Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
La maison aux tulipes
sans égale, longeant la baie, cet écrin de nature recense quelque mille cinq Tulalip Bay est assurément un petit coin de paradis ; un lieu où tout est tranquillité et simplicité. D’une beauté cents âmes. C’est là que mes grands-parents ont acheté leur maison, il y a des années de cela. Ma grand-mère aimait les fleurs, son passe-temps favori était de jardiner. Alors dans ce lieu où s’étendent des champs de tulipes à perte de vue, il est tout naturel de retrouver ses fleurs de toutes les couleurs et en nombres dans le jardin entourant cette grande maison qui conserve certains de mes plus beaux souvenirs d’enfance.
Jusqu’à mon départ pour Miami, j’y ai passé presque tous mes week-
ends ainsi que les vacances scolaires. Je me plaisais tellement dans cet endroit ; je le voyais comme un lieu magique et je réclamais sans cesse de pouvoir y aller. Le climat entre mes parents étant électrique, j’aimais la paix présente au milieu de ces belles tulipes multicolores. Ma grand-mère vivait seule suite au décès de mon grand-père, alors elle était heureuse d’avoir de la compagnie.
Maintenant, je rêve de vivre dans cette maison avec Théo, de lui faire
goûter à ce bonheur qu’on trouve que recèlent ses murs.
C’est pour ça que j’ai un trac fou !
Aujourd’hui est une journée tout à fait particulière. La raison est
simple : Théo est en route pour Tulalip et cette visite se fera au cours d’un dimanche en famille, mais vraiment en famille ! Vous l’aurez compris, Melinda sera là. Après cette nuit où Théo s’est glissé dans mon lit, les choses se sont un peu emballées.
À mon réveil, Théo n’était plus à mes côtés et j’ai senti mon cœur se
serrer en trouvant sa place vide. Convaincue qu’il avait filé, tout mon enthousiasme s’est envolé. Ma bonne humeur disparue, j’ai d’abord pris ma douche avant de descendre à la cuisine. Et quelle ne fut pas ma surprise en le trouvant assis à table en plein bavardage avec mon père. C’est là que nous avons parlé de célébrer son anniversaire et je suis un peu tombée de ma chaise quand Théo a souhaité que sa mère participe.
Ce n’est pas comme si nous n’attendions pas ça depuis une éternité,
soupire ma Betty en roulant des yeux.
Je t’avoue qu’à cet instant, je me demande pourquoi j’étais si pressée.
J’ai une trouille d’enfer, Betty…
Sûre qu’elle va nous adorer ! dit-elle confiante. Tout le monde
m’adore, moi ! Toi par contre…
Je dégage cette prétentieuse d’une pichenette quand j’entends qu’on
ricane dans mon dos.
— Ava, détends-toi, m’encourage Molly alors que je vérifie le
dressage de la table pour la dixième fois.
Les lèvres pincées, je l’observe du coin de l’œil. — Je suis ridicule, hein ?
— Tu es on ne peut plus normale, mais tu as déjà vu sa mère, non ? — En coup de vent dans un couloir.
Je roule des yeux.
— Et je me suis conduite comme une vraie débile… — Parce que tu étais nerveuse ?
Je fronce le nez.
— Ça tenait plus à l’œuf vibrant que j’avais entre les cuisses et que
Théo avait allumé pour en tester la « portée ».
— Tu me charries là ? me demande-t-elle avec sérieux. — Du tout ! Encore deux minutes et j’aurais joui devant elle. Molly porte une main à sa bouche avant d’éclater de rire. Impossible
de ne pas limiter.
— Sympa comme première rencontre, n’est-ce pas ? dis-je hors
d’haleine.
— Même si je comprends ton angoisse, je suis certaine qu’elle n’est
pas nécessaire.
— Et ma tenue ? la questionné-je en foulant le tissu de ma robe fluide
de couleur bleue.
— Tu es parfaite, comme toujours, s’amuse-t-elle. Si Molly se donne du mal pour me rassurer, cela ne fonctionne pas
vraiment à voir le bond que provoque chez moi le simple fait d’entendre la sonnette de la porte.
— Souhaite-moi bonne chance, grimacé-je en tournant les talons pour
traverser la salle à manger puis le salon avant de rejoindre le hall d’entrée.
J’inspire un grand coup avant de tourner la poignée tout en arborant un
sourire accueillant.
— Bonjour ! m’exclamé-je sur un ton réjoui.
