, je laisse mon tee-shirt au vestiaire, dit-il l’air de rien.
— Non, non, c’est bon. Je ne voudrais pas que tu te fasses harceler…
— C’est toi qui vois !
Ben non justement ! Je ne verrai rien d’intéressant…
Bouge-toi pour le mettre dans ton plumard et il n’y a pas que son torse qui n’aura plus de secret pour toi ! rétorque ma Betty.
Je repousse cette folie et m’intéresse au casier que m’a attribué la jeune femme de l’accueil et je commence à me changer.
Seulement voilà, je suis moins sûre de faire sensation avec ma brassière et mon legging aussi sexy soit ils. Déçue et peu convaincue, je les enfile et noue mes cheveux en queue de cheval. Je sécurise mes affaires personnelles avant de sortir du vestiaire. Et Théo n’est pas là où nous devions nous attendre, mais plus loin dans le couloir et en charmante compagnie, bien sûr !
Bah tiens ! Après la blonde siliconée, voici la brune pulpeuse !
Passe à l’offensive, Ava ! me somme ma Betty.
Je me lance à leur rencontre.
À l’offensive, à l’offensive ! Elle est mignonne, elle…
À leur approche, je me manifeste d’un petit raclement de gorge. La jeune femme brune, qui couvait Théo d’œillades doucereuses, le délaisse pour s’arrêter sur moi. Et elle ne cache pas son agacement.
Ben ouais, mais c’est comme ça, ma vieille !
Si Théo m’effleure d’abord d’un regard en coin, il se braque rapidement sur moi et se met à loucher ouvertement sur ma tenue.
Ha ! Ha ! Jeu set et match pour nous, ma Betty ! m’enthousiasmé-je.
— Théo, j’aurais besoin que tu me rendes la paire de chaussettes que tu m’as empruntée s’il te plaît…
— La paire de chaussettes ? s’étonne-t-il sans cesser de lorgner sur mon corps.
— Ben oui, feinté-je d’être gênée avant de me pincer les lèvres. Tu sais, celle que tu mets…
Je jette un regard faussement embarrassé en direction de son entrejambe où son jogging le moule à la limite de l’indécence.
Waouh ! C’est quoi ce truc de malade ?!
Je me retiens d’écarquiller les yeux comme des soucoupes en voyant cette forme outrageuse se dessinant sous le tissu.
Si on parle de légende, ce n’est pas pour rien Ava, m’objecte ma Betty.
— Là, balbutié-je la gorge desséchée par l’effet de surprise.
Pourquoi j’ai envie de lui arracher son jogging avec les dents moi ?
— Qu’est-ce que…
Si Théo est déboussolé par mes propos, la brune ne semble plus savoir où se mettre.
— Attends ! ricané-je d’un air moqueur. La nature peut être généreuse, mais à ce point-là…
— Ava, se lamente mon voisin.
— Quoi ? m’indigné-je. S’il y a tromperie sur la marchandise, on est en droit de le savoir. Je m’attendais à un marteau piqueur…
Je roule des yeux.
— Et c’est à peine si ça m’a piqué…
Théo jure tout en me soulevant par la taille. Il offre un sourire navré à la jeune femme que j’ignore et nous conduit près des tapis de course. Quand il me repose à terre, il n’a pas l’air ravi de ma plaisanterie.
— Tu es vraiment, dit-il la mâchoire serrée.
Parée de mon plus beau sourire, je joue des épaules avec nonchalance.
— Je sais… ne me remercie pas !
— De quoi ? De passer ton temps à me coller la honte ?
— De te débarrasser de toutes ces sangsues qui te voient comme un objet sexuel !
Se penchant dans ma direction, il enfonce ses iris noirs dans le bleu de mes yeux.
— Et si j’aime qu’elles le fassent ? dit-il d’un ton sec.
— Pitoyable, me lamenté-je.
Mais il ne sourcille pas et je me sens de plus en plus mal à l’aise d’être ainsi scrutée.
— Quoi ? m’impatienté-je.
J’enfonce mon poing dans mes hanches.
— Tu veux que j’aille lui dire que je mentais peut-être ?
— Non.
Il m’indique le tapis de course.
— Je sais déjà comment je vais me venger. Monte ! m’ordonne-t-il.
