Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
depuis mon naufrage avec Théo. Je me…
Surprise !
depuis mon naufrage avec Théo. Je me contente d’une bonne vieille Notre discussion remonte à deux semaines, aujourd’hui. Et que dire depuis ? Strictement rien ! Il n’y a rien de palpitant dans ma vie routine : boulot, dodo.
La routine, il n’y a rien de mieux contre les peines de cœur, me dit gentiment ma Betty de son sourire le plus angélique.
Ne pas tomber amoureuse est encore plus radical, lui objecté-je.
Comme j’aimerais ne plus rien ressentir. Ni la douleur, ni les regrets, ni la honte. Je me sens ridicule, même minable de ne pas avoir su écouter Théo, de ne pas avoir cru en lui. Il a vu juste : je ne parviens à baisser ma garde, à lui faire confiance, et, sans elle, quelle chance a une histoire d’amour de survivre ? Aucune ! Ne plus y penser me demande une force morale qui m’épuise chaque jour un peu plus.
Je me perds dans mon quotidien, je vis au rythme de mon travail pour ne plus m’y attarder, mais cela s’avère bien difficile en croisant Théo quotidiennement.
Heureusement, mon père m’a prévenu que mes nouveaux bureaux sont finis et je pourrais les occuper dès lundi. Si je trouvais ridicule son idée de me descendre deux étages plus bas, j’en suis satisfaite aujourd’hui. Théo aussi, je crois. Ce n’est pas simple pour nous de nous voir. Il souffre autant que moi et nous parler est devenu pénible. Je sens qu’il attend quelque chose de moi, je sais qu’il a besoin que je me fie à lui sans le craindre, mais comment y arriver ?
Il s’est confié à moi, il m’a prouvé que je me trompais sur son compte, mais comment lui montrer que j’ai compris mon erreur ? J’aimerais être certaine de lui apporter ce qu’il désire, mais en suis-je capable ?
J’ai tellement d’incertitudes sur moi-même, sur la femme que je suis. Je voudrais mieux me connaître et me comprendre. Je devrais pouvoir surmonter mes angoisses pour lui offrir ce qu’il est en droit d’espérer alors qu’il se sent prêt à prendre des risques avec moi et pour nous. N’ayant aucune réponse à lui fournir, j’ai choisi de me faire discrète et de me concentrer sur le lancement de Romance qui aura lieu au début de l’année.
Noël sera bientôt là et Seattle n’avait pas connu un mois de décembre aussi froid depuis près de dix ans.
Quand on sait que je suis partie pour la Floride à peu près à la même période, je suis en droit de me demander si ce n’est pas un coup monté…
Si tout me semble plutôt sombre, ces derniers temps, je peux me réjouir de retrouver une relation plus sereine avec mon père.
Théo se tenant loin de moi, il a fini par relâcher la pression autour de notre histoire. Son directeur fait un boulot exemplaire et nos contacts sont si rares qu’il n’a plus vraiment de souci à se faire. Du fait, nous avons repris nos repas du dimanche en tête-à-tête et je les trouve très réconfortants. Ils me permettent également de ne pas trop m’ennuyer. Mon temps libre, en dehors de Bailey, tourne encore autour du travail, car je ne fais rien d’autre que lire manuscrit sur manuscrit.
Si je pensais que ma cohabitation avec Mack serait animée, je me suis leurrée. Ma meilleure amie n’est pas souvent présente. Son travail lui prend du temps, mais il n’y a pas que cela. À la manière dont elle rêvasse, je la soupçonne d’avoir une aventure. Rien de surprenant quand on la connaît. Ses absences, ses découches et ses cachotteries, j’ai l’habitude. Ce qui me laisse perplexe, c’est son air niais qu’elle se trimballe à longueur de journée. Je n’ai pas le souvenir de l’avoir déjà vue aussi mordue. J’ai tenté d’en apprendre plus sur l’heureux élu, mais c’est sans compter sur son côté secret. Non pas qu’elle ne me parle pas de ses conquêtes, mais, en général, cela se produit après la séparation, lorsqu’elle a le cœur brisé et que je dois la consoler. J’en saurai plus quand viendra le temps du vin, de la crème glacée et des sarcasmes à l’endroit de la gent masculine.
En cette veille de week-end, je profite de l’heure du déjeuner pour vider mon bureau. Lundi, j’intègre le sixième étage, alors autant anticiper pour bien débuter cette nouvelle semaine.
Mon équipe arrivera le lundi suivant et j’ai hâte d’y être. C’est bien le seul évènement notable dans mon travail depuis quelques jours : la constitution de mon équipe. J’ai passé les entretiens en compagnie de mon père et nous avons trouvé des gens avec qui il me tarde de collaborer, mais j’ai dû jouer des coudes pour obtenir de mon père qu’il offre une promotion à une personne plus que méritante : Molly. Dans quelques jours, elle sera mon assistante, mais davantage, mon binôme. Je voulais quelqu’un d’investi sur qui je pourrais compter.
