Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)

Théo a trente ans, c’est son anniversaire…

L’anniversaire

 

Théo a trente ans, c’est son anniversaire et je récolte une foutue migraine ?! Mon verre claque sur le marbre de la cuisine. Je jure une nouvelle fois. La dixième en vingt minutes au moins. Je n’arrive pas à le croire ! C’est une très mauvaise plaisanterie.

Je l’ai attendu pendant deux jours – deux très longues journées. Son

séjour à Tacoma s’est apparemment passé à merveille, si j’en crois les nombreux SMS que nous avons échangés et, alors qu’il rentre enfin, j’ai cette lame atroce qui me transperce la tête encore et encore.

Je savais depuis le début que je n’aurais pas la chance de célébrer son

anniversaire comme je le désirais et j’ai accepté l’idée en pensant que je corrigerai bien vite cette occasion manquée. À ce moment-là, je pensais pouvoir le lui souhaiter en personne et même l’embrasser pour qu’il sache combien c’est important pour moi de partager ça avec lui, que mon absence ce soir n’est pas un choix délibéré de ma part. Mais même cette lueur d’espoir est sur le point de disparaître tandis que la migraine grossit telle une tornade dans la Dixie Alley en pleine saison.

— J’aurais dû m’en douter, dis-je pour moi-même en allant dans ma

chambre à coucher.

Ce matin, je me suis levée tard. Comme je l’avais prévu, j’ai pris un

peu de repos et Molly et mon père étant au travail, j’en ai profité pour faire la grasse matinée. Mais à peine avais-je mis un pied par terre que j’ai été prise d’une violente nausée. Un verre d’eau et quelques fruits frais plus tard, je me suis sentie mieux et j’ai pensé être tranquille. Plus tard, je suis venue sur Terry Avenue pour emballer le reste de mes affaires.

En arrivant sur place, j’ai vidé mon dressing. C’est là que j’ai ressenti

une nouvelle nausée accompagnée d’un vertige. Là, j’ai su ce qui m’attendait. J’ai pris mes cachets sans perdre une minute pour tenter d’enrayer le phénomène, sans grand succès. Finalement, je me suis cloîtrée dans le noir une bonne partie de l’après-midi en espérant que le mal disparaisse, en vain.

C’est la seconde fois que j’avale ces comprimés totalement inutiles,

comme toujours… Il n’y a qu’une chose qui peut me soulager : l’obscurité. Me cachant sous ma couette, je prends le temps d’envoyer un SMS à Mackenzie pour lui demander de me réveiller lorsqu’elle rentrera. J’aimerais venir avec elle au restaurant pour voir Théo, même pour cinq minutes. Étant assurée qu’elle a eu mon message, je peux enfin me reposer. En espérant que ces maux de tête iront voir ailleurs si j’y suis d’ici le retour de Mack.

M’endormir m’a demandé une bonne heure. Rien n’est moins simple

quand une douleur innommable vous transperce le crâne. Si j’y suis arrivée, mon réveil n’en est pas moins chaotique. La migraine est toujours là et elle n’a pas baissé d’intensité. Il fait noir dans ma chambre quand j’ouvre doucement les yeux. L’obscurité est si grande que la nuit doit être tombée dehors. À tâtons, je cherche mon portable sous les oreillers et découvrir l’heure me fait jurer. 22 h 45.

— Eh merde !

Mais ce n’est pas la seule déconvenue que je découvre alors. Théo m’a

envoyé une dizaine de messages. Les yeux plissés tandis que mon cerveau résonne comme un clocher d’église, j’en fais la lecture. J’y apprends qu’il a d’abord essayé de me contacter pour me voir avant de s’inquiéter de mon absence de réponse. Il m’informe alors que ses amis lui ont fait la surprise d’une soirée au restaurant de Jacob. Quelques minutes plus tard, il me demande si je vais venir. Je sens mes larmes monter. Dans ses derniers messages, il me dit qu’il est désolé de ce changement de programme, qu’il m’appellera demain et qu’il m’aime.

— Mais merde ! Pourquoi tu m’as fait ça, Mack ! chouiné-je en me

levant.

Me tenant la tête dans une main, je me rends à la salle de bains pour

me donner un peu d’allure quand une nouvelle nausée s’abat sur moi. Cette fois, elle ne passe pas et je me retrouve la tête au-dessus de la cuvette à vomir tripes et boyaux.

— Mon ange…

Dans l’impossibilité de me détourner des toilettes, je ne peux vérifier

qui vient d’entrer dans la pièce, mais je reconnais cette voix. Papa. Ses mains viennent apprécier mes épaules.

— Si tu savais comme je déteste te voir ainsi, chuchote-t-il en

empêchant mes cheveux de tomber dans mon visage.

