Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
Ne pas le voir venir
— Théo —
Je viens de rentrer et j’ai acheté une bouteille de Chardonnay. Tu
veux passer ?
Arrêtée à un feu rouge sur la route reliant Bailey au domicile de mon père, je profite de ce court moment pour m’enquérir du message que Théo m’a envoyé, il y a quelques minutes. Et ce contenu m’arrache un sourire. Je me presse de lui écrire une réponse.
— Ava —
Quelle belle tentative, monsieur Allen ! Je suis en route pour aller voir
mon père, mais je passe après. Mets la bouteille au frais.
Je reçois cette réponse rapide quelques instants plus tard :
— Théo —
Ava, je t’en prie, ne te prend pas la tête à cause de moi. Ça ne sert à
rien. Il n’est pas prêt à entendre que je t’aime.
Il fait toujours son petit effet le beau Théo quand il nous dit qu’il nous aime, n’est-ce pas, Ava ?
Oh oui, ma Betty ! Je suis comme une idiote à chaque fois qu’il me le dit…
Je confirme, ma chérie ! Tu as l’air d’une idiote !
Je lui écris de ne pas s’inquiéter avant de me reconcentrer sur la route.
Je n’ai fait que croiser mon père depuis sa dispute avec Théo et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il m’a paru extrêmement préoccupé depuis.
Qu’il soit furieux contre Théo est normal vu la teneur de leur dernier échange, mais sentir qu’il m’évite me mine vraiment. Il a dû comprendre que nous continuons à nous voir malgré son avertissement et cela l’a fortement contrarié.
Cette vérité me brise le cœur. Pour rien au monde, je ne voudrais que mon père pense que je me moque de ce qu’il pense. Je dois arranger les choses entre eux, qu’il entende les raisons qui me poussent dans les bras de Théo, car dans leur relation tout est basé sur des erreurs d’interprétations.
C’est dans cet état d’esprit que je me gare près de la fontaine face à l’entrée de la maison. Sa voiture n’est pas là et, l’espace d’une seconde, je redoute qu’il ne soit pas présent. Il a quitté Bailey en début d’après-midi, sûrement parce qu’il avait des choses à faire. Je décide de tenter ma chance, au cas où elle soit rangée au garage.
Et je fais bien, car la porte d’entrée n’est pas verrouillée. J’aurais dû le prévenir de ma visite, mais je craignais qu’il fasse une pirouette pour se dérober à notre discussion.
— Papa, m’annoncé-je en entrant. C’est moi !
Après quelques pas dans cet intérieur où réside un grand silence et où toutes les pièces semblent désertes, je rebrousse chemin prête à renoncer. Visiblement, il n’est pas là quand du bruit dans l’escalier me fait revenir vers l’entrée. Mon père, vêtu d’un simple pantalon en lin fait disparaître son corps incroyablement taillé sous un débardeur en coton.
— Papa…
À sa manière de sursauter en me voyant débarquer de la cuisine, il ne m’a pas entendu lorsque je l’ai appelé.
— Ava ?
— Je suis navrée. Je ne voulais pas te surprendre. Je t’ai appelé en entrant.
— Ce n’est rien, mais je ne m’attendais pas à te voir ici.
L’idée de mettre les pieds dans le plat au sujet de Théo m’angoissant vraiment, j’enfonce les mains dans mes poches de mon trench en me balançant sur mes pieds.
— J’ai eu envie de te parler depuis lundi, mais tu ne m’as pas paru très accessible depuis que…
Confuse, je regarde mes pieds.
— On pourrait en parler plus tard, s’il te plaît ?
— Papa, j’ai besoin qu’on se dise les choses. Ça me fait trop de peine de vous voir vous déchirer tous les deux. On peut sûrement trouver un moyen de s’entendre…
Les bras croisés, un œil tourné vers l’escalier, il me demande :
— Est-ce que tu l’aimes, Ava ?
Cette question, un peu abrupte, me fait lever le nez vers lui.
— Je… euh… je ne sais pas… il est important.
— De tous les hommes qu’il y a à Seattle, il a fallu que tu t’amouraches du seul qui a cette épuisante capacité de me sortir par les yeux.