Me voilà donc en train de finir d’emballer mes cadres photo et tout ce qui traînait sur mon bureau quand :
— C’est l’heure du départ, ça y est ?
Je relève brièvement la tête et la rebaisse bien vite en découvrant Théo dans l’encadrement.
Il est si beau. Ça me tue de me dire que j’étais à deux doigts de faire le grand saut avec lui et que je me suis plantée en beauté.
— Au moins, je serai opérationnelle.
— Molly commence lundi à son nouveau poste, je crois…
— Exact. Nous avons de nombreux détails à régler avant que le reste de l’équipe n’arrive.
— C’était un bon choix que de la faire progresser au sein de l’entreprise.
Chose qu’il ne fait plus depuis longtemps, Théo entre et vient s’asseoir. C’est là que je remarque la petite boîte blanche entourée d’un ruban rose qu’il tient entre ses mains et qu’il dissimulait dans son dos.
— Il y a longtemps qu’elle travaille à l’accueil.
— Je pense que je ne regretterais pas de l’avoir à mes côtés.
— J’en suis certain.
Le voir jouer de la sorte avec la boîte dans sa main me laisse à penser qu’il est nerveux.
— J’ai lu les manuscrits que tu as choisis pour tes premières éditions.
Mon regard perplexe se fixe sur lui.
— Toi, tu lis de la romance ?
— Je ne vais pas en faire une habitude, rigole-t-il. Mais rien que pour en apprendre plus sur toi, sur ton esprit d’analyse…
— Et quelles sont tes conclusions ? me renseigné-je intéressée.
— Eh bien, si j’en ai découvert un peu plus sur la directrice éditoriale, j’y vois aussi plus clair sur la femme qui se cache derrière cette fonction.
Cette conversation étant de loin la plus longue et la plus fascinante que nous ayons eue depuis son détour par mon appartement, je m’assieds à mon tour. Faisant glisser son index sur ses lèvres, il me sonde si intensément que je doute de pouvoir continuer à l’affronter bien longtemps.
— La jeune femme…
Je déteste la manière dont il a accentué le mot « jeune ».
— Mes choix manquent de maturité selon toi ?
— Absolument pas ! Tu corresponds parfaitement au lectorat que l’on cible avec cette collection. Tu es là où je t’attendais.
Je lui fais un sourire coincé.
Ben oui ! Je ne comprends rien à ce qu’il raconte. Et toi, Betty ?
C’est un cadeau pour nous, tu crois ? se contente-t-elle de répondre.
Je roule des yeux intérieurement.
Tu m’es d’une grande aide, c’est dingue ! Que ferais-je sans toi ?
— Qu’en a pensé ton père ?
— Pas si vite, Allen !
Il essaie de cacher un petit rictus à la commissure de ses lèvres.
Trop tard, beau gosse, ricane Betty. On l’a vu !
— Qu’entends-tu par « la jeune femme » ?
— À ton avis, Bailey !?
Il retrouve son sérieux.
— C’est un détail qui m’a un peu échappé te concernant, Ava : tu es jeune.
— Où est-ce que tu veux en venir ?
— Que tes réactions sont guidées par tes sentiments, mais aussi par ta jeunesse. Que tu as une idée de l’amour très idyllique et romantique. Que tu exiges beaucoup de moi, mais que tu es bien plus sévère avec toi-même.
— Je ne suis pas très douée pour l’auto-analyse, mais je pense que tu m’as plutôt bien cernée.
— C’est évident.
— Pour autant, je n’ai aucune idée de ce que je suis supposée faire pour que ça change.
Théo se penche pour venir s’appuyer contre mon bureau, ses yeux s’enfoncent dans les miens.
— C’est à toi de déterminer ce dont tu as besoin pour que s’établisse entre nous une confiance qui nous permettra de nous épanouir l’un avec l’autre.
— Mais comment ? Je n’arrive plus à penser…
— Parce que ce n’est pas encore le moment. Tu as Romance en tête et tu dois trouver ton rythme pour pouvoir te focaliser sur toi après.
— Et toi, Théo ? Tu vas te contenter d’attendre ?
— De t’attendre toi, Ava, répond-il sûr de lui, un sourire en coin.
— Je me sens si nulle, chuchoté-je en plongeant mon visage dans mes mains.
— Ava, m’appelle-t-il avec tendresse.
Je me redresse et me confronte à cet homme merveilleusement délicat qui me donne envie d’aller chercher au fond de moi-même ce détail qui me manque, cette estime de moi qui me fait défaut et qui me paralyse face à lui.