Il sait combien le bruit me fait souffrir d’où sa voix voilée. Mes

vomissements calmés, je me brosse les dents.

— Pourquoi tu es là ?

— Mack m’a appelé quand elle t’a trouvé endormie. En voyant tes

cachets, elle a compris que tu avais une migraine. Comme elle ne voulait pas te laisser seule, je suis venu.

Ma tête a beau me faire souffrir le martyre, je fais l’impossible pour

ignorer la souffrance, pour la repousser. Déterminée à le voir, je ramasse mon sweat et le passe sur ce legging que je portais quand je pensais avoir la force de faire mes cartons.

— Mais qu’est-ce que tu fais ?

— C’est son anniversaire papa, lui dis-je comme si c’était logique. Je

veux le voir pour au moins lui souhaiter de vive voix.

— Mais tu as mal à la tête. Tout ce qu’il te faut, c’est te plonger dans

le noir et te reposer.

— Papa, ses amis n’ont pas jugé utile de m’inviter et je dois m’asseoir

sur le fait de fêter l’anniversaire de l’homme que j’aime à cause de ces imbéciles. J’ai juste envie de lui dire que je l’aime, de le voir quelques minutes et il est hors de question que je laisse cette maudite migraine me retirer le seul moment agréable de ma journée.

— Ava…

— Conduis-moi, s’il te plaît, l’imploré-je en me blottissant contre lui.

Après, on rentrera à la maison.

Je sais que j’ai gagné à la manière dont il me regarde. Toujours aussi

fébrile, je le laisse me guider vers l’entrée. Mes effets personnels réunis, nous quittons l’appartement et prenons la direction du restaurant de Jacob. En route, j’envoie un message à Théo pour lui demander de me rejoindre dehors. Il accepte et lorsque nous nous garons devant le restaurant, il nous attend déjà.

— Ne lui dis pas que j’ai encore mal à la tête, s’il te plaît, supplié-je

mon père.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il voudra venir. Je veux seulement qu’il ait un bel

anniversaire.

— Il a raison, tu sais, tu es une sacrée emmerdeuse. J’aimerais rire de sa remarque, mais ma tête me fait trop souffrir. Je

m’accorde une dernière grimace de douleur avant de sortir sur le trottoir et d’arborer mon plus beau sourire. Théo m’accueille à l’identique. Ma présence lui fait plaisir, sans aucun doute.

— Ma puce, dit-il en venant me rejoindre.

Là, il me soulève par la taille et me fait virevolter dans les airs. Ne pas vomir, ne pas vomir, ne pas vomir…

— Tu m’as manqué, trésor.

Serrant les poings pour retenir cette souffrance dans ma tête, je

l’embrasse.

— Bon anniversaire, mon amour.

Il ricane contre ma bouche.

— J’ai eu peur de ne pas te voir, mais Mack m’a appris que tu avais la

migraine.

— Elle s’est un peu emballée, je t’assure. J’ai dormi quelques heures

et ça va bien mieux.

Alors pourquoi tu as un marteau-piqueur qui fait un trou dans ta petite

cervelle ? se moque Betty.

Je l’ignore.

Mon père qui vient de faire le tour de sa voiture lui serre la main. — Mon sous-lieutenant.

— Salut, Alex.

— Je t’ai appelé, ce matin, mais comme tu es là : bon anniversaire,

Théo.

— Merci.

— Il va falloir qu’on se voie pour célébrer ça maintenant. — Oh…

Théo semble étonné que mon père lui fasse cette proposition. — Ben… si tu veux…

Il bégaie… N’est-ce pas adorable ?

Revenant à moi, il dégage ma nuque.

— Vous ne voulez pas venir une minute ? Le temps de boire un verre. Mmm… le brouhaha, les conversations qui fusent, la musique : que

d’excellents remèdes pour ce qu’on a !

Si cette remarque m’agace, l’invitation de Théo me donne envie de

pleurer. Ma place est à ses côtés et me voilà reléguée au trottoir face au restaurant pour lui souhaiter un anniversaire à la sauvette. Et cette migraine finit de m’achever, de me voler le peu d’espoir qu’il me restait.

Retenant difficilement mes larmes, je secoue la tête. — Nous aurons l’occasion de le faire bientôt, mais, ce soir, c’est avec

tes amis que tu es.

Une lueur coupable illumine soudainement le fond de ses yeux. Sa

main sur ma joue, il me dit :

— Je vais régler ça.

Je secoue lentement la tête.

— S’il te plaît, ne fais pas de moi un problème entre vous. Je peux me

débrouiller avec ça.

Mais en faire de même avec ce supplice dans ma tête est de plus en

plus impossible. Il est temps pour moi de m’en aller. Les yeux clos, j’inspire pour tenter de reprendre le contrôle de moi-même.