— Je ne crois pas que tu le penses vraiment…
— Tu n’as aucune idée de ce que je pense de Théo.
— Et si tout ce que tu croyais savoir de lui n’était qu’une méprise, le résultat de deux egos un peu trop gros pour tenter de se comprendre.
Mon père hausse les épaules avec nonchalance.
— De toute évidence, il a su te raconter ce qu’il fallait pour te convaincre que je suis le seul responsable de tout…
— C’est faux, le coupé-je. Je dis que vous n’avez pas su communiquer quand il l’aurait fallu parce que vous êtes trop fiers. Toi, parce que tu l’as formé et qu’il t’a blessé en s’en allant. Un choix qu’il regrette. Lui, il s’est braqué contre toi, car tu as refusé de l’écouter, de lui faire confiance à un moment où il avait seulement besoin qu’on croie en lui et qu’on l’épaule.
— Donc, j’aurais dû fermer les yeux sur son comportement ? s’agace mon père.
— Non, mais essayer de comprendre…
— Comprendre quoi, Ava ? s’impatiente-t-il. Qu’il préférait sauter toutes les nanas qui lui passaient sous le nez plutôt que de faire le job pour lequel je le payais ? C’est avec ce genre d’hommes que tu envisages de faire ta vie ?
Attristée par son discours, les yeux humides, je le dévisage perdue.
— Si c’est de cette façon que tu l’as traité à l’époque, je comprends qu’il ait préféré se taire.
— C’est de ma faute, bien sûr…
— Ce n’est pas ce que je dis ! Mais si un jour, tu as cru en lui, si tu as pensé qu’il pourrait faire partie de cette maison, alors demande-lui de te raconter pourquoi il a perdu pied à cette période.
— Ce qui veut dire ?
— Je n’ai pas à te raconter la vie de Théo, c’est à lui de le faire. Je te suggère simplement de tenter un pas vers lui…
— Pourquoi ?
— Parce qu’il compte pour moi, papa !
Je baisse les yeux.
— Et qu’il m’aime…
Mon père s’apprête à répliquer quelque chose quand des bruits de pas se font entendre à l’étage. Je regarde dans cette direction puis j’examine mon père.
— Il y a quelqu’un avec toi ?
— Effectivement.
— Mais…
— Alex ?
Je me tourne vers mon père, le dévisage perdue. Cette voix m’est si familière que mon cœur s’emballe dans ma poitrine. J’ai peur de ce qui va me tomber dessus.
— Papa ?
— Si on en est à jouer cartes sur table, j’ai moi aussi quelque chose à t’apprendre.
Mon père fait un pas vers l’escalier à travers lequel il lance.
— Je suis en bas avec Ava. Tu veux bien nous rejoindre, s’il te plaît, ma chérie ?
Mon regard inquiet est rivé sur le palier et tout mon être tremble de savoir qu’Elle va apparaître. Je porte une main à ma bouche quand une timide présence sort de derrière l’angle du mur.
— Ava…
— Molly ?
Incrédule, je secoue la tête en découvrant mon amie en haut des marches. Ça va trop vite dans ma tête. Mon père et Molly ont une aventure. Molly m’a annoncé qu’elle était enceinte. De mon père…
— Tu m’as dit que, bredouillé-je. Tu es…
Je tourne la tête en direction de ce dernier. Mon père est trouble sous mes larmes.
— Tu as… Elle est…
Je les examine tour à tour.
— Vous ne m’avez rien dit.
— On attendait le meilleur moment pour le faire, se justifie Molly.
— Le meilleur moment, c’était avant qu’on devienne si proches !
Elle cherche le soutien de mon père d’un regard suppliant.
— C’est moi qui ne me sentais pas prêt à te dire que je refaisais ma vie, me confie-t-il.
— Et à aucun moment, tu t’es dit qu’il nous serait profitable à tous que je le sache dès le début avant que je me confie à elle, qu’on devienne amies…
— Ce qui se passe entre Molly et moi et votre amitié sont deux choses différentes.
— Elle porte ton enfant, papa ! me récrié-je. Comment suis-je censée faire la part des choses au milieu de tout ça ?
Je jure avant de revenir à Molly.
