Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
Convalescente
pas toujours ce qui lui passe par la tête… Dubitative, je regarde Mackenzie sortir de sa trousse de maquillage, le nécessaire pour me faire les ongles. Décidément, je ne comprends
Selon elle, je ne dois pas me laisser aller sous prétexte que je suis à
l’hôpital. Alors, ce matin, elle s’est mise en tête de me bichonner. Je n’ai pas eu envie de m’y opposer. Premièrement, elle semble heureuse de faire ça pour moi et, deuxièmement, la journée me paraîtra moins longue.
Il y a deux semaines que je me suis réveillée à l’hôpital de Los Angeles.
Deux semaines que mes proches se succèdent à mon chevet. Ils mettent un point d’honneur à ce que je ne sois jamais seule et j’apprécie cela. Les jours sont interminables, alors leur présence me divertit et me rassure. J’ai eu des moments de doute et des angoisses au cours de mon séjour, surtout à cause de mon état de santé. Le combat sera encore long avant que mon quotidien redevienne un minimum normal.
Heureusement, leurs voyages entre Seattle ou encore Miami sont bientôt finis, car demain, je rentre à la maison.
C’est un vrai combat que nous avons mené mon père et moi pour que
ma mère accepte que je retourne à Seattle. En maman protectrice, elle désire que je rentre avec elle et Tim le temps de ma convalescence. Elle a mis en avant que son emploi fait qu’elle est plus disponible et, bien sûr, que je serai loin d’une « certaine » personne. C’était sans compter sur ma détermination ainsi que celle de mon père à ne pas être séparés de nouveau. Nous n’avons pas plié et elle a fini par capituler.
Les choses peuvent rentrer dans l’ordre maintenant, mais s rien ne sera
plus comme avant. Papa va reprendre son travail chez Bailey et Sawyer va retourner à Chicago ; Molly se chargera de Romance pendant mon absence ; Mack s’est beaucoup absentée de la banque et ma mère a déjà projeté de venir quelques jours pour veiller sur moi de temps à autre ; en somme, la vie va reprendre son cours.
Si dans l’immédiat leur « surveillance » permanente est nécessaire et
appréciable, j’ai hâte de retrouver le confort de mon appartement et une certaine solitude. Pour le moment, c’est trop tôt de me laisser seule.
Il n’y a pas que cette raison pour justifier cette présence autour de moi.
Mon père a très à cœur de garder Théo loin de moi. C’est une véritable mission pour lui. Il est toujours à Los Angeles et il déborde d’imagination pour me faire savoir qu’il est là. Ce sont des mots qu’il glisse au personnel soignant ou des bouquets de fleurs que mon père n’a pas réussi à intercepter. Le message qu’il tente de faire passer est clair : il m’aime, il ne s’éloigne pas de moi et il est prêt à me parler.
Je me sens encore trop en décalage avec cette réalité pour répondre à
ses attentes. Mon corps doit se réparer et mon cerveau se reposer avant que je m’occupe de mon cœur. Il faut dire que je suis encore très fragile.
Je dors 18 h par jour en moyenne. J’ai le trio infernal : migraine-nausée-
vertige qui s’invite à la fête dès que ça lui chante. Même si tous mes tests sont concluants, j’ai une vraie trouille de me réveiller et de ne plus savoir qui je suis. Tous les jours, j’ai mes questions rituelles pour faire marcher ma mémoire et être certaine qu’Ava est encore là. C’est ce qui est le plus effrayant : de se sentir tellement dans le coton qu’on en oublie qui on est ou l’endroit où on se trouve. C’est bref, comme de petites absences, mais elles me terrorisent. D’après le docteur Barrett, tout est sous contrôle, mais nous devons rester prudents et vigilants.
J’ai fini par lui parler de cette impression d’être déconnectée. Au début,
j’ai mis ça sur le dos du problème « Théo ». Je voyais là comme un refus d’affronter la vérité. Son diagnostic est sans équivoque : il y a bien plus de chance que ce que j’éprouve soit une conséquence directe de mon opération qu’un moyen trouvé par mon subconscient pour me protéger. D’après ses dires, la guérison totale sera longue, le cerveau a besoin de temps et de repos.
— Je suis certaine que tu te sentiras bien mieux une fois que je me
serais occupée de toi.