Bon, le rendre furax avant de passer sur cette machine n’était pas forcément brillant.
— C’était une plaisanterie, tu t’en rends compte ?
J’avoue, je flippe un peu du sort qu’il me réserve.
— Oh, mais je vais rire…
Il me parcourt dans mon ensemble. Un sourire furtif passe sur ses lèvres.
— De te regarder courir.
Je grimpe sur cet engin de torture en râlant.
— Tu n’as aucun sens de l’humour !
— On en reparle dans deux minutes, si tu veux bien…
Le voilà en train de trifouiller l’écran du tapis de course et je me demande bien à quelle sauce il va me manger.
Hé ! On n’oublie pas les copines ! se manifeste ma Betty.
— Trente minutes ?! me récrié-je en le voyant régler le chronomètre. Tu veux avoir ma mort sur la conscience ?
— Tu t’attendais à quoi ?! Il faut que tu sois bien préparée.
— Préparée pour quoi ?
Il me fait un clin d’œil.
— Tu vas vite découvrir qu’un week-end sous la couette n’a rien de reposant dès l’instant où je m’y trouve aussi.
Euh… temps mort ! Je n’ai pas eu le temps de lire l’étiquette jusqu’au bout, mais il est waterproof ce legging ou ? Il y a moyen de faire breveter l’idée genre maintenant ?!
— Je suis légendaire sur bien des aspects et l’endurance en est un.
Comment tu t’es fait avoir, ma vieille ! s’esclaffe ma Betty alors que mes joues s’embrasent.
Je n’ai pas le temps d’ajouter quoi que ce soit, Théo vient de mettre le tapis en marche. Je me mets à courir à une cadence relativement lente, mais la vitesse augmente progressivement. Les premières secondes, je me concentre sur mes foulées, mais m’en désintéresse bien vite quand Théo va s’asseoir sur le banc placé en face de moi.
— Je peux savoir ce que tu fais ?
— Apparemment, je profite de la vue, ricane-t-il, les bras croisés sur son torse.
— Ce n’était pas ça le deal !
— Vraiment ?
— Théodore Allen, lève-toi et viens courir !
— Dans une minute ! Pour l’instant, j’enseigne…
Tu te rinces l’œil oui…
Laisse-le tranquille, vilaine ! me gronde Betty.
— Tu enseignes ?
— Le sens de la négociation, ma chère. Il faut que tu penses à préciser ce que tu souhaites en termes précis et sans ambiguïté quand tu passes un accord. Si tu voulais me voir courir dans une tenue plus attrayante pour toi, tu aurais dû le dire d’emblée.
— Tu ne l’as pas fait toi non plus, Monsieur le grand négociateur, le raillé-je.
— Parce que je savais que ça ne serait pas nécessaire. Regarde-toi…
Il me désigne.
— Je n’ai même pas eu à ruser pour te voir ainsi vêtue.
— Je suis sûrement trop stupide, me vexé-je.
— Loin de là, mais tu es un peu trop prévisible. Ne dévoile pas ton jeu aussi rapidement, Ava.
— Merci pour la leçon, monsieur le Directeur. Je ne referai plus cette erreur, dis-je dans un sourire narquois.
Théo se décide à venir courir.
— Ne sois pas si mauvaise perdante.
— Je ne le suis pas, mais tu peux te brosser pour que je t’invite au restaurant…
Nos regards se croisent et nous pouffons de rire.
— Tu reviendras avec moi ?
— Je crois qu’il faut négocier les termes de cette nouvelle entente, mon cher Théo, mais c’est envisageable.
— Avec plaisir. Nous aborderons le sujet en mangeant.
Il me fait un nouveau clin d’œil.
— Et après quelques verres de vin blanc.
— C’est le secret de ta réussite ? Tu saoules les gens avec qui tu es en affaires ?
— Pourquoi penses-tu qu’on appelle ça un déjeuner d’affaires ?
Je roule des yeux.
— Forcément…
Après quelques minutes à courir à un rythme relativement soutenu, mon esprit dérive sur ce qui nous attend après cette séance de sport, sur ce dîner en tête-à-tête avec Théo. C’est alors qu’il me vient une idée.