— Comment as-tu pu me laisser te dire tout ce que je t’ai avoué au sujet de Théo et m’offrir ton aide dans ces circonstances ? C’était malhonnête et déplacé !
Je reviens vers mon père.
— Et tu n’es qu’un hypocrite !
— Pardon ?
— Tu as eu le culot de virer Théo parce qu’il baisait une subalterne !
— Fais attention à ta manière de me parler, Ava Bailey !
— Je passe pour quoi maintenant que je l’ai choisie comme assistante !
Je porte une main à mon front.
— Et tout ce cinéma que tu m’as fait quand j’ai voulu la promouvoir…
Je l’accable d’un regard noir.
— Tu t’es bien moqué de moi !
— Je vais reprendre ma place au standard, répond Molly qui a descendu les marches. Il ne faut pas que ce soit un problème.
— Ben voyons !
— Je voulais seulement apprendre à tes côtés, car tu es une jeune femme intéressante et compétente.
— Molly conservera sa place, Ava.
— De toute façon, c’est ce que tu voulais depuis le début, l’accusé-je. Moi, je n’étais qu’une marionnette entre tes mains.
— C’est ridicule !
— C’est comme cette idée totalement grotesque de me former au poste de PDG. Mais là aussi, tu agis à ma place, qu’importe que ça me déplaise !
— Ça n’a rien à voir avec Bailey. On parle de ma vie et je la passe au côté de qui je veux.
— Je suis très heureuse de te l’entendre dire, répliqué-je dans un sourire ironique.
Je les regarde tour à tour.
— Et pour votre information, j’ai apprécié Molly à la seconde où je l’ai vue. Tout a été naturel et je me suis rapidement liée à elle. Ce qui me blesse, ce n’est absolument pas que vous soyez ensemble, mais que vous m’ayez laissé m’investir dans cette amitié en sachant qu’un jour on en arriverait là !
Tenant ma tête entre mes mains, je soupire.
— Mais comment ça a pu vous échapper à ce point ?!
— Ava, je t’en prie, m’implore Molly en larmes. On pourrait en parler plus calmement.
— Non, dis-je les mains en l’air. J’ai besoin de m’en aller.
— Alex, sanglote-t-elle alors.
— Ava, reste avec nous…
— Non là, c’est un peu trop gros pour moi. Il faut que je souffle un peu.
— Mon ange, s’il te plaît, c’est mon choix, pas le sien. Ne la pénalise pas pour mon erreur.
J’ouvre la porte et j’aimerais me sauver, mais Molly me retient par le poignet.
— J’étais sincère, Ava. Et ce que je t’ai dit lorsque nous étions au restaurant est toujours d’actualité : j’ai peur de ce que je suis en train de vivre. Je m’excuse par avance si tu trouves ma requête déplacée, mais j’ai besoin de toi, parce qu’il n’y a personne dans ma vie hormis Alex pour partager cette nouvelle étape avec autant d’amour que toi. Je suis sûrement loin de tout ce que tu pouvais imaginer pour ton père, mais je l’aime de tout mon cœur.
— Je regrette de voir à quel point vous me mésestimez. C’est là votre plus grande erreur.
Je sors sous le porche et leur jette un dernier regard peiné. Comment me voient-ils au juste ? Comme quelqu’un de profondément égoïste au point que je désapprouve la nouvelle vie de mon père. J’ai toujours soutenu mes parents après leur divorce combien même j’en ai souffert. Mais eux, sont-ils véritablement capables de me soutenir ? Vu ce que je viens de découvrir, je suis en droit de me poser la question.
***
Le trajet jusqu’à chez Théo me paraît incroyablement long et je risque la grosse migraine avec ce qui vient de me tomber sur le coin de la tête.
Mon père et Molly ; Molly est enceinte ; mon père va avoir un autre enfant ; c’est vraiment trop énorme !
Tout ce qu’il me faut à cet instant est de décompresser et de me décharger de ce poids qui pèse sur mes épaules.
Finalement, les absences de mon père s’expliquent par les congés de mon assistante. Lundi, elle ne savait pas quelle suite donner à cette grossesse, de toute évidence, ils ont réglé la question. Honnêtement, en gagnant l’étage de Théo, je me demande encore si je n’ai pas rêvé, si tout ça n’est pas le fruit de mon imagination.