La voix douce de Mack me ramène à l’instant présent. Je lui souris
tandis qu’elle entreprend de me limer les ongles.
— Je me sens très bien, je t’assure. Juste un peu à côté de mes pompes. — Tu veux essayer de m’expliquer ?
— Je ne sais pas, c’est compliqué. J’ai juste la sensation que rien
n’arrive à se connecter, que je suis dans le brouillard tout le temps. Si j’essaie de marcher dans cette brume, c’est la migraine assurée.
— Et tout ça, tu l’as expliqué à Barrett ?
— Il dit que le temps arrangera tout ça.
— Ce n’est quand même pas une mauvaise chose qu’on rentre à la
maison. Tu vas voir un nouveau neurologue et même si Barrett est une sommité dans ce domaine, un deuxième avis, c’est toujours bon à prendre.
— Tu parles comme ma mère…
Elle ricane.
— Ne t’attends pas à ce que ça change vu qu’elle va vivre avec moi
pendant ses séjours à Seattle.
— Qu’est-ce que je vais me plaire chez papa... — Sale lâcheuse, glousse Mack.
— Je suis très rusée quand il est question d’éviter les longs sermons
maternels.
— C’est plus fort qu’elle, c’est affolant ! Ça lui démange les lèvres
depuis des semaines d’aborder le sujet.
J’arque un sourcil vers ma meilleure amie.
— Tu veux dire un peu comme toi en ce moment même ? — Quoi ? s’insurge-t-elle en cessant ce qu’elle fait. — Mackenzie !
— Avoue que c’est flippant ! Tu n’as pas dit un mot à son propos depuis
ton réveil !
— Tu n’es pas croyable, je te jure !
Elle hausse les épaules.
— Ne dis rien si tu n’en as pas envie.
— Voilà, je n’en ai pas envie.
— Cela étant dit, je ne suis pas certaine que tu aies quoi que ce soit à
gagner en gardant tout ça pour toi, mais je respecte ton choix.
— C’est plus pénible pour toi que pour moi, visiblement. — Je n’ai pas forcément la meilleure place, tu sais… Qu’est-ce qu’elle entend par là ?
— Tu dis ça à cause de Jacob ?
Elle roule des yeux.
— De qui d’autre ?
— Mais cette histoire ne doit pas venir polluer votre relation. — Comment veux-tu que ce soit possible ? Tu es ma meilleure amie et
il est son meilleur pote. Moi, je ne comprends rien à ce qui s’est passé entre vous, mais Jacob est au courant de tout.
— Il a parlé à Théo ?
Youhou ! Elle a prononcé son nom ! Enfin !
J’ignore cette idiote et me concentre sur Mack. — Bien sûr ! Si tu crois qu’il ne vient ici que pour moi. Syd est venue
aussi.
Je roule des yeux en moi-même.
Alors ça, je ne m’en serais jamais doutée…
— Théo refuse de rentrer sans toi.
— Tu l’as vu?
Elle secoue la tête.
— Syd était là, il y a longtemps ?
— Elle est venue à deux reprises. Avant que tu réveilles et quelques
jours après.
— Et tu lui as parlé ?
— Elle a voulu me voir…
— Pour te dire quoi ?
Mack me jauge avec sérieux.
— Tu veux vraiment que je te le dise ? Il n’y a pas deux minutes, tu me
disais que…
— Mackenzie !
— Elle voulait que j’insiste auprès de Jacob pour faire entendre raison à
Théo et l’inciter à rentrer à Seattle.
Mais quelle pétasse !
— En soi, ça ne serait pas une mauvaise chose. Théo part en vrille et on
craint tous qu’il finisse par faire une connerie.
— Une connerie ?
— Genre démolir celui qui se dresse entre lui et sa belle. Il a la haine
après Alex et ce n’est pas pour le défendre, mais ton père abuse un peu. Ce n’est pas à lui de décider qui peut avoir une place dans ta vie ou pas, mais à toi. Alors, qu’il fasse le ménage quand tu étais dans le coma, je peux comprendre, mais maintenant il devrait relâcher la pression et te laisser gérer.
— Sauf que je ne m’en sens pas capable. Je n’ai pas la force de le voir,
de lui parler, d’écouter ce qu’il a à me dire.