— Que dirais-tu si nous prenions un repas à emporter et que nous allions chez moi ? Je sens déjà que je vais avoir des courbatures et mon canapé sera plus agréable.
Il réfléchit à mon offre.
— Pour que j’envisage cette possibilité, il y a un détail que nous devons négocier de suite.
— Lequel ?
— Je peux accepter ta proposition, si tu me promets de ne rien faire qui conduirait à mon licenciement.
Voilà bien un problème que nous allons devoir affronter un jour ou l’autre. En attendant, j’aime la manière dont on se cherche et le moment de franchir l’étape suivante n’est pas encore arrivé. J’éprouve l’envie qu’il me séduise. Je veux savourer le plaisir de voir un homme aussi déroutant me tourner autour.
— Je me tiendrai bien, c’est promis.
— Alors, j’accepte.
Une fois que nous sommes tombés d’accord sur la suite de notre soirée, nous continuons notre course et je m’étonne moi-même d’y prendre du plaisir.
***
— Attends, tu plaisantes !?
— Non, je t’assure !
— Rebecca, la secrétaire de mon père et monsieur Suspense…
Je suis traversée par un frisson écœuré.
— Dégueu !
Je ramasse la bouteille de vin blanc posée sur ma table basse pour nous resservir. Je donne le sien à Théo et reprends ma place sur les coussins amoncelés sur le tapis de mon salon où nous nous sommes installés pour dîner. Accoudés à mon sofa, il y a bien deux heures que nos assiettes sont vides et que nous bavardons en profitant du feu de cheminée que Théo a allumé à notre arrivée.
— Le vin m’aidera à m’ôter cette vision immonde…
— De quoi est-ce que tu te plains ? C’est moi qui les ai trouvés en pleine action dans le placard à fournitures.
Je glousse.
— C’est l’endroit où je ne vais jamais, se lamente-t-il. Et pour une fois que je décide de me débrouiller par moi-même, je tombe sur eux…
— Te débrouiller par toi-même, ricané-je. Où était ta secrétaire ?
Il fait la moue.
— En train de déjeuner.
Je ris franchement.
— Je me disais aussi.
— Crois-moi, depuis je m’assure d’avoir tout ce qu’il me faut sous la main avant qu’elle s’en aille. Il est hors de question que je retourne là-bas.
— Pour y chercher des fournitures ou pour y attirer tes conquêtes ? le charrié-je.
— J’ai un peu plus de classe que ça.
— Ton bureau, dis-je hilare. C’est ça, la classe dont tu parles ?
— Les nanas oublient l’endroit où elles se trouvent quand elles voient ça…
Et il est sérieusement en train de se désigner ?! Ce mec est trop bête ! me marré-je en moi-même.
Mais n’a-t-il pas un peu raison ? surenchérit ma Betty. Moi, il me mange où il veut ! Tant que j’ai sa bouche sur moi…
Oh ! Tais-toi ! la grondé-je. Sa bouche, c’est définitivement ce que je préfère chez lui…
— Mais oui, Théodore, tu as une classe folle, dis-je avec une ironie flagrante.
Les yeux plissés, il me scrute plus sérieusement.
— Voilà une affaire qui ne sera pas simple, constate-t-il.
C’est moi l’affaire en question, non ?
— D’ailleurs, en parlant de ce qui ne va pas être simple…
Mes yeux abandonnent les siens et se posent sur mes doigts caressant son bras posé sur l’assise du canapé.
C’est vraiment moi qui fais ça ? me lamenté-je.
Ouais ! Et il ronronne, Théo !
— J’aimerais essayer de parler à mon père…
— Ava, soupire-t-il. Je t’ai dit d’arrêter de te prendre la tête avec cette histoire.
— Mais tu me l’as dit toi-même : vous êtes sans arrêt en train de vous chercher. Il ne pourra jamais bien le prendre si ça vient de toi !
Je le regarde hésitante.
— À moins que tu n’aies pas l’intention de lui dire quoi que ce soit ? Ce n’est pas l’impression que j’ai, mais…
Il se masse les paupières en soupirant.
— Je n’en sais rien. Si on ne lui dit rien, je me fais virer. Si je lui en parle, il va d’abord me tuer puis me virer. S’il l’apprend de toi, le résultat sera le même.