Mais mon sourire disparaît immédiatement devant Mack et Jacob qui
se tiennent sous le perron.
— Nous aussi on est heureux de te voir, se marre Mack en enroulant
un bras autour de mon cou pour m’embrasser.
— Ça va, ma poupée ?
— Super ! Par contre, toi tu as l’air stressée !
— Si peu…
Jacob entre à son tour et m’embrasse.
— Relax, la Floride, tu vas gérer, t’inquiète.
Je le remercie d’un sourire.
— Au fait, Ava, je voulais m’excuser pour vendredi. Je n’étais
carrément pas au courant que Syd ne t’avait pas invitée pour l’anniversaire de Théo.
Je secoue la tête.
— Ce n’est rien…
— Attends, tu rigoles ? C’était la moindre des choses… — Je préfère ne plus en parler et éviter les conflits. La dernière chose
que je désire, c’est que Théo se dispute avec l’un de ses amis.
— C’est cool ça, Ava, mais il ne peut pas fermer les yeux sur ce qui
s’est passé.
— J’ai fini par lui dire que le problème venait de Syd, m’explique
Mack.
— Tu n’aurais pas dû…
— Sauf que ton mec m’en voulait à moi limite. Il ne comprenait pas
pourquoi je ne t’avais pas dit de venir.
Ma main fend l’air.
— N’en parlons plus.
Je pose une main amicale sur le bras de Jacob. — C’est gentil d’avoir pu te libérer. On vous a prévenu au dernier
moment.
— Théo qui présente sa nana à sa mère, ricane-t-il. Je n’aurais loupé
ça pour rien au monde.
— Qu’est-ce que tu n’aurais pas loupé ?
Mon cœur rate une mesure quand cette voix de stentor lance cette
question. Le sang battant plus fort dans mes veines, ma température grimpant en flèche, je fais un quart de tour sur moi-même. Théo tenant sa mère à son bras gravit les quelques marches du perron.
— Respire, me chuchote Mack. Ou tu vas nous faire une syncope. Mais je n’écoute que d’une oreille le conseil de ma meilleure amie, je
suis bien trop préoccupée par cette femme toujours aussi élégante qui me sourit gentiment.
— Bonjour…
— Ava, dit-elle en me prenant dans ses bras.
Oui, oui, elle vient de me prendre dans ses bras. — Je suis tellement contente que tu ailles mieux. Un peu perdue, j’échange un regard avec Théo qui me fait un clin
d’œil depuis le perron.
— C’est… merci…
Elle me relâche.
— Soyez la bienvenue. Ça me fait très plaisir de vous recevoir ici. — Merci pour l’invitation. Je me demandais encore combien de temps
il allait te garder cachée.
— Maman, tu n’as pas oublié la discussion que nous avons eue dans la
voiture.
— Oui, oui…
Elle me sourit.
— En résumé, si je l’embarrasse, il ne m’amènera plus jamais avec lui. Je glousse.
— Je peux m’en charger pour vous si vous voulez. Et puis, vous êtes
mon invitée, dis-je en défiant Théo du regard.
— Et vous vous demandiez l’une et l’autre ce qui me retenait de vous
présenter… soupire-t-il en roulant des yeux. Il n’y en a pas une pour rattraper l’autre.
Melinda s’intéresse à l’homme derrière moi.
— Bonjour, mon grand. Comment tu vas ?
— Ça roule ! Le timing est parfait, tu vas pouvoir rencontrer
Mackenzie.
Il a un regard pour elle.
— Elle me harcèle depuis des semaines pour te voir. — Eh bien voilà, je suis là, répond Mack amusée. Ma meilleure amie étant plus à l’aise que moi, elle embrasse Melinda. — Ravie de vous connaître.
— Moi aussi.
Ils échangent quelques banalités, mais la main de Théo sur mon
ventre, sa bouche contre mon oreille et son souffle qui réchauffe ma peau ne me permet pas de me concentrer sur ce qu’ils se disent.
— Bonjour, mon amour.
— Bonjour ? répété-je en me tournant suffisamment pour le voir. Ai-je
rêvé ce qui s’est passé sous la douche, ce matin ?
— Demande à ton cul, murmure-t-il à mon oreille en me pinçant les
fesses.
Je hoquette. Il me vole un baiser. Une main sur sa nuque pour le
garder à portée de mes lèvres, je lui dis :
— J’aimerais te montrer la maison.
— Mauvaise idée.
— Pourquoi ?