Elle fouille dans sa trousse à maquillage et en sort un vernis. — Et dire que tu n’attendais que ça…
Elle n’ajoute plus rien et commence à me peinturlurer les ongles d’un
rouge noir. Je la regarde faire et tente de faire le vide dans mon esprit pour repousser la migraine qui risque de venir me rappeler à l’ordre dans peu de temps.
Je n’ai pas la force, je ne suis pas prête…
***
— Et voilà !
Prenant appui sur le rebord du lavabo, je me dresse sur ma jambe droite
pour examiner mon reflet dans le miroir.
— On ne voit presque rien, me dit Molly d’une voix rassurante. Je soulève légèrement la masse de cheveux qui cache l’endroit où j’ai
été rasée lors de mon opération.
— Ce n’est que des cheveux, ça va repousser, me dit-elle avec
gentillesse.
Je retombe dans mon fauteuil roulant quand elle me tend mon étui à
lentilles.
— Je préférerais mes lunettes si tu les as.
Fouillant dans ce sac de toilettes que Mack a apporté avec elle à mon
attention, elle sort cette vieille paire de lunettes.
— Tu as meilleure mine, dit-elle en me passant en revue. Ça fait plaisir
à voir.
Je glisse ma main dans la sienne pour la remercier de son soutien. — Prête à prendre l’avion ?
— Je suis plus que prête à sortir d’ici.
Se plaçant derrière moi, elle me pousse en direction de la sortie. — Tu sais que ton père et moi sommes heureux de t’accueillir à la
maison.
— Je le suis également.
Avant d’ouvrir la porte, elle me glisse :
— Ne t’inquiète pas, je le prépare déjà au fait que ce n’est que
temporaire avant qu’il ne se fasse des plans sur la comète.
Je glousse. Dans la chambre, mon père nous attend ma valise en main. — Prêtes, mes chéries ?
— Il reste le sac dans la salle de bains et ça sera bon. La porte de la chambre s’ouvre et le docteur Barrett entre. Il est seul. — Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Ma patiente préférée s’en va ? — Je suis certaine que vous dites ça à tous vos patients, dis-je d’un air
faussement blasé.
— Bon, je reconnais que je suis bien heureux de vous voir déguerpir de
mon hôpital, mais c’est normal, non ?
Mon père me tend un sachet en papier. Je le récupère et le donne à
Barrett.
— C’est pour votre fille. Les premiers romans que j’ai édités. — Je vais passer pour un superhéros à ses yeux grâce à vous, Ava.
Bizarrement, le fait que je sauve des vies tous les jours lui passe au-dessus de la tête, allez savoir pourquoi ! Merci infiniment…
— Merci à vous.
Je fronce le nez.
— Bon, même si je vous en veux un peu de m’avoir rasé la tête. J’ai
l’air de quoi moi maintenant ?
— Il ne vous reste plus qu’à raser tout le côté, c’est hyper tendance si
j’en crois ma fille.
— Je vais peut-être y réfléchir.
Barrett m’offre une poignée de main.
— Prenez soin de vous, Ava. Et faites preuve de patience, vous avez ma
parole que bientôt vous vous sentirez comme avant cet accident.
— Merci.
Mon père et le docteur Barrett échangent quelques mots avant de se
saluer chaleureusement et Molly me pousse dans le couloir.
Nous voilà tous trois lancés à travers l’hôpital. Ma mère et Tim sont
repartis pour Miami plus tôt dans la matinée et Mackenzie a pris un vol pour Seattle hier soir.
Une fois au rez-de-chaussée, quand l’entrée apparaît devant moi, il me
démange de courir vers la sortie et respirer l’air de dehors. Il y a si longtemps que je n’ai pas senti le soleil sur ma peau.
Au bord du trottoir, une voiture noire est garée. Mon père dépose les
valises dans le coffre tandis que Molly m’ouvre la portière arrière. Comme dans la salle de bains, j’y prends appui pour me mettre debout. Je voudrais m’installer sur la banquette arrière, même si cela va me demander une pirouette quelque peu périlleuse, mais je renonce. Je me sens soudainement attirée par quelque chose. Un regard. C’est un regard qui s’attarde sur moi. Curieuse, je parcours les environs et je ne suis pas surprise en trouvant Théo de l’autre côté de la rue. Appuyé contre une voiture, les bras croisés sur son torse, il m’observe d’un œil tendre, un sourire doux en coin.