Passant une main hésitante dans ses cheveux plus longs que d’ordinaire, il soupire.
— Je voudrais m’approcher, j’aimerais te toucher, mais je ne peux pas. Je ne dois pas céder à ce que mon corps me réclame et penser avec ma tête.
— Tu me manques aussi, lui avoué-je, mes mains crispées sur mon bureau.
— Je vais t’attendre, Winy. Et je ferai ce qu’il faut pour que tu te trouves ici et dans ta vie de femme parce que je te le dois.
Mes yeux trempés vont et viennent sur les sublimes traits de son visage.
— Tu ne me dois rien…
— Avant que tu reviennes à Seattle, j’avais mon job et même si avec Alex, c’est loin d’être un long fleuve tranquille, j’aime travailler ici. J’ai toujours pu compter sur mes amis et, même si je n’ai pas eu de père, j’ai une mère certes fragile, mais la force de son amour n’a pas de limite. Avant toi, il ne manquait rien à ma vie ; tout était en place et sous contrôle. Depuis toi, je me sens vide. Comme si tout ce que j’avais bâti jusque-là, tout ce que j’avais ne représentait plus rien. Tout ce qui me comblait me paraît banal et insuffisant maintenant que je te connais. J’ai eu un aperçu de ce qu’on pourrait être, Ava. Ce n’était rien de plus que du temps passé ensemble, que de brefs baisers échangés, mais j’en suis devenu dépendant et j’ai besoin de voir où tout ça peut nous mener.
Mes doigts vont au contact des siens.
— Ma seule certitude sur ce qui nous arrive en ce moment, c’est que tu n’es pas de retour ici pour qu’on ne vive pas cette histoire.
— Et j’ai peur de te décevoir…
— Tu ne crois pas en toi et c’est d’autant plus frustrant pour moi de faire ce constat quand je vois ce dont tu es capable.
C’est alors qu’il me tend le paquet blanc et rose.
— On va commencer par ce point de détail, me dit-il avec une gentillesse.
Je récupère l’objet qu’il me destine.
— Ouvre-le.
J’ouvre la boîte et découvre une jolie plaque aux couleurs de Romance, un joli rose parme sur laquelle est gravée l’inscription « Ava Bailey, directrice éditoriale ».
— Tu dois assumer qui tu es, ce que représente cette entreprise pour toi et leur montrer que tu n’es pas la fille d’Alexander Bailey pour rien.
— Mais… reniflé-je.
— Tu as peur de ne pas lui faire honneur, je sais, mais c’est aussi totalement ridicule. Il n’y a que toi pour ne pas voir ce que tu vaux et c’est mon rôle de tirer le meilleur de toi-même.
J’essuie doucement mes joues en contemplant ce cadeau qui me va droit au cœur.
— Je doute qu’ils comprennent pourquoi je n’ai rien dit avant…
Sur ces mots, Théo se lève pour se pencher vers moi. Les yeux dans les yeux, il me dit :
— N’y accorde pas d’importance. Préoccupe-toi de ce qui est bon pour toi et arrête de t’attarder sur ce que les gens vont penser de toi. Tu t’en fous !
— C’est facile pour quelqu’un comme toi de dire ça…
— Quelqu’un comme moi ? Qu’ai-je de plus que toi ? Rien que tu ne peux avoir. C’est simplement une question de volonté. Tu es arrivée ici avec le désir de me prouver que je m’étais planté sur toi, que je t’avais mal jugé lors de ton stage. La vérité, c’est que je suis à genoux devant toi ! Qui de nous deux a réellement le pouvoir ? Quand tu as franchi les portes de Bailey, il y a quelques semaines, tu savais ce que tu voulais. Tu étais assurée et dangereusement belle. Tu n’as pas changé, tu es toujours la même. Il faut que tu retrouves cette fougue avec laquelle tu t’es lancée dans le travail et que tu la mettes à notre profit. Tu as su prendre le dessus sur tes peurs dans ton travail et le résultat est là : tu as parfaitement réussi le challenge lancé par ton père. C’est à la femme en toi de faire la même chose…
— Et de clouer le bec à l’homme derrière le directeur ?
— Tu n’as pas idée comme j’aime quand tu le fais. Tu es si déroutante quand tu me fais ton numéro, j’y suis accro, m’avoue-t-il un sourire franc déformant cette bouche charnue et envoûtante.
— Je vais trouver le moyen de réussir cette prouesse, monsieur Allen.
— Toujours là où je vous attends, miss Bailey.
Il dépose un baiser sur mon front et tourne les talons. Seule, je me laisse retomber contre le dossier de ma chaise.
C’est bien de le provoquer, mais tu as un plan j’espère !
Pas le moindre, ma Betty, mais on va trouver ! Il est pour nous cet homme. Pour nous depuis le premier jour…
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