Cela me semble si surréaliste…
Molly est une belle jeune femme et mon père est un homme séduisant. Bien sûr, il est très commun qu’une fille soit en adoration devant son père, mais, dans mon cas, il n’y a pas que ça. Mon père est charmant, point barre ! Il n’y a qu’à se balader avec lui dans la rue pour s’en rendre compte. Toutes les filles se retournent sur lui. Et l’amour arrive souvent où on l’envisage le moins, je peux le concevoir. Jusque-là rien de choquant. Ce qui m’attriste, c’est la manière dont ils m’ont géré, moi. Comme quelqu’un de fermé, incapable de comprendre. Tout le contraire de ce que je suis…
Soulagée d’arriver à destination, je toque à la porte de l’appartement de Théo et attends avec impatience qu’il m’ouvre. Lorsqu’il le fait, il tient son portable entre ses mains et le consulte.
— Ma chérie, tu peux m’éclairer : pourquoi ton père m’envoie des messages pour savoir si je devais te voir ce soir et me demande de le prévenir quand tu arriveras ?
Épuisée par mes émotions, troublée par ce nouveau tournant que prend ma vie familiale, je marche jusqu’à me lover contre lui. À ce contact et pour la première fois depuis ce raz de marée, je fonds en larmes dans ses bras.
— Merde, souffle Théo en me soulevant contre lui.
La porte claque. Il nous conduit vers le canapé.
— C’est tout ce que je voulais éviter, que tu t’engueules avec ton père.
Assisse sur ses genoux, je me niche dans son cou.
— C’est bien pire que ça, gémis-je. Si seulement, il n’y avait que toi, je pourrais gérer, mais là…
— Qu’est-ce qui s’est passé ?
Je me laisse bercer par la douceur de ses caresses.
— Il n’était pas seul quand je suis arrivée chez lui. Mon Dieu, Théo, je n’arrive pas réaliser.
— Il était avec une femme ?
J’acquiesce.
— Tu ne serais pas si chamboulée si tu ne la connaissais pas.
Il réfléchit.
— Ce n’est pas Mack quand même !?
Je me redresse, les yeux comme des soucoupes.
— Tu plaisantes ! Je serais devenue folle !
— Il n’y a pas un millier de possibilités non plus. Et puis, c’est la seule femme que vous avez en commun.
Je secoue la tête.
— Il y a Molly aussi…
Les yeux de Théo s’arrondissent.
— Tu me fais marcher ?!
Je fais non de la tête.
— Attends, tu m’as dit qu’elle était absente parce qu’elle était enceinte.
— Eh oui, soufflé-je. Mon père va devenir père à nouveau.
Son pouce câline ma joue quand de nouvelles larmes surgissent sous mes paupières.
— C’est totalement dingue.
Je réponds par l’affirmative.
— Comment as-tu réagi ?
— Pas très bien. C’est si blessant de me dire qu’ils m’ont menti, mais surtout qu’elle a gardé ça pour elle pendant que nous devenions amies.
— Ils auraient dû t’informer avant que vous sympathisiez.
— J’ai l’impression d’avoir été manipulée. Comment savoir si elle était sincère ?
— Arrête ! m’ordonne Théo en m’embrassant. Là, tu débloques ! Molly t’apprécie parce que tu es passionnante, douce et gentille.
— Je le suis peut-être trop. Mes proches doivent s’imaginer qu’ils peuvent tout se permettre parce que l’adorable Ava trouve toujours le moyen de tout accepter.
— L’adorable Ava a tort de penser ainsi.
Théo commence à déboutonner mon manteau.
— Et elle devrait se féliciter de faire passer le bonheur et l’amour qu’elle porte aux personnes qui comptent avant sa fierté. Ce n’est pas une preuve de faiblesse, mais d’intelligence.
Il fait glisser ma veste le long de mes bras et la balance sur le fauteuil avant de s’intéresser à mes chaussures.
— Tu n’en auras plus besoin.
Il me les retire.
— Vraiment ?
— Je te garde auprès de moi, cette nuit.
— Une invitation que je ne peux pas refuser, monsieur Allen.
— Va dans ma chambre et pique ce que tu veux dans ma penderie pour te mettre à l’aise si tu veux. Pendant ce temps, je vais te servir un verre.