— Je voulais te voir, mais je vais te laisser retourner auprès d’eux. Je m’enfonce dans la paume de sa main.

— Je t’appelle demain.

J’acquiesce tandis qu’il fronce les yeux.

— Tu es certaine que ça va ?

— Bien sûr…

Mes lèvres terminent plaquées contre les siennes. — Je t’aime.

Mais Théo ne répond pas, il est trop occupé à questionner mon père du

regard.

— Je vais la reconduire à la maison.

Théo me fait reculer d’un pas pour m’observer. Visiblement, il

s’interroge.

— On se voit demain, finit-il par dire, l’air trop inquiet à mon goût. Je l’abandonne et retourne à la voiture.

Je lui offre un dernier sourire et je regrette de me sentir dominée par la

douleur. Je me hâte de m’installer sur le siège passager. Là, je peux laisser mes larmes sortir. Théo et mon père échangent quelques mots, mais je ne parviens pas à les comprendre, ma tête résonne dans tous les sens.

Quand je me risque à un regard vers Théo, il a les yeux rivés sur moi.

Je me détourne un peu vite pour qu’il ne voie pas mes larmes.

— Ça va aller, ma chérie ?

Mon père, installé derrière son volant, pose sa main sur la mienne. — J’ai mal, lui confié-je en ravalant de nouvelles larmes. — Tu vas aller te coucher et dormir, ça finira par passer… — Si j’arrive à me débarrasser de ces migraines un jour. — Cela prendra du temps, ton médecin te l’a dit. Suffisamment loin de Théo pour qu’il ne puisse me voir, je me prends

la tête entre mes mains, comme pour contenir le mal.

— Tu aurais dû lui dire, chérie.

— Et lui gâcher sa soirée d’anniversaire ? Non merci. — Mais qui te dit que ça aurait été le cas ? Ce que j’ai vu, c’est un

homme amoureux qui avait envie d’être avec la femme qu’il aime. Es-tu certaine que ce soit à toi de juger de ce qu’il veut vraiment ?

— Papa, je t’en prie, j’ai vraiment mal, me lamenté-je en me laissant

aller contre le siège.

— Comme tu voudras…

Il se concentre sur la route et respecte mon besoin de silence. Dormir.

Tout ce qu’il me faut, c’est dormir si je veux être en forme demain et tenter de réparer cette erreur de timing autour de l’anniversaire de Théo.

***

Une sensation de chaleur, une impression de lourdeur un peu

familière, voilà ce qui me réveille. Mes yeux papillonnent lentement et je retrouve cette même obscurité qui m’a aspiré quand je me suis couchée. J’ai mis un peu de temps à trouver le sommeil, cette maudite migraine ne m’ayant pas quitté. Si la douleur est moins intense, je n’en suis pas moins dans le coton.

Encore une sensation péniblement familière d’ailleurs… Balançant ma couette sur le côté, je m’extirpe du lit et fais quelques

pas vers la salle de bains pour y boire un verre d’eau.

— Mon ange ?

— Oh putain !? me récrié-je en sursautant.

Le palpitant lancé au galop, je bondis sur l’interrupteur et l’actionne.

Dans mon lit, je découvre Théo à moitié dévêtu qui se frotte les paupières.

— Bordel Théo ! Tu m’as fait peur !

— Désolé…

— Mais qu’est-ce que tu fais là ?

— J’ai appelé ton père un peu après votre départ. J’ai eu peur que tu

n’ailles pas aussi bien que tu as cherché à le laisser paraître. Alex m’a confirmé ce que je redoutais.

— Ce n’est pas vrai…

Théo vient me rejoindre.

— Winy, pourquoi tu ne veux pas partager ça avec moi ? — C’était ton anniversaire…

— Arrête avec ça, s’il te plaît. Je suis là où je dois être bon sang. Je

n’ai pas…

Il se pince l’arête du nez.

— J’ai cru que tu serais là, ce soir.

— Ce n’est pas important.

— Ça l’est pour moi. J’ai attendu en pensant que tu finirais par arriver,

mais Mack m’a expliqué que Syd ne t’a pas invitée. Tu le savais depuis le départ qu’on n’allait pas se voir, non ?

— Je… C’est ton amie, Théo…

— En tant que telle, elle aurait pu avoir l’intelligence de te proposer

d’être là.

Son corps se pressant contre le mien, il dépose un baiser dans mes

cheveux.

— Comment va ta tête ?

— Bien mieux.

— Viens te remettre au lit. Il est très tôt.

— Je vais à la salle de bains et je reviens.