— Si on commence une visite maintenant, ils ne nous verront pas de la
journée.
Théo me ramène dans ses bras.
— J’ai une proposition à te faire. Je vais devoir reconduire ma mère
tout à l’heure. Je ferai un saut chez moi pour récupérer quelques affaires et je reviendrai ici. Une fois seuls, tu me feras vraiment visiter ta maison.
Je secoue la tête.
— Notre maison, affirmé-je sur sa bouche. C’est notre maison.
— Tu viens de dire tout ce qu’il fallait pour que j’en tombe amoureux,
mon ange.
J’ai un sourire béat et j’aimerais continuer à l’embrasser, mais mon
père et Molly viennent de nous rejoindre et je dois m’occuper de mes invités.
***
Si j’étais envahie par le doute avant que tout le monde arrive, je suis
bien plus sereine en regardant cette belle attablée.
Un soleil généreux vient ajouter de la chaleur à ce moment déjà si
joyeux. Du fait de cette belle météo, j’ai pensé que manger sous la véranda et face à cette merveilleuse vue sur la baie serait des plus agréable et je ne me suis pas trompée. Quel moment incroyable !
Et le meilleur moment arrive à grands pas, dit Betty surexcitée. Ah non ! Je ne veux pas encore y penser. J’ai si peur de sa réaction… Vire-moi toutes ces ondes négatives, Bailey ! Tu me fatigues ! Jusqu’ici tout s’est bien déroulé. Melinda semble très à l’aise. Assisse
à la droite de son fils, nous avons beaucoup discuté. Molly étant sa voisine de table, elles ont aussi parlé de sa grossesse. Jacob est aux côtés de mon père et ils ont bien sympathisé. Théo et papa étant toujours les mêmes, ils se sont installés à chaque bout de table.
De vrais mâles alpha !
Laissant mes convives à leurs bavardages, je me rends à la cuisine
pour y faire du rangement et préparer la suite – ce fameux moment aussi bien attendu que redouté.
Entre ces murs, j’ai encore de nombreux, de précieux souvenirs qui
demeurent ancrés dans mon cœur, moi lisant sur l’immense canapé d’angle près de la cheminée dans l’odeur des délicieux cookies de ma grand-mère. S’activant aux fourneaux dans cette cuisine rutilante, parée de son éternel tablier fait main, elle aimait me parler de mon grand-père et le faire revivre à travers ces récits.
Ce matin, en cuisinant à cette même place qu’elle tenait comme une
vraie chef, j’ai retrouvé son tablier soigneusement plié et rangé dans un tiroir de la cuisine et sous ses larmes que cette trouvaille a créé, j’ai senti combien nous allions être heureux ici. Cette maison a été bâtie sur les rêves et l’amour, ils en sont les fondements. Aujourd’hui, ce sont les nôtres qui vont la faire revivre.
— Tu as besoin d’aide ?
Molly vient d’apparaître tandis que je finis de mettre les bougies sur
ce gâteau d’anniversaire.
— J’ai terminé.
— Alex s’occupe de ce que tu sais.
J’ai un sourire crispé et Molly passe un bras rassurant sur mon épaule. — Arrête de flipper. Il va adorer.
— Que Dieu t’entende…
Accoudée au plan de travail, elle me regarde allumer les bougies. — Tu sais le rendre heureux ton homme. Il l’est, ça se sent, ça se voit.
Il est tranquille et serein.
Repoussant mes boucles dans mon dos, elle m’observe tendrement. — Tout ne s’est pas totalement déroulé comme tu l’envisageais quand
nous avons mis ce jeu en place, mais même si les épreuves que vous avez dû surmonter ont été douloureuses, vous ne seriez pas aussi forts si vous ne les aviez pas affrontées.
— Ce n’est pas l’avarice qui nous aurait permis de faire tout ce
chemin, c’est sûr.
— Il aurait refusé de te partager, c’est certain. Il aurait fait de toi son
avarice, mais tout ce que vous avez ressenti ces derniers temps d’être ainsi séparés a renforcé votre amour. Vous aviez besoin de devenir un véritable couple et pas seulement des collègues de boulot qui couchent ensemble. Ce cap-là, tu n’arrivais pas à le franchir. Maintenant, c’est chose faite.
J’acquiesce à ses propos toujours d’une parfaite exactitude. — Merci, Molly.
— De rien, ma chérie.
Elle récupère le champagne dans le réfrigérateur. — Maintenant, allons-y avant que toutes les bougies aient fondu. Nous repartons vers la véranda.