Je jette ma tête en arrière.
— Oh oui ! gémis-je ravie de cette nouvelle.
Théo nous remet debout avant de me pousser doucement en direction du couloir.
— File et tu seras gentille de ne pas me faire bander.
Je glousse avant de me rendre dans sa chambre où je lui emprunte un tee-shirt. Plus à l’aise ainsi vêtue, je rejoins Théo au salon et m’installe sur le canapé tandis qu’il finit de nous servir à boire et de quoi grignoter.
— J’étais en train de penser, commence-t-il en s’asseyant près de moi. C’est sûrement cette grossesse qui le motive à se retirer de Bailey.
— Oui, tu as probablement raison. Pour autant, je ne suis pas la solution pour Bailey.
— Te former aussi rapidement ne peut être qu’une erreur, mais si Alex veut s’en aller, on pourrait envisager de te remplacer à ton poste pour…
— Théo, me lamenté-je en faisant basculer ma tête contre le dossier du sofa. Tu ne vas pas t’y mettre.
— Je suis en train de penser à toi, à cette maison qui t’appartient, quoi que tu en dises ! Alex ne lâchera pas le morceau et jamais, il ne me laissera prendre les commandes, c’est peine perdue. Par contre, si on décide de reprendre la tête de l’entreprise en duo, il sera peut-être plus enclin à nous écouter.
— Mais j’aime ce que je fais…
— Je sais que tu doutes beaucoup de toi, mais je t’en prie, ne doute pas de moi. Je n’ai pas envie de te tenir ce genre de discours, mais essaie d’y penser en toute objectivité. Tu as des responsabilités au sein de cette maison…
— Théo !
Il emprisonne mon menton entre ses doigts.
— Que les choses soient claires entre nous, j’aime tout de toi ! Tout ce que tu bâtis dans ta vie si intelligemment. Ces morceaux de toi avec lesquels tu te débats encore, ceux que tu assumes de mieux en mieux. J’aime la femme que tu deviens, la jeune femme que tu es encore. Ce que j’aime le plus, c’est que tu sois mon égale, Ava. Jamais aucune de mes relations passées ne m’a apporté ce sentiment d’avoir en face de moi une personne avec qui je pourrais échanger sur tous les aspects de ma vie et de trouver un écho parfait. Avec toi, j’ai ce privilège.
Il lie ses doigts aux miens.
— Ce n’est pas toi qui vas hériter de Bailey, mais bien Bailey qui héritera de toi.
— Mon Dieu, Théo, murmuré-je en larmes.
— Je veux être là pour te voir te hisser sur le siège de ton père quand le moment sera venu, mais en attendant, j’ai pensé qu’on pourrait poser chacun une fesse dessus.
J’ai un rire ému avant de me jeter à son cou.
— Merci de croire en moi.
— Je vois en toi, ce n’est pas la même chose.
Le nez dans mes cheveux, il ajoute :
— Je vois aussi combien tu aimes ton père et tu n’aimerais pas le savoir seul le reste de sa vie. Si tu as apprécié Molly au point de la faire entrer dans ton quotidien, tu peux aisément comprendre pourquoi il en a fait autant. Et puis, ce n’est qu’un petit bébé qui va entrer dans ton existence, un petit être qui n’a besoin que d’amour.
— J’ai toujours rêvé d’avoir un frère ou une sœur, lui confié-je en essuyant mes joues. Je n’aurais jamais cru que ça m’arriverait à vingt-deux ans.
— Ton père a été privé de toi pendant de longues années, on pourrait faire en sorte qu’il puisse profiter de cet enfant, non ?
J’acquiesce.
— J’espère seulement qu’il sera moins têtu.
— Si on fonctionne en équipe, on a plus de chances de le faire plier. En attendant que ce miracle arrive…
Il ramasse les deux verres de vin sur la table basse et m’en tend un.
— Trinquons à ce que tu veux, ma chérie.
— À nous, dis-je sans le quitter des yeux. Ce soir, on ne pense qu’à nous. Le reste du monde attendra demain.
Nous entrechoquons nos verres.
— J’aime tellement être sur la même longueur d’onde que toi.
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