Je m’éclipse quelques instants, juste le temps de boire un peu d’eau et

de me rafraîchir le visage. Quand je le retrouve, Théo est allongé dans mon lit. Sur le dos, un bras replié sous sa tête, il bat la mesure sur son torse.

Il faudrait être cinglée pour ne pas en profiter, chantonne ma Betty. Étant d’une nature plutôt saine d’esprit, je grimpe sur le matelas et

progresse lentement dans sa direction.

— Non, non, non, murmure-t-il tandis que ma bouche s’approche

dangereusement de la sienne.

— Quoi ? demandé-je en toute innocence.

Je l’enjambe pour le chevaucher, mes lèvres dansant sur les siennes,

nos souffles se mêlant l’un à l’autre.

— Le général m’a autorisé à venir, mais pour veiller sur toi. Je risque

de ne plus être le bienvenu si je te… distrais…

— Justement, il n’y a pas meilleur remède contre la migraine qu’un

bon orgasme.

Il ricane tandis que j’ondule contre lui. Ce qui ne le fait plus rire du

tout. Ses yeux réclament, sa bouche frémit et sa respiration s’approfondit.

— Ava, grogne-t-il en enfonçant ses mains dans mes cheveux tandis

que je joue des hanches contre lui.

— Tu m’as manqué…

Je l’embrasse avec fougue et Théo se laisse prendre au jeu. Me serrant

dans ses bras, sa langue investit ma bouche et la possède avec avidité. Je m’intéresse à ce jean qu’il porte encore et le déboutonne pour y glisser ma main et m’emparer de son sexe déjà au taquet. Un contact qui le fait rugir de plaisir.

— Ça fait si longtemps, gémis-je dans sa bouche. — Trop longtemps, répond-il sur un ton identique. Plantant ses doigts dans mes fesses, il me fait basculer dans le lit. À

genoux devant moi, il saisit la ceinture de mon short de nuit. Je finis à demi nue.

— Tu m’en veux si je vais droit au but ?

— C’est si tu ne le fais que je vais t’en vouloir, gloussé-je. — Je suis fou de toi bordel ! mugit-il en tirant sur son boxer

suffisamment pour en faire jaillir sa légende.

J’adore qu’il soit si impatient qu’il ne prend même pas le temps de le

retirer. Se plaçant entre mes cuisses, il pose ses mains de chaque côté de ma tête. Mes talons viennent flatter ses cuisses puissantes tandis que Théo renoue avec mon intimité. Son empressement ne retire rien à sa douceur.

Les traits de son visage se tendent au fur et à mesure qu’il progresse

entre mes lèvres gorgées de plaisir. Son beau, son magnifique visage, je l’apprécie avec tendresse. Je savoure le désir que son regard noir et transpirant d’amour laisse entrevoir.

— Je t’aime, me confie-t-il dans un souffle éperdu alors qu’il prend

possession de mon corps. Ava, mon amour.

Sa voix se trouble. Ce dernier est étranglé dans sa gorge. — Théo…

La respiration courte, il appose prudemment sa bouche sur la mienne.

Il l’effleure seulement. Je le sens trembler sur moi.

— Est-ce que ça va ? demandé-je inquiète de le sentir si fragile tout à

coup.

C’est en sentant mes lèvres se tremper que je comprends qu’il pleure. — J’ai eu si peur de te perdre…

Ma propre émotion me saisit en l’entendant si bouleversé et sincère. — Je vais bien, le rassuré-je en prenant son visage en coupe. Mon

amour, je suis là dans tes bras et je vais bien.

Il m’autorise à me plonger dans cette vérité que me racontent ses yeux

d’une noirceur infinie.

— Il n’y aura que nous, tu me le jures ?

À son ton implorant, je sens combien il a besoin que je calme ses

angoisses.

— Nous et tous nos bonheurs, je t’en fais la promesse. Aime-moi,

Théo. Je n’ai besoin que de ton amour.

Cherchant ses mains, je noue mes doigts aux siens. Tout en nous est

uni comme jamais : nos corps, nos âmes, nos regards, nos cœurs, nos rêves et nos espoirs. Cette nuit pour la première fois, nous ne formons plus qu’un seul et même être.

Théo, mon crush d’ado, ma plus grande douleur, mon seul amour,

nous lie un peu plus à chaque mouvement de ses reins. Il nous conduit dans la douce folie d’un plaisir commun. Il n’y a plus de jeu, plus d’épreuves, plus de scénarios, seulement ce que nous avons bâti ensemble. Dans la douleur souvent, mais nous n’en sommes que plus forts.

Dans le doux bruit de nos respirations éprouvées, à la force de ses hanches, captif de cette connexion singulière, Théo nous délivre, nous livre à cette merveilleuse jouissance et une chose est sûre, je ne pourrais plus jamais m’en passer.

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