— C’est vrai qu’il nous est interdit de chanter ? Je fais les gros yeux en secouant la tête.
— Surtout pas ! C’était sa seule condition pour que nous célébrions
son anniversaire tous ensemble. J’ai réussi à négocier les bougies.
— Il est dur en affaire ton homme.
Je roule des yeux.
— Tu n’as pas idée.
Nos invités retrouvés, je présente son gâteau à Théo et son air dépité
m’arrache un gloussement. Cet homme n’aime décidément pas attirer toute l’attention sur lui. Ce qui est très paradoxal, car dans le travail, cela ne le gêne pas.
— Moi qui espérais que tu m’épargnerais ça, me dit-il tout en me
gardant près de lui d’un bras enroulé sur mes hanches.
— Il faut bien que tu fasses un vœu.
— Pourquoi ?
Il me fait un clin d’œil.
— J’ai tout ce que je désire.
— Toujours ce problème avec votre œil, monsieur Allen ? le taquiné-
je.
Il rit avant de s’intéresser à ses bougies. Je le contourne pour reprendre
ma place. Le menton enfoncé dans ma main, je m’amuse de le voir les souffler avec si peu de conviction et les applaudissements autour de la table le font grincer des dents.
— Quoi ? ricané-je. Il récompense ta prouesse : trente bougies éteintes
en moins de cinq secondes…
— Qu’est-ce que tu ne me ferais pas faire ? soupire-t-il en retombant
contre le dossier de sa chaise.
Il est fatigué ou… non, parce que pour nous lancer ce genre de
perches, se moque Betty.
On l’a épuisé, cette nuit !
Tapotant de mes doigts sur ma joue, je fronce le nez et rétorque : — Nous avons précédemment établi que la réponse à cette question
est : pas grand-chose, gloussé-je.
Ses grands yeux noirs se braquent sur moi.
— Et ce, pour mon grand plaisir, mon beau chéri. J’obtiens enfin un sourire franc et plus détendu. — Nous avons encore tant de choses à découvrir… Pour toute réponse, je me mords lentement la lèvre inférieure. Notre petit jeu est vite interrompu par le bruit autour de nous. Mon
père vient de faire sauter le bouchon de champagne et sa mère lui tend un paquet cadeau.
— Bon anniversaire, mon chéri, lui dit-elle amoureusement. Il l’accepte et l’embrasse. Mais de nouveau, il est mal à l’aise. On a du boulot avant de le réconcilier avec le principe de
l’anniversaire, constate ma Betty.
Oh que oui ! On y a peut-être été un peu fort pour une première fois… Ce n’est pas nous, c’est papounet !
Mouais, ce n’est pas faux !
Il déballe son cadeau et découvre la magnifique montre que sa mère a
choisie pour lui. Si j’en juge l’impressionnante collection qu’il a chez lui, il s’est passionné pour les montres anciennes.
— Elle est superbe, dit-il en la sortant de son étui pour l’examiner.
Elle date des années quarante.
— Effectivement.
Ravi du présent de sa mère, il se lève pour l’embrasser. — Merci, maman.
Profitant qu’il est distrait, je pose sur la table la boîte blanche parée
d’un nœud doré que mon père vient de me donner en douce pendant qu’il servait le champagne. Il la découvre en venant se rasseoir et me lance un regard curieux auquel je réponds d’un sourire franc.
— Bon anniversaire.
Un rictus en coin, il retire le couvercle de la boîte. Il en sort la carte
qui s’y trouve et ses yeux s’arrondissent quand il découvre ce qu’elle cachait. Je le vois blêmir à vue d’œil. Il ouvre la bouche, la referme avant de prendre le temps de lire ce petit bout de papier cartonné. J’en connais le contenu. Un mot de ma part pour lui souhaiter un bon anniversaire et ces quelques mots de mon père : « Ça aussi, c’est avec modération ! ».
— Vous n’avez pas fait ça, bafouille-t-il en levant son regard livide
vers mon père.
Celui-ci me pointe immédiatement du doigt.
— C’est son idée !
— Hé, mais hé ! m’indigné-je. Non, mais toi alors ! — Si je coule, tu coules avec moi ! Je n’ai pas oublié… Je pouffe de rire quand il me rappelle cette conversation que nous
avons eue au sujet de ma mère.
— De toute façon, je n’y suis pour rien ! me défends-je. C’est Jacob
qui m’a dit que tu pensais à changer de voiture.