— Il n’est peut-être pas aussi obtus…
— Si j’aborde la question avec Alex, ce n’est pas mon patron que j’aurais en face de moi, mais ton père et ça, ça change nettement la donne.
Là, il marque un point.
— Même si rien n’est simple entre nous, il apprécie mes qualités en tant que directeur ainsi que mon travail chez Bailey. Par contre, moi, en tant qu’homme, il ne me porte pas dans son cœur.
— Pourquoi dis-tu ça ? Je suis certaine que c’est faux ! Il y a sûrement des choses qui lui ont déplu, mais…
Théo ricane. Le même rire nerveux qu’au restaurant l’autre jour. De toute évidence, il y a un vrai problème entre eux.
— J’aimerais vraiment que tu sois honnête avec moi au sujet de mon père…
— On avait dit qu’on n’en parlerait plus.
— Avant explique-moi ce que tu lui reproches, s’il te plaît. Oui, c’est mon père, mais je peux faire la part des choses entre vous deux.
Je récolte une œillade perplexe.
— La confiance, ça marche dans les deux sens, Théo !
Quand il me sourit, je sais que j’ai fait un pas de plus vers la vérité. J’insiste :
— Pourquoi voulais-tu savoir à quelle période j’ai eu mon diplôme ?
— Ava, cette collection, il a voulu la créer pour et, certainement pas pour que Bailey se diversifie. Son plan de départ était que moi, je la mette en place pour que tu arrives et que tu n’aies plus qu’à mettre les pieds sous ton bureau de directrice.
— Quoi ? dis-je d’un air hébété.
— Dans le fond, c’est plutôt normal. Tu es sa fille et il rêve de travailler avec toi. Son geste n’a rien de ridicule. Ce que je n’apprécie pas, c’est qu’il se serve de toi pour me mettre la pression. Qu’est-ce qu’il s’imagine au juste ? Que mon véritable objectif est de m’asseoir dans son fauteuil ?
Ma bouche se déforme en une moue embarrassée.
— Il t’en a parlé, n’est-ce pas ?
J’acquiesce. Déçu, il soupire.
— Tu vois, c’est ça le problème : il n’a aucune confiance en moi. Il me prend pour un arriviste. Il ne croira jamais que mes intentions envers toi sont sincères. Il me verra toujours comme le type qui veut sa fille pour avoir sa place.
— Je suis désolée, Théo…
— Tu n’as absolument pas à t’excuser. J’ai l’habitude qu’il agisse ainsi, mais ton arrivée n’arrange rien.
— Parce que je suis une adversaire redoutable ? lancé-je avec légèreté pour détendre cette atmosphère un peu pensante.
Il roule des yeux.
— Oh que oui…
Mes doigts se nouent aux siens.
— Je crois que je préférerais que nous soyons une équipe, pas toi ?
Tout va très vite après que j’ai prononcé ces quelques mots. Si vite que je n’anticipe aucun des gestes de Théo, encore moins ses intentions. Quand sa main se referme sur ma nuque et qu’il fait s’entrechoquer nos bouches, je suis abasourdie. Quelques secondes me sont nécessaires pour que je réalise qu’il m’embrasse et le rejoindre dans ce baiser. S’il a été vif et ferme en me ramenant à lui, il n’est plus que douceur quand nos bouches se découvrent. Ses pouces câlinent mes joues. Curieuse, je me lance dans l’exploration des formes que son pull garde jalousement.
— Théo, murmuré-je avec envie.
Trop vite, il m’abandonne. J’en pleurerais d’être privée de ce baiser que j’ai à peine savouré. Deux secondes sur mes lèvres et il manque déjà.
Mais tout ce qu’il désire est de nous débarrasser de nos verres de vin. Quand c’est chose faite, il revient pour s’accroupir devant moi et mon cœur menace d’exploser de bonheur de le trouver dans cette position. D’une main sur ma hanche, sa bouche agaçant la mienne, il m’allonge sur les coussins.
Sentant qu’il ne partira pas, je le touche, le découvre sous mes doigts. Je maudis ce tissu qui me sépare de la chaleur de sa peau. Théo raffermit notre baiser et sa langue s’enfonce dans ma bouche. Je dois me rappeler de respirer quand elle danse avec la mienne. Il est entreprenant, mais conserve une certaine distance, comme une barrière à ne pas franchir.