— Je t’aime, mime-t-il sur ses lèvres.
— Ava ?
Mon père, un bras sur ma taille vient pour me soutenir. — Qu’est-ce qu’il y a ?
Mais je n’arrive pas à me détourner de Théo, de ses traits fatigués, de
ses yeux noirs et brillants de larmes.
— Je suis à toi, recommence-t-il à articuler en pointant son index sur lui
puis vers moi.
Les lèvres pincées, je l’observe sans savoir quoi faire quand mon père
lâche un juron. Quand je tourne la tête vers lui, je constate qu’il l’a repéré.
— Monte, mon ange, m’intime mon père en me soutenant pour que je
puisse m’asseoir.
— Papa, je t’en prie, dis-je en espérant qu’ils ne vont pas encore se
battre.
— C’est bon, on y va.
Une main sur ma joue, il ajoute :
— On rentre à la maison, mon trésor.
Lentement, je hoche la tête.
— Donna se charge de nous cuisiner un bon dîner pour ton retour. Mack
et Jacob seront là.
— Super ! dis-je avec enthousiasme.
Même si tout ce à quoi j’aspire pour le moment, c’est un peu de
tranquillité. Mon père referme la portière et charge mon fauteuil dans le coffre tandis que Molly s’installe à l’avant.
— Alex !
Un regard à travers la vitre confirme ce que je redoutais, Théo marche
en direction de mon père qui regagne le côté conducteur.
— Dégage !
— Il va falloir que tu m’écoutes un jour, putain ! — Et au nom de quoi ? s’écrie mon père.
— Du simple fait qu’elle est toute ma vie que ça te plaise ou non ! lui
répond Théo sur le même ton. J’abandonnerais seulement si elle me dit que tout est fini !
— En attendant que ce merveilleux jour arrive, ne t’approche plus de
nous !
— Ava !
Fixant l’appui-tête devant moi, j’essaie de faire abstraction de ce qui se
déroule à deux pas de moi. Les voir s’affronter est insupportable.
— Ava, mon amour, parle-moi, m’implore Théo. Je sens qu’il m’observe à travers la vitre tandis que mon père l’a
empoigné pour le faire reculer.
Regarde-le ! m’ordonne cette fouine de Betty. Et comme toujours, je fais preuve de faiblesse et affronte celui qui se
débat pour se rapprocher. Il sourit quand j’accède à sa requête.
— Ma chérie, c’est toi et moi…
Ma vision se trouble en le voyant si près de moi. — Théo, putain, dégage !
— Je t’attends, Winy. Je te dirai tout ce que tu veux savoir. Mon père réussit à le faire reculer, mais je pense sincèrement que Théo
s’est laissé faire.
— Il n’y a jamais eu que toi ! dit-il avant d’empoigner mon père à son
tour. Toi, tu commences à m’emmerder ! Si tu continues à m’empêcher de la voir, tu vas le regretter !
Il relâche vigoureusement mon père et fonce en direction de sa voiture. Rouge de colère, mon père monte dans la voiture et fait claquer la
portière si violemment que cette pauvre Molly sursaute sur son siège. Elle qui est déjà en larmes d’avoir assisté à cette scène effroyable.
— Désolé, mon amour, dit-il en prenant le visage de Molly dans ses
mains.
Il l’embrasse.
— C’est fini, ma chérie. Pardon.
— Il faut que ça s’arrête, Alex, sanglote-t-elle. Ça va mal se terminer… — Molly a raison, papa. Ça ne peut plus durer. Vous allez finir par vous
taper dessus.
— Et il ne l’aura pas volé !
— Papa !
Il se tourne vers moi devant mon ton plus dur. — C’est mon histoire et Théo est mon problème. S’il te plaît, ne t’en
mêle plus.
Je sens que je le blesse en me montrant aussi catégorique, mais ai-je
d’autres choix ? Théo n’a pas l’ombre d’une intention de lâcher le morceau et, à ce rythme-là, ils vont s’entretuer.
Déçu, il démarre et s’engage dans l’avenue. Molly me fait un sourire
reconnaissant. Maintenant, il ne me reste plus qu’à trouver le moyen de gérer Théo.
OceanofPDF.com