— Parce que vous lui avez vraiment acheté une voiture ?! se récrie ce
dernier.
Je hausse les épaules.
— Ben, oui…
— Mais moi, j’ai dit ça comme ça, pour rigoler ! Théo qui sort de son état catatonique regarde son meilleur ami. — En présence de ma femme et de mon beau-père ce genre de
blagues, tu évites.
Il brandit les clefs de sa nouvelle voiture.
— Oh merde ! ricane Jacob.
Théo nous observe tour à tour, mon père et moi. — Non, mais sérieusement, il va falloir penser à vous faire soigner
pour régler ce problème.
— Justement ! s’exclame mon père en se levant. Tu n’as plus qu’à
nous conduire.
— Dans ta nouvelle voiture, chantonné-je en l’attrapant par la main
pour qu’il me suive.
C’est à l’extérieur que nous suivons mon père. Garée devant la porte
de l’un des deux garages que compte la maison, la nouvelle voiture de Théo n’attend plus que lui. Et je me régale de le voir bouche bée en découvrant pour la première le SUV de chez Lamborghini que nous avons choisi pour lui.
— Vous êtes complètement fous, marmonne-t-il en parcourant les
lignes de sa nouvelle voiture.
— Je plaide coupable, je suis folle de toi, ricané-je avant de toiser mon
père. Et toi, c’est quoi ton excuse ?
Il saisit Théo par la nuque pour le chahuter gentiment. — C’est ce petit trou du cul qui s’évertue à me rendre dingue depuis
presque dix ans.
— Tu n’aurais pas dû, bredouille Théo.
— Pourquoi pas ? répond mon père. Pourquoi faire tous ces sacrifices
si au bout du compte je ne peux pas gâter ma famille ? J’ai travaillé toute ma vie, et j’ai tout ce que je désire aujourd’hui.
— Ta femme et tes enfants…
— Tu as tout compris. Rien n’est plus important. Théo se tourne vers mon père.
— Je vais le faire pour toi, Alex, lui avoue-t-il timidement. Reprendre
Bailey.
— Ne le fais pas si tu n’en as pas réellement envie. Tu ne me dois rien. — Je te dois énormément au contraire. Personne ne m’a aidé comme
tu l’as fait. Ce n’est pas pour ça que j’accepte, mais parce que je fais confiance à Ava et je la crois quand elle me dit que rien ne nous séparera.
Je souris, émue de les voir se parler ainsi tous les deux. — Vous allez assurer, j’en suis certain.
— Et tu ne seras jamais loin pour me botter le cul si ça ne va pas, se
marre Théo.
— S’il y a bien quelque chose que j’ai appris à ton sujet ces derniers
temps, c’est que tu ne fonctionnes pas aux coups de pied au cul, mais à la confiance. N’oublie plus que ça va dans les deux sens, c’est tout.
— Ça sera fait, mon général.
— À titre honorifique alors, parce que maintenant, c’est toi le maître à
bord.
Si je suis au bord des larmes, j’ai le cœur qui éclate quand Théo prend
mon père dans ses bras.
— Merci, Alex.
Mon père lui rend son étreinte.
— Il n’y a pas de quoi, mon grand. Soyez heureux, c’est tout ce qui
importe.
Je m’essuie les joues et viens me blottir dans les bras de Théo quand il
m’y invite après avoir relâché mon père.
— Je t’aime, Ava, dit-il en m’embrassant.
Il regarde la maison.
— Tu sais qu’on ne va plus repartir d’ici…
— Pourquoi crois-tu que je tenais tant à ce que tu la vois ? Pour t’y
capturer.
— C’était bien joué, ma chérie. Je vais aller tester mon nouveau jouet
alors…
Il me donne un dernier baiser avant de mettre une main sur l’épaule de
mon père.
— Et promener notre jeune retraité par la même occasion. — Quel petit con ! lance mon père.
Théo déverrouille sa voiture.
— J’ai dit que tu étais jeune, non ?
Je les observe se chamailler en souriant avant de rejoindre Molly,
Mack et Melinda. Celle-ci coule son bras sous le mien, elle aussi semble très troublée de voir son fils aussi démonstratif.
— Ma chère Ava, tu es sa chance. Celle qu’il attend depuis toujours. Il
a seulement besoin d’être aimé, tu sais…
— Et c’est tout ce que je désire aussi.
Jacob rejoint les garçons et les voilà partis. Théo fièrement assit au volant de son cadeau d’anniversaire.
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