Désireuse d’en apprendre plus sur cette merveille qu’est son corps, je me faufile sous ses vêtements et remonte le long de son dos musclé. Si je le tiens dans le creux de mes mains, je sais qu’il ne me cédera pas ce soir et ça me torture. À sa manière de m’embrasser, je peux supposer qu’il vit cette même tourmente. Il est fougueux et semble lutter contre tous ses instincts. Ses mains livrent le même combat entre ses caresses retenues et mes formes sur lesquelles il dévie progressivement sans vraiment les posséder.
D’une audace folle ce soir, mes mains prennent la route plus au sud et partent à la conquête de ses fesses.
— Tu as promis d’être sage, me rappelle-t-il à l’ordre avant de capturer ma lèvre entre ses dents.
J’enroule mes bras sur ses épaules.
— Sachez, monsieur, que vous n’aviez pas fait allusion à ce baiser. Si je n’ai pas tous les éléments en main aussi…
— Vous voilà avertie, je peux vous embrasser à tout moment.
— Le jeu se corse !
— De toute évidence.
Toujours étendus sur les coussins, nous nous embrassons.
— Pourquoi ne pas garder cette histoire pour nous ? Mon père n’a pas besoin d’être au courant de ma vie privée. Et s’il pense vraiment du mal de toi, rien de ce qu’on pourrait lui dire ne le fera changer d’avis.
— Je pensais qu’être honnête avec lui me ferait peut-être remonter dans son estime, mais c’est un gros coup à jouer pour un résultat loin d’être garanti.
J’approuve ses paroles d’un sourire voilé.
— Savoir que tu vas lui mentir pour me couvrir me met mal à l’aise.
— C’est un mensonge par omission.
— Je t’avoue que je ne sais pas quoi faire…
Il dépose un baiser sur mon front.
— En attendant de statuer sur le sujet, je vais rentrer chez moi. Il est tard et on bosse demain.
Même si je suis déçue de le voir s’en aller, il a raison.
— Je reviens demain pour notre soirée sous le thème des morts-vivants et crème glacée ?
Avec grand plaisir.
Satisfait de ma réponse, il se lève et m’offre sa main pour m’aider à en faire autant. Main dans la main, nous marchons jusqu’à l’entrée. Là, il passe son manteau avant de m’attirer dans ses bras. Je me love contre lui dans un soupir comblé.
— Je pourrais te tenir dans mes bras toute la soirée ?
— Je n’envisageais pas les choses autrement.
— On se voit pour le déjeuner demain ?
— Je ne suis pas libre.
— Tu déjeunes avec ton père ?
Je secoue la tête et ma réponse le rend songeur.
— Est-ce que Jacob t’a contactée ?
— Bizarrement, non.
Il fronce le regard.
— Tu regrettes qu’il ne l’ait pas fait ?
— Ne dis pas n’importe quoi. Je le trouvais seulement très intéressé…
Je hausse les épaules.
— J’ai dû me tromper.
— Est-ce que je peux te demander avec qui tu as rendez-vous ?
— Avec Molly. Elle travaille à l’accueil.
— Chez Bailey ?
J’acquiesce.
— Vous avez sympathisé ?
— C’est tout l’intérêt de notre déjeuner. Elle m’a fait l’impression d’être une personne gentille, j’ai envie d’apprendre à la connaître.
Il soupire.
— Je n’ai plus qu’à me contenter de te voir demain soir dans ce cas…
— J’imagine à quel point je vais te manquer, le taquiné-je.
— Je ne te le dirais pas si c’était vrai.
Il dépose un doux baiser sur mes lèvres.
— Pas besoin. Tes invitations répétées te trahissent.
Il tente de s’éloigner, mais je me dresse sur la pointe des pieds pour le prolonger encore un peu.
— Bonne nuit, Théo…
Il sort et, comme d’habitude, je le regarde s’en aller jusqu’à ce qu’il disparaisse dans l’ascenseur.
Alors ça, pensé-je.
C’est parfait, Ava, rêve ma Betty. C’est juste parfait !
Pour une fois, nous sommes d’